Sujet: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Sam 17 Déc - 16:00
La pluie coulait paisible en fines gouttelettes argentées sur les fenêtres de l’internat, accompagnée du chant claire d’un vent d'hiver. Nous étions à l’aube d’un nouveau jour, les nuages cotonneux s’étendant paresseusement sur la surface grisâtre, percés seulement par un ou deux rayons dorés, qui tentaient timidement d’imposer leurs présences. Alors que tout le bâtiment dormait encore, Elmeraud s’éveilla puis, à pas de velours pour ne pas réveiller Mickael, se dirigea lentement vers la fenêtre qu’il ouvrit. La pluie l’aspergea instantanément, caressant sa peau d’ivoire, roulant sur ses joues rosies par le vent frai du matin. Elmeraud se sentait étrange, pas que l’humidité de sa chemise ou la froideur du vent sur sa peau lui faisait un quelconque effet, cela lui était impossible, mais il était comme… différent de d’habitude, presque calme, et il avait l’impression d’avoir déjà vécu ça… Oui, c’était un peu comme la fois où il était arrivé à Espérance, il avait une impression de… nostalgie ? Impossible. Le jeune homme ferma les yeux puis, mu par une violente impulsion de fuite, se précipita hors de l’internat. Il ne ressentait pas la douleur de ses pieds nus frappant le sol, il ne ressentait pas le besoin de se changer, ni même ce besoin qu’il avait parfois de paraître normal auprès des autres. Tout cela il s’en fichait. Il ne savait pas où il allait. Il courait, la tête vide et pourtant plus vivant que jamais. Pour lui, son monde s’arrêtait à l’école. Il n’avait jamais ressentit le besoin depuis 2 semaines de sortir, de parcourir le village. Il n’en ressentait toujours pas le besoin et pourtant, ses jambes refusaient de s’arrêter. Et au fur et à mesure de sa course, le paysage se modifiait, l’air devenait plus épais, étouffant et humide. Une odeur différente de celle de la pluie, plus forte aussi. Et puis Elmeraud s’arrêta et il la vit, cette grande étendue d’eau poissonneuse. Il s’avança et ses pieds s’enfonçaient généreusement dans le sable humide, rendu mou par les intempéries de la nuit. Il entra dans l’eau claire jusqu’aux genoux, puis se pencha pour observer son reflet. Il se regardait lui, ses yeux verts émeraudes en croisaient d’autres rendus bleus par l’étendue aqueuse où s’étendait son reflet. Son regard était vide, inexpressif. Une personne normale aurait sûrement eu peur d’un tel visage, possédant si peu d’humanité. Mais il était seul avec lui-même et il ne connaissait pas la peur. Une lueur de vie s’alluma dans l’eau, au niveau de ses iris océans. Son visage peu à peu se modifia pour devenir celui d’une petite fille souriante et innocente, encore une autre. Cette fois ci elle était rousse, virant sur le châtain. Elle semblait aussi fade que les autres. « Tu n’es pas elle. » pensa Elmeraud, sans vraiment savoir s’il s’adressait plus au mirage qu’à lui-même. Nous n’étions plus la nuit. Le Reflet existe seulement la nuit pour Elmeraud car le jour il doit vivre comme les autres. Alors il l’ignora. Il retourna s’asseoir sur la plage, les pieds dans l’eau et commença à chanter l'un de ces chants qu'il entendait la nuit, dans le fin fond de son esprit, et pour lesquels il ignorait d'où ils venaient. C'était d'autant plus étrange que bien que n'étant pas de l'Espérento, il les comprenait sans le moindre problème.
Il y a longtemps, un fabricant de jouets, créa pour lui une magnifique poupée. « Elle est si belle, douce et élégante. Quel dommage qu’elle ne soit pas vivante ! » Alors la nuit la poupée s’anima mais elle souffrait d’un mal que l’homme ne connaissait pas. Elle souffrait d’un cœur vide de passions et dans son corps coulait un terrible poison. So die Puppe müde von des Leidens und der Angst nicht zu wissen, entschloss sich seine Krankheit durch das Töten von seinem Schöpfer zu behandeln.
Elmeraud ne connaissait pas la suite, alors il s‘arrêta là. Mais il cru que plus tard la poupée se noyait. Il regardait la « mer » et pensait que c’était beau. Malheureusement, pour lui la laideur et la beauté n’avait aucune importance. L’un n’était pas mieux que l’autre. Il lui sembla néanmoins que la mer lui parlait. C’était stupide évidemment. Maintenant qu’il avait retrouvé la pleine possession de son corps, le garçon se mit en tête de dessiner ses rêves, comme il le faisait toujours. Puisqu’il le faisait toujours, il devait aussi le faire aujourd’hui. Il n’avait pris ni crayon, ni feuille mais il avait cette grande étendue sableuse pour lui tout seul. Il ôta ses pieds de l’eau fraiche et mit à quatre pattes sur le sable tendre qu’il creusa de ses petites mains blanches. Et il dessina en grand. Il dessinait une ville sous marine où les mensonges se reflétaient à la surface. Il dessinait des arbres blancs, des ombres colorées et toujours, sur chacun des ses dessins, cette présence indéterminé, cette ambiance malsaine qui persistait et ne va guerre aux dessins innocents d’un adolescent. Et toujours il chantait :
Dans les sillons où se reflète le mensonge, tu continues de chanter et danser. Vis et souris tant que tu le peux encore, car lentement la haine du vilain petit canard te dévore.
Spoiler:
_________________________________________________________________________ Bon voilà Sujin j'ai fais comme ça, dis moi si ça te convient (il y a sûrement des fautes et des enchainements un peu bizarres vu l'heure à laquelle je l'ai écris...). Je t'ai pas introduit dans la fin de mon RP comme ça tu le fais comme tu les sens.
Feuille de personnage Âge: 13 ans Entrave: Obstruction du temps, des autres Métier: Tisserande/Couturière
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Dim 18 Déc - 13:44
Forgotten - Avril Lavigne
La chambre est étroite, sombre, sèche. Sujin ne l'aime pas. Son lit est collé au mur rêche, et il lui est arrivé plusieurs fois de s'y râper le coude. Sa chambre. Si terne, si grinçante, à l'odeur entêtante du vieux bois. Non. Décidément, la petite Coréenne ne l'aime pas. Mais le foyer reste son quotidien, et sa chambre celle qui abrite ses frêles heures de sommeil...
Il est tôt, sans doute. La mouche qui avait élu domicile sur les bords sa couette a cessé de bourdonner, le silence paisible d'Espérance flotte dans l'air humide de la pièce. Les yeux ouverts, Sujin fixe le plafond. Désormais, les matinées sont sombres, et la lumière de l'aube est bien faible... Respirations.
Bien sur. Il y a ces deux stupides apparitions à ses côtés! Deux filles dont elle ne sait même pas les noms. A quoi bon? Elles sont inutiles, inférieures, agaçantes. De même que leur respiration! L'une a le nez bouchée, et Sujin se mord la lèvre pour ne pas crier de rage. Qu'elles sont agaçantes!
Elle aimerait pouvoir se concentrer pour ne pas les entendre, mais impossible. La haine, la colère commencent petit à petit à engourdir ses membres.
Tac. Tac. Tac.
Son talon donne des coups secs au bois de son lit. De plus en plus fort. Elle serre les poings.
Bzz... La mouche, réveillée par ses coups incessants, s'est remise à virevolter dans la pièce, et à se cogner aux murs.
Mon Dieu. Qu'est-ce que ça peut être stupide, une mouche! La rage possède Sujin, qui a tendance à se laisser emporter par ses émotions, et elle tape de plus en plus fort, de plus en plus dur sur le bas son lit. Elle saigne. Elle le sent, elle le sait. Mais Sujin ne craint pas la douleur physique, au contraire.
Et les deux pauvres apparitions qui dorment, ronflent, dorment, ronflent. Ne pourraient-elles pas cesser de respirer?! N'est-ce pas Sujin qui décide?!
Et cette mouche!
Tac. Tac. Tac.
Son talon s'enfonce dans le bois, qui craque sous son poids en un bruit sec. Allez! C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, et la petite Coréenne se relève d'un coup, réveillant ses deux camarades, et sort de la chambre en courant, puis claquant la porte bruyamment. Elle réveillera tout le foyer, tiens! Toutes ces apparitions, encombrantes plus qu'autre chose... Qu'elles disparaissent!!!
Sujin gagne vite la sortie, et enfonce la porte brutalement. C'est que sa petite carrure frêle a de la force!
Bada ; la mer. Voilà ce qu'il lui faut... Son éternel lieu de repos, de recueil. Son endroit préféré, celui où elle a rencontré Maman. Sa Cali. L'évocation de ce prénom si aimé parvient à ralentir le rythme de son petit coeur d'enfant colérique.
Elle connait le chemin par coeur, elle l'a fait tant de fois! Sa mer. Et Cali, sa mère. Tiens! Deux mots au sens si proche, si beau... Et à la même douce prononciation. Le sable sous ses pieds, à la caresse si douce, et la si belle mélopée de la mer... Ce chant marin qu'elle seule a l'impression de comprendre.
"So die Puppe müde von des Leidens und der Angst nicht zu wissen, entschloss sich seine Krankheit durch das Töten von seinem Schöpfer zu behandeln."
Des mots chuchotés par...par une tête blonde. Par une tête blonde? Dans une langue qui lui est inconnue, mais jolie. Oui, la voix est belle. Que fait ce fils de l'océan sur sa plage? Elle ne l'a jamais vu, non... Penché, il semble tracer des formes dans le sable, mais Sujin est trop loin pour pouvoir les distinguer. La colère de la fillette s'est évanouie aussi instantanément qu'elle a mit longtemps à la ronger... Émotions, changement, déroutement... De loin, l'on pourrait prendre l'enfant pour un petit tas de sable, tant ses cheveux en ont la couleur, mais la voix - entre celle d'un enfant et d'un adolescent - ne trompe personne. Si humaine, jolie et touchante...mais à laquelle il manque quelque chose. Sujin ne sait pas quoi, elle reste juste absorbée dans ce tableau si saugrenu. En général, à cette heure-ci de l'aube, elle est la seule sur la plage... Seulement une fois elle y avait rencontré une personne : Cali. Mais dans la tête de la petite Coréenne, elle l'a toujours connu... Il y a Cali, et les apparitions. Alors cet enfant-là, qui est-il? Une stupide apparition, où un fils de l'océan, unique comme Sujin et Cali?
Alors la Coréenne s'approche doucement de lui, tout doucement pour qu'il ne s'arrête pas de chanter, et elle reste derrière lui, debout tandis qu'il est accroupi, à chanter et à dessiner. La précipitation commence à s'emparer d'elle. Elle veut voir le dessin!
- Pousse toi! Lui ordonne-t-elle de sa petite voix capricieuse.
Elle veut voir le dessin!
[voili voilou, je me demande ce que ça va donner, entre Elmeraud qui ne connait pas les émotions & Sujin qui est dans l'excès ^^, ça fait deux parfaits opposés!]
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Mar 27 Déc - 20:14
Elmeraud continuait de chanter. Il chantait, en français d'après Bird. Oui Bird l'avait entendu chanter une fois, la même chanson. Il l'avait écouté, comprise et dis: "Si tu comprenais, tu arrêterais. De tels chants n'ont pas leurs places en Espérance."
Il lui avait ensuite expliqué que les paroles étaient en français, mais qu'il y avait aussi une autre langue, qu'il ne connaissait pas.
Elmeraud avait compris, et avait cessé de chanter devant les gens. Mais il aimait cet air alors il le chantait, quand il était seul. Il ne comprenait pas pourquoi les paroles dérangeaient Bird. Il ne voulait pas vraiment savoir.
Pourtant, alors qu'il dessinait en chantant, il sentit une présence sur la plage. Il n'était plus seul.
La présence se rapprocha, essayant d'être discrète à priori. Elmeraud aurait dû s'arrêter et regarder le nouvel arrivant, mais il était trop absorber par ce qu'il faisait. Puis elle s'arrêta derrière lui, elle l'observait. Elmeraud s'en fichait.
-Pousse toi!
Irritation, impatience. Elmeraud entendait pour la première fois une voix capricieuse lui donnant un ordre. On ne lui parlait jamais comme ça à l'internat, il était "le pauvre petit qui avait tant souffert" après tout. Ce n'est pas pour autant que ça le dérangea.
L'inconnu voulait voir ce qu'il faisait, pas de problème, le garçon se décala sur le côté et vit pour la première fois celui qui l'avait interrompu dans son travail. Ou plutôt celle.
Alors qu'il aurait dû se vexer du ton qu'elle avait pris avec lui, il se contenta de l'observer calmement.
Une fille donc. Du même âge à un ou deux ans près. Elle était brune et habillée de noir, sa couleur de peau était différente de celle du jeune homme. Ses traits aussi, plus marqués, Elmeraud avait vu des visages semblables dans un livre sur l'Asie. En son intérieur, elle semblait bouillonner. C'est ce qui attira le blondinet.
Le garçon ne l'avait jamais vu à l'internat. C'était une étrangère. On lui avait déjà expliqué, sortit du territoire de l'école, Espérance compte aussi un bourg et un foyer où les gens logent. Elmeraud la regardait toujours, essayant de la comprendre, à quel habitat appartenait elle alors? Sûrement au foyer, elle ne devait pas avoir plus de 15 ans donc elle ne pouvait pas encore travailler.
Le plus étrange était que cette fille semblait son exact opposé, aussi bien physiquement que moralement. Les sentiments, elle en ressentait. Plein. Différents, changeants. Elle en ressentait tant à la fois, en si peu de temps, que le garçon eut l'impression qu'à son contact, lui aussi les connaitrait.
Elmeraud l'observait encore et encore. Elle était différente des gens qu'il côtoyait habituellement. Il essayait de comprendre comment elle marchait, sa façon d'agir, de réfléchir, comme on décortique une machine dont on aurait perdu le mode d’emploi.
Il se fichait bien que ça la mette mal à l'aise comme cela l'aurait fait pour la plupart des gens. N'importe laquelle de ses réactions aurait été un autre moyen de l'étudier, d'en apprendre plus sur la nature humaine, sur comment ressentir des émotions, devenir humain à son tour. Et, étrangement, il n'avait pas besoin de cacher sa véritable nature non plus. "Trop différente des gens de l'école" se dit il. "Elle est déjà trop anormale elle même pour se soucier de ma propre bizarrerie en y voyant là quelque chose de mal."
Et puis il ferma les yeux. Décidant qu'il était temps de parler. Mais de quoi? Il avait lu que lorsque l'on rencontrait quelqu'un, on saluait cette personne et lui demandait son nom. Mais Elmeraud trouvait que de tels actes n'allait pas à la situation actuelle.
"Pas maintenant" se dit il.
Il fixa la fille droit dans les yeux.
-Tu aimes?
Oui c'est ça. Tu aimes. Une question, deux mots. C'était plus que suffisant. Elmeraud ne savait déjà pas réellement le sens de sa question. Est-ce que tu aimes ce que je chantais? le dessin? la mer? ou tout simplement, est ce que tu aimes? Toi, la fille qui me fais face, as tu déjà connu ce sentiment que je ne peux même pas effleurer? Oui, sûrement.
Feuille de personnage Âge: 13 ans Entrave: Obstruction du temps, des autres Métier: Tisserande/Couturière
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Sam 31 Déc - 16:07
Just Tonight - The Pretty Reckless
Les émotions coulent en Sujin comme les saumons dans une rivière, dérivant parfois, laissant place à d'autres, aux eaux plus calmes ou plus troubles. Et pourtant, la fillette ne saurait les identifier. Ne pas chercher à se comprendre soi-même... Si elle est en colère, alors elle est en colère. Pourquoi? Elle ne le sait pas. Si elle est joyeuse, alors elle l'a toujours été. Ni passé ni futur... Elle ne connait que l'instant présent. Triste chose, mais n'y-a-t-il pas comme seule comparaison un animal? En effet, un petit animal doté de la parole...
Mais revenons-en à cette plage.
L'enfant, saugrenue apparition aux cheveux de sable et aux yeux marins, ressemble à un chérubin sortit d'un coquillage, poupée aux joues rosies et aux iris sans fin. Il est beau, se dit Sujin. Elle est d'un coup piquée de jalousie. Elle aimerait bien avoir des yeux si profonds! Une moue dubitative se dessine sur les lèvres de la fillette. En fait non, il n'est pas beau. Ses yeux sont bien trop bleus! Et ses cheveux trop blonds. Tout-à-fait. Sujin est bien plus jolie. En tout cas, il semble bien avoir son âge, peut-être un peu plus vieux d'une année à peine.
Il la regarde. Sujin le regarde. Étrangement, il est calme. Il semble serein, alors que n'importe quelle apparition aurait été piquée par le ton que la Coréenne avait employé. Ce calme met d'ailleurs la fillette mal-à-l'aise, et elle détourne les yeux sans s'en rendre compte. Qui est-il pour la fixer ainsi? Avec un air...tellement vide, las? Trop calme. Oui, il semble vieux en son intérieur. Aucun enfant normal ne peut se comporter ainsi!
Il continue à l'observer de ce regard sans émotion, et Sujin essaye de ne pas lui prêter attention. Pourquoi est-elle venue le voir, d'ailleurs? Elle a déjà oublié. C'est qu'il est agaçant à la fixer ainsi! Elle tourne la tête vivement et lui jette un regard noir empli de sa haine la plus profonde. Sujin n'a pas peur de haïr, ce n'est qu'un sentiment comme un autre, après tout. Tiens...dans son regard vide séjourne une infime étincelle de curiosité. Il n'est pas si éteint que cela, finalement...
Le silence règne, mais Sujin ne le trouve pas gênant. Elle continue à le fixer durement, jusqu'à ce que, finalement, l'apparition décide de parler.
<< Tu aimes? >>
Aimer? Quoi? Oui, Sujin aime Cali. Mais là n'est pas la question... Tu aimes? Deux simples mots qui peuvent tant signifier...
La fillette s'est apaisée, sans doute est-ce le calme de l'apparition qui a déteint sur elle. Mais que peut-elle répondre à cette question plus que déroutante?
Tu aimes? Tu aimes?
Sujin fixe la mer.
- J'aime, dit-elle.
Sa réponse est aussi brève que la question, mais la fillette n'a pas terminé. L'apparition veut parler? Elle répondra. Après tout, qu'a-t-elle à y perdre?
- J'aime Bada. La mer, précisa-t-elle. J'aime tes yeux. Cali. Coudre. J'aime...ce que tu as chanté.
Elle s'arrête, et remarque enfin le dessin au côté du jeune homme. Le dessin qui l'intriguait et qu'elle avait finalement oublié. Un bien étrange dessin... Elle le fixe longuement, attentive au moindre détail. Enfin, elle relève la tête.
- Je ne l'aime pas. Il est laid, déclare-t-elle sèchement.
Par laid, elle veut sans doute dire qu'il lui fait peur. En effet...les contours mystérieux la font frissonner.
- Efface ça, lui ordonne-t-elle.
Sujin n'est pas en colère, elle n'aime simplement pas son dessin, et la politesse n'est guère une notion qu'elle connait.
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Dim 8 Jan - 11:59
Elmeraud ne se souvient plus vraiment du comment et du pourquoi. C'est arrivé, c'est tout.
Il passait la moindre de ses pauses à la bibliothèque, le moindre gramme de temps libres. Et puis un jour, ses jambes l'ont porté, ailleurs. C'est ainsi qu'il l'a trouvé, la salle d'art. Il était là, alors il a décidé de faire quelque chose. Il a pris une feuille et des crayons et a commencé à dessiner. Depuis lors, sans qu'il ne sache réellement la raison de cela, il le fait tous les jours. Il a l'impression qu'il se perdrait définitivement s'il ne le faisait pas.
Et chaque jour un peu plus, il éparpille celui qu'il est.
Lorsque le garçon eut posé sa question, la fille le regarda sans comprendre, interloquée, surprise. Puis elle commença à se détendre et à réfléchir intensément.
Elle se tourna vers la mer.
- J'aime, répondit elle.
"Je m'en doutais."
A l'entente de sa réponse, Elmeraud sourit. Sourire qui disparut aussitôt lorsque le garçon s'en rendit compte et essaya de comprendre pourquoi cela était arrivé.
Mais la fille n'en avait, de toute façon, pas terminé avec sa question.
- J'aime Bada. La mer, précisa-t-elle. J'aime tes yeux. Cali. Coudre. J'aime...ce que tu as chanté.
Elmeraud eut un instant de pause. Les connexions ne se faisaient plus dans son cerveau. Il était là, complètement amorphe.
Puis son esprit redémarra et il commença à analyser chacune des réponses de la jeune demoiselle.
Elle aimait la mer, il avait donc deviné juste. Elle aimait aussi ses yeux, elle n'était pas la première à le lui dire. Le garçon ne connaissait pas de Cali, sûrement un ou une autre inconnue, vivant dans le bourg ou le foyer. La fille aimait coudre, ça aussi Elmeraud l'avait remarqué. Ça se voyait tout de suite grâce à ses robes.
Mais ce qui avait créé un blocage dans l'esprit d'Elmeraud était sa dernière réponse. Elle aimait ce qu'il avait chanté. Il s'en doutait et pourtant, si Bird lui avait interdit de les chanter en publique, c'était parce que les Contes Funèbres ne sied pas à l'utopie d'Espérance.
Oui mais voilà, Bird comprenait les paroles, pas l'étrangère qui lui faisait face. Enfin de compte, si la jeune asiatique aimait ses chants c'est parce qu'elle ne pouvait pas en saisir toute la gravité.
"L'amour est décidément un sentiment bien vaste et fragile."
La jeune fille regarda le dessin d'Elmeraud. Au final depuis que le garçon c'était poussé pour qu'elle le vit, elle ne lui avait encore jeté aucun regarde. Elle avait passé son temps à observer le jeune garçon.
Après un long moment d'observation, attentive au moindre détail, elle releva la tête et fixa de nouveau Elmeraud.
- Je ne l'aime pas. Il est laid, déclare-t-elle sèchement.
Elmeraud ne s'attendait pas à cette réponse. Ça ne le vexa pas particulièrement qu'on qualifia son travail de laid, mais il n'avait pas pu prévoir sa réponse, c'est tout. Il ne comprenait pas encore suffisamment la nature humaine pour qu'il ne fasse plus de tels erreurs. Il la regarda. Pourquoi avait elle trouvé sa création laide alors qu'elle souhaitait tant la voir précédemment?
Laid? Qu'est ce qu'elle trouvait laid dans son œuvre? La fille frissonna. Plus que de la laideur, elle semblait avoir peur de son dessin. Elmeraud l'observa, puis regarda les formes dans le sable. Non vraiment, il ne comprenait pas.
Il ne pouvait pas. Car pour lui la beauté et la laideur avait autant d'intérêt l'une que l'autre.
La jeune demoiselle perdit son calme.
- Efface ça, lui ordonna-t-elle.
Elle avait utiliser le même ton que lorsqu'elle lui avait demandé de se pousser. Elmeraud ne se vexa pas.
- Je refuse.
Les mots avaient jaillis de sa bouche. Il ne savait même pas pourquoi il avait dit ça. Mais c'était vrai, le corps d'Elmeraud refusait de bouger.
Il aurait dû l'effacer, parce qu'on le lui avait demandé et qu'il s'en fichait. Il n'était pas vexer, pas en colère, et pourtant... S'il effaçait ce dessin, il avait l'impression qu'il perdrait quelque chose de précieux, car chaque dessin d'Elmeraud est unique.
Elmeraud était toujours calme, sa voix était douce mais son ton avait été implacable.
Feuille de personnage Âge: 13 ans Entrave: Obstruction du temps, des autres Métier: Tisserande/Couturière
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Ven 20 Jan - 19:43
Hold On - Angus & Julia Stone
Les gens pourraient dire de Sujin qu'elle est caractérielle. D'humeur changeante. Mais au final. Être instable de reviendrait-il pas à ne pas avoir de caractère du tout? Quelle identité se choisir, quelle humeur? Mais qui est-elle? Et si le petit enfant de la mer et la petite asiatique avaient plus en commun qu'il n'y paraît? Et si être vide d'émotion et rempli à rebord d'humeurs ne se rejoignaient pour n'être au final qu'une seule et même forme de vie? Et si?
"Efface ça"
Et s'il l'effaçait? Que se passerait-il? Les deux enfants finiraient-ils par s'avouer leurs noms, par se perdre dans les méandres saugrenus de l'amitié? L'amitié. Sujin ne la connaît pas. Et l'enfant de la mer sans doute encore moins. Ainsi, tous les deux finissent sur le bas-côté de la route. La route de la vie, que eux regardent, passifs, n'y entrant jamais. Mais deux perdus peuvent-ils s'aider à reprendre chemin?
"Efface ça"
Il pourrait l'effacer. Et, satisfaite, Sujin s'en irait. Ils oublieraient cette rencontre, la coréenne ne saurait le reconnaître. Tout aurait disparu, et tout resterait pareil. Les deux enfants resteraient statiques sur le bas-côté de la route, l'une changeante, l'autre vide.
"Efface ça" Mais il pourrait aussi ne pas effacer le dessin.
Tant que l'on n'a pas choisi, tout reste possible.
- Je refuse.
Ça y est. La page suivante venait de se tourner. Un choix de fait, une succession de mots. Un geyser, une voix calme, forte. Il refuse.
L'enfant de la mer n'effacera pas son dessin. Trop. Tout. Tellement. Tant de sentiments! Ouragan. Choix à faire. Quelle émotion choisir?
Parler? Tant que l'on n'a pas choisit, tout reste possible. Sauf que ce n'est pas à Sujin de choisir son émotion. Un va-et-vient incessant de sentiments, à lui en donner le vertige.
- Pourquoi?
Sa voix est éraillée, torturée. Elle a mal, elle aimerait réfléchir, penser. Elle jette un regard vide à l'enfant.
- S'il te plait...
Non, elle ne le supplie pas d'effacer ce dessin. Ça, elle l'a oublié. Elle veut que ça cesse. Cette cascade d'émotions, qui conduit finalement à une non-vie. C'est elle qui est sensée commander le monde! Alors....pourquoi ne peut-elle s'imposer à elle-même, prendre des décisions....?
- Chante.... le supplie-t-elle. Chante.
Oui, voilà ce qu'elle veut tout de suite maintenant. Son chant, sa voix... Elle se prend la tête entre les mains. J'ai mal à la tête!
_____________________________ Nyuuuh, désolée pour tout le retard :3 et pour ce post un peu bizarre ^^
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Ven 20 Jan - 23:45
"Je refuse". Une simple phrase qui avait franchi le mur des lèvres du garçon. Des mots si simples peuvent ils faire autant d'effet à un seule personne? Elmeraud ne le croyait pas. Du moins il ne l'aurait pas cru. Mais à peine le son était il arrivait aux oreilles de la jeune fille que des milliers d'expressions passèrent en une fraction de seconde sur son visage.
Il y en avait tant. Tant que le jeune homme ne connaissait pas! Tant qu'il s'y perdait lui même dans cet ouragan. Comment faisait elle? Comment réussissait elle à se trouver, bloquer dans cette tempête?
Elle n'y arrivait pas.
A peine sa demande sortit, sa plainte, son "Pourquoi?" que le blondinet le compris. Elle semblait souffrir. Elle avait la voix la plus horrible du monde. Jamais Elmeraud n'avait encore entendu une telle intonation. Détresse. Oui, c'était peut être ça. Jamais il n'en avait encore effleuré de si violentes.
- S'il te plait.
Une supplication. Effacer le dessin était il donc si important pour elle? Non. Elle ne parlait pas du dessin. Il était loin dans son esprit. Elle l'avait déjà oublié. Des yeux affolés, un regard paniqué. Elle se perdait. - Chante...
Elle le regardait à peine.
- Chante, supplia t elle.
Elle se prit la tête entre les mains. Elle semblait tant souffrir... Ressentir des émotions peut il faire si mal?
Elmeraud se rapprocha de la jeune fille, lentement. Il posa délicatement ses bras sur ses épaules et la serra contre elle. Elle parut surprise, et se calma un bref instant. Elmeraud ferma les yeux, et tranquillement, observa la mer. Il ouvrit la bouche et un son clair en sortit. Pas de paroles cette fois ci. Juste un son. Un chant. Rien que la voix du garçon se mélangeant au vent, rythmé par la frénésie des vagues. Puis après une longue introduction, après que l'homme et la nature se soit scinder en un seul être, il murmura des mots. Qui déjà, dans son Avant, s'était comporté ainsi? L'esprit oublie toujours là où le corps se souvient encore.
"♣ Loin des ténèbres de ton cœur ♣ Sur la mer, glisse tout en douceur. Les larmes de la peine ne t'entendent plus Car déjà peu à peu tu oublies.
Laisse tes soupirs.
Loin des mots du passé.
Dans cette tempête qui t'essouffle.
Laisse ton chagrin.
Loin de ce mal qui te ronge.
Elle nous lie peu à peu.
♣ Da nur der Tod vereint alle Menschen. ♣"
Une chanson un peu différente de celle qu'il avait chanté peu de temps avant. Les paroles venaient en flot continu. Elmeraud était la voix qui portait ce flot au loin pour qu'il rejoignit la mer. Il chantait, tout en caressant les longs cheveux soyeux de l'étrangère. Une situation bien étrange et une grande première pour ce petit être vide.
Ne t'en fais pas Sujin, moi aussi je mets du temps parfois. Et ton RP quoi qu'un peu étrange, me convient parfaitement. Il prend une tournure intéressante. Sujin est ton personnage alors si tu choisis de le faire évoluer ainsi je n'ai pas mon mot à dire =3
Feuille de personnage Âge: 13 ans Entrave: Obstruction du temps, des autres Métier: Tisserande/Couturière
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Sam 21 Jan - 19:35
Lost In Hollywood - System of a Down
Elle est perdue, torturée dans les vastes méandres d'un esprit trop émotionnel, d'un coeur trop rempli. Et elle l'entraîne dans ce tourbillon d'émotions, il l'analyse, il la guette, il ne comprend pas. Il ne connait pas les émotions, mais il la sait. Lui, souffre-t-il du vide? Elle ne s'en est pas rendue compte, mais lorsqu'elle pense à lui, elle ne pense plus à une vulgaire apparition... Il n'est pas une création de son esprit. Non! Non! Elle veut qu'il soit réel. L'enfant de la mer, ce garçon aux cheveux de soleil et aux yeux océan, il ne peut pas être un mirage...
Une profonde détresse envahit la petite Coréenne. Il ne peut pas ne pas exister... Il est forcément un être à part entière. Paniquée, Sujin le scrute, en quête d'un élément qui prouverait que cet enfant ai un coeur, une âme, une vie sans Sujin. Va-t-elle pleurer? Mais pourquoi donc?
Je suis perdue.
Elle était venue sur la plage calmer sa colère, et à la place a fait cette rencontre saugrenue. Et si l'enfant n'était que vision, qu'irréalité? Pourquoi cela affecterait-il Sujin? N'est-elle pas heureuse de maîtriser ce monde qui l'entoure, de créer et moduler les apparitions? Pourquoi, pour une fois, voudrait-elle ne pas être celle qu'elle est? Elle aimerait juste...qu'il existe.
Une preuve! Elle veut un signe, une parole, un mot. Qu'il chante! Chante ton existence, ta liberté, chante pour moi... Elle ne souhaite pas son obéissance, alors que veut-elle? Qu'il soit réel, simplement...
Juste ça.
Alors doucement, lentement, le bel enfant-océan s'approche de la petite fille de noire vêtue, et pose ses bras pour l'enserrer, complétant le tableau le plus étrange qu'il soit. Un garçon, lumineux, blond comme le sable, comme le soleil, dans les bras d'une fillette à la robe de ténèbres et à l'interminable chevelure d'ébène... Sujin, si surprise soit-elle, semble mettre de l'ordre dans son esprit, réconfortée dans la chaleur de deux bras, deux rochers auxquels s'accrocher. Elle tremble, mais se sent mieux. Elle ferme les paupières, la tête posée sur l'épaule du jeune garçon.
ça y est. Son pouls a ralentit. Elle n'entend plus que le doux bruit des vagues, et le son qui sort de la bouche de celui qui l'a sauvée de la tempête. Une mélodie, mélancolique, douce et puissante, si forte et émouvante, faisant vibrer d'émotions Sujin, mais cette fois-ci des émotions ordonnées, une mélodie belle à en mourir, sans paroles mais si juste, sortant de la bouche de l'enfant-océan. La fillette ravale des sanglots, bouleversée, et inspire profondément l'odeur du chanteur. Il se met alors à prononcer des mots, dans cette langue que Sujin ne connait, mais qui ne l'empêche pas d'être émue. Sa voix est la plus belle chose qu'elle ai entendue, le plus beau trésor de ce monde. Lui-même est un trésor de l'océan, un véritable joyaux. Mais telle est la question: est-il vraiment réel? Ne serait-ce pas encore qu'une vaste farce de son esprit? Non... Sujin ne peut pas le croire. Les battements de son coeur s’accélèrent pendant que le garçon poursuit son chant, et la tête lui tourne sourdement. Il lui caresse doucement ses longs cheveux de jais, mais cela ne suffit pas à calmer son mal. Tant d'incertitude! Elle a peur... Ce n'est pas comme Cali. Cali est sa mère, et une mère est un point d'encrage sur.
Lui... Cet enfant sortit d'un conte, sortit d'un chant, de l'océan... Est-il né d'une illusion? Va-t-il disparaître? Va-t-il l'abandonner, la laisser sur cette plage?
Sujin se détache subitement de ses bras, et recule de plusieurs pas, apeurée. Une partie d'elle veut rester dans ses bras, mais elle est effrayée.
Il n'est pas réel...
- Je ne veux pas souffrir! Crit-elle, sa voix se perdant dans le bruit des vagues qui lui paraissent déjà plus menaçantes.
Ce n'est qu'une apparition qui va disparaître, s'évanouir dans l'océan... Et la laisser. La jeune fille s'enfuit en courant, alors que de longues larmes brûlantes coulent sur son visage... Elle hait son esprit, qui ne fait que créer des apparitions, de belles choses pour ensuite lui retirer.
Tournant le dos à l'être chantant, elle s'enfuit, ses pieds nus frôlant les grains de sable, qui ne font qu'à lui rappeler ses cheveux. Tout n'est qu'une immense dérision... Elle ne veut pas se retourner. Car elle sait que si elle se retourne, il aura disparu. Déjà.
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Dim 22 Jan - 22:41
Tant que le mirage existait, tout allait bien. Mais il suffit d'un rien pour que le sort soit brisé, et une fois la magie partie, que reste-t-il?
La jeune fille dans ses bras semblait se calmer. Lentement, très lentement, elle s'apaisait. Et puis, sans crier garde, la situation empira. Elle s'agita, Elmeraud ne la retint pas. Incompréhension, envies, peur. Doutes. Elle semblait dérivé. Elle observait le blondinet comme si sa vie en dépendait. Tristesse. Tant d'émotions dans ses petits yeux. Tant de contradictions.
- Je ne veux pas souffrir! Cria-t-elle tout en se dégageant définitivement des bras du jeune homme. Cri de désespoir. Encore un.
Elle s'enfuit en courant. Loin du garçon. Très loin. Elle semble le fuir. C'est bien la première fois que quelqu'un fuit cet enfant. Pourquoi? Le hait-elle? Éprouve-t-elle du dégoût à son égard? Non. Quelque soit les hypothèses logiques du jeune homme, aucune ne collaient à la situation. Elle avait peur. Peur de lui? Pas vraiment. Elle était triste.
Elmeraud soupira. Décidément, il ne la comprenait vraiment pas. Il passa une main dans ses cheveux sables puis se leva. Rapidement, il remplit la distance qui le séparait de la jeune demoiselle. Il se déplaçait avec aisance sur ce tapis moelleux. Avec un geste d'une grande fluidité, il agrippa son bras, la forçant à s'arrêter. Un petit gémissement où se mêlait surprise et peur sortit de ses lèvres.
Mais toujours elle refusait de se retourner.
Pourquoi? Cela ne dérangeait pas Elmeraud qu'une personne en ce monde refusa son existence, refusa de le regarder mais... pour quelle raison? Comprendre. C'était la seule chose qui commandait ses actes.
Il la força à se retourner, elle résista. Lorsqu'enfin ils se firent de nouveaux face, la petite brune roulait des yeux exorbités. Elle semblait sur le point de pleurer.
Il la regardait. Lentement il posa ses deux paumes sur les joues de l'asiatique, l’empêchant de détourner le regard. Il les pinça et tira.
Elle protesta de douleur, d'indignation et de surprise et propulsa le garçon par terre. Celui ci explosa de rire face à la réaction courroucée de la jeune fille. Elle le traitait de fou, elle était hors d'elle. Il comprenait sa réaction. Enfin!
- Là, c'est mieux non? Ça te vas mieux d'être en colère ou souriante que triste et seule.
Elle se stoppa surprise, le regardant sans comprendre. Il se rassit confortablement dans le sable et tapota le sol à ses côtés.
- Bien, et si tu me racontais ce qui te tracasses?
C'était sans aucun doute le plus long échange qu'ils avaient depuis le début, excepté les chants d'Elmeraud.
Feuille de personnage Âge: 13 ans Entrave: Obstruction du temps, des autres Métier: Tisserande/Couturière
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Lun 23 Jan - 18:40
Il a disparu. Il a disparu. Il a disparu. Ce songe si éphémère s'est sans doute envolé. Et pourtant, Sujin aimerait tourner la tête, jeter un coup d'oeil derrière elle, voir si l'enfant-océan est toujours là. Une partie d'elle l'espère... Car il ne chante plus, car sa voix s'est tue, et que son chant mélancolique n'est déjà plus qu'un souvenir. Et pourtant. Des pas, derrière elle, d'une agilité déconcertante, des pas qui la rattrapent peu à peu, rapidement, et une main qui l'attrape, voulant la forcer à se retourner. Non! Elle ne veut pas, elle n'obéira pas.
L'enfant-océan a néanmoins de la force, et parvient sans peine à la regarder dans les yeux. Elle se sent intimidée, inférieure, il la dépasse déjà d'une bonne tête. Non, elle ne pleurera pas! Seulement pour montrer qu'elle est forte, seulement pour dominer ses émotions, une fois pour toute. Un peu comme un acte de rébellion contre soi-même... Il pose ses deux paumes tiède, d'une chaleur agréable, sur les joues de la petite Coréenne, et, sans qu'elle ne s'y attende, lui tire les joues! Réaction déconcertante... Sujin a quelques secondes de surprise puis, violemment, le projette au sable, en colère. Bouillonnante, la gamine lui hurle des mots en Coréen, le traitant de tous les noms. Pour qui la prend-t-il?
Et, encore plus déconcertant, le jeune homme entre dans un fou rire. Sujin le regarde sans comprendre ; se moque-t-il d'elle? Quel étrange garçon! Elle qui le croyait dénudé de sentiments, il lui montre finalement qu'il ne l'est pas totalement... Veut-il la rendre folle?
- Là, c'est mieux non? fait-il. Ça te vas mieux d'être en colère ou souriante que triste et seule.
Triste et seule... Se préoccupe-t-il de ses sentiments? Triste? Oui, elle l'était... Mais tout cela, c'est à cause de lui. Il n'a qu'à exister! Seule? Elle l'est toujours. Sauf lorsqu'elle est avec Cali. Mais sinon...la solitude est son amie. En est-elle triste? Je ne sais pas.
Sa calmant enfin, le garçon s’assoit sur le sable, ses cheveux se perdant dans les tons de la plage, et Sujin se dit que sa place est ici, qu'il est bel et bien le fils de l'océan.
- Bien, et si tu me racontais ce qui te tracasses?
Il tapote le sol à côté de lui, souhaitant sans doute qu'elle s'y assoit. Sujin hésite, le regarde, regarde l'océan, la place à côté de lui, le sable, sa robe noire. Longtemps, elle hésite. Encore un choix à faire.
Elle s'assoit. A la bonne distance, pas trop près, pas trop loin. Elle n'est plus en colère... Les genoux en tailleurs, elle fait machinalement des petits monticules avec le sable. Qu'est-ce qui la tracasse? Elle s'immobilise, cherche ses mots. Lui jette un regard en coin. Il a vraiment l'air de s'en préoccuper. Il est beau, avec le soleil jouant dans ses cheveux. Elle souffle sur sa longue frange en pensant qu'elle devrait la couper. En même temps, ses yeux sont tellement sombres et effrayants qu'il ferait même fuir l'enfant-océan!
Elle ouvre la bouche. Aplatit le sable. Qu'est-ce qui la tracasse? Alors, tout simplement, comme si c'était une évidence, l'équation de maths la plus simple et la plus logique:
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Mar 24 Jan - 21:47
Elle paraissait hésiter. Il attendait. Elle regardait sa robe, la mer, la place que le garçon désignait, la plage puis encore sa tenue, qu'elle froissa avec ses mains. Il la regardait, attendant son verdict. Elle hésite encore, puis s'assied. Pas trop près, pas trop loin. La colère s'est envolé de son être. Elle l'observe, assise en tailleurs, caressant vaguement le sable, créant des petits tas dorés. Le jeune homme la regarde, de son regard en coin. Il attend une réponse. Il sait qu'elle la lui donnera. Il sent qu'elle la cherche en elle même. Mais maintenant, quelle sera-t-elle? Elle souffle sur sa longue frange. A quoi peut elle bien penser? Elle ouvre la bouche. Aplatit le sable. Elle le regarde. La réponse fuse, comme la conclusion logique d'une addition quelconque.
- Tu n'existes pas.
Instant de pause. Instant de silence. Tout deux se regardent. La demoiselle tient bon. Le garçon la fixe, neutre, sans expression. Réponse étrange. Il croit toucher un peu plus l'essence de l'inconnue. Percevoir mieux son problème, son véritable problème. Et puis, hilarité. Rire frais, rire vrai. Étrangement, Elmeraud s'interroge. Il rit. Il n'est pas heureux, il ne ressent rien, mais il ne peux s'en empêcher. Néanmoins ce n'est pas comme d'habitude. Ce n'est pas un sentiment, mais c'est différent de tous les jours. C'est "mieux". Se rapproche t il de son bute? Il s'en fiche. Il devrait répondre à la petite brune qui le regarde. Croit elle qu'il se moque? Il n'en ait rien pourtant. C'est juste qu'il n'arrive pas à s'empêcher de rigoler. Son corps se modifie. Un changement se produit en son ventre et ses joues. Il est dit que rire beaucoup rallonge la vie, mais que cela fait mal au bout d'un certain temps. Il ne ressent pourtant pas cette douleur. Il s'écrase, ses cheveux se perdent dans le sable. Si les anges existaient, certainement porteraient ils son visage. Un visage souriant, un visage d'enfant en cette unique instant. Il ferme les yeux. Les bruits cristallins cessent de se mêler au vent, aux gouttes qui recommencent à tomber. L'enfant est allongé là, par terre, dans ce territoire qu'il a fait sien rien que pour ce bref moment. Pour une heure, un jour. Quelque minutes peut être? Nul être ne mettrait en doute que c'est sa place naturel. Il semble fait pour cet endroit, né ici, près de la mer, et ne jamais en avoir bougé.
Il regarda l'asiatique, toujours couché dans le sable. Pourquoi bouger? Son nom. Cela lui semble plus important désormais que ça ne l'était avant. Mais il doit d'abord comprendre et guérir. C'était lui l'investigateur de la question, elle lui avait répondu, il se devait de réagir. Il se met sur un coude. Ses cheveux son parsemés de paillettes étincelantes, sa peau recouverte de perles de verre. Il n'arrive pas à se défaire de son sourire.
- Bien sûr, commença t il le plus sérieusement du monde.
Rien ne servait de nier l'évidence même. Il n'avait pas d’existence en ce monde. Du moins aucune qui vaille le peine d'être vécue. Il s'assied enfin, sur les genoux. Lui fait face, se rapproche. Il lui prend la main. La regarde.
- Je n'existe pas, tout comme toi. Il pointe un doigt vers elle. Qu'est ce qui fait que nous sommes réels? Qu'est ce qui fait que nous ne le sommes pas? Rien n'est réel tant que l'on ne choisit pas que ça l'est. N'es tu pas toi même rien d'autre qu'une illusion?
Des questions, c'est la seule chose qu'il savait faire en plus de jouer la comédie. Il ferma les yeux et sourit. Il avait dans la voix les intonations d'un adulte las qui en a déjà bien trop vu, largement plus que ce qu'il ne pouvait supporter.
- Tu as raison, je n'existe pas en tant qu'être humain, lança t il dans un sourire, j'existe en tant qu'émeraude. Et toi?
Feuille de personnage Âge: 13 ans Entrave: Obstruction du temps, des autres Métier: Tisserande/Couturière
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Dim 29 Jan - 21:33
Bien sur qu'il n'existe pas! Voyons, Sujin, c'est l'évidence même! Elle le fixe. Suite à sa réponse, va-t-il enfin disparaître? S'évanouir pour ne plus jamais la voir? Sans doute... Comme toutes les apparitions, comme est dicté le rythme de la vie selon Sujin. Lui aussi la fixe. Vide vide vide. Si vide! Réagis, bon sang... La jeune fille veut une réaction, elle veut qu'il lui parle, qu'il la frappe, qu'il pleure, qu'il chante...
Il rit. Aussi étonnant et saugrenu cela soit-il, il rit. Il existe plusieurs sortes de rire. Le rire moqueur, le petit rire nerveux, le rire d'hystérie, le rire franc et joyeux, ou encore le fou rire. Mais celui-ci n'appartient à aucun de ses groupes... Non, c'est un rire on ne peut plus étonnant, propre à lui-même. Toujours pris de ce rire aux accents enfantins, il tombe en arrière dans le sable, soulevant un milliard de petites particules sableuses, qui ne se voient même pas dans les tons estivales de sa chevelure... Angélique, jeune et vieux en même temps, le temps se perd dans son visage rieur, où une note de gravité semble s'être évanouie. Enfin calmé, il se redresse sur un coude, toujours souriant, ces yeux francs et curieux, plus magnifique que jamais. Sujin est comme suspendue à ses lèvres : quelles paroles va-t-il prononcer? Quels mots sortiront de sa bouche, rompant ce doux silence rythmé du flot des vagues?
- Bien sur.
Tels sont ses premiers mots ; sérieux et tout sourire. Cela est donc vrai... Bien sur. Il n'existe pas, et la jeune Coréenne se sent plus seule que jamais, fatiguée et lasse. Mais le jeune garçon ne semble pas avoir terminé... Il se rapproche un peu, se met à genoux et attrape sa main. Un instant, Sujin pense à la retirer ; à quoi bon rester avec l'illusion? Mais la chaleur qui se dégage de sa main paraît si humaine, si vivante! Elle ressent même les pulsations dans ses veines, le sang projeté dans ses doigts ... ou alors n'est-ce encore que le fruit de son imaginaire.
Bien sur.
- Je n'existe pas, tout comme toi.
Il pointe le doigt de sa main libre vers elle... Elle? Ne pas exister? C'est la première fois que quelqu'un lui dit ça... Il ment. Il ment. Elle ne peut pas ne pas exister. Tout son monde s'écroulerait. Sans elle, il n'y aurait rien. Ce ne serait plus qu'un vide immense, le néant. Sujin existe, c'est obligé!
- Qu'est ce qui fait que nous sommes réels? Qu'est ce qui fait que nous ne le sommes pas? Rien n'est réel tant que l'on ne choisit pas que ça l'est. N'es tu pas toi même rien d'autre qu'une illusion? poursuit-il.
Des questions...tant de questions... TROP de questions! "N'es tu pas toi même rien d'autre qu'une illusion?" NON!! Sujin, effarée, roule des yeux, et retire vivement sa main. Elle se bouche les oreilles, non...non...
"J'existe!!!" veut-elle hurler.
- Tu as raison, je n'existe pas en tant qu'être humain, reprend-t-il en souriant. J'existe en tant qu'émeraude. Et toi?
Ce simple: "et toi?" comme si elle était comme lui. Comme si elle n'était qu'une vulgaire apparition. Instantanément, elle oublie ses yeux, elle ne le voit plus comme l'enfant-océan. Il n'est...qu'une illusion parmi tant d'autres... Mais pas comme elle!
- J'existe! Crie-t-elle sourdement, en lui lançant une poignée de sable à la figure violemment.
Elle se relève, comme pour appuyer ses propos.
- Je suis Sujin, et sans moi tu n'es rien! Rien! Tu comprends?! Lui hurle-t-elle comme si elle voulait qu'il imprime ces paroles au plus profond de lui. C'est moi qui fait que tu existe, que tu sois là! Je décide de tout, tout! Tu n'es...qu'une apparition...
Elle lui jette un regard triste et haineux, embrouillé par les larmes.
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Mar 31 Jan - 22:27
Elle ne parut pas aimer sa remarque. Jusqu'ici, elle avait suivi, même lorsqu'elle ne comprenait pas vraiment les questions du jeune homme. Du moins c'est ce qu'il lui avait semblé. Oui mais voilà, l'incompréhension entraine la colère. Colère violente, comme bien d'autre l'ayant déjà précédé. Elmeraud commençait à s'habituer. Saute d'humeur. Joie, curiosité, désespoir, surprise, incompréhension, colère. L'enfant avait rarement vu un tel défilé de visages en si peu de temps. Colère buté. Persuadée d'une chose, se voilant la face, n'en comprenant pas une autre, c'est ainsi qu'elle lui répondait. Il en était sûre. Elle ne comprenait pas ses interrogations. Elle ne pouvait pas les comprendre. Peut être parce qu'elle ne comprenait pas le mal qui la ronge? Il parait que tout le monde en a un au village.
- J'existe! hurle t elle.
Explosion de paillettes. Un nuage doré cache la vision du jeune blond pendant un court instant. Sable doux jeté cruellement au visage par une main furibonde. Main d'enfant. Il ferme les yeux. Le soleil pâle se reflète dans chaque fragment de terre. Sol tendre qui l'avait si aimablement accueillit. Leur pureté l'éblouit mais il se sait seul à la contempler. Perdu dans ce spectacle grotesque il n'entend plus les mots de l'asiatique. Il est seul, sur cette étendu d'or, les yeux clos, la respiration régulière. Il le sent. Elle continue à déverser sa colère.
- Disparais!
Une phrase qui le ramène à la réalité. Pendant un instant, il a eu l'impression de voguer. Peut être s'endormait il qui sait? Serait il allé dans le reflet dans ce cas?
Il rouvre les yeux. Elle est debout, devant lui, furibonde. Il la regarde. Elle semble le haïr et pourtant sur le point de pleurer. Si ce n'est pas déjà réellement le cas. Disparais. C'est une chose qui dans le Rêve serait faisable. Pas dans la réalité. Que faire? Même s'il le voulait - et ce n'était pas vraiment le cas - il ne pourrait pas accéder à sa requête. S'il avait pu, il aurait presque eu pitié de la demoiselle. Mélanger peine et colère. Désir et crainte. Voilà quelque chose de bien étrange et de dur à vivre, semble t il.
Elle pleure, sur son visage, dans son cœur. Est elle toujours perdue?
L'enfant se lève, il se positionne droit, en face d'elle. Elle l'observe dédaigneusement. Comment pourrait il s'en offusquer? Le devait il seulement? Il s'approche, elle semble se raidir. Que ressent elle? Il pose une main sur sa joue. Cette fois il ne les tirerait pas. Du bout du doigt il essuie une larme désirant échapper à sa prison de chair. Sur cette joue humide où les sentiments laissent des traces que le temps n'a pas encore effacé, sur cette peau rosie et humide, il y dépose un baiser. Une fleur de printemps annonçant la fin de l'hiver et le commencement du renouveau. Il plonge ses yeux océan dans les yeux gris du ciel. C'est la première fois qu'il les voit vraiment. Ils sont beaux. C'est ce qu'il se dit. Il reste un long moment à les contempler puis sourit.
- Je ne peux pas.
Sur ces mots il se retourne vers son dessin, situé désormais à plusieurs mètres des enfants. Il s'y dirige pour le finaliser. Il s'assied dans le sable, en face de sa création. Il semble ne jamais avoir quitté cette place. Peut être était il né ici qui sait? Cette pensée le fit sourire, pas qu'elle fut drôle, mais tout simplement parce qu'elle était stupide. Et pourtant, s'il avait pu aimer une chose en ce monde, ça aurait été cette pensée incohérente, non, ce lieu, cette journée même, différente de toutes les autres dans l'univers.
En face de la jeune fille, seul reste un lapin blanc à la fleur fanée, tombé lors de l'hilarité du jeune garçon. Le trésor des souvenirs d'Elmeraud.
Comment a t il pu l'oublier, cette chose si précieuse?
Feuille de personnage Âge: 13 ans Entrave: Obstruction du temps, des autres Métier: Tisserande/Couturière
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Dim 5 Fév - 17:24
Et il se noie dans sa colère, et il se perd dans les méandres de son esprit, il semble se fondre dans l'éclat des grains de sable. L'écoute-t-il? Entent-il sa rage? Ses paroles furibondes qui veulent transpercer cette coquille? Non, Sujin en doute... Il n'est plus là. Enfin si, mais il l'a oubliée... Non. Il rouvre les yeux. Ses yeux si beaux, purs et éclatants qu'ils font flancher la Coréenne, déstabilisant jusqu'à sa colère elle-même. Sujin pleure désormais sans gêne, le coeur remué et secoué, prit dans une interminable tempête. Elle aussi, elle veut fermer les yeux. Elle aussi, elle veut s'écrouler dans le sable et s'oublier. Mais les émotions maîtrisent son corps, quand elle n'a plus même la place d'exister. L'Enfant-Océan se lève, plein de grâce et de sérénité. Un instant, Sujin en est presque fascinée, presque entièrement calmée, mais la larme qui coule sur sa joue humide la ramène à cette étrange situation, à cet ouragan, à cet enfant qui lui a dit qu'elle n'existait pas, qui a remué son monde ordonné. Il est droit, si calme, si calme! Ses cheveux forment comme une auréole autour de sa tête, ondulant au rythme de la légère brise matinale. Il est là, toujours là. L'enfant-océan ne partira-t-il donc jamais? Sujin en est étrangement réconfortée. Les apparitions sont si étranges... Elles dépendent de son esprit, et pourtant... Pourquoi sont-elles si imprévisibles?
Oui, si imprévisibles... Le jeune garçon essuie délicatement une larme, comme on retirerait une fleur fanée, si délicatement que la petite Coréenne ne peut s'empêcher de sourire pauvrement, attendrie par ce geste plein de douceur.
Si imprévisible... Il se penche alors toujours aussi délicatement sur sa joue humide comme la rosée, encore trempée de larmes, et y dépose le plus doux des baisers. Il sonne comme une lame enfoncée dans la poitrine de Sujin, une lame finement cisaillée, petit coup au coeur, étrangement exquis.
Elle est si petite, et le monde si grand.
L'Enfant-Océan regarde le ciel comme on regarde son père, avec plein de fierté et d'admiration, un peu de crainte aussi. Il regarde le ciel avec tendresse, on dirait qu'il communique même avec lui.
- Je ne peux pas, dit-il de sa voix qui parait si mature et âgée.
Il ne peut pas. Disparaître? Alors... est-il réellement vivant. ? Est-il cet Enfant-Océan qu'elle imagine. ? Elle a juste besoin d'une certitude. En a-t-elle? Il ne disparaîtra pas. Oui, c'en est une, de certitude. Il est juste...plus qu'une apparition. Oui. Oui! Sujin a cette folle envie de passer la tête à travers la fenêtre d'une voiture, de sentir le vent lui fouettant le visage, de se sentir en vie.
Le jeune homme, lui, se dirige toujours aussi gracieusement vers son dessin, son oeuvre insensée qui fut plus tôt le début d'une ribambelle de sentiments. Oui, ce dessin qui est à l'origine de tout. Ce dessin a fait rire, fait pleurer Sujin. Ce dessin est la clé de cette rencontre. Ce dessin... Peut-être a-t-il plus de signification qu'elle ne le pense? Peut-être n'est-il pas aussi laid?
Elle veut s'avancer, elle veut admirer ces tracés dans le sable qui sont venus la remuer jusqu'aux tréfonds de son âme! Mais il y a au sol quelque chose, que Sujin récupère en se penchant. Curieuse, elle le tient entre ses doigts, toujours accroupie. C'est un lapin auquel est attachée une fleur fanée. Quel drôle d'objet! La fillette ne cherche pas à savoir si c'est beau ou laid. Elle sait juste qu'il appartient à l'Enfant-Océan, elle sait juste qu'elle doit lui donner.
Alors, tentant d'imiter la grâce du jeune homme, elle s'avance vers lui, le lapin dans la main, et s'accroupit à ses côtés tout doucement. Comme un signe de paix, comme un "merci" silencieux - mais pourquoi le remercie-t-elle? elle ne le sait même pas - , elle lui tend l'objet, un petit sourire aux lèvres.
Alors, aussi imprévisible que le baiser du garçon, un mot franchit les lèvres de la Coréenne:
- Désolée.
C'est la seule chose qu'elle aie envie de dire, le mot qui lui est venu spontanément. Mais aussi, et surtout... la première fois qu'elle le prononce. Non, jamais auparavant elle ne s'était excusée pour quelque chose...
Sujet: Re: ♫♪ When I forget why I'm, I look the ocean ♪♫ Lun 6 Fév - 21:02
Dans les sillons où se reflète le mensonge, tu continues de chanter et danser. Vis et souris tant que tu le peux encore, car lentement la haine du vilain petit canard te dévore.
Lentement, il finissait ses tracés dans le sable. Formes indistinctes de Rêves égarés, de souvenirs sombres et entremêlés qui lentement s'effaçaient de la mémoire du jeune homme. Oublier. Seules des bribes de chants étrangers s'impriment dans sa mémoire. Il avait déjà chanté tout ce qu'il connaissait, tout ce dont il se souvenait. Alors il reprenait en boucle et murmurait parfois. De ses petits doigts frêles et pâles, il caressait le sable comme un homme son amante, faisant glisser les grains dorés au rythme de ses lèvres et du son clair et brumeux qui en sortait.
Il entend un vague bruissement à ses côtés. Une odeur familière, autre que celle de la mer. Une odeur nouvelle mais qu'il a déjà retenue. La petite fille, l'asiatique. Il sait qu'elle est à ses côtés, de nouveaux. Il continue de dessiner. Il a presque fini. Regarde t elle son dessin ou attend elle? Que veut elle? Dans une dernier froissement de tissu et de sable, elle lui tend la main et il finit son mirage. Lentement, il tourne son visage. Il la regarde. Elle lui tend un objet. Il le regarde. La forme lui est commune. Un lapin avec une fleur fanée. Sale. Son lapin. Celui qu'il avait en arrivant à Espérance. Son seul souvenir et le seul qu'il accepte. Le seul qu'il n'oublie pas. Il le prend et le met dans sa poche. Il ne se souvenait même pas l'avoir perdu. Le jeune fille sourit. Il l'observe de nouveau. A t elle déjà souri ainsi devant lui? - Désolée.
Le jeune garçon la regarde sans comprendre. Pourquoi s'excuse t elle? A t elle fait quelque chose de mal? En tout cas, elle semble allé mieux. Quelque part, cela rassure le garçon. Il ne comprend pas vraiment mais il le sent, ces petites variations dans son être. Des sentiments? Pas tout à fait. Mais ce n'est plus rien non plus. Peut être devrait il la remercier? Il sent grâce à elle, une petite évolution. C'est sans doute la première fois qu'il n'est pas "à part." Alors il sourit comme elle lui sourit. Un sourire discret, un remerciement muet. Et s'il lui demandait son nom maintenant? C'est peut être le moment? Mais il n'ose pas. Depuis le début de leur rencontre, il y a cette ambiance étrange qui règne entre ces deux enfants. S'il parlait, s'il demandait, est ce que la magie se briserait? Il y a tant de questions qui s'agitent dans sa tête. Il ne peut en dire aucune sans choisir la bonne. Il ne sait plus comment définir la fille qui lui fait face. "Amis". Peut être que ça y ressemble. Qu'en sait il? Et s'il lui demandait ça?
- Veux tu... ?
Non. Que veut elle?
Finalement, il détourne le regard. Il réfléchit mais ne trouve rien. Il se lève. Il n'a toujours pas vu son dessin. Il prend de la hauteur et le contemple en intégralité. Il y a des mystères en ce monde que jamais l'enfant ne comprendra. Ses propres créations en font partis. Cette fille aussi. Tout cela n'était il pas une clé? Il le sait. Ces formes qu'il ne comprend pas, elles reflètent son cœur, ses souvenirs, sans doute. Son passé. "Laid", c'est ainsi que la fille l'avait décrit. Mais quelle que soit son étrangeté, sa lumière, ses ténèbres, ou la signification de tout cela, pour Elmeraud, ce n'était ni beau ni laid. Juste neutre. C'était lui. Il sourit face au dessin fini.
Alors il tend la main vers la demoiselle toujours accroupie dans l'étendue d'ambre, comme pour lui dire: "Viens, regarde toi aussi." Elle l'avait trouvé laid. Serait ce toujours le cas? Il voulait qu'elle le voit, de nouveau, lui, fini.
Maintenant Elmeraud savait, tout comme ses souvenirs, tout comme ses dessins, la jeune fille était importante. Car elle avait aidé Elmeraud. Il se sentait plus humain depuis qu'il l'avait vu, qu'elle l'avait interrompu. Et il le voyait. L'ambiance du sable qui accueillait ses tracés n'était plus tout à fait la même.