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.Space March Hare. [Lièvre de Mars]

Résine
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MessageSujet: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Dim 1 Avr - 18:37

« "Chaque heure fait sa plaie et la dernière achève !"
Oui, c’est bien vrai, la vie est un combat sans trêve.
»
T. Gautier.
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Quelle idée de venir ici. Elle n'aurait jamais eu le millième d'une once de raison de poser ses pieds nus dans un tel endroit. Mais aujourd'hui était un de ces jours où les lubies font ce qui leur plaît, et l'une d'entre elles consistait à s'entraîner au basket. Autant dire que si Résine avait déjà touché à un ballon râpeux et orange carotte dans sa vie, elle ne s'en souvenait pas.

Elle s'était un peu perdue avant d'arriver face au complexe sportif. Le village était petit mais dense, ensoleillé mais étroit. Il faisait d'ailleurs plutôt chaud ce jour-ci et la jeune fille avait décidé de ne pas s'occuper des champs ; les salades n'avaient pas besoin d'elle pour pousser plus qu'elles s'y essayaient d'elles-mêmes. Parce que dans la matinée elle était restée enfermée dans sa chambre à griffonner des esquisses qu'elle n'avait pas réussi à terminer, cet après-midi se déroulerait dehors. Il fallait qu'elle se dépense de sa frustration artistique. D'ordinaire, cette nécessité du sport se faisait rarement ressentir et le trop-plein d'énervement s'évacuait avec un bain chaud ou une discussion avec les pies du coin -guère bavardes, quoi qu'on en dise. Il faut croire que la conjecture faisait qu'une large balle s'était retrouvée entre les mains de la gamine.
Sensible aux dangers d'une pratique peu commune, Résine était passée par la case étirements. Elle se débrouillait peut-être mieux quand il fallait se tordre dans tous les sens que lorsqu'il fallait viser le panier. Et vas-y que je secoue mes bras en moulinets, que je fais craquer mes cervicales en tournant la tête, que j'exécute des flexions avec le buste droit en soufflant fort... Ne vous méprenez pas, elle n'effectuait ces mouvements que parce qu'elle les a remarqués chez d'autres personnes. Elle fit trois tours de terrain avant de s'arrêter parce qu'elle se sentait fatiguée. Et puis elle fit face au panier.

Il était vraiment haut. À moins que ce ne soit elle qui soit vraiment petite. Avec son panneau blanc sale et son cadre rouge. Le filet était déchiré à la base, comme si les joueurs précédents avaient déchiré les fils en marquant un dunk. Sport de brutes. Sur le parterre cuit par le soleil, Résine sentait ses plantes de pieds la brûler légèrement, si bien qu'elle faisait des pas chassés entre chaque tir. Elle s'essaya une fois, deux fois, dix fois, sans doute plus. Parfois, la chance du débutant était de son côté, alors elle marquait. Elle tira de très près, de très loin, les yeux fermés ou de dos, en sautant et en tournant. En tombant aussi. Vue de loin, la rouquine devait davantage faire penser à une gymnaste de GRS inexpérimentée avec sa balle qu'à un basketeur. Mais elle persévérait dans ses essais.
Il arriva que la balle s'enfuit vers les bords du terrain mais, trop épuisée pour aller la rechercher, elle s'assit en tailleur face à ce maudit panier. Elle était en sueur et ses cheveux lui collaient sur les tempes et le front. Le souffle lui manquait. Lorsqu'elle avait trébuché, son genou avait raclé le sol et l'égratignure montrait désormais quelques points de sang. Elle essuya la mince plaie avec le revers de sa main.

Et puis il y eut un courant d'air inhabituel. Son échine frissonna. Résine sentit qu'elle n'était plus complètement seule dans son espace vital, ce qui l'inquiéta. Mais lorsqu'elle tourna la tête, avec l'éclat du soleil et ses prunelles un peu troubles, elle ne vit qu'une grande ombre, comme apparue devant elle. Et pas de ballon pour le lancer dessus, par réflexe de défense.

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Dieu est placé hors de l'atteinte des maux ; vous, au-dessus d'eux. »
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Lun 2 Avr - 14:18


I have to inhale.

    Il faut que je respire.
    Je suffoquais avec toute cette chaleur et mon masque n'arrangeais pas les choses. Vêtu d'un large jean et d'un débardeur je cheminais le long des immeubles restant le plus possible à l'ombre et évitant les grandes allés. Ca y est, a présent on pouvait dire que c'était le printemps. Finit la buée sur les fenêtres, les muscles raidis par le froid, la mauvaise humeur peint sur les visages. Maintenant il y a un soleil étouffant, une humidité pesante, des travaux a chaque coins de rue et du monde partout. Je devais me calmer les nerfs sinon, qui c'est ce que je pouvais faire comme bêtises en dehors du contexte militaire. Voyons… Quel lieu est désert quelque soit le temps? Il me semble avoir toujours vu le terrain de basket vide meme lorsque le ciel était dégagé. Je dois m'y rendre.
    Alors je me mis a courir. De grandes enjambées, le front suant, mon débardeur me collant a la peau, mon souffle s'accélérant, j'avais besoin de respirer.
    Ca y est. J'avais atteint le terrain.
    Je suait comme un porc et ma respiration ressemblait au grognement d'un ogre. Je devais faire peur a voir mais, peu importe, je suis déjà un "monstre". Mais je perçus un autre bruit, en plus de ceux que dégageait mon corps… cela semblait être le son d'une balle rebondissant contre le béton brûlant. Je me dressa et regarda aux alentours. Je ne mettais pas tromper, je vois la balle rouler lentement sur le sol, mais qui a bien pu la la lancer? Ne me dîtes pas que je ne suis pas seul?! Affolé, j'essaya de percevoir par mon odorat une quelconque présence humaine.
    Une silhouette.
    Il faut que je me calme. Je suis sur les nerfs, je vais exploser, je ne parviens plus a respirer. Ma vue se brouille. Je tente de toucher, de mes mains tremblantes, les armes qui, habituellement, pendent a ma ceinture. Rien. Seulement des armes blanches, pas de grenades, pas de revolver. Merde! C'est a cause de cette chaleur.
    Un moment de faiblesse, un évanouissement, le noir.

    Qu'est ce qui m'arrive en ce moment? Ma tension remonte souvent au dessus de la moyenne et je m'évanouis de plus en plus. Serais-je malade? En tout cas, ca ne peux plus durer, je suis censé pouvoir supporter toute sorte d'attaque, toute sorte de torture, toute sorte de souffrance. On est en guerre bon sang! , mes efforts ne doivent pas être perdu a cause d'un essoufflement au coeur. Ce n'est pas possible. Je dois me ressaisir.

    Mes yeux s'entrouvrit et pendant un instant le soleil m'éblouit. De cette lumière blafarde ce démarqua une silhouette noir, la même que tout a l'heure?
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Lun 2 Avr - 20:25

« L'Homme pâle repense aux fleurs des Tuileries
- Et parfois son oeil terne a des regards ardents...
»
A. Rimbaud.
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Un arbre, voilà tout. L'ombre n'avait été qu'un arbre. Quelle honte de s'affoler pour si peu. Mais est-ce que qu'un arbre peut se dresser subitement au noir milieu d'un terrain de basket et, en plus, s'effondrer sans un mot à quelques mètres de vous ? Et est-ce qu'un tronc prend une forme humaine une fois qu'il a touché le sol ? A priori, non, sauf s'il ne s'agit pas d'un végétal.
Chiottes. C'est un homme.

Résine se redresse. Elle s'essuie le front d'un revers de la main et puis s'approche, vaguement pressée par les circonstances et pourtant encore méfiantes. Dilemme. Voler au secours d'un inconnu ou voler vers le village pour tenter de ramener quelqu'un qui fera le boulot. La rouquine n'a pas son diplôme d'infirmière, ni de quoi que ce soit qui puisse se révéler utile dans un cas pareil. Insolation, certainement. Ou quelque chose avoisinant. Ce soleil est une vraie plaie pour ceux qui ne s'en protègent pas.
Allez gamine, avance encore un peu.
Elle ne l'a jamais vu, ça non.
Un garçon aux cheveux sombres, aussi trempés que son débardeur, avec le torse fou d'une respiration devenue impossible. Il est maigre et la peau de ses bras est loin d'être immaculée. Résine se retient de le bousculer du bout du pied, juste pour voir s'il peut encore bouger. Le fait qu'il entrouvre ses yeux alors qu'elle est penchée au-dessus de lui suffit à confirmer l'hypothèse que, si elle ne fait rien, elle se retrouvera avec un pruneau sec sur le carreau. Tant bien que mal, elle tente de réguler les battements de son myocarde, cette adrénaline qu'elle ne parvient à contenir qu'à grand peine. Bouge, fillette. Trouve quelque chose.

Elle s'échappe sans un mot vers le mur d'enceinte du complexe, celui qui longe le terrain et dans lequel est incrusté une rangée de robinets, à hauteur de nombril. Il n'est plus question de ballon et de dribbles. Quand elle y arrive, Résine s'arrache un morceau de sa robe dont elle s'était servi pour cacher un vieux trou, le passe sous l'eau. Dans ses paumes, le chiffon ploie sous le poids du liquide et s'assombrit. Une fois gorgé d'eau, elle le ramène en courant auprès du garçon et, sans délicatesse, éponge le front de l'évanoui, le rafraîchit. Ce n'est peut-être pas très agréable pour la créature qu'il y a en dessous mais c'est mieux que le soleil. Accroupie à ses côtés, la rousse observe avec davantage de minutie le corps étendu. Pourquoi porte-t-il un masque avec cette chaleur ? Et ces éclats argentés à la ceinture ? Personne à Espérance n'est autorisé à se promener avec des armes sur lui.
Vous vous demandez sans doute pourquoi Résine ne ressent aucune peur face à ces instruments. Pourtant, ce n'est pas qu'elle n'y fait pas attention mais, à ses yeux, tout porteur d'armes a avant tout les mains sales. Et les gens qui ont les mains sales, avant d'être des dangers, rassurent Résine sur sa propre crasse. C'est son entrave qui veut qu'elle pense ainsi. Le garçon aura beau la mettre mal à l'aise, elle ne craindra pas de le toucher et de lui contaminer sa laideur. Entre gens souillés, on se comprend. Dans une certaine mesure. Étonnante façon d'envisager les choses.

« Vous allez étouffer avec cette chose... Il faut... »

Tirer dessus. C'est exactement cela. Pour une bonne respiration, il faut deux poumons, deux bronches, une trachée et une bouche et un nez dégagé. Le jeune homme n'a pas ces derniers, évidemment qu'il se sent mal. Abandonnant l'étoffe sur les yeux de l'inconnu, Résine saisit à deux mains le masque qui l'étouffait et entreprit de l'arracher...

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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Mar 3 Avr - 18:00

    Mes yeux se refermèrent sous la pression d'un tissu mouillé contre mon front. Que c'est apaisant… Quelques gouttes d'eau perlèrent derrière mon oreille et le long de ma chevelure. Malheureusement, ce plaisir fut bref car le soleil ardent avait déjà tiédit l'eau et avait asséché le bout de tissu. Je devais reprendre mes esprits. Ou suis-je déjà? Ah oui… Et la silhouette? Ah… elle est a côté de moi… Quoi?!! Effectivement, elle approchait douteusement ses mains de mon masque et, pour avoir connu cette situation des millions de fois, je savais précisément ce qu'elle avait en tête et cela ne me plaisait pas du tout.
    Je tenta maladroitement de me relever tout en dégageant ses mains d'un revers du bras.

    -Ne me touche pas!! crachais-je avec le peu de souffle qu'il me restait.

    Après avoir tangué quelques secondes, je pris appuis sur un muret pour me stabiliser et regarda en direction de l'ennemi. D'abord, essayer de reprendre mon souffle. Si elle veut tenter une attaque au moins je serais disposé à riposter. Ensuite, identifier le type d'ennemi. Un… une jeune fille donc une force physique plus faible, aucune arme, … Tandis que je calculais minutieusement mes chances de réussite et que je me forçais a respirer convenablement je me devais de gagner du temps. Et quoi de mieux pour cela que d'engager une conversation? Bien que ce n'étais pas le domaine dans lequel j'étais le plus qualifié, je savais ce qu'il fallait dire pour gagner la confiance de l'ennemi.

    - Je… je m'excuse de ma réaction… hannn pfff…. Je ne t'ai pas effrayé j'espère? … dis-je de ma voix enrayé a demi haletante.

    C'est étrange… même si ce n'est fondé que sur une de mes ruses, savoir que je vais tenir une conversation qui ne parle ni de haine ni de violence me… soulage. Je n'ai plus l'habitude. Je passa la main qui ne me soutenait pas sur mon visage afin de vérifier si mon masque était toujours en place. C'est bon.
    Le soleil frappait toujours aussi fort. Au loin, je percevait l'aboiement écorché d'un chien errant suivit du sifflement mélodieux d'un rossignol sur sa branche. Le printemps… jour néfaste.


[ps: juste, normalement on ne voit ni mon front ni mes yeux, en faite on ne voit pas du tout mon visage, je suis désolé si mon avatar t'as porté à confusion.]
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Mar 3 Avr - 19:51

Spoiler:
 


« Et le beau mois de mai dont le rayon nous leurre,
Prend le masque d’avril qui sourit et qui pleure.
»
V. Hugo.
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Recule. La personne qu'il y a là-dessous semble aussi aimable qu'une porte de prison ; elle pourrait te faire sauter quelques doigts.
Résine n'oublie pas que, évanouissement ou pas, quelqu'un qui a l'habitude des armes peut s'en servir même si son cerveau a disjoncté à moitié. Ainsi veulent les réflexes. C'est comme si la mémoire du corps prend le pas sur celle de l'esprit. Et les automatismes appris se passent de toute conscience morale.

Pourtant, malgré la surprise toute mêlée de déplaisir, la rouquine sentit que le garçon peinait encore beaucoup. L'exploit nécessaire à son redressement méritait une certaine estime. Elle le suivit des yeux sans oser s'approcher davantage, encore un peu perturbée par sa réaction. Elle ne devait pas être la seule à avoir essuyé un refus aussi brusque. Mais elle l'avait un peu cherché tout de même ; il doit y avoir une bonne raison à porter un tel masque alors que le soleil tape fort. Une intolérance à la lumière ? Non, il n'aurait pas le reste du corps visible de cette manière. Un visage effrayant ? Qu'est-ce que cela pouvait bien faire ? Ce n'est pas comme si les belles apparences étaient une chose universelle. Un refus de l'extérieur ? Plausible. À vérifier. Ou pas, parce que ce n'était pas la curiosité qui fait le principal trait de caractère de Résine. Pour l'instant, elle cherchait juste à éviter une nouvelle chute sur le béton.

« Je ne t'ai pas effrayée, j'espère ? »

Oh. Voilà qui est étonnant. Si, bien sûr qu'il l'avait effrayée. Pas au point de s'enfuir en courant, mais pour une première approche il y avait mieux. Enfin, elle lui avait aussitôt pardonné car elle savait qu'elle était en faute et non lui. Jusqu'alors encore accroupie, Résine fit un pas vers le garçon. Elle ne se risqua pas à tendre la main vers lui, par prudence plus que par rancune. Il y avait une pointe d'appréhension ; allait-il encore la renvoyer avec colère, pensant qu'elle cherchait toujours à le défaire de son masque. Il vérifia d'ailleurs lui-même s'il était toujours à sa place. Il ne bougera plus, du moins pas à cause de la gamine, ne t'en fais pas.

« Hé, ça va aller. Je ne recommencerai pas. »

Résine n'avait guère l'habitude de passer pour la méchante. Enfin, méchante... C'était juste une position de domination qu'elle n'avait jamais expérimenté. Et pour ainsi dire, elle ne se semblait pas très à l'aise dans ce rôle-là. Et puis, ce n'était pas dans ses habitudes non plus de faire autant attention à quelqu'un. Malaise ou non. Secourir, ce n'est pas sa tasse de thé, parce qu'elle n'ignorait pas qu'elle était plutôt inutile.

« Vous ne préférez pas vous asseoir à l'ombre ? Vous êtes encore faible. »

D'un mouvement de tête, Résine désigna un banc sous un arbre, au pied duquel avait roulé le précédent ballon de basket, délaissé momentanément. Il ne servirait peut-être plus de l'après-midi. Il y avait des priorités un peu plus... prioritaires. Faisant mine de s'éloigner, la jeune fille espérait qu'il la suive sans la poignarder, par mégarde ou lubie passagère dirons-nous. Elle ne pouvait pas être un soutien physique pour l'instant. Il devrait se débrouiller seul pour la rejoindre. De toute façon, ce n'est pas comme s'il aurait besoin d'elle pour ça. Elle passa dans l'ombre de l'arbre en deux trois enjambées. Aussitôt, le vent se fit sentir, rendu léger par l'absence de ce soleil écrasant. Il y avait peut-être eu le grognement d'un cabot ou la mélodie fluette d'un moineau mais, dans la brise, tous ces sons se confondaient.


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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Dim 8 Avr - 16:25

    - Hé, ça va aller. Je ne recommencerai pas.

    Me voila rassuré. Je n'aurait pas été suffisamment en forme pour esquisser une nouvelle approche. Je m'attendais pourtant a ce qu'elle insiste… Attend-elle un autre moment de faiblesse et d'inattention de ma part? Pourtant, je ne crois pas pouvoir faire pire que maintenant. Le soleil me perce les yeux, mes oreilles bourdonnent, mes jambes… quelles jambes? Je ne les sens plus. Je ne dois rien laisser paraître, pas plus qu'elle ne croît savoir. Sinon, il va de soit qu'elle aura tout le pouvoir sur moi, tel un éléphant sur une fourmi. Voila que je me compare a une fourmi! C'est pathétique… Je voudrais me cacher tellement j'ai honte.

    -Vous ne préférez pas vous asseoir à l'ombre ? Vous êtes encore faible.

    Dit-elle en révélant d'un balancement de cheveux, un vieux banc en bois dont la peinture c'était effriter par le passage de la pluie, des enfants, des amoureux, … un vieux banc dissimuler sous l'ombre d'un cerisier… un vieux banc qui me donnait envie de m'y allonger, ressentant d'ici la fraicheur qu'y s'en dégageait. La jeune fille ouvrit la marche en sa direction, offrant son dos a mon poignard.
    Non.
    Pas maintenant, pas aujourd'hui. Essayons de faire confiance. Voyons ce que ça donne. Par coontre, il va de soit qu'au moindre mouvement brusque, je n'hésiterais pas a faire couler ma couleur préférée. Il faut, maintenant, que je tente de rejoindre ce dos, que je parvienne a la suivre. Une fois à l'ombre et assis, je pourrais reprendre des forces.
    Je dégage mon bras du muret et avance d'un pas. Je tremble, je crois que j'ai des fourmis dans les jambes. C'est désagréable… Mais j'avance. Doucement mais sûrement.
    Je vis la jeune fille s'asseoir sur les planches en bois. Elle se tenait droite, bien que sa robe eut été déchiré en un lieu, la demoiselle ne semblait pas en tenir rigueur et la laissait couvrir ses jambes sans chercher a cacher cet accroc. Des petites boucles rousses effleuraient ses épaules nues et son regard était le mélange de plusieurs teintes allant du gris au vert. Elle semblait plus jeune que moi, mais difficile a dire puis que cela doit faire une éternité que je n'ai pas vu mon propre visage. Est-ce que j'ai des rides? Est-ce que mes yeux sont bleues? … A vrai dire je n'en ai aucun souvenir, mais je sais que j'étais laid, laid a m'en écorcher le visage.
    Ca y'est. J'ai atteint le banc. Tout y est plus frais maintenant. Tout y est plus calme. On a une autre vision du terrain, on a l'impression de connaître tout les moments importants qui s'y sont passé. On a l'impression de connaître tout ce qu'a observer le banc depuis sont installation comme si on pénétrait sa mémoire. Des espoirs, des victoires, des promesses, des défaites, un terrain de basket.
    Cela fait combien de temps que j'y suis assis? Est-ce que cela fait longtemps que le silence c'est installé? Il faut que je lui dise quelque chose sinon je vais paraître ennuyant.
    Paraître… qu'est ce qui m'arrive, je ne me ressemble plus. Depuis quand je me souci du "paraître"?

    - Comment tu t'appelle? Qu'est ce que tu fais ici?
    J'avais toujours cru que ce terrain restait vide, mais finalement, il y a des gens soucieux de son inactivité et qui viennent lui rendre visite. Je crois que c'est la première fois que je vois un ballon rebondir sur sa surface.


    Disons qu'aujourd'hui je n'existe pas et que je me permet de ne pas être ce masque et d'être seulement ce visage écorché qui me répugne.
Résine
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Lun 9 Avr - 10:48

« Heureux est le grand arbre aux feuillages épais ;
Dans son corps large et sain la sève coule en paix
»
V. de Laprade.
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Il l'avait suivie. Et elle avait peine à le croire. Rien ne laissait présager le fait qu'il acceptât la présence de Résine, surtout après qu'elle avait tenté d'enlever son masque puis qu'elle l'avait laissé se débrouiller seul pour la rejoindre. Oui, la rouquine n'avait pas vraiment montré de signes révélateurs d'une attention grandiose, hormis pour le tissu mouillé. Morceau d'étoffe qu'elle avait d'ailleurs récupéré, le tenant dans sa main presque sans en avoir conscience. Elle le recoudrait plus tard parce que, pour le moment, le trou de chair blanche que cela avait découvert ne la dérangeait pas. Un peu tête en l'air. Son esprit se focalisait davantage sur le garçon arrivé près d'elle.
Sous l'effet de la fraîcheur retrouvée, il sembla se détendre. Chose simple à faire quand on pense que jusqu'à présent, il était au bord de l'évanouissement. Sous son habit moite, on apercevait la respiration se calmer au fur et à mesure, redevenir tranquille et régulière. À eux deux, on ne pouvait pas dire qu'ils se rendaient à une réception aristocratique. Bonne idée que ce banc. La prochaine fois, il faudra penser à la piscine, car une bonne noyade ôte tous les effets d'une insolation. Hm. Résine n'osait pas jeter de coup d'oeil trop insistants sur son voisin malgré sa curiosité et ses questionnements intérieurs. Peut-être valait-il mieux s'enfoncer dans le silence, le temps que tout revienne entièrement à la normale.

Ce sont ces secondes sans conversation qui permirent à la jeune fille de se relâcher elle-même à son tour. C'était un peu comme son milieu naturel, celui dans lequel elle se retrouvait des heures durant, que ce soit aux champs ou dans sa chambre, avec comme unique correspondant des petits animaux, son matériel de couture ou une feuille de dessin. L'avantage à cet instant était le fait d'être en plein air sans n'avoir rien à faire de particulier. Résine rassembla ses jambes en tailleur sur le banc et courba l'échine en arrière. Avoir quelqu'un si proche qui ne prenait pas des distances exagérées était une première. Pour un peu, elle en aurait souri. Mais la gamine ne souriait presque plus ; depuis son arrivée à Espérance, ses zygomatiques s'étaient rarement ébranlés pour dévoiler la lame de ses dents. Et puis avant... Aucune idée.

« Comment tu t'appelles ? Qu'est ce que tu fais ici ?
J'avais toujours cru que ce terrain restait vide, mais finalement, il y a des gens soucieux de son inactivité et qui viennent lui rendre visite. Je crois que c'est la première fois que je vois un ballon rebondir sur sa surface.
»

Un point pour lui. Il est vrai que Résine n'avait pas non plus eu l'occasion de voir beaucoup de personnes fréquenter le complexe, même si elle n'avait pas non plus eu l'occasion de passer devant. Certainement qu'en hiver, les villageois préféraient rester à l'intérieur à siroter un chocolat chaud tandis qu'en été, il faisait tout chaud pour faire du sport intensif. Mal fichu que ce système. Pas étonnant qu'aucun ballon n'avait pu rencontrer le béton luisant de ce terrain.
Son nom. Elle ne devait pas s'affoler, c'était souvent la première question qu'on adressait à un inconnu. Pas de quoi en faire tout un plat. Se moquerait-il du fait que son prénom est celui d'un caillou visqueux ? Après tout, elle aurait bien voulu autre chose, si elle s'en était souvenu, ou si elle avait pensé à s'en choisir un sans compter sur sa maigre mémoire.

« Résine, avoua-t-elle dans un souffle. Et vous ?

Elle fut confuse de devenir la première personne à utiliser ce terrain ; comme si elle venait d'inaugurer un endroit sans le vouloir et que, pour ce geste, on se souviendrait toujours d'elle. Attirer l'attention, voilà l'horreur.

« Dépoussiérer les espaces solitaires, oui. Ou juste se cacher là où il n'y a personne. C'était pour cela que vous veniez, non ? On se sent parfois mieux avec des choses qui ne bougent pas. »

Ah. Avait-elle parlé trop vite ? Résine pouvait toujours dire des choses pareilles, puisque c'était elle qui avait agacé le garçon en premier lieu. Comme quoi, nos actes et nos paroles ne suivent pas toujours la même voie.

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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Mar 10 Avr - 10:02

    Une question que je croyais banale qui, pourtant, parut l'agacé un brin. Je ne demandais que son nom, rien de plus, elle aurait put en inventé un je ne m'en serais pas rendu compte. Elle rabattais, a présent, ses jambes contre sa poitrine et, quelques respiration plus tard elle souffla timidement:

    -Résine.

    N'est ce pas ce liquide poisseux que sécrète le sapin lorsqu'on l'écorche? Si, je crois bien. Je me demande pourquoi on l'a appelé comme cela. Je tourne le regard vers ma partenaire de banc et la fixe quelques instants sans mot dire. Elle ne paraît ni… gluante, ni crasseuse, a la limite odorante mais, a ce niveau, je ne peux pas juger à cause du bout de plastique qui réduit mon odorat a une odeur perpétuelle de sueur et de plastique chauffé. Ou, peut-être l'a t'on nommé ainsi simplement parce que "Résine" a une belle raisonnance lorsqu'on le prononce. "Résine" fait pensé instinctivement a la nature, a l'odeur des sapins durant les fêtes de Noël, a la forêt ou l'on s'est caché pendant notre enfance, …
    Non. A vrai dire, je ne parviens pas a comprendre son nom.

    -Et vous?

    -Lièvre de Mars, lançais-je de ma voix enroué comme si, a chaque mot prononcé, je me lacérais la gorge. Ma voix contrastait admirablement avec celle de… Résine. C'est comme mélanger le croassement d'un corbeau avec le chant d'un rossignol.
    Je ne me rappelle pas d'ou m'est venu ce nom. Il a autant de mystère que celui de "Résine", et a vrai dire, je préfère qu'il en reste ainsi de peur de me rappeler de mauvais moment. Bizarrement, je suis persuadé que tout mon passé est un gouffre, c'est une sorte d'intuition dont mes brides de souvenirs ne font que la confirmé.

    -Dépoussiérer les espaces solitaires, oui. Ou juste se cacher là où il n'y a personne. C'était pour cela que vous veniez, non ? On se sent parfois mieux avec des choses qui ne bougent pas.

    - …

    C'est étrange. J'avais l'impression qu'elle lisait en moi comme dans un livre ouvert et que mon masque ne l'en empêchait pas. Je secoua la tête plusieurs fois pour me dégager les idées et faire respirer mon cerveau. Les choses qui ne bougent pas c'est rassurant parce que l'on reste dans quelque chose de statique qui ne peux jamais vous surprendre. Je hais les surprises.

    - En quelque sorte…

    C'est risqué d'en dire plus. mais, ne mettais-je pas dit que j'essayerais de faire confiance? Rahhh! Foutu promesse!

    -C'est silencieux et... j'aime le silence car il ne fait pas de bruit.

    Je ris moi-même de ce que je venais de dire. Quelque chose de complètement idiot. Et dans cet endroit silencieux, mon rire rauque résonna. Puis, le silence revînt.

    - Vous aimez le sport?

    Je ne pense pas qu'elle en fasse de manière professionnelle, on ne fait pas de basket professionnel en robe, mais peut-être est-ce une manière pour elle de se détendre, chacun son truc.
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Mar 10 Avr - 20:20

« Et rien n’est plus superbe et plus religieux
Que votre grand silence, au fond du crépuscule…
»
A. Samain.
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« Lièvre de Mars. »

Coïncidence ténue entre deux prénoms tirés du chapeau par quelque illusionniste inspiré. Bien qu'elle ne trouva pas plus d'explication à ce nom que le garçon en aurait trouvé au sien, Résine se vit rassurée du fait qu'il n'y réagit pas. À vrai dire, cette dénomination lui rappelait peut-être vaguement celle du personnage d'un roman célèbre qu'elle n'avait pas lu. Ça ne lui rappelait donc rien, en vérité. Elle ne voyait aucun allusion dans ce patronyme, et c'était tant mieux dans un certain sens, car les questions du type "Pourquoi ?" n'envahiraient pas son esprit ni sa gorge. Et puis, sans sombrer dans les stéréotypes du garçon mystérieux, cela lui allait bien. Un prénom aussi sibyllin que lui ; quoi de mieux pour entretenir l'inconnu étreint derrière son masque ? S'il était le véritable auteur de ce choix, c'en était un bon.
À Résine, cela ne faisait tout de même pas disparaître l'envie de savoir ce que ce Lièvre dissimulait avec tant d'ardeur. À tout hasard, pas de tête de lapin, car on devine encore des oreilles blanches d'humain -quoique toujours un peu rougies de l'effort précédent- et ses cheveux noirs laissent apparaître par endroits le cuir chevelu. Bon. de toute manière, nous ne sommes pas dans le rêve, et les hommes-lièvres n'existent pas, sauf erreur génétique en l'an 5000. L'affaire est close, pas la curiosité.

La rouquine avait parlé trop vite. Elle s'en voulut. Pour preuve irréfutable, il avait secoué la tête en élidant la réponse. Ou pas.

« C'est silencieux et... j'aime le silence car il ne fait pas de bruit. »

Il y eut un léger bruissement de tissu. Parce qu'elle ne souhaitait pas dévoiler, de crainte d'offenser son voisin, le mince sourire qui venait de s'étirer sur son visage, Résine avait porté son morceau de robe devant sa bouche et détourné le regard. D'ordinaire, la maladresse était son trait de caractère principal, du moins dans la pratique. Le retrouver dans le verbe d'une autre personne ôtait pour une seconde tout sentiment négatif, toute crainte possible, n'abandonnant dans son sillage qu'un plaisir subtil et furtif. Un amusement qui ne parvenait cependant pas à montrer les dents. Et à la simple connaissance de sa propre réaction, Résine piqua un fard. Honte. Bêtise.
C'est le moment où il y a cette petite voix au fond du crâne, celle de la conscience paraît-il, qui trépigne et chuchote : Je te l'avais dit, 'faut pas s'approcher. On entrouvre l'espace autour de soi et vlan ! Tout s'y engouffre sans qu'on puisse en stopper le flux ni refermer la brèche. T'es contente maintenant ? T'es rouge pivoine et tu sens encore plus cette saleté qui pulse au fond de toi. En réalité, c'est sans doute la crasse en elle-même qui tape du pied et fait entendre son timbre grossier. Tout autre chose que celui du Lièvre qui, bien qu'étouffé par son écran de plastique sombre, n'est ni hargneux ni prétentieux. La jeune fille fait attention aux voix, parfois plus qu'aux mots. Ce sont l'accentuation, le ton qui donnent à une phrase sa force. Ce n'est pas surprenant que les animaux reconnaissent les énoncés à la façon dont ils sont prononcés.

« Vous aimez le sport ? »

Ah, il s'est mis à la vouvoyer. Quel âge avait-il ? Avec les garçons, c'est toujours difficile de savoir ; ils poussent à une vitesse qui fait qu'à quinze ans ils peuvent vous dépasser de trois têtes, tout comme ils peuvent rester petits à dix-neuf ans. Cette interrogation permit à Résine d'oublier ce qu'elle considérait comme une bévue et de retrouver ses couleurs originelles. Le sport ? Hm...

« Je ne suis pas très douée. » Ceci n'est pas une réponse correcte, choupette. « Enfin, non, pas vraiment. Du moins les sports en équipe. »

Il fallait s'en douter. Cela se voyait comme le nez au milieu du visage que Résine n'appréciait pas les sports collectifs. Après, elle n'avait pas toujours rechigné à une course dans la forêt, à une séance de gymnastique au saut du lit. Ce n'était pas du sport à proprement parler, mais ça l'entretenait suffisamment pour qu'elle considère ces exercices comme tel. Et puis, la gamine eut une idée. Elle sauta sur ses pattes, attrapa le ballon orange qui traînait près du banc et se recula en direction du terrain. Allez savoir si elle cherchait à se détacher physiquement du garçon en raison de cette contradiction entre pensée profonde et gestuelle. La balle avait refroidi lors de son séjour à l'ombre, ce qui faisait une large sphère entre ses mains.

« Si vous vous sentez de le faire, vous me montrez ? Déposez vos instruments, vous n'en aurez pas besoin. »

Instruments. Comme pour ne pas prononcer le mot tabou des armes. Comme pour se mettre à distance, par la métaphore, de ces éclats brillants. Ou plutôt, en réalité, parce que le Lièvre ne devrait tout simplement pas en avoir l'utilité.

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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Mar 18 Sep - 16:48

    Le petit rire moqueur qu'elle crut avoir correctement dissimulé me perturba. Je souriais. Elle ne pouvait le voir, mais son rire étouffé produit une réaction inattendu sur mon visage. Comme si on ajoutais une pincée de sucre dans un verre de cyanure. Je souriais. Mon sourire me paraissait tellement présent et impromptu que je pensais qu'elle le verrais se tracer sur mon masque. Impossible, et pourtant, elle avait su, plus tôt, déceler des choses que je pensais avoir bien enfuis dans mon coeur.
    Je n'aimais pas ca.

    Comme dirigé par un instinct protecteur, il fallait que j'établisse a nouveau une distance entre nous. Je ne voulais pas qu'elle parvienne a me changer. Ca paraît absurde! Comment pourrait-elle faire sourire le Lièvre? Le Lièvre n'a pas de lèvres, il ne peut sourire. Auto-persuasion. Je me mis a la vouvoyer.

    -Vous aimez le sport ?
    -Je ne suis pas très douée. Répondit-elle. Enfin, non, pas vraiment. Du moins les sports en équipe.

    Elle était un brin indécise sur ses capacités sportives. Je ne peux pas dire que sa réponse m'étonna. Si elle se plaisait a être en groupe on ne se serrait sans doute jamais rencontré sur ce terrain de basket à cherché, tout deux, un lieux de solitude. Si elle aimait être en groupe, elle ne m'aurait surement pas adressé la parole puisque je pu la solitude à trois kilomètre a la ronde.

    Mon souffle redevint régulier et mes membres s'étaient reposés grâce à la fraîcheur de l'ombre. Je me sentais mieux, à nouveau confiant en la force de mon corps.

    Puis, d'un mouvement brusque, la jeune fille sauta en avant. Ma respiration se coupa et je me crispa sur le banc. La main dans la poche, je caressais nerveusement le manche de mon couteau. Qu'est ce qui c'était passé?! Après avoir analysé, à nouveau, la situation, je pencha ma tête sur le côté, questionnant du regard la demoiselle.
    Résine et sa chevelure rousse entouraient de leur bras le ballon de basket. Cette balle piégé entre ses longs doigts immaculés.

    -Si vous vous sentez de le faire, vous me montrez ? Déposez vos instruments, vous n'en aurez pas besoin.

    Sa question sonnait comme une pointe de défi. Pensait-elle que je n'en serais pas capable? J'ai beau être en piteux état, le basket ball ne peut pas être un sport aussi difficile que ca. Si? A vrai dire, je n'en avais aucune idée. Je ne connais aucun jeu. Peut-être que, avant qu'on m'est effacé la mémoire, je connaissais la manière dont il fallait jouer avec cette balle orange mais je n'en garde aucun souvenir, pas même petit.

    Je retira précautionneusement la main de ma poche avec une lenteur exagéré comme pour sous-entendre qu'au moindre mouvement je pourrais a nouveau me servir de cette arme blanche... arme rouge.
    Puis, je défis chacun de mes membres pour m'étirer dans un râle rauque. J'amena mes mains vers mon visage pour resserrer les sangles de mon masque et toussa une ou deux fois. Suite a cette préparation, je m'approcha de quelques pas vers ... Résine, pencha une nouvelle fois ma tête sur le côté et lui répondis:

    -Ses instruments font la musique de mon âme, j'peux pas les laisser à l'ombre d'un vieille arbre. Sinon je suis partant.

    Étais-je toujours en train de jouer un rôle? Et puis, finalement, qui était le rôle? Je ne m'en rappelle plus. Bien que j'étais toujours méfiant, il ne me semble pas avoir hésité lorsqu'elle m'avait proposé ce jeu. J'avais dit qu'aujourd'hui ne comptais pas, aujourd'hui il n'y a pas de guerre donc aujourd'hui je n'existerais pas.

    Je pris délictament la balle de ses mains laiteuse pour qu'elle aille dans mes mains rugueuses. Toujours en gardant cette prudence éternel entre les arbres et les lièvres.
    Puis, je fis quelques pas encore et me figea au milieu du terrain.

    -Ré.... Résine! Je fais quoi maintenant?


Résine
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Mer 19 Sep - 19:36

« Le poète est semblable aux oiseaux de passage
Qui ne bâtissent point leurs nids sur le rivage.
»
A. de Lamartine.
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Un étirement. Quelques triturations de masque, un ou deux toussotements, puis des pas, presque prudents. Et pendant ce temps, Résine qui n'arrêtait pas de se demander ce qui pouvait bien se tramer derrière le voile noir du Lièvre. Il était là, le visage tourné vers elle, mais il était fort possible qu'il regardât ailleurs, au loin, ou même qu'il fermât les yeux. Parce que ces derniers sont les miroirs de l'âme, ceux du garçon semblaient être deux glaces opaques, aussi ternes que le couple de hublots qui surmontaient sa protection. Son visage tout entier demeurait inaccessible et, par là-même, ses pensées et ses émotions. Qu'aurait-on pu y lire à cet instant ? Il n'avait les airs ni d'un menteur, ni d'un imposteur, car personne n'aurait supporté cette charge asphyxiante à longueur de temps s'il n'y avait pas eu quelque raison véritable à ce comportement. Alors la rouquine, en dépit de cette cécité partielle, le laissa s'approcher d'elle sans feindre le recul. Ce masque était peut-être une bonne chose, finalement. Incapable d'imaginer ce qui se dissimulait derrière, la jeune fille n'était pas tentée de garder une distance de sécurité raisonnable.
Et les paroles qui suivirent achevèrent de mettre à bas toute méfiance coriace.

« Ces instruments font la musique de mon âme, j'peux pas les laisser à l'ombre d'un vieil arbre. Sinon je suis partant. »

Oh !
Que c'était joliment dit, que cela sonnait bien. On pouvait y déceler les alexandrins si chers aux poètes que lisait Résine, mais avec cette familiarité propre aux aveux spontanés. À l'écoute de ces quelques mots, elle sentit son coeur s'ouvrir comme s'il venait de prendre une grande inspiration. Il y eut un battement de perdu dans le temps. Étrange autant qu'inquiétante sensation. Sa cage thoracique semblait s'être déployée pour mieux recevoir le message et cependant elle se rappelait que quelqu'un, avant, avait déjà eu cette façon de parler. Pourtant les deux jeunes gens n'avaient techniquement pas pu se rencontrer en dehors d'Espérance. Alors d'où provenait cette impression de déjà-entendu ? Bah, qu'importait. La gamine aurait le loisir de se triturer les méninges pour trouver les réponses à ses questions. Le présent, lui, n'attendait pas. Si le passé pouvait patienter, l'instant qui passe s'enfuit et ne réapparaît plus à l'esprit. Alors il faut le saisir aussitôt qu'il survient.
Le Lièvre s'empara de la balle avant de se placer au centre du terrain. Résine le suivit des yeux, pivotant pour se retrouver face au soleil et au garçon. Celui-ci -ou plutôt son masque- formait une tache sombre dans le paysage mais, dans l'éblouissement de l'après-midi, c'en était presque apaisant.

« Ré.... Résine! Je fais quoi maintenant? »

Son prénom, prononcé non sans hésitation, la fit douter quant à son interlocuteur. Devait-elle aussi lui répondre en mentionnant son nom et, si oui, devait-elle l'énoncer en entier ou juste un morceau ? Est-ce que ce n'était pas stupide d'appeler un être humain "Lièvre" ? En soi, ce n'était pas plus idiot que de se prénommer comme un caillot de sève. Après tout, la rouquine ne voyait en lui rien d'un rongeur à longues oreilles, alors elle pourrait tout aussi bien l'appeler Lièvre, Montagne ou Haricot que ça reviendrait au même. Quoique... "Lièvre de Mars", c'était très bien en fin de compte. Et puis, elle n'était pas obligée de se formaliser là-dessus puisqu'il venait de lui poser une question. Question dont elle ignorait la réponse.

« Eh bien... Il faut que vous fassiez passer le ballon dans l'anneau rouge, là-haut, dit-elle en désignant le cercle de métal proche du bout du doigt. Mais pour se déplacer, il faut le faire rebondir sans cesse. Je crois... »

Ça promettait d'être laborieux. Déjà que jouer au basket en équipe est compliqué, alors à deux et sans connaître les règles... Résine s'écarta ensuite de quelques pas et croisa ses mains dans son dos. De là, elle voyait mieux la scène. Toutefois, maintenant qu'elle l'avait incité à bouger, elle regrettait presque qu'il ne puisse pas lui dire autre chose avec la même poésie que précédemment. Tant pis, il y avait un temps pour tout. Déclamerbouger.fr, en quelque sorte.

« Essayez, c'est de l'adresse. Je vous regarde ! »



Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Dim 11 Nov - 14:15

    Que pouvait-on faire avec un objet de forme ronde? A vrai dire, ce ballon me faisait penser a un énorme gâteau, mais sa texture rigide et plastifié ne me donnait pas envie de confirmer ma thèse. Sa rondeur orangée me fit aussi penser a cette étoile royale qui m'avait fait tourner la tête il y a de cela une dizaine de minutes. Soleil, ou Résine?


    -Eh bien... Il faut que vous fassiez passer le ballon dans l'anneau rouge, là-haut. Mais pour se déplacer, il faut le faire rebondir sans cesse. Je crois…


    Un anneau rouge? Toutes les couleurs semblent s'être accordées aujourd'hui. Et la guerre sema ses teintes rougeâtres autour des coupables qui tentaient de l'oublier.
    Elle me désigna un cercle, le fameux cercle de métal dans lequel je devais apparemment mettre la balle. Non seulement il était excessivement élevé et me rappelait combien j'était petit, mais aussi sa largeur permettait au ballon de passer seulement de justesse. Qui avait pu inventer un jeu aussi bête et compliqué? Pas moi. Une balle qui rebondit pour aller dans un cercle trop petit, c'est idiot. J'ai des balles qui transpercent pour aller dans des millions de cibles, hummm! Les enjeux ne sont-ils pas plus excitants?
    D'ailleurs que vais-je gagner si je met la balle dans ce bout de métal? Nous verrons, nous verrons…

    Ma respiration s'accélère. Je met la balle sous mon bras et m'élance. Je cours, je cours. Encore deux enjambées et… Je plis les jambes et bondis vers le panneau qui soutient le bout de métal. Comme un fauve s'étant jeté sur sa proie, j'agrippe violemment la plaque en fer et me projette au dessus du cercle pour y glisser doucement le ballon.

    Plus bas, j'entendis quelques impacts de la balle contre le sol.
    Voilà!
    Toujours accroupis sur le cercle bancal, je leva ma tête en direction de Résine et souris. J'avais réussis et j'en étais fière. Je voulais partager se moment par pur orgueil. J'avais beau être de taille… moyenne, d'accord, d'accord! de petite taille, le ballon était passé dans l'anneau!

    -Qu'ai-je gagné? lui demandais-je le sourire aux lèvres.
    Sourire qu'elle ne pouvait, de toute manière, pas voir. Enfin je crois? Je détacha mes mains du panneau pour carresser mon masque. Non, il n'y avait aucune vague, aucun pli que mon sourire aurait pu causer. J'étais toujours mon masque.
    Je ne me sentis plus à l'aise en hauteur. Je fit glisser mon corps jusqu'au sol et m'avança près de Résine.

    -Qu'ai-je gagné?Comme un enfant qui attendait patiemment sa récompense.

    Et puis par curiosité et à moitié intéressé je lui dis:
    -Tu ne vas pas y louper. Ca va être ton tour.
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Mar 13 Nov - 21:40

« Je sens encore les feux dont je fus enflammé,
Et si j'ai triomphé c'est avant la victoire.
»
J. Davy du Perron
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Et elle le regarda s'élancer. Dans la chaleur de l'été, en dépit de son précédent vertige, le Lièvre demeurait toujours lièvre, agile et confiant dans ses forces physiques. Résine en fut d'ailleurs étonnée mais ne s'en formalisa pas. C'était un garçon après tout, de ceux qui ne veulent pas montrer leurs faiblesses, de ceux qui vont au bout de leur projet et qui, surtout, ne souhaitent pas se défiler devant une fille lorsqu'il est question de sport. À moins que ce ne soit l'habitude de côtoyer des personnes avec cet état d'esprit qui faisait penser la rouquine ainsi. Passant ses doigts dans sa frange pour la dégager et mieux voir bouger le jeune homme, elle plissa les yeux à cause du soleil.
Il vient de sauter. Agripper brusquement la planche de bois. Enrober le ballon avant de le laisser tomber dans l'anneau. Ce fut un mélange de brutalité et de douceur, d'une dextérité toute appliquée conjuguée à la violence de l'impulsion. En fin de compte, ses gestes ressemblaient beaucoup à ses paroles. Il était tout entier ce patchwork cousu de délicatesse et de sauvagerie, un miroir à deux reflets. Résine ne se souvenait pas avoir entendu des rumeurs ou même des récits véridiques au sujet de ce Lièvre. Il était à l'internat de l'école, école dans laquelle la gamine mettait très peu souvent les pieds, à peine de quoi squatter la salle de dessin qui n'était guère utilisée. Et puis, il ne devait pas être du genre à traîner souvent dehors, ses armes risquant de choquer plus d'un enfant. Pas étonnant qu'ils ne se soient pas rencontrés plus tôt. Mais pas de conclusions hâtives.

« Qu'ai-je gagné ? »

Qu'il lui lança, toujours accroché à son panneau. Résine n'en finissait pas de lever les yeux, les protégeant de l'éclat du soleil du plat de sa main. Elle n'avait pas prévu une récompense. Il aurait fallu ? Qu'est-ce qu'elle pouvait bien lui offrir ? Le fait de réussir malgré la difficulté, et avec cette souplesse-là, n'avait pas suffi ? La rousse resta à le regarder, les lèvres entrouvertes, ne sachant que répondre, si bien qu'il réitéra sa question. Le ton de la voix était enthousiaste et elle avait beau n'avoir qu'un masque immobile en guise d'interlocuteur, Résine parvint sans peine à imaginer qu'il esquissait un sourire. Ou peut-être pas. Mais il était satisfait de lui-même, cela s'entendait. Alors c'était agréable de l'imaginer sourire derrière son voile obscur, même si ce n'était pas la réalité. Pour toute réponse, elle sourit. Il fallait qu'elle réfléchisse à ce qu'elle pourrait bien trouver, mais il la coupa dans ses réflexions.

« Tu ne vas pas y louper. Ça va être ton tour. »

Un défi ? Maintenant ? Mais elle ne s'était pas entraînée suffisamment ! Est-ce que c'était une excuse qu'il accepterait ? Non. Si bien qu'elle fronça légèrement les sourcils et son sourire calme s'évanouit, laissant place à une légère crispation qui n'avait pourtant rien d'un agacement.

« Très bien. Je vais te montrer... »

Elle se déroba aussitôt au regard du Lièvre pour aller récupérer le ballon qui avait roulé un peu plus loin. S'abaissant pour le ramasser, elle fut surprise de trouver plus lourd qu'avant. Elle ne savait si c'était la pression qui lui faisait ressentir cela ou si elle commençait juste à être fatiguée de s'être dépensée plus tôt, avant que le garçon n'arrive sur le terrain. Tant pis. Ça ne l'empêcherait pas de prouver à son unique spectateur qu'elle aussi pouvait y arriver.
Résine prit ses distances. Sur le marquage coloré mais délavé au sol, elle se plaça sur la courbe la plus éloignée et fixa le panier. Monta la balle à hauteur de ses yeux, la soupesa, puis la redescendit et bondit. Trois pas plus loin, elle se situait à distance raisonnable du panier mais, peu sûre de sa capacité à atteindre le panneau avec ses mains, elle se contenta de plier les genoux pour se donner de l'élan et, d'un geste ample et cadré, envoya la balle valser en direction du cercle rouge. Celle-ci décrivit une légère cloche avant de venir frapper l'anneau sur le bord droit, rebondir à l'opposé puis tomber à travers le reste du filet. Marqué. Résine desserra ses poings. Elle avait cru qu'elle ne l'a mettrait pas, laissant le plaisir de sa défaite au Lièvre. Voilà que l'enthousiasme la contaminait à son tour, et elle se retourna vers le garçon, les yeux brillants. Un coup de chance.

« Et moi, qu'est-ce que je gagne ? »

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Dernière édition par Résine le Sam 17 Nov - 18:43, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Sam 17 Nov - 16:53

-Très bien. Je vais te montrer...

Je ne compris pas. Il y a à peine quelques secondes, elle affichait un si beau sourire, découvrant deux rangés de dents blanches, si blanche que l'on aurait pu penser que Résine n'avait jamais perdu ses dents de lait. A présent, ses lèvres sont collées et ses sourcils se froncent. Je connaissais bien cette expression, elle ne me déplaisait pas. La détermination. On ne peut pas vaincre un ennemi sans être persuader qu'on va gagner. Donc, c'est une compétition? Non, non... c'est mon cerveau, ce n'est que moi qui voit de la concurrence partout. Pour elle ce n'est qu'un jeu, non? Je... il faut prendre ça avec amusement et recul.

- ... Tu vas y arriver Résine! murmurais-je.
Une parole d'encouragement bloquée par la parois en plastique de mon masque.
J'aurais pu faire en sorte qu'elle l'entende, en tirant un peu sur mes cordes vocales. J'aurais pu le crier, j'aurais voulu le crier. En vérité, je pouvais tenter tout ce que je voulais pour changer mon comportement externe, la moisissure sur mon visage, dans ma gorge et dans mes entrailles ne s'auto-détruira jamais par simple volonté. Ce masque est "moi". Contre ma volonté, ou pas...

Je regardai Résine, prendre ses marques sur le large terrain. Je la regardai, examiner le nombre de mètres entre elle et l'anneau. Elle s'étira du plus haut qu'elle put pour éjecter la boule orangée dans la direction du panier. La balle était comme suspendue dans l'air. Allait-elle marquer?
...

-Oui!! Elle y est!! Criais-je, excité comme un fou.

Quoi? Attendez deux secondes... Je me raidis, gêné. Ses mots étaient vraiment sortis de ma bouche, je n'en revenais pas. Pourquoi étais-je si fière pour elle?
Elle semblait tout aussi heureuse de son tir, son sourire éclairait a nouveau son visage et ses yeux étincelaient de joie.

-Et moi, qu'est-ce que je gagne ?

Je ne savais plus trop quoi dire, encore gêné de mon effusion de sentiments d'il y a quelques secondes. Puis, finalement:

- N'étais-je pas le premier à demander une récompense? Mais j'avoue que je n'aurais jamais penser à lancer la balle de cette manière. Chapeau.

Je me rapprocha d'elle, gardant tout de même l'espace d'un pas entre nous, et souffla a travers mon masque:

- Dis moi un voeu et je l'exaucerai. C'est ta récompense.
Suis-je le magicien ou le lapin sortant du chapeau?
Une proposition dont les conséquences me passaient totalement au dessus de la tête pour l'instant. J'étais, comment dire... heureux, heureux de partger une relation d'intimité avec une autre personne que moi-même.
Le Lièvre n'avoura jamais à l'arbre combien il lui est chère.
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Sam 17 Nov - 20:19

« J'ai dans les mains un carnaval,
Dans le coeur, ce que tu demandes.
»
A. Beauregard
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Elle rougissait à peine. Tous deux partageaient un instant spécial, une satisfaction dont ils n'avaient pas à avoir honte. C'était agréable de se savoir compris, écouté, observé, sans que ce soit dans un contexte hostile, tendu ou intéressé. Ils étaient juste là, et cela suffisait. D'ailleurs, Résine appréciait autant sa victoire que le fait que le Lièvre ne s'en offusquait pas, bien au contraire. Son visage toujours invisible, c'était à la place son corps tout entier qui exprimait la joie. Il s'était délesté de l'aura inquiétante qui le caractérisait jusqu'alors. Qui aurait pensé qu'il était capable d'une telle démonstration d'enthousiasme en le voyant de loin, avec ses armes blanches et sa face absente ? Comme quoi, ne jamais se fier aux apparences.

« N'étais-je pas le premier à demander une récompense ? Mais j'avoue que je n'aurais jamais pensé à lancer la balle de cette manière. Chapeau. »

Ah, il n'avait pas oublié... Mais le compliment fit disparaître l'angoisse du que vais-je bien pouvoir lui donner ? La rouquine le laissa s'approcher. Là. Pas plus. Il n'était pas si grand que ça, maintenant qu'elle avait passé un peu plus de temps avec lui. Pas très épais non plus. C'était si étrange, cette conjugaison de force et de minceur. Peut-être qu'en fait, le Lièvre était un paradoxe à lui tout seul. Et la curiosité, le désir de résoudre ce paradoxe, s'empara de Résine.

« Dis-moi un voeu et je l'exaucerai. C'est ta récompense. »

Enlève ton masque.
C'est ce qu'elle pensa aussitôt. Ce qu'elle pensa tout bas, enfouissant de suite cette volonté au fond de son cerveau. Non, elle ne pouvait pas lui demander cela. Elle ne pouvait pas lui poser des questions sur lui, l'interroger sur ce qu'il faisait là, son passé, ces choses qui sont censées rapprocher les âmes et les lier plus solidement encore qu'un simple après-midi ensemble. Non, elle ne pouvait pas laisser s'échapper hors de ces lèvres ces multiples voeux. C'était toujours trop intime, trop fragile. Il se bloquerait. Reculerait. Et tout serait à refaire. Pas que Résine ait un quelconque intérêt en cherchant à apprivoiser le Lièvre. Elle le faisait naturellement, avec cette spontanéité toute maladroite qui était sienne. Et peut-être qu'alors, sans qu'elle ne s'en rende compte, ce serait le garçon qui se dévoilerait de lui-même. Mais cette possibilité lui échappait complètement pour le moment. Elle pensait l'animal trop sauvage pour être capable d'un tel aveu. Et ce mystère lui convenait. Cela lui allait bien, le silence. S'il perdait son masque, il ne serait plus le même ; elle aurait sans doute perdu la personne qu'il était cet après-midi d'été. Le Lièvre était un masque, était son masque, et vouloir à tout prix découvrir ce qui se dissimulait derrière n'était pas, finalement, une si bonne chose.
La gamine baissa le regard. Demander quelque chose, quoi que ce soit, s'apparentait à un caprice dont elle n'avait pas l'habitude. Elle s'était toujours contentée de ce qu'elle avait sous la main, d'un point de vue matériel. Pour le reste, elle faisait avec ce qu'on voulait bien lui avouer, lui confier, lui annoncer.

« Hum... N'avez-vous pas une fable à me raconter ? J'aime entendre votre voix. »

Peut-être qu'elle baissait la tête pour cacher sa demande sous sa frange, aussi, de telle sorte qu'elle paraissait à moitié étouffée. Il faut dire qu'avec cette barrière devant la bouche, la voix du Lièvre était très différente des autres, de ces voix bruyantes, brutales, qui jaillissent sans voilure. C'était ce timbre, feutré et rauque, que la jeune fille aurait aimé avoir dans un enregistrement de poèmes. Quelqu'un qui soit assez doux et à la fois capable de monter en puissance, de quoi pouvoir exprimer tous les sentiments, du chagrin d'un Colloque sentimental à la rage d'un Les Assis, les rythmes de valse d'Elsa valse et valsera, la rancoeur toute morne d'un Spleen ou l'espoir ténu de la Complainte d'un certain dimanche. Cette voix-là, c'était un plaisir à écouter la nuit tombée, seule dans sa chambre, un soupçon effrayante et pourtant apaisante.

« Quant à vous, demandez-moi ce que vous voudrez. Parce que je ne sais pas quoi vous offrir, là, tout de suite. »

Flûte, elle faisait bien piètre magicienne en comparaison d'avec le Lièvre. Elle n'avait pas son pouvoir. Lequel, d'ailleurs ?

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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Dim 18 Nov - 16:39

La chaleur devînt apaisante, comme une chaude caresse sur la peau nue. A cette heure où les rues se vident, les âmes rejoignent leur familles pour partager les joies d'une journée terminée. Sur notre terrain, seuls quelques moineaux innocents osent approcher nos jeunes silhouettes. Nous. L'un décorée d'instrument sinistre, l'autre portant la rousseur du diable. Il a suffit d'une ouverture, d'une bouffée d'air, d'un rapprochement, pour que mes mains ne soient plus armées.
Résine avait prit en compte ma proposition et je m'intriguais, à présent, du voeu qu'elle allait formuler. Elle semblait hésitante, cherchant des yeux une idée qui aurait pu se glisser dans sa tête. Une idée qui aurait pu se nicher dans sa chevelure, se blottir entre ces mèches rousses.

- Hum... N'avez-vous pas une fable à me raconter ? J'aime entendre votre voix.

Une proposition plaisante, bien que surprenante. Une fable... En connaissais-je? N'étais-ce pas ces cours poèmes que j'avais trouver, par mégarde, dans un recueil de la bibliothèque. Sa couverture était d'un vert sombre et écailleux dont le titre sortait en fil argenté. Un beau recueil dont le contenu ne m'avait guère plu à cause de son côté trop moraliste. Je l'avoue, le brûler était tentant mais, sa reliure m'avait charmé et l'état de cendre ne lui aurait pas convenu. Donc, non, je ne connaissais pas de fable. J'aurais pu réciter bien d'autres histoires, les ayant lu tant de fois: Mein Kampf ou encore L'art de la Guerre mais, ce n'était pas cela que Résine souhaitait. Rien ne me venait à l'esprit.
Pourtant, il y a une histoire que je connaissais bien, la seule qui peut s'apparenter, a priori, à de la poésie...

- Je n'aime pas les fables. Est-ce qu'une chanson exaucera quand même ton voeu ?

Un magicien déchu car le lapin s'est trouvé mort...
Ma voix n'avait rien de comparable avec celle de Résine. La sienne flottait dans les airs comme le parfum d'un lendemain de pluie. Ses paroles se tintaient de sucre sur les voyelles et en fin de phrase elles chutaient tel un murmure. La mienne pouvait correspondre a celle d'un vieille homme qui avait passé sa vie a fumer. Enraillé, rauque, inaudible, elle rappelait celle du corbeau ou du crapaud. Alors, je ne voyais pas comment Résine pouvait s'en trouver charmé... Ne voulant l'avouer, le Lièvre fut touché et se mit à chanter...

Je suis le père d'une dizaine d'enfants
J'ai crée 100 000 sabres
Prêter main forte, amitié durable, combats serieux,
Je t'aiguise, je t'aime,
Le plus résistant gagnera.

Le bout de ta lame est si pointu
Qu'en t'embrassant je me suis coupé la langue.
Si je te serre dans mes bras, je serai en sang et j'irai directement dans l'au-delà.
Je t'aiguise, je t'aime,
Le plus résistant gagnera.
Je t'aiguise, je t'aime,
Quand j'ai embrassé mon sabre, ma langue a été coupée.


Un moment hors du temps, un secret partagé entre deux silhouettes.
Sans m'en rendre compte, je l'avais regardé tout le long. La fixant de mes yeux vitreux, laissant simplement passé la fin des paroles de cette chanson. Il n'en fallait pas plus. L'atmosphère d'un soleil en déclin, une ville silencieuse, le froissement des feuilles du cerisier. Je pense que je suis mort.
Sinon, quelle explication pourrais-je donner? Je respire enfin! C'est dérangeant, hors de mes habitudes, ... aurais-je peur?

C'était à mon tour d'énoncer mon voeu. Que pourrais-je lui demander? Rien de personnel, cela ne m'interesse pas. Elle est ce qu'elle veut montrer d'elle, le reste je m'en fout.

- euh... vais-je vraiment osé? Promets moi que l'on se reverra... non je ne le dirais pas. Racontes moi une histoire.
Résine
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Mar 20 Nov - 19:38

« Étonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
»
C. Baudelaire.
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« Je n'aime pas les fables. Est-ce qu'une chanson exaucera quand même ton voeu ? »

Résine se sentit idiote. Enfin, un peu plus que d'habitude. Elle jugea soudain tout le ridicule de sa demande, tout sa bêtise enfantine. Le Lièvre n'avait de rapport aux fables que son nom ; elle aurait dû tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant d'énoncer son souhait. Et même s'il proposait une alternative sans une once de moquerie, elle ne put s'empêcher de constater son erreur. Puis le garçon fit de nouveau entendre sa voix, une voix qui effaça la honte de la rouquine et les relents de regret qu'elle avait ressenti la seconde auparavant.
Elle ne se souvint pas avoir entendu quelque chose d'aussi tranchant. Quand, assise sur les chaises molletonnées de la bibliothèque, elle tentait de retenir des vers de Ronsard, le nez en l'air et le cou tendu qui tremblait lorsqu'elle bougeait les lèvres en une récitation muette. Quand, allongée sur le parquet de sa chambre, elle passait son doigt sur les minuscules échardes du bois et que l'éclat invisible faisait perler une goutte de sang à l'extrémité de sa phalange. Quand, occupée à trancher fruits et légumes dans la cuisine, elle était prise d'un élan colérique qui lui donnait envie de chanter avec un timbre grave, guttural, et de planter son couteau dans une pomme en tournant sur elle-même. Quand, enfin, elle éteignait la lumière et qu'au fond de son lit, dans la mollesse paisible de son oreiller, le froid lui mordait l'épaule et qu'elle pensait que c'était quelque morsure agréable. Une fois de plus, mais avec un talent jusqu'alors insoupçonné, le Lièvre démontrait son étrange hybridité. Écouter le récit d'une guerre, les râles des soldats à terre, leurs carcasses ouvertes aux becs voraces des corbeaux, avec les sonorités d'une déclaration d'amour, la douceur d'une sanglante vérité qui en devient belle, belle par ses images, par ses oppositions, par la force du langage. Si le garçon avait fixé la rousse durant sa déclamation, elle avait fini par fermer ses yeux pour mieux s'imprégner du phrasé. Je t'aiguise, je t'aime. Et la langue qui tombe d'une étreinte interdite, sanguinaire. Parce qu'on n'embrasse jamais sans y perdre ses mots, sans y oublier un peu de son âme.
Il n'y avait rien à dire. Résine recouvra sa vue mais ses cordes vocales restèrent immobiles. Il n'y avait rien à dire. Le temps avait glissé en silence, presque mesquin, mais elle s'en foutait. La poésie est une perte de temps, ce n'est pas nouveau. Elle en avait déjà perdu tant depuis qu'elle était ici et n'en retirait aucun sentiment de culpabilité. Que le temps passe encore et encore, si c'est pour écouter ce chant de sirène. Qu'il passe et qu'il emporte tout, s'il demeure quelques vers dans un coin que l'on peut retenir et réciter jusqu'à la fin de notre vie. De nous ou du temps, le plus résistant gagnera.

Ce fut le Lièvre qui mit un terme à ce moment atemporel.
« Raconte-moi une histoire. »
Juste retour des choses. N'avait-il pas dit qu'il n'aimait pas les fables ? Quelle histoire voulait-il entendre ? La gamine s'en trouva embarrassée, bien qu'elle n'en montra rien. Jamais elle n'avait eu à conter des histoires aux plus jeunes du Foyer ; jamais on ne lui en avait récité. Elle n'en connaissait pas des tonnes, de surcroît. Et puis surtout, quel genre d'histoires aiment les garçons ? C'est une histoire de fille, les fables, les garçons sont censés préférer les récits d'aventures, les actes héroïques et les destins qui transcendent l'existence. Résine ne connaissait que des histoires anodines, d'Andersen à Perrault, d'Amphytrion à Zénon d'Élée en passant par la princesse Kaguya et le Petit Chaperon rouge. Rien de très valeureux. Néanmoins, elle ne pouvait pas faire semblant ou inventer quelque chose sur la minute. « Allons nous asseoir... » souffla-t-elle, certaine que le récit prendrait plus qu'un petit moment. Le banc était toujours là, tiède et brillant dans la lumière tombante. Elle vint s'y asseoir suivie du Lièvre, légèrement mal à l'aise d'envisager que son histoire ne lui plaise pas. Toutefois, faire marche arrière n'était plus une option disponible. Elle n'aurait pas grand-chose à perdre, à peine un peu de salive au profit de gerçures sur les lèvres. À part ses habitudes de mutisme persistant. Alors elle commença, s'efforçant de parler d'une voix distincte, vivante, relatant ce récit qu'elle avait lu plusieurs mois auparavant mais dont la force et la beauté demeuraient intactes, ancrées au plus profond d'elle-même.

« Je me souviens d'une histoire qui se déroule il y a bien longtemps de cela, dans un pays de neige et de montagnes. Chaque année à l'approche de l'hiver, alors que les sapins se couvraient des premiers flocons, un Loup descendait de nulle part jusque dans la vallée et emportait avec lui un jeune homme, celui dont l'âme serait la plus fière et la plus vaillante, celui qui aurait la force de lui résister jusqu'à la mort. Parce que le Loup était joueur, il ne cherchait en vérité qu'un être pour lui tenir tête et l'amuser. Il voulait comprendre, dans ce pays de glace et de froid, pourquoi les hommes désiraient-ils tellement vivre, pourquoi conservaient-ils cet espoir aux heures les plus blanches et aux soirs les plus sombres. Il voulait comprendre la vie, lui qui n'avait jamais connu que la désolation des reliefs enneigés.
Njål, parce qu'il était le plus courageux des garçons de son village, savait que le Loup viendrait le chercher cet hiver-là. Il s'y était préparé et, plutôt que d'attendre l'animal, il avait voulu le devancer. Aller au-delà du danger et lui aussi tenter sa chance en défiant le Loup ; c'était quelqu'un de brave, mais sa fougue prenait parfois le pas sur la sagesse. Il sella alors son renne et partit, contre l'avis de son père qui avait besoin de bras pour l'aider au village, contre l'avis de sa mère qui voyait s'enfuir son fils tant aimé.
Il traversa les vaux et les monts, emmitouflé dans ses fourrures. Ne rencontra personne durant des lieues ; seuls le guidaient son instinct et les rares empreintes du Loup dans la neige. Dans les arbres, les craquements des branches restaient l'unique son qu'il pouvait entendre si loin du monde. Puis, enfin, il parvint à la tanière du Loup, toute ornée de buissons aux feuilles hérissées de pics. La Bête était là et ils se regardèrent longtemps. Dans ce pays blanc et bleu, ils s'observèrent pendant de si longues heures que le temps lui-même s'arrêta pour contempler leurs regards immobiles. Puis ils se jetèrent l'un sur l'autre, s'accrochèrent dans les bosquets acérés, luttèrent à vie et à mort.
Dans le village, l'on vit revenir le renne de Njål avec, entre ses dents, une branche de houx. Parmi le feuillage vert, le sang avait laissé des traces pourpres qui brillaient encore au soleil. On ne sut jamais ce qu'il était advenu de Njål, mais on n'entendit plus jamais parler du Loup. Et depuis ce jour, à l'approche de l'hiver, les ramures des houx se parent de baies rouges, semblables à des gouttes de sang.
»

Résine s'interrompit. Elle avait la gorge sèche. Durant tout son discours, elle avait regardé droit devant elle, car le ciel d'été était si différent des cieux hivernaux, et pourtant ils partageaient la même magnificence dont elle aimait s'abreuver. Elle espéra que l'histoire n'aurait pas jeté un froid, qu'elle avait bien raconté, que le Lièvre ne s'était pas ennuyé, quand bien même il n'avait rien dit durant plusieurs instants.

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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Dim 6 Jan - 18:20

-Allons nous asseoir...

Car les histoires, aussi courtes soient-elles, ne peuvent être racontées debout. Il faut prendre du temps, oublier les prévisions futurs et s'abandonner, ici, à l'instant. S'abandonner dans un flot de mots. Vous n'avez pas le temps? Alors vous ne l'aurez jamais. Un chant, un poème, une histoire, il faut leur laisser du temps. Le temps de sa préparation: comme un raclement de gorge, un léger toussotement, ou bien, un déplacement en direction d'une place plus confortable. Ce que l'on fit. Nous nous assîmes à nouveau à l'ombre du cerisier, laissant le terrain derrière nous, sans regret.
Ensuite vînt l'histoire. "Je me souviens..." Elle se souvient... avant ou après Espérance?
Je me tus. M'imprégnant de la fièvre du pays de neige. Ecoutant la bravoure de Njål. M'imaginant le Loup, au chaud, au fond de sa taverne. Sa respiration traînante, soulevant lourdement sa poitrine. Son souffle acide, caressant ses poils rêches. Puis un réveil brutal.
Je fronça les sourcils. Comme si l'on m'avait moi même sortit d'une longue léthargie.
Mais, dans son histoire, il y eut un silence respectueux entre les deux héros. Un long, long silence. Qui me fit comprendre qu'ils savaient.
Ils savaient que se serait un soir de deuil. Sans lendemain.
Puis le combat final. Digne d'avoir traversé les âges.
Aucun vainqueur.
Fin de l'histoire.

Je me tenais droit, les fesses au fond du banc, les jambes parallèles, les pieds sur terre. Je fixais le ciel, moi aussi. Je tentais de m'imaginer ces monstres neigeux que sont les montagnes. A quoi ressemble les branches de houx qui les parsèment? Aucun souvenir. Pas même petit.
Secrètement, j'espérais mourir dans un combat semblable à l'histoire de Résine. Un combat de respect entre âmes braves. Un combat sans lendemain. Cela me fait rêver! Plein d'espoirs, mes yeux scintillent derrière ces vitres noires. Vitres noires... c'est vrai, mon masque. Je baissa la tête, honteux. Honteux d'avoir rêvé d'Impossible. Cela sonnait faux.
Les yeux fixé au sol, je chuchota à moitié pour moi-même:

- C'est une histoire triste. Pause. Est ce que tu te sens triste?

Je tourna la tête vers Résine, lui offrant mon masque comme reflet. Es-tu triste? Fouille dans le peu de souvenirs qu'il te reste. Ne pense tu pas qu'il nous manque quelque chose? Une case? Sommes nous fous? Es-tu bien réel Résine? Est-ce que je te semble réel?

    Puis une brise souleva ta chevelure, je m'en souviens. Elle emportas un peu de ton parfum pour se déposer devant mon nez. L'odeur rousse d'un vieux souvenirs. Tu sentais la Fleur du Mal. Celle qui pousse sur l'asphalte gelé, révélant un brin de soleil.
    Dans ce qu'il me reste de mémoire je n'oublierais pas.

Le soleil déclinait peu à peu, lentement... comme la respiration du Loup. Il faisait toujours chaud mais ma tête ne tournait plus.
Qu'allons nous faire la nuit tombée? Va t'elle resté ici, sur ce banc?

- Il va faire nuit.

Elle l'avait sûrement remarqué. J'appréhendais le ciel noir, m'attendant à ce que Résine se lève et parte à tout moment. Et alors? me chuchotais une petite voix, ne t'appelles-tu pas Lièvre de Mars?! T'es un soldat, que fais-tu sur ce banc a flemmarder comme une p'tite bête domestique? Tu vas te faire bouffer! Casse-toi! Je regardais Résine. Je devais faire un choix: noir ou blanc? Merde... je ne sais plus lequel est blanc.

Je ne partis pas. Collé au banc. J'écoutais Résine.

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Résine
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Dim 13 Jan - 18:15

« Haut sur les peupliers, la lune vénérienne
A des spleens graves, et, phosphorique, le noir
»
R. Ghil
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Triste ? Est-ce que cette histoire était triste ? Résine n'y avait jamais réfléchi. Raconter le récit, le lire comme elle l'avait fait jadis n'avait pas serré son coeur. Si elle était triste désormais, ce n'était pas dû à cette fin sanglante, lors de laquelle les deux camps veillent chacun leur mort et pleurent leur valeureux combattant ; c'était de voir ce ciel aux lueurs d'apocalypse et de devoir se dire qu'il faut rentrer maintenant, qu'il faut abandonner sa précieuse connaissance au profit d'autres, peut-être moins intéressantes et moins enclines à partager un moment de poésie. La rouquine serra ses doigts, baissa la tête. Elle savait qu'il y aurait toujours une fin, aux histoires comme aux rencontres, et le souvenirs que l'on en retire nous accompagne jusqu'au prochain face à face. C'est pourquoi il n'y a pas de honte ou de gêne à ressentir à l'idée d'être peiné par un au revoir. Ils se reverraient, peut-être, sûrement. Mais sans doute y avait-il une autre cause à ce soudain chagrin. Quelle était cette chose qu'elle dissimulait derrière ces contes, comme s'ils pouvaient lui rendre ce qui lui manquait sans qu'elle ne le sache ? Résine tourna la tête vers le Lièvre. Et lui, est-ce qu'il se sentait triste ?
Son regard si noir ne renfermerait-il pas quelque déchirure invisible, une inquiétude indécelable en raison de ces vitres opaques ? Elle osa un léger sourire. Oui, il allait faire nuit, et déjà elle sentait une agréable fraîcheur descendre sur Espérance et le terrain de basket. Certes, pour un soir d'été, il faisait encore chaud, mais moins qu'au milieu de l'après-midi, ce qui semblait convenir au garçon. Son buste se soulevait et s'abaissait au rythme d'une respiration calme. Il se tenait droit, sage, le visage pointant l'Ouest. Sans nuage et sans illumination, la nuit promettait d'être d'encre, mais les étoiles ô combien lumineuses. Il aurait été charmant de rester ici jusqu'à voir disparaître les derniers rais de soleil, les ultimes sources de chaleur et de lumière. Ils pourraient demeurer ainsi, sur ce banc à l'écart du monde, et se raconter encore quelques histoires, se parler de la pluie et non pas du beau temps, constater qu'il fait nuit, se dire de rentrer et pourtant ne pas bouger et sourire en silence de leur désobéissance. En vérité, qu'est-ce qui les retenait d'agir ainsi ? D'aller à l'encontre d'un couvre-feu -y en avait-il vraiment un ?- et lui préférer une nuit à la belle étoile dans la tiédeur nocturne ? C'était une idée.

« Nous pouvons rester encore un peu. On ne craint rien, ici. »

Vrai, hormis un petit rhume, aucun prédateur, aucun ennemi ne pouvait fleurir dans l'ombre et s'attaquer à eux. Tant qu'ils n'avaient pas peur du noir, rien ne réussiraient à les inquiéter. Mais Résine ignorait l'entrave du Lièvre, et n'y pensait d'ailleurs pas du tout à cet instant. Cette chose-là, qu'elle soit phobie, obsession, mal-être, traumatisme, appartenait en propre à chaque enfant, si bien que vouloir découvrir ces secrets intérieurs lui semblait de la curiosité mal-placée. En apparence, celle du garçon aurait très bien pu être son masque, auquel il semblait si attaché, dans tous les sens du terme. Mais il pouvait aussi y avoir un autre mystère que la rousse ne souhaitait pas fouiller. Apprivoiser cet animal paraissait déjà assez compliqué comme cela, et le simple fait de pouvoir lui parler tranquillement sur un banc sonnait comme une réussite. Cependant, la résine ne se trouvait ni fière ni intéressée à cet instant. Elle replia ses genoux contre sa poitrine, avança le menton pour le poser sur ses rotules. Si aucun des deux n'était pressé de se lever et de se saluer, c'était qu'ils partageaient tous deux l'envie de ne pas le faire. Cette pensée rassura la gamine. Sale comme elle était, au fond, il aurait été logique que l'on désire la fuir en prétextant quelques excuses sorties de sous le chapeau, et l'heure en aurait certainement été une.

« En revanche, si vous voulez rentrer, vous pouvez ; je ne voudrais pas vous retenir... »

Ou si, peut-être un soupçon ? Et pourquoi pas jusqu'au matin, pareils à deux amants de la lune ? Chère lune qui, arrivée en silence à la seule évocation de son nom, apparut au-dessus d'eux lorsque Résine releva les yeux. Mais le soleil, ce grand timide, avait terminé de descendre derrière la rangée d'arbres et de maisons, si bien qu'il rata son rendez-vous avec l'astre et que celui-ci se retrouva seul pour la nuit à venir. N'était-ce donc pas l'occasion rêvée pour lui tenir compagnie depuis la surface terrestre, afin qu'il se sente moins éploré ?

« Mais peut-être que quelqu'un s'inquiétera de ne pas vous voir revenir ? »

La résine ne voudrait pas qu'un congénère attende le lièvre dans son terrier et se ronge les sangs de ne pas le voir rentrer... Un congénère comme Bird par exemple, qui se poserait sans aucun doute des questions sur l'absence de la rouquine. Mais puisque le Lièvre n'était pas au Foyer, les obligations de présence n'étaient peut-être pas les mêmes ?


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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Dim 26 Mai - 12:30

    [Admin au rapport Café (je sais que tu l'aimes bien ce smiley le Lièvre !) pas de réponses à ce rp depuis janvier ! C'est quoi ça, nanméhooo ? Ce RP est tout joli ! Il a même été RP du mois ! Vous allez pas l'abandonner comme ça ! Hop hop hop, répondez vite ici, ou alors prévenez si vous voulez abandonner quand même ^^]
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MessageSujet: Re: .Space March Hare. [Lièvre de Mars] Lun 24 Juin - 10:02

- Nous pouvons rester encore un peu. On ne craint rien, ici.

Si, justement. Qui sait tout ce qui peut s'être caché en même temps que le soleil? quelques soldats ennemis ou autres assassins... Je me sentais comme une proie vulnérable: entourée, piégée dans les filets d'une nuit charbonneuse. Avant, la question ne se serait pas posée, chaque soir, a 22 heure, je me dirigeais vers mon dortoir quelque soit le lieu ou je me trouvais. Mais, me voici, un Lièvre englué dans une résine rousse que la nuit à surpris.
La Lune commença à dessiner sa courbe déformant le paysage, étirant les ombres, les rendant plus inquiétante encore. Elle creuse alors les traits de nos visages, faisant de nous des silhouette ambulantes aux allures de têtes de mort.
Les mains sur les genoux, j'enfonce mes ongles dans la chair tendue de mes muscles. Je scrute le terrain. Discrètement. À la recherche d'un mouvement qui trahirait une présence étrangère.
Résine me parle, mes mains se desserrent légèrement.

- En revanche, si vous voulez rentrer, vous pouvez ; je ne voudrais pas vous retenir... puis elle ajouta: Mais peut-être que quelqu'un s'inquiétera de ne pas vous voir revenir ?

Non. C'est vrai qu'il n'y avait plus personne au dortoir, plus personne qui m'attendait pour me raconter sa journée ou pour me sourire tendrement. Plus personne... y avait-il quelqu'un avant Espérance? Je ferma les yeux pour chercher dans mes souvenirs et l'image du clébard égorgé me revînt en tête. Rouge sang. Je frémis, et sans m'en rendre compte mes ongles c'était à nouveau plantés dans ma peau laissant perler quelques gouttes de sang. 
Je laissa passer quelques mots entrent mes dents:

-Tu comprends pas. C'est dangereux. On ne peut pas mourir ce soir. 

Depuis quand tu deviens un "on" petit Lièvre? 
Je bondis sur mes pattes et tendis ma main griffonnée de cicatrice à Résine.

- Viens. Maintenant.

Je ressemblais à un pauvre lapin affolé. Non seulement je me retrouvais en terrain inconnu mais, en plus, j'avais un civil à protéger. Rien ne tournait en ma faveur. Je leva le museau et tenta de flairer un danger. Rien. Pour l'instant...

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.Space March Hare. [Lièvre de Mars]

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