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Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie]

Bird
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MessageSujet: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Mar 28 Aoû - 14:04

Suite du RP "the night of the hunter
Résumé: Alors que Bird a organisé une partie de chasse avec Peter, Résine et Logan pour nourrir Espérance et que les groupes sont fait, il part en solitaire chasser du gibier et laisse Résine et Logan en compagnie de Peter avec ordre de ne tirer sous aucun prétexte pour ne pas plonger l'ex-soldat dans l'angoisse et ses souvenirs .
Puis trouvant un terrier de marcassins non surveillé par leur mére, l'oiseau approche décidé à voler un marcassin pour l'engraisser à la ferme mais se fait attaquer par la laie. Dans l'impossibilité de tirer pour épargner Peter, il perd une oreille avant d'endormir la laie. Résine puis Logan (et les autres mystéres...) accourt à son secours.


    Quand l'Oiseau se réveilla, la nuit était tombée. De forets il n'y avait plus. Les décors moussus avaient été remplacés par les murs blancs et le matériel chirurgical de l'infirmerie.... Ou du moins c'est ce qu'il semblait percevoir. Sa vue restait brouillée, sa tête lourde et des plus douloureuse, et son audition plus que mauvaise. Contrairement à la fièvre, sa folie avait pris fin, laissant au directeur des images floues de son cauchemar et de ce qu'il s'était passé.

    Sans connaître, son état général, il se sentait mieux et devait savoir si Frederick et tout le monde allaient bien.
    Il essaya de se relever.
    En vain.
    Il était retombé lourdement, sa volonté stoppée dans son élan par le bordage parfait du drap du lit et par la douleur émanant de son flan.

    Le corps totalement inactif, une myriade de questions assailli son esprit :

    Depuis quand était-il à l'infirmerie ? Des heures ? Quelques minutes ? Qui l'avait ramené ? Avait-il eu du mal à retrouver son chemin dans la forêt ? Comment avait il réagit ? Etait-il soigné ou le plus dur était encore à passer ?
    Tout cela, il n'en avait aucune idée et ce n'est pas dénudé et blessé tel qu'il l'était qui le saurait.


Voila c'est bien large comme ouverture donc vous faites comme bon vous semble, comme vous trouvez la chose la plus intéressante. Pour établir l'ordre c'est au premier qui répondra=) Vous pouvez utiliser les autres personnages comme PNJ et raconter votre périple pour venir jusqu'à l'infirmerie.


Dernière édition par Bird le Jeu 3 Jan - 19:35, édité 1 fois
Résine
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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Ven 7 Sep - 20:01

« Une terreur profonde, une angoisse infinie
Redoublent sa torture et sa lente agonie.
»
A. de Vigny.
__________________________________________________________________

Des heures, et peut-être un peu plus. C'était bien cela qui s'était écoulé avec lenteur, avec effroi, avec horreur même, depuis le matin, ce fameux matin où tout s'était ébranlé à défaut de basculer dans le bazar, le souk, le bronx et tous les synonymes rigolos du chaos. La réalité se révélait beaucoup moins cocasse, ce n'est pas Résine qui le démentirait.

Plus tôt dans la matinée, alors que l'action prenait encore place dans les bois, le sol portait la marque de la boue et du sang et non pas l'odeur douceâtre et aseptisée de l'infirmerie où tous avaient fini par échouer. Tous, c'était bien entendu les participants de la chasse, à commencer par ce grand brun accouru en premier auprès d'un Bird délirant. Il n'avait manqué personne, alertés qu'ils étaient par les cris et/ou l'absence de signal à un moment donné. Toujours est-il qu'ils avaient rappliqué, guidés par l'instinct d'orientation des uns et les compétences de filature des autres, et tout ce monde réunit d'un coup fit que l'unique fille de la troupe ne parla ni ne bougea à partir de cet instant. Déjà le savoir-faire du Géant, comme s'il avait assisté à des accidents de ce genre toute sa vie, l'avait pétrifiée dans son rôle d'incapable. Elle n'était pas utile, elle ne l'avait jamais été et cette arrivée massive de garçons eut pour effet de la remettre à la place qu'elle n'aurait pas dû quitter : l'invisible. L'effacée, l'insignifiante. Pourquoi avait-elle décidé de participer à cette partie de chasse ? Elle ne se souvenait pas. Elle n'aurait jamais dû venir. Ces jeux-là n'ont rien d'un match d'échecs. Les femmes doivent rester à la maison, elles ne sont qu'un poids mort dans les activités des hommes.
This is a man's, a man's, a man's world.
Il y avait eu l'affairement, la cacophonie en demi-ton de cette assemblée cosmopolite réunie autour de son chef. Et bien que l'Oiseau fut le Directeur, les messes basses de certains en disaient long sur les pensées qui les animaient. D'un accord commun, la laie fut assassinée et les petits abandonnés à leur futur sort lorsque, réveillés, ils découvriraient que maman ne reviendrait pas. C'était sûrement la meilleure chose à faire par ailleurs, parce qu'elle correspondait sans aucun doute à cette règle de la nature qui consiste à tuer ou à être tué. Bird en avait fait les frais, dans une dimension moindre et par excès de compassion. Aurait-il approuvé cette décision sanglante ? L'incertitude était de rigueur pour quelqu'un qui respecte à ce point la vie. Cependant il ne pouvait guère intervenir pour exprimer son possible mécontentement.
Quant à Résine, l'égorgement de la laie, malgré son efficacité et son manque d'effusion, acheva de lui faire tourner le coeur. La nausée la prit d'assaut en un éclair et, si elle réussit à se retenir de vomir au rouge milieu de la scène, le malaise lui brouilla les sens pour le reste des opérations. Son environnement proche se réduisit à un brouhaha d'odeurs entre chair fraîche et sueur, à une bouillabaisse de paroles, d'ordres et de questions aux tonalités anxieuses, à une anarchie de gestes. En retrait, presque indifférente au remue-ménage qui s'opérait sous ses yeux, la rouquine se sentait comme empêtrée dans une épaisse toile d'araignée, un filet sirupeux qui formait une gangue autour d'elle. Aussi, lorsqu'elle se retrouva à l'infirmerie quelques temps après, elle n'aurait pu retracer le cours des événements qui l'avaient conduite ici.

L'infirmerie remplaça son mal de coeur par une crainte moins livide. La gamine avait pourtant choisi de rester entre les flacons de désinfectant et les scalpels jusqu'au réveil de Bird. Ce n'était nullement pour se racheter d'une quelconque erreur passée, non, c'était pour mettre un terme à ses inquiétudes. Avec un Directeur inerte, l'avenir d'Espérance était à redouter. Mais n'y avait-il pas quelque crainte plus profonde, plus personnelle, à savoir un homme qu'elle appréciait blessé de la sorte ? Avait-elle le droit de ressentir de la peur à l'égard de cette vie tellement plus importante que la sienne ? Tout au long de la journée, les garçons s'étaient affairés dans le dispensaire tandis qu'elle restait prostrée dans un coin. Certains partirent, revinrent, d'autres disparurent aussi, si bien qu'elle n'aurait su dire qui était vraiment resté. Elle ne s'en formalisa pas. Moins on la voyait, moins on lui parlait, mieux elle se portait. Cet endroit semblait la repousser de tout son carrelage impeccablement lavé. Elle en oublia même de manger, si bien que son ventre criait à la disette depuis des heures alors qu'elle demeurait sourde devant ses plaintes gargouillantes.
L'infirmière lui faisait peur aussi, et pourtant c'était une femme. Rien ici ne mettait Résine à l'aise. Elle sursauta presque lorsque Bird bougea enfin, après tant d'attente et d'ongles rongés -n'était-ce pas la rognure de son petit doigt, là, au sol ? Mais elle ne fit rien que de ressentir une bouffée de soulagement, à moitié étouffée par le remords. Il y avait d'autres personnes à son chevet, d'autres personnes plus compétentes, plus intelligentes, plus matures. La rousse, elle, n'avait rien à faire là. Alors pourquoi était-elle restée ? Peut-être que, finalement, c'était la curiosité. Adèle... Elle avait clairement entendu, ce matin, ce prénom agonisant entre les lèvres de l'Oiseau. Elle voulait savoir. En parlerait-il de nouveau, encore groggy par son opération ?
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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Jeu 11 Oct - 10:47

/!\ Attention, rp violent. Si vous n'aimez pas le sang, ne lisez que les phrases en gras.

La vue du corps de Bird l’avait tétanisée. Son équilibre vacillant l’obligea à prendre appui sur son bureau : elle ne pouvait pas se permettre de chuter. Oh, ce n’était nullement la gravité des blessures qui la rendit aussi faible, ni l’inquiétude. Juste une émotion étrange qui s’empara d’elle. C’était la première fois qu’elle voyait un corps aussi… aussi ensanglanté que celui-là. Tout ce… rouge, tout ce liquide poisseux qui souillait la pâleur de la peau du Directeur… Comment aurait-elle pu résister à un appel aussi foudroyant ? C’était une exhortation au meurtre, ni plus, ni moins. Comme elle aurait aimé passer un scalpel effilé le long des lignes de Langer et voir perler les gouttes écartalates… Non il fallait qu’elle se reprenne. Ses pensées devenaient dangereuses. Mais ce carmin était tellement tentant…

Elle avait viré tout le monde de l’infirmerie, arguant qu’elle avait besoin de calme pour œuvrer. Et que forcément, entendre leur chuchotements ou simplement leur souffle se bloquer dans leur gorge à chacune de ses sutures, ou même sentir les regards impatients ou curieux dans son dos ne l’aideraient pas, loin de là. Enfin, quand elle disait tous… Presque tous, en réalité. Seul Résine avait pu rester dans la salle. Déjà parce qu’elle était discrète et qu’elle s’était installée dans un coin éloigné, veillant à ne pas la gêner. Mais aussi pour qu’elle lui serve de garde-fou. Elle l’empêcherait de faire quoique ce soit de trop… violent. Et le simple fait de savoir que quelqu’un veillait sur Bird lui permettrait de garder un minimum de sang-froid.

Et pourtant… L’oreille arrachée, les côtes brisées, les égratignures et multiples plaies. Comment diable pourrait-elle rester stoïque ? Elle n’avait qu’une envie, plonger ses doigts dans les blessures, les tourner pour voir le sang s’écouler encore plus violemment. Elle se retint de justesse, elle ne savait même pas comment elle y était parvenue. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle avait agi de manière professionnelle. En effet, Bird aurait pu guérir beaucoup plus rapidement. Vraiment. S’il n’avait atterri entre ses mains, en fait.

Le nettoyage des plaies avait pris énormément de temps. Le tissu blanc imbibé d’eau rougeâtre, l’odeur du désinfectant mêlé à celle du sang lui avait presque fait tourner la tête. Et les sutures sur les blessures qui ne pourraient pas cicatriser naturellement. Elle les avait délibérément ratées. Empêchant ainsi la cicatrisation, provoquant encore plus de saignements. Les bandages qu’elles avaient placés dessus se teintaient continuellement d’un rouge sombre. E ne fut qu’au moment où elle remarqua la froideur de la peau du directeur qu’elle se décida à refaire les sutures correctement. Elle ne pouvait pas le tuer. Elle n’en avait pas envie, d’ailleurs. Les morts ne sont beaux que tièdes et couverts de sang encore fumant.

Elle avait placé un petit anneau de fer dans son conduit auditif, pour éviter qu’il ne se referme ou qu’il soit recouvert de peau, ce qui l’aurait empêché d’entendre. Déjà que son audition serait nettement altérée, la pose de cet anneau permettrait au moins de limiter les dégâts. Peut-être que quelqu’un parviendrait à faire une oreille artificielle. On verrait bien. Une fois qu’elle eut fini tous les bandages, elle autorisa les autres à entrer, s’ils le voulaient.

Les heures, les jours passèrent. Elle vérifiait continuellement sa température, veillant à ce qu’elle reste dans les normes.
Toutefois, elle ne regarda l’état des blessures que longtemps après, lorsqu’elle fut sûre qu’un caillot de fibrinogène s’était formé, que les processus de coagulation et de cicatrisation étaient bien entamés. Elle ne voulait pas perdre contrôle, elle ne pouvait pas. Au final, elle fut rassurée : les plaies ne n’étaient pas infectées, pas de septicémie en vue. Elle n’aurait pas aimé avoir à lui amputer un membre à cause de la gangrène ou de quelque chose dans ce genre. Cependant, il était loin d’être guéri. Il avait trois côtes fêlées. Il avait déjà eu de la chance qu’elles n’aient pas perforées ses poumons. Il faudrait qu’il se repose.

Aussi, quand elle vit qu’il tenta de se relever, elle refit le bordage du lit, encore plus fortement, pour l’empêcher de se faire du mal en bougeant. Elle ne supporterait probablement pas un autre saignement. Résister à ses pulsions l’avait déjà épuisé.

« Ne bougez pas, restez allongé. Vous êtes trop faible pour vous permettre le moindre mouvement. »
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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Dim 4 Nov - 12:29

    De "Directeur", Bird était passé à "larve chétive".
    Salement blessé, son pouvoir d'action se réduisait à présent à zéro. Dans ce simple lit, bien plus fort que lui, l'Oiseau n'était même plus capable de se relever, des douleurs s'éveillant au moindre geste. Pathétique. Quelle image décadente il avait dû donner aux enfants d'Espérance.. Et aux Nahash... Le maudit groupe avait dû profiter de son absence pour agir... Et puis combien de temps s'était déroulé depuis son intervention ?
    Les questions revinrent à la charge. Ne pas y penser... ou Avoir des réponses.
    Déglutissant difficilement et utilisant le seul outil de communication qui lui restait, l'Oiseau répondit à la recommandation de l’infirmière d'une voix pâteuse et faiblarde :

    « Merci de tes bons soins Litanie, mais je vais mieux, je vais bientôt pouvoir me relever et reprendre le travail »

    Le travail: retrouver Miséricorde ce qui en soit était la base du bon déroulement d'Espérance...L'obsession de sa vie... Bird, même malade ne perdait pas ses objectifs... ni sa raison.

    Dans un instant d'égarement, il dévisagea l’infirmière. En y regardant bien la jeune fille était plutôt jolie : la ligne svelte et gracile, les cheveux longs et libres tout juste sublimés de quelques fleurs, le regard clair et posé d'où émanait une grande douceur. Pour résumer, un corps qu'on avait envie de prendre dans ses bras et qui lui en rappelait un autre, sorti d'un Rêve..
    D'un Rêve ou peut être d'un souvenir lointain... Il se concentra. L'image exacte revint à lui. Adèle. Toujours et encore elle. Il l'avait vu récemment... mais quand ?
    Son esprit plongea un peu plus dans les méandres de sa mémoire.
    Il s'en rappelait à présent... Il l'avait vu en songe lors de son accident avec la laie... Mais en avait il parlé ?
    Avec difficultés, il tourna la tête vers la rouquine à son chevet :

    «Que s'est il passé depuis l'accident? Je veux tout savoir... et... Ai je parlé de quelqu'un pendant mon sommeil ? » 



RP écrit en 30 minutes \o/

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Résine
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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Mar 6 Nov - 18:04

« Cependant les feuilles tombent, tombent toujours ;
Le sol est jonché de ces présages à la fois tristes et lugubres.
»
É. Nelligan
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Cela faisait plusieurs jours qu'il n'y avait plus Bird au Foyer. Et pourtant la vie avait continué. Il y avait toujours des matins, et il y avait toujours des soirs. Il y avait toujours, parcourant le ciel, des vols d'étourneaux et des moineaux sur le seuil de la ferme, à picorer les miettes du dîner jetées là. Il y avait toujours les voix des enfants qui résonnent dans les couloirs, leurs silhouettes qui traînent dans les champs ou le bruit de la douche qui fonctionne. Mais il n'y avait plus Bird. Alors les aînés s'étaient occupés comme ils avaient pu de la maisonnée. Bien qu'habitués à aider l'Oiseau pour la préparation des repas, le ménage, l'entretien des cultures et du bétail, c'était étrange de se dire qu'il ne serait pas là en cas de bévue, en cas de souci. Qu'il ne pouvait pas veiller sur ses enfants, et qu'on aurait beau frapper à la porte de son bureau, on ne trouverait personne pour nous ouvrir. Sûrement que quelques uns s'en réjouissaient. Résine n'était pas dupe de certains comportements, de certaines rumeurs qui circulaient au sujet de la chasse, bien que les témoins aient essayé d'étouffer le plus possible l'affaire. L'Oiseau était tombé, abattu en plein vol, et cette faille serait sans aucun doute mise à profit dans les jours à venir, s'il ne revenait pas.
Résine avait pensé que Bird serait soulagé de savoir que les plus fragiles des enfants n'étaient pas déboussolés. Elle avait pris son rôle d'aînée très à coeur, à défaut d'être utile ailleurs. Chaque jour, elle se rendait à l'infirmerie vérifier s'il n'avait pas repris connaissance, si ses blessures ne s'étaient pas aggravées et si, par un hasard des plus hasardeux, l'infirmière n'avait pas décidé de ré-ouvrir les plaies de temps en temps pour le garder dans son lit. Après tout, il y avait des rumeurs étranges sur cette femme-là, et de ce que la rouquine avait pu voir de ses réactions monstrueuses lors du bal dans le Rêve, elles n'allaient pas sans quelque fondement obscur. Mais c'était le médecin d'Espérance. Et la seule à même de sauver le Directeur. Aussi portée sur le sang qu'elle pouvait l'inspirer, elle n'en demeurait pas moins une remarquable praticienne. Avec les moyens du bord, certes.

La gamine se rendit à l'infirmerie sur les coups de onze heures, ce jour-là. Avant, elle avait dû s'occuper de laver les draps de la ferme et, comme les machines à laver avaient été remplacées depuis quelques jours par des espèces de cabosses incapables de fonctionner, la lessive avait dû se faire à la main. Même levée avec les poules, Résine avait cru qu'elle n'en verrait pas le bout avant le déjeuner. C'est qu'il étaient sacrément grands ces morceaux de tissu, en dépit du fait que les lits soient petits. Et pendant que deux ou trois trempaient dans le savon dans la baignoire, il fallait sortir faire sécher les premiers lavés, à transporter dans un panier lourd d'eau. Peu avant onze heures, le Foyer ressemblait à un bateau encerclé de ses voiles blanches, gonflant doucement à la brise d'automne. C'était charmant à voir et la rousse se serait probablement arrêtée dans ses allers et retours pour contempler ce flottement quasi irréel, mais elle avait encore à faire. Ou plutôt, elle avait à rendre visite à Bird.
En pénétrant dans la pièce où l'homme se reposait, elle fut rassurée de l'entendre parler à Litanie. D'entendre le son de sa voix, presque gutturale mais toujours pleine de bonté et d'attention. Bird par excellence. Il pouvait en effrayer plus d'un avec son utopie, avec ses désirs de consécration communautaire et les risques qu'il prenait pour satisfaire sa volonté. Mais il n'en restait pas moins des bras toujours prêt à s'ouvrir et une oreille toujours attentive. Une oreille. L'auteur pouffe, pardonnez-la, elle est mesquine comme pas deux. Donc. Résine s'avança à hauteur des deux êtres, sans un bruit. Sur le carrelage de l'infirmerie, ses pieds nus glissaient en silence. Et lorsqu'elle aperçut le visage de Bird, tant d'images lui revinrent à l'esprit qu'elle eut un haut-le-coeur.

« Que s'est-il passé depuis l'accident? Je veux tout savoir... et... Ai-je parlé de quelqu'un pendant mon sommeil ? »

La jeune fille mit un instant avant de s'arracher à ses pensées. Elle revoyait Bird à la face trempée de sang, les garçons réunis autour de lui, avec leurs armes luisantes comme s'ils étaient prêt à achever le volatile. Et puis le rouge. Au sol, sur la peau, sur les vêtements. Elle secoua la tête, pour chasser ces souvenirs douloureux, mais ne put fixer l'homme dans les yeux, préférant détourner le regard vers Litanie pour trouver un repère stable auprès d'elle, peut-être une complice.

« C'est le quatrième jour depuis que vous êtes inconscient. Tout le monde va bien dehors, ils s'inquiètent pour vous. Elloy s'occupe très bien des plus jeunes. Il a fallu veiller sur Frederick au début, mais il va mieux maintenant. Le village est calme. On s'entraide au maximum en attendant votre retour. »

Pourquoi se sentait-elle forcée de mentir, d'enjoliver la réalité ? Elle ne voulait pas que Bird, dans son état, décide de se lever sur l'heure s'il apprenait que non, tout n'allait pas hyper bien, qu'il y avait ces disparitions bizarres d'objets, que Taima se faisait de plus en plus absent à la fermette, qu'on entendait gronder quelques vents de rébellion de la part des Nahash. Tout n'allait pas bien. Et plutôt que de se laisser emporter dans la tourmente, Résine avait choisi de passer sous silence tous ces soucis-là. L'Oiseau devinerait sans doute le subterfuge, mais s'il croyait que Résine allait le regarder sortir de son lit pour reprendre les rênes d'Espérance, il se trompait. Mieux vaut un chef absent et vivant qu'un chef présent et agonisant. Il fallait qu'il se repose. Il le fallait. Nécessité. Parce que le jour où quelque chose éclaterait, il aurait alors la force de riposter. Puis la fillette ajouta, à demi-mot :

« Dans les bois, ce jour-là... On aurait dit que vous étiez avec quelqu'un d'autre. Vous avez dit "mon amour". »

Elle ne s'autorisa pas à en dire plus. Peut-être que l'Oiseau serait perturbé de savoir cela. Peut-être qu'il ne voudrait pas en parler. Ou peut-être qu'il prononcerait de lui-même ce prénom dont Résine se rappelait si bien. Adèle. Pourquoi ce prénom-là sonnait-il comme une malédiction ?

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« Supportez courageusement ; c'est par là que vous surpassez Dieu.
Dieu est placé hors de l'atteinte des maux ; vous, au-dessus d'eux. »
Sénèque.
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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Sam 10 Nov - 13:44

Un rire amer faillit lui échapper. Quelle ironie, tout de même. On la remerciait de ses bons soins, alors qu’elle aurait pu le tuer. Niveau professionnalisme, on faisait mieux. Elle ne voyait même pas comment il avait pu survivre. Tout ce sang qu’il avait perdu. Nom d’un crâne, elle ne devait pas y penser. C’était du passé. Elle devait… oublier. Oui, c’était la meilleure solution. Le sang engendre la violence et elle ne pouvait se permettre une escalade aussi dangereuse. Elle se contenta de lui sourire doucement. Elle devait être forte et ne pas se laisser guider par son obsession. Et puis, malgré tout, son inquiétude pour ses patients était réelle. Elle tenait à eux, voulait qu'ils s'en sortent le mieux possible. Même si parfois, elle ne pouvait agir en adéquation avec ses volontés, ce qui la frustrait après coup.

« Je crains que vous ne puissiez vous lever avant un bon moment. Votre corps mettra du temps à se remettre du traumatisme. »

Se détournant du blessé, elle sourit un peu plus franchement à Résine. L’attente avait été dure pour la jeune fille et Litanie le regrettait. Elle aurait pu faire en sorte que Bird guérisse plus vite, mais non, elle s’était laissée enchainée par la tentation. Elle se sentait coupable. Voilà, c’était dit. La culpabilité la taraudait sans relâche. Même si elle savait que si les choses étaient à refaire, elle agirait exactement de la même manière. Pourrait-elle un jour faire abstraction de cette obsession et soigner sainement ses patients ? Elle commençait réellement à en douter. Elle se demandait même si elle ne devait pas carrément démissionner. Mais quid des personnes qui ne manqueraient pas de se blesser ou de tomber malade ? Surtout que l’hiver arrivait à grand pas.

Les paroles de la jeune fille la tirèrent de ses pensées. Les nouvelles d’Espérance. Si elle n’était pas énormément sortie ces derniers temps, trop occupées à veiller le directeur, les quelques allers retours entre l’infirmerie et sa maison, et surtout les bribes de conversations glanées çà et là, lui avaient appris que les choses n’allaient pas aussi bien qu’elle ne le prétendait. Mais le directeur était faible et entendre que tout se dégradait le desservirait plus qu’autre chose. Il avait besoin de repos, à tout prix. S’approchant à nouveau du lit, elle posa une main sur le front de Bird. La peau était un peu plus chaude que n’aurait dû l’être. Parler l’échauffait trop, apparemment. Cependant, elle sentait qu’il serait vain de lui demander de se reposer, là, tout de suite. Impliqué comme il l’était dans son rôle, cela ne le contrarierait que davantage. Elle poussa un léger soupir.

« Bird, ne vous inquiétez pas pour Espérance. Tout se passe bien. L’important, maintenant, est que vous recouvriez vos forces. Ne vous forcez pas à… rester éveillé, ou quoique ce soit. »

Elle tourna les talons et s’éloigna quelque peu, s’installant à son bureau, griffonnant quelques mots sur une fiche. Elle pressentait que la conversation allait prendre un tournant plus personnel et voulait leur laisser leur intimité. Même si cela était totalement illusoire. Le silence qui pesait dans l’infirmerie rendait audible le moindre murmure. Elle n’aurait probablement aucun mal à suivre la conversation. Evidemment, elle pourrait faire tout son possible pour ne pas écouter ce qu’ils se diraient, mais la curiosité était bien trop forte. « Mon amour »… De qui pouvait-il bien s’agir ? Et puis… Il fallait bien qu’elle surveille son patient pour éviter qu’il ne se fatigue trop ou qu’il s’agite suite à cette conversation.
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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Lun 26 Nov - 17:40

    Des bons sentiments... Trop de bons sentiments. Elles étaient là, toutes deux à son chevet, attentives à croire que sa vie avait été brisée, qu'elles n'espéraient plus que son âme se délivre de son corps. Sans vouloir en faire trop elles le cocounaient à l'excès, ce que n'aimait pas l'Oiseau, même s'il savait que cela partait d'une intention louable.
    Pourquoi avaient-elles ainsi pitié de lui ? Était-il si pathétique lui le vulgaire volatile qui se prenait pour un coq et qu'une fois au cœur de l'action se faisait dominer par une bête sans cervelle ?
    Cet incident n'était qu'un manque de chance. Une erreur de sa part aussi exceptionnelle que préjudiciable... C'était ainsi. Il n'y avait nul besoin qu'on enrobe la chose d'une voile masquant et sucré.
    Alors maintenant, qu'elles arrêtent leur cinéma avant, qu'à son tour, son masque de compréhension chute. Plus de cela !
    Plus de main sur son front pour évaluer sa fièvre,
    Plus de petit mot de rétablissement,
    Et surtout, plus de ces regards se voulant apaisés, mais qui pourtant trahissaient si sublimement la gêne dans leur échange. Qu'on le regarde, qu'on lui annonce ce qui faisait mal ! S'il était malade et blessé, il n'était pas sot et sa raison sur la situation restait entière.
    Il ne croyait pas un instant les paroles rassurantes de Résine et n'accepterait comme vérité que ce qu'il ferait ; que ce soit le calme ou la tyrannie des Nahash.

    Litanie s'éloigna, Résine, profitant de cette pseudo intimité parla :

    « Dans les bois, ce jour-là... On aurait dit que vous étiez avec quelqu'un d'autre. Vous avez dit "mon amour".

    Le visage du directement se crispa un instant. Ses doutes étaient donc fondés... Il avait parlé... Enfin, au fond, où était le mal ? Pourquoi ne pas en parler, cette histoire n'avait rien d'un secret et cela permettrait de changer le sujet de conversation, de fuir le miel du rétablissement.

    Sans la moindre agressivité, il plongea le regard dans celui de Résine pour capter son attention et reposa la tête sur l'oreiller.

    « Mon amour... Je n'en ai pas la certitude mais lors de l'accident, l'hémorragie m'a fait revoir celle qui fut ma fiancée... mon Adèle... nous avions une belle vie mais... tout ce ne s'est pas bien fini... Enfin… Ce n'est qu'un souvenir vaporeux et une élucubration de fou. Je n'ai plus d'attache à ce passé... »

    Sa voix baissa, touchée par cette réminiscence aux épines de rose.
    Les yeux légèrement ternis, il gigota dans ton lit voulant réveiller ses muscles encore en léthargie.

    « Si je ne peux pas marcher, mettez moi dans un fauteuil, je veux voir Espérance. »


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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Mer 28 Nov - 10:33

« N'est-il pas terrible que nos dents brillent ?
Il nous aurait fallu un charme plus discret.
»
R. Maria Rilke
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Résine se rembrunit. Elle ne sut qui de la brève réponse ou de l'absence d'explications poussées la contrariait le plus. Des mots trop courts pour désigner une femme qu'il avait aimé, avec qui il s'était même fiancé -quel sens à donner à ces termes si le contexte est expédié tel un souvenir vaporeux ? Les possessifs étaient encore présents dans ses paroles, mais l'Oiseau semblait dénigrer leur importance, les rattacher à sa démence passagère. Quel gâchis. La rouquine retint cependant un froncement de sourcils à l'écoute de sa légère inclination de voix. Le passé est féroce ; si l'on ne s'y accroche pas, c'est lui qui demeure englué dans votre mécanisme cardiaque et qui, parfois, le freine.
Comment c'est de quitter celle qu'on aime parce que tout ne s'est pas bien fini ? Qu'est-ce qui peut guérir la maladie d'amour d'une âme caractérisée par sa bienveillance et sa générosité ? La gamine ignore ce qu'est l'amour. L'enfant de Vénus ne l'a pas encore percée de cette flèche ailée qui vibre, vole et qui ne vole pas ! Alors elle ne peut pas comprendre ce que ressent Bird, elle est incapable de se mettre à sa place, d'envisager la possibilité de la colère, de la tristesse, du remords peut-être, qui assomment les amoureux trahis d'une quelconque manière. Pourtant elle a bien une légère idée. Dans son Avant aussi, il y a quelqu'un qui a des sentiments pour elle, elle s'en souvient. Pour cette personne qu'elle ne connaît pas, ce doit être dur de vivre, de survivre, d'exister tout simplement dans l'attente d'un retour qui n'arrive pas. Est-ce qu'Adèle se rappelle de l'Oiseau, de son côté ? Est-ce qu'elle considère leur vie commune comme une élucubration de fou ? Que penserait-elle si elle apercevait son ancien fiancé dans cet état, dans ce village, reconstruisant sa vie loin de ses boucles blondes et de son sourire de femme aux dents qui brillent ?
La teinte peinée qui colore les iris de Bird laisse Résine de marbre. Là voici qui réfléchit, ravalant les interrogations qui se bousculent dans son encéphale. N'y aurait-il pas un moyen de retrouver cette Adèle, de la questionner en personne ? Non, ce serait impossible. Ou bien de dénicher dans les affaires du directeur des indices permettant d'identifier cette femme, son passé, les actions qui l'ont menée à quitter l'homme qui lui était promis ? Adèle. A-t-elle le regard aussi noble que le prédit son étymologie ? Possède-t-elle quelques taches d'ombre à la surface de son visage ? Pourquoi, comment, quand, où ? L'ordre de l'Oiseau fait revenir le calme dans le méli-mélo de ses songes.

« Si je ne peux pas marcher, mettez moi dans un fauteuil, je veux voir Espérance. »

Tête de mule. Parfois, ce n'est pas un oiseau mais un âne. De toute manière, il reste bel et bien un homme ; se croire toujours plus fort qu'il ne l'est, écarter les signes de faiblesse et les précautions extérieures. « Quand à chaque jour qui vient, chaque jour qui va ; nos peaux se fendent, nos os se broient... » Et la suite se fait trop ténébreuse pour la chanter ici. En un sens, l'obstination du directeur force l'admiration ; sa ferveur à l'encontre d'Espérance lui dessine des ailes immuables. Mais si ses jambes ne tiennent pas, si son corps ploie sous la douleur, ces plumes-là ne lui seront d'aucun secours le temps de sa convalescence. Faisant volte-face pour qu'il n'aperçoive pas la lueur de désapprobation qui lui anime les pupilles, Résine se dirige vers le bureau de Litanie. Il serait inutile de chercher à raisonner l'Oiseau. Lorsqu'on parle d'Espérance, et cela elle ne le sait que trop bien, le directeur est impénétrable. Mais après tout, pourquoi lui en vouloir de se consacrer corps et âme à son petit bourg ? C'est un endroit des plus charmants. Et le jour de l'effondrement peut toujours venir, s'il y a des hommes prêts à se défendre.

« Excusez-moi Litanie, chuchote la rousse à l'infirmière, il demande à sortir... Vous n'auriez pas quelque chose pour qu'il puisse se déplacer de lui-même ? Elle hésite, puis reprend. Je crains que son moral ne flanche s'il doit rester allongé ici encore plusieurs jours. Il ne le supporterait pas. »

On sous-estime peut-être trop le rôle de l'esprit dans la rémission des chocs. Les manifestations psychosomatiques peuvent se révéler bénéfiques de temps en temps, non ? Si le directeur est condamné à ne voir que le plafond de l'infirmerie pendant les soixante-douze heures à venir, Dieu sait ce qui pourrait advenir de sa résistance physique. À contre-coeur, Résine s'est résignée la première. Elle ne peut lui interdire d'aller où il souhaite ; il prendrait lui-même les choses en main dès qu'il serait de nouveau seul. Mais elle ne pourra pas toujours être là pour veiller sur lui. S'il tombe, elle sera peut-être occupée ailleurs, là où les obligations l'appellent. Alors qu'il soit prudent. La gamine jette un coup d'oeil à l'infirme et fait passer dans ses yeux ce qu'elle attend de lui s'il sort malgré tout. Elle sera intransigeante. Déjà lui en veut-elle un peu de refuser d'écouter les recommandations de Litanie. S'il prouve qu'il n'est qu'un enfant capricieux, elle ne lui pardonnera pas son insouciance dans le contexte tendu qui flotte sur Espérance.

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« Supportez courageusement ; c'est par là que vous surpassez Dieu.
Dieu est placé hors de l'atteinte des maux ; vous, au-dessus d'eux. »
Sénèque.
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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Mer 23 Jan - 16:16

Le nez plongé dans diverses feuilles, elle ne perdit cependant pas une miette de ce qui se disait à l’autre bout de l’infirmerie. La curiosité, sans doute. Ils n’avaient pas à s’en faire, cela dit : elle savait tenir sa langue. Adèle… Alors comme ça, Bird avait été fiancé auparavant ? Cette nouvelle provoqua en elle un choc. C’était idiot, pourtant. Il avait un passé, comme tout le monde. Pourquoi cela l’étonnait-elle, alors ? Elle ne sut mettre le doigt sur ce qui la chiffonnait. Peut-être le fait qu’elle ne se soit jamais vraiment posé de question à son égard. Oui, c’était probablement ça. Cependant, ces quelques mots échangés avec Résine venaient de lui ouvrir une fenêtre sur un passé qu’elle n’avait pas à connaitre. Et qu’elle ne connaitrait sûrement jamais. Toutefois, une foule d’interrogations lui vint à l’esprit. Qui était-elle ? A quoi ressemblait-elle ? Mais surtout, pourquoi cette histoire s’était-elle mal finie ? Que s’était-il passé ? Elle retint un léger soupir avant de chasser ces pensées importunes. Le fin mot de l’histoire lui resterait inconnue, donc il ne lui servait de se torturer l’esprit avec ça. Point.

« Si je ne peux pas marcher, mettez moi dans un fauteuil, je veux voir Espérance. »

Elle releva brusquement la tête quand elle entendit ces mots et fixa le lit d’un air incrédule. Sérieusement ? Il venait à peine de se réveiller qu’il voulait déjà aller battre la campagne et tout danger qui menacerait Espérance ? Par tous les démons, qu’avait-elle bien pu faire pour qu’on lui impose un patient pareil ? Enfin, à part avoir provoqué délibérément une anémie non régénérative, bien sûr. Elle avait dû être la pire des créatures existantes dans une vie antérieure pour qu’on lui impose une épreuve aussi difficile dans cette vie. Non seulement elle manquait de tuer ses patients alors qu’elle ne voulait que leur guérison, mais, elle se retrouvait aussi avec des patients qui n’en faisaient qu’à leur tête. Et qui donc, mettaient en danger leur propre santé. D’abord la petite Sophie, puis Bird... Qu’avait-elle fait pour mériter ça ?

Elle posa doucement son front contre la surface fraiche et soyeuse des feuilles qu’elle faisait semblant de lire quelques minutes auparavant. Etait-ce réellement de la faute de ses patients ? Peut-être… Peut-être que c’était elle, le problème. Son incapacité à… A quoi ? Faire en sorte que ses patients lui fassent confiance ? Qu’ils l’écoutent un tant soit peu ou du moins, qu’ils prennent en compte ses opinions ? Elle en venait à regretter le bon vieux paternalisme médical. Enfin, maternalisme, dans son cas. Tout aurait été bien plus simple.

Elle releva la tête et offrit un faible sourire à la jeune fille qui s’approchait. Elle s’en voulait déjà de s’être laissé aller à cette introspection. Ce n’était pas le lieu, encore moins le moment de se remettre en question. Elle n’avait pas à montrer sa faiblesse, pas quand elle était en service. Pas en public. Elle espérait vaguement que Résine l’aiderait à raisonner le Directeur.

« Excusez-moi Litanie, il demande à sortir... Vous n'auriez pas quelque chose pour qu'il puisse se déplacer de lui-même ? Je crains que son moral ne flanche s'il doit rester allongé ici encore plusieurs jours. Il ne le supporterait pas. »

Elle retint un grognement, le regard sombre. La jeune rousse n’y était pour rien, elle n’allait pas lui faire subir son agacement. Se mordant nerveusement la lèvre inférieure, elle hésita sur la démarche à suivre : heurter son patient n’apporterait rien de bon, mais elle ne pouvait pas le laisser prendre des risques inconsidérés de la sorte. Elle finit par se lever, tout en s’adressant à voix basse à Résine.

« Il est beaucoup trop faible pour se déplacer seul. Des blessures aussi graves… Il lui faut du repos. Beaucoup de repos. Mais je suppose qu’il refusera de simplement fermer les yeux et laisser son corps se remettre de l’accident tant qu’il n’aura pas vu Espérance, n’est-ce pas ? Je ne peux que vous proposer un fauteuil roulant, que j’avais gardé de côté pour Aaron… »

Mais elle n’abandonnerait pas la partie aussi vite. Tant pis si cela énerve Bird, elle ne le laisserait pas agir de manière aussi irresponsable. Sortant une petite clé de sa poche, elle déverrouilla la porte de la salle de stockage, en quelque sorte. Là où elle conservait tout son matériel dangereux. Fouillant quelques secondes, elle finit par trouver ce qu’elle cherchait. Le fauteuil, archaïque, était assez difficile à manier, mais il faudrait se contenter de ça. Refermant soigneusement la porte derrière elle, elle se dirigea cette fois vers le lit du Directeur. Prenant une grande inspiration pour se donner du courage, elle s’adressa à lui, la voix tremblante.

« Bird. Je peux parfaitement comprendre que vous souhaitiez revoir Espérance. Mais pensez à votre corps et à toutes les épreuves qu’il a endurées pendant ces derniers jours. Vous avez besoin de repos. Je me doute bien que vous ne vous laisserez pas fléchir, mais… Trouvons un compromis. Reposez-vous une à deux heures avant de sortir, Bird. S’il vous plait. »

Elle s’arrête brusquement. N’était-elle pas forte et indépendante ? Pourquoi sa voix tremblait-elle ? Elle ne voulait pas qu’on puisse penser qu’elle était fragile, pas à même de s’acquitter de son travail. Si elle ne pouvait pas obtenir l’estime de ses patients grâce à sa personnalité, alors elle s’appuierait sur ses connaissances scientifiques pour qu’ils la prennent en considération. Elle reprit sur un ton plus assuré, plus neutre, aussi.

« Votre première escapade dans Espérance ne durera pas plus d’une demi-heure. Après quoi, vous reviendrez ici vous reposer. Et naturellement, je vous accompagnerai. Ne vous surestimez pas. Bird. Le plus vous vous reposez, le plus tôt vous pourrez quitter ces lieux. »
Bird
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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Lun 25 Fév - 17:30

    L'Oiseau ne supporte pas cela : tout le monde s'occupe trop bien de lui.
    On lui parle doucement, le regarde avec des yeux remplis de pitié, le coconne d'une douceur factice comme s'il était un grand souffrant, un oisillon s'étant brisé les ailes en tombant du nid.
    Résine cherche un appuie chez Litanie et Litanie, sous l'apparence de conseils, ordonne. Repos et prudence.
    Bird n'en veut pas.
    Pourtant l'infirmière a raison et c'est bien cela qui le dérange. Il n'aime pas avoir tord et qu'on remette ainsi son pouvoir et ses capacités en question même s'il faut avouer qu' il n'est pas en mesure de faire des folies malgré sa volonté inébranlable.
    Au détriment de son corps, il doit sortir. Son mental en a besoin pour guérir. Il doit sortir.
    Pour voir Peter, savoir s'il va bien. Son ami est la seule personne qui compte à cette instant. Même le fantôme d'Adèle, Résine,Litanie, ou même les enfants d'Espérance n'ont d'accroche sur son esprit. Peter. Seulement lui. La raison de son accident, de son imprudence.

    «  Je ne me surestime pas Litanie, j'ai connu pire... et d'accord pour une demie heure. Je crois que je n'ai pas le choix de toute façon... »

    Il se lève, grimace et refusant les bras d'aide des jeunes femmes se hisse dans la fauteuil.
    Il appréhende ses nouvelles jambes, prie pour qu'elles soient le plus provisoires possible, prend conscience de sa condition sans l'accepter.
    Il se battrait. Il lui faudrait 10 levés de soleil pour se remettre entiérement. Pas un de plus.

    L'Oiseau fait tourner les roues du fauteuil et sans un regard vers Résine et Litanie, quitte l'infirmerie. Qu'elles le suivent ou non, cela lui est égal.

    Les roues du fauteuils sautant sur le dallage irrégulier, il déambule à travers les rues jusqu'à arriver devant la porte de son ami. Il respire, toque et l'appelle, fait porter sa voix aussi fort qu'il peut.

    « Peter ? C'est Bird ! Je suis venu te voir pour savoir si ça allait »

    Quinte violente de toux. Le froid extérieur est plus dur qu'il n'y paraît et lui, plus faible qu'il ne le pensait.



Lit et résine, vous pouvez répondre tant que Peter arrive~~

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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Jeu 14 Mar - 20:55


Peter était rentré chez lui, il ne se souvenait pas du chemin qu’il avait emprunté. D’ailleurs, c’était le noir total, ou plutôt le rouge total depuis qu’il avait quitté la scène. Les scènes s’étaient faites plus virulentes et les cadavres décharnés le harcelaient sans cesse. Sa migraine avait grimpé en flèche. A cet instant, il avait attrapé machinalement ses outils de forgeron et il avait commencé à taper frénétiquement sur le métal. Il tapait, tapait sans cesse, tapait pour oublier, oublier ce cauchemar, oublier la blessure de son ami le plus cher, peut être le seul d’ailleurs. Comme un enfant, ou un ours blessé, le blond s’était réfugié dans sa tanière où il broyait son désespoir. Pourquoi, pourquoi est-ce qu’il n’avait pas tiré ? Ho bien sûr qu’il savait pourquoi mais c’était admettre une fois de plus son inutilité, la culpabilité n’avait cessé de se lover contre lui, lui susurrant à chaque instant des mots tout sauf réconfortant. Des larmes de rage, de frustration et de douleur commencent à tomber sur le métal rougi sans qu’il s’en rende réellement compte.

Il n’a été qu’un fardeau, jamais il n’aurait dû venir. Ses bras commençaient à le lancer douloureusement alors que l’ancien soldat tapait frénétiquement sans lui-même bien savoir ce que ses mains façonnaient. Son esprit se perdait perpétuellement dans la scène. Le sang l’avait tétanisé, en plus de n’avoir rien pu faire pour son ami, son corps avait littéralement cessé de bouger. Le blond avait-il tenté au moins de l’aider ? Le trou qui restait dans sa mémoire l’empêchait de le savoir, rien d’autre ne venait que le sang, partout le sang. Un bruit, et une voix presque sortie du néant qui le fait sortir de sa torpeur. Une part de lui n’a pas envie d’aller ouvrir la porte car il a peur d’affronter le regard courroucé, peut-être l’a-t-il trahi ? Malgré ses doutes, malgré la peur qui le retourne l’estomac telle une machine à laver, la porte finit par grincer sur ses gonds alors que son regard un peu vide se pose sur l’invité.

- Je … Bird, tu ne devrais pas être sorti par ce froid, d’autant plus que tu es blessé.

Une voix calme a énoncé ses propos mais c’est une main tremblante qui s’approche pour caresser l’endroit du bandage avec une lenteur un peu terrifiée. Ces bandages à la tête, leur signification, ça fait mal de devoir faire face encore une fois à toutes ses peurs. Encore et toujours ces peurs.

- Je…tu as été blessé, tu n’aurais pas dû faire attention à moi, tu aurais dû tirer ! Qu’est-ce que ça peut bien faire ce que ça m’aurait fait ? Qui va à une partie de chasse pour ne pas utiliser d’armes hein ?! Qui ?

Le garçon laissait lentement sortir son inquiétude, son impression également d’avoir été un fardeau, sa culpabilité. Le forgeron n’avait pas besoin de beaucoup plus de mots, il savait que Bird allait le comprendre, Bird comprenait toujours. Cette pensée lui fit réaliser encore une fois à quel point, l’homme n’était pas digne d’avoir un ami tel que lui prêt à se sacrifier pour lui épargner toute souffrance. La tristesse dansait amèrement sur ses yeux alors qu’il attendait sa réponse.

Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Sam 6 Avr - 16:36

Ce RP se clôt ici mais continue avec Truth

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MessageSujet: Re: Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie] Aujourd'hui à 9:52


Ce qui a disparu ne reviendra jamais [Suite du RP the night of the Hunter + Litanie]

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