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.Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?]

Résine
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MessageSujet: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Lun 3 Sep - 20:07

« - On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.
»
A. Rimbaud.
__________________________________________________________________

Après le déluge...

Elle l'avait finalement suivi, au-delà de leurs hésitations communes, de leurs craintes, de leurs réticences, quelles qu'en soient leurs raisons respectives. Ils étaient là, côté à côte et cependant encore distants, et se dirigeaient le long d'un fil invisible en direction de la périphérie. Résine demeurait silencieuse car elle avait compris qu'elle en avait déjà beaucoup demandé à son accompagnateur. Et puis, la discussion n'était pas son fort non plus, si bien que ce mutisme ne la dérangeait pas plus que ça. Elle se demandait juste comment faire pour le remercier, une fois arrivés à destination, et espérait qu'il n'en retirerait pas un mauvais souvenir. Autant dire que c'était mal parti.
Lorsqu'ils débouchèrent enfin hors du village et que la fermette, le Foyer, dressa son toit de chaume à l'horizon, la rouquine retint une exclamation de soulagement. La prochaine fois, elle saurait se repérer toute seule, suivre les pavés jusqu'au chemin de terre et cheminer à travers les champs de cultures jusqu'à la maison qui n'était pas la sienne. Non, elle ne considérait pas le Foyer comme son chez soi, quand bien même elle y vivait depuis plusieurs mois déjà. Cela ressemblait davantage à un camp de vacances, une colonie bizarre où les enfants travaillent tandis que d'autres vont à l'école. D'ailleurs, avait-on déjà vu des professeurs de dix-huit ans ? Le Foyer, c'était tout sauf l'intimité d'une chambre décorée à ses envies, la chaleur d'une veillée entre amis et la langueur d'un après-midi d'oisiveté. Bien sûr, l'ambiance était tout sauf spartiate, mais il y manquait cette joie qui faisait le charme de la vie à plusieurs. En déambulant dans les couloirs, en assistant aux dîners familiers ou ne serait-ce qu'en écoutant les conversations à travers les murs, la Résine s'était rendue compte qu'il restait un long chemin avant d'arriver à la paix universelle dans les ménages. D'un côté, on ne pouvait rien faire de bon en forçant des jeunes étrangers à vivre ensemble alors qu'ils proviennent d'existences différentes. C'était... utopique.

La rouquine dépassa le blondinet lorsqu'ils ne furent qu'à quelques mètres du palier. Inconsciemment, elle retardait le moment fatidico-attendu qui verrait les deux adolescents se séparer sans promesse de se revoir. Pour l'instant, son esprit avait été attiré par les cocottes du poulailler qui, avec leur plumage pimpant et leurs roucoulements, lui rappelait vaguement quelqu'un... Les cages, proches des clapiers à lapins, étaient collées au mur de la ferme, de sorte qu'on ne pouvait pas louper ces poulets. Tous les matins, ils gloussaient en attendant leur maïs séché et leurs vieux croutons rassis, et le coq se trémoussait en criant à toute heure, sans souci de l'aube ou du crépuscule. C'étaient des bestioles un peu bêtes, en définitive, mais on ne pouvait s'empêcher de cocotter avec elles de bon matin.

« Longtemps je me suis levée de bonne heure pour les nourrir... » annonça la rousse comme pour elle-même, les mains rassemblées dans son dos où l'eau ne gouttait plus.

Entre Proust et le parfum de l'aurore, il n'en fallait pas plus pour faire se dessiner sur le visage de Résine une expression de paix profonde, entre sérénité et lassitude. Se laisser porter au gré des sentiers, entendre frétiller les poussins et s'ébrouer les oies tandis que le reste du village est endormi. Le monde nous appartient, comme dirait l'adage. Et Résine aimait quand le monde lui appartenait. Ou plutôt, elle aimait se retrouver seule face au soleil levant, et cela lui conférait fatalement l'impression d'être seul habitant sur Terre. Sa petite fierté à elle, la seule qu'elle aurait pu se permettre sans en éprouver de honte. Elle se retourna vers le blondin silencieux.

« Vous devriez venir ici très tôt, personne ne vous verra. Parce que... vous n'aimez pas vraiment ça, n'est-ce pas ? »

Ce n'était pas dans ses habitudes de s'intéresser à quelqu'un. Ou de conseiller quelqu'un. Mais la rouquine demeurait brève et allusive, pour ne pas risquer de piquer là où ça n'allait pas. Le ça englobait tellement de choses, à commencer par le regard des autres, leur compagnie ou peut-être tout simplement leur présence. Son malaise en disait long et pourtant pas assez, aussi aurait-elle souhaité en savoir plus, pour le mettre en confiance. Mais elle ne l'aurait jamais avoué avec des mots. C'était donc dans l'intonation, l'interrogation plus appuyée que de coutume, qu'elle plaçait ses attentes. Maintenant, allez savoir si le garçon saisirait cette inflexion de la voix et voudrait la suivre.
Lachlan
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Sam 15 Sep - 9:55

Alors ils étaient partis, la fille suivant le garçon à une distance qu'eux deux jugeaient raisonnable, dans un mutisme presque religieux. Il n'avait suffit que d'une dizaine de minutes à ce rythme avant que la vue, au loin, de l'accueillant foyer parachève de calmer Lachlan. Des questions continuaient de tourner dans sa tête, mais il savait que bientôt, il pourrait s'installer dans sa chambre, s'allonger tranquillement sur son lit pour repenser à cette rencontre et en tirer les enseignements qui s'imposaient. C'était tout ce qu'il lui fallait. A quelques mètres de la porte d'entrée, il espérait juste que ses "colocataires" le laisseraient en paix. On ne soupçonnait pas à quel point être sans cesse sur le qui vive comme il l'avait été dès l'instant où il avait vu la demoiselle pouvait être éreintant.

« Longtemps je me suis levée de bonne heure pour les nourrir... »

Le blond tendit l'oreille. La jeune fille au nom toujours inconnu était passée devant lui sans qu'il n'y fasse attention : Perdu dans ses pensées, il avait presque réussi à oublier sa présence. Désormais elle ne marchait plus de son petit pas discret derrière lui, comme si elle se cachait dans son ombre, mais s'était penchée devant le petit poulailler. Là, elle rappelait encore d'avantage à Lachlan l'enfant qu'il avait pu deviner en elle de manière fugace. Il laissa son esprit déambuler quand à ce qu'il pourrait répondre à ses mots : Les poules n'étaient pas les animaux qu'il appréciait le plus ici. Il préférait largement l'élégance d'un cheval ou la délicatesse d'un agneau aux fiers cancannements propres à la basse cour, et nourrir la volaille n'avait rien d'une tache passionnante ou même gratifiante, c'est pourquoi il s'y attelait rarement si on ne lui avait pas demandé. Et puis les plumes, ce n'était pas vraiment son truc. Néanmoins il sentait qu'un dialogue sur les gallinacés n'était pas le but de cette soudaine déclaration qui avait brisé le silence. Il n'avait pas tort car sans tarder la rousse continua, se retournant vers lui :

« Vous devriez venir ici très tôt, personne ne vous verra. Parce que... vous n'aimez pas vraiment ça, n'est-ce pas ? »

C'était dit sur le ton de la confidence, comme si elle partageait avec lui un de ses trucs, un secret. Si elle s'était longtemps levée tôt pour venir ici, ce n'était donc nullement par affection pour les poulets, mais parce qu'elle aimait que personne ne la voie ? Elle ne lui avait toujours pas expliqué l'histoire de tout a l'heure avec la veste après tout. A Espérance, tout le monde semblait avoir quelque chose à cacher, Lachlan ne se voilait pas la face, et c'était aussi le cas, a coup sur, de la rouquine. Avait elle peur que le regard, la présence, ou même le toucher des autres la salisse ? Mais ce n'était pas d'elle dont elle parlait, c'était de lui.
En fait, c'est comme si ils étaient sur un pied d'égalité, gardant autant de réserves l'un avec l'autre. Une autre fois, face a quelqu'un de plus inquisiteur peut être, il aurait surement tout nié en bloc, fait celui qui ne comprenais pas, pour ne jamais avouer qu'il avait un "problème". Non voyons, il était un grand garçon ! Les "problèmes", c'était le lot des faibles. Le fait de ne pas vraiment aimer ça, c'était le lot des faibles. Cela le rabaissait, le "diminuait", alors il n'en voulait pas, il ne voulait pas qu'on le croie comme ça. Le fait de ne pas vouloir admettre cette gène qui, en réalité, n'existait pas, ou n'était pas si grave, faisait partie de son entrave. La jeune fille avait été assez douce dans ses propos pour ne pas le braquer, toutefois même sans nier, il n'irait jamais jusqu'a s'épancher sur ça. Il n'était pas encore prêt.

Un "Effectivement, non. Merci du tuyau." assez bref sortit de sa bouche, dans l'espoir d'écourter le sujet. Puis il se rendit compte que pendant toute cette réflexion, il l'avait regardée, avait fixé son visage. En marchant, il n'avait pas seulement oublié sa présence. Il en avait oublié cette peur d'elle ou de ce qu'elle pourrait lui faire. Etait-il "guéri" ? Non, c'était difficile à croire. Peut être était-ce juste que son cerveau avait enfin compris que cette fille là n'était pas la bonne, que ce n'était pas elle qui était à l'origine de son angoisse. Elle, ce n'était qu'une fille enfant aux cheveux ocre. Il se souvenait, maintenant, de l'autre. L'autre qui avait les yeux verts, la tignasse rouge vif parfaitement coiffée, et qui riait. "Je n'aime pas trop … les filles en fait" Oups. Ça lui avait échappé, comme une bulle de savon. Une bulle qui sort et qui éclate avec un joli bruit, et des jolies couleurs. Mince, il rougissait. "Enfin non euh …" Il n'avait jamais dit ça a personne. Est-ce qu'il pouvait le dire ? Est-ce qu'il pouvait lui dire, surtout ? Se moquerait elle de lui, puisqu'après tout elle n'était pas l'autre ? Il voulut ravaler ses mots, ce qui lui donna une mimique étrange. Non, non, non, non, ce n'était pas elle. Il fallait qu'il trouve un truc, qu'il mette un mot sur le problème, un nom. Alors il lui demanda brusquement, comme si il espérait que ce changement de sujet lui fasse oublier ce qu'elle venait d'entendre, un timide : "Comment tu t'appelles, au fait ?"




(j'aime le correcteur orthographique qui te propose "ne se violait pas la face" au lieu de voilait quand on fait une faute xDD)
(oulaaa, quand j'ai pas internet, et que le RP pour me divertir, je fais long OwO C'est un peu décousu aussi, j'espère que ça t'ira !)
Résine
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Sam 15 Sep - 22:45

« On y croit encore aux monstres des lacs, qu'on voit nager
Certains soirs d'été et replonger pour l'éternité.
»
M. Sardou.
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Elle avait visé juste mais n'en retirait aucune satisfaction. Après tout, ce n'était plus un mystère indécelable que cette gêne à l'égard des autres, et le garçon demeurait élusif sur ses raisons. C'était son droit. Résine ne se bloqua pas pour autant, pas plus qu'elle ne jugea bon de s'entêter. Si elle en rajoutait, elle risquait de le faire se renfermer pour un long moment. Il ne faut pas voir là une astuce intéressée, purement guidée par une curiosité pernicieuse. Parce qu'il avait bien voulu la raccompagner, parce qu'il ne s'était pas moqué d'elle et avait respecté les propres réticences de la rousse, elle aurait aimé l'aider à son tour. Mais elle ignorait son mal et plus elle réfléchissait, plus elle se disait que son départ serait déjà un bon commencement. Et le même problème se poserait s'ils étaient amenés à se revoir un instant. Non, ce n'était pas une bonne technique. Occulter la difficulté ne l'effacerait pas. Était-ce si perturbant ? Est-ce qu'il en éprouvait de la honte pour garder ainsi ce souci pour lui ? En avait-il déjà parlé à quelqu'un auparavant ?
Trop de questions tue les questions. Et la réponse peut parfois venir d'elle-même.

« Je n'aime pas trop... les filles en fait. »

Blush.
Résine piqua un fard. Non, bien sûr, elle n'avait pas pensé à ça. Ou peut-être que si. Un tout petit peu alors. Juste une seconde, un peu moins même. Voilà qui expliquait beaucoup de choses. Elle ne prenait pas cette affirmation comme un rejet pur et dur -elle ne cherchait pas à lui plaire, loin de là- mais ça la surprenait assez pour qu'elle sente ses joues s'échauffer. Ainsi, c'était pour ça qu'il était si mal à l'aise. « Enfin non euh... » Minute... Ce n'était pas un problème ! En quoi cela pouvait-il l'être ? C'était juste une préférence, alors pourquoi en retirer une angoisse pareille ? Avait-il été agressé dans le passé à cause de sa situation ? Les garçons du Foyer le lui faisaient-ils payer encore maintenant ? Oh... Résine songea à Elloy. Ce garçon brun qu'elle voyait souvent en compagnie du blondinet, enfin, ils étaient juste assis côte à côte lors des dîners, mais quand même. Et puis ils traînaient ensemble dans le bourg aussi, parfois. Leur chambre n'étaient pas mitoyennes, mais rien ne les empêchait de se rejoindre d'une façon ou d'une autre. Hum. Le mystère des pas dans les couloirs, la nuit, avait des chances pour être résolu. Et Résine sentait que, si ce soir cela se reproduisait, elle ne pourrait s'interdire de sourire sous ses couvertures. Cependant, pour l'instant elle demeura calme bien qu'empourprée. Maintenant qu'elle savait, elle devait le soutenir. Le pire était fait, parce qu'il n'est pas si évident de sortir du placard sans se croûter royalement.

« Comment tu t'appelles, au fait ? »

L'interrogation coupa court aux élucubrations de Résine. Elle qui avait réfléchi à une précédente réplique qui n'aurait pas été ni stupide ni stéréotypée, elle se retrouva à devoir débiter son prénom presque mécaniquement, pour pallier à la lenteur de sa réaction. Ce qui s'avéra être aussi catastrophique que comique.

« Ré... Résine... Oui c'est cela. »

Ce n'est pas qu'elle en doutait vraiment, elle était juste déstabilisée. Aussitôt elle secoua la tête, comme pour chasser et sa gêne et la couleur pivoine de ses pommettes. Elle ne voulait pas être le centre de la discussion, pas dans cette circonstance. Jamais, d'ailleurs, toutefois c'était une autre histoire. Changer de sujet, a fortiori pour se tourner vers elle, ne lui plaisait pas. Elle n'était pas intéressante, alors elle ne voulait pas en dire plus. Qui aurait voulu en savoir plus, de toute manière ?

« Mais pour vous... renchérit-elle dans l'espoir de faire oublier son embarras, il ne faut pas vous inquiéter ! Les villageois sont compréhensifs, ce sont des enfants pour la plupart... Et puis Elloy est quelqu'un de gentil, vous serez heureux ensemble ! Est-ce la mine déconfite du blond aurait dû l'alarmer sur l'erreur qu'elle faisait ? Cela n'arriva point à l'arrêter dans sa lancée. C'est cruel le silence, ne le laissez pas vous blesser.

La philosophie, ce n'était guère son domaine. Mais le plus marquant -outre sa soudaine hardiesse maladroite- était certainement le fait qu'elle n'appliquait nullement ce précepte du silence à elle-même. Mais personne ne cherchait à le découvrir. Elle-même, elle s'en foutait un peu, On ne lui parlait que peu, alors c'était normal qu'elle finisse par ne plus se remarquer.
Lachlan
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Sam 22 Sep - 22:46

La première chose qu'elle lui avait dit c'était "Tu ne m'as pas vue".
Lui, en ce moment même, souhaitait plutôt qu'elle ne l'ai pas entendu.


« Ré... Résine... Oui c'est cela. »
Résine ?? Ce n'était pas un prénom ça. L'intéressée elle même semblait avoir bloqué dessus en le disant, il est rare que l'on bégaye sur son propre nom. Il y avait surement une explication derrière ce sobriquet, de même que derrière tous les mystères déjà recensés par Lachlan sur la jeune fille. Ce serait pour une autre fois.
Il fallait dire que tout le visage de la rousse avait changé. Elle réagissait à la révélation de Lachlan en rougissant soudainement et fortement, assez pour qu'il le remarque en tout cas, mais sans qu'il n'en comprenne la raison. Mais avant d'être étonné ou intrigué, il était surtout énervé contre lui même, énervé de s'être emmêlé les pinceaux de la sorte, et de s'être encore ridiculisé.

« Mais pour vous. il ne faut pas vous inquiéter ! Les villageois sont compréhensifs, ce sont des enfants pour la plupart... Et puis Elloy est quelqu'un de gentil, vous serez heureux ensemble ! C'est cruel le silence, ne le laissez pas vous blesser. »
Elle commença à s'emballer, il ne comprenais toujours pas. Pourquoi s'agitait elle ainsi ? Pourquoi parlait elle d'Elloy ? Il la dévisagea pendant toute sa tirade. C'était comme si il avait arrêté de suivre, si un rouage avait cassé dans ses méninges. Il avait déraillé ou quoi, pourquoi est-ce qu'il ne comprenais pas ce qu'elle lui disait ? Il essaya de faire le chemin inverse, d'analyser tous les mots uns à uns, mais il bloquait. En fait, si on excluait le "vous serez heureux ensembles", c'était cohérent. Elle avait compris son mal, ou du moins semblait l'avoir compris, et cherchait à l'aider du mieux quelle pouvait. Après tout, peu importe le sens des paroles de la rousse, c'était ça l'idée qu'il fallait retenir, qu'elle voulait l'aider. Mais le garçon ne s'en satisfaisait pas, il n'appréciait le fait qu'elle s'était fait une idée de lui. Vouloir l'aider signifiait le prendre en pitié, s'apitoyer sur lui. Il n'en avait pas besoin, il était un grand garçon.

Puis un engrenage un peu rouillé finit par s’enclencher. Il y a quelques jours à peine, il se rappelait maintenant, le même Elloy qu'elle citait lui avait posté cette question qui l'avait turlupiné toute la journée : "Eh Lach'... t'es pas gay au moins ?". Ce n'était d'ailleurs pas la première fois qu'on essayait de les caser ensemble, lui et son ami.
Mince, qu'est-ce qu'elle avait pu comprendre ? Le garçon blêmit. Ça allait encore jaser, on allait encore se moquer de lui. Non non, ce n'était qu'un ami, qu'allait elle s'imaginer ? Ça y est, il avait mal à la tête. Un peu violemment, il attrapa le bras de Résine. Cette prise de conscience l'avait vexée, et surtout extrêmement irrité. "C'est pas vrai ! Ce n'est pas ça !" Dans son crâne se forma un souvenir, et instinctivement il resserra encore son étreinte. "Tais toi ! " Encore ce souvenir qui venait le hanter. Toujours le même. Ce rire qui résonnait dans son corps comme un roulement de tambours. Il lâcha très vite prise, et alla s'asseoir sur le pas de la porte pour prendre sa tête dans les mains.

Il ne voulait pas que ça recommence. Il ne voulait pas qu'à Espérance aussi ça finisse comme la dernière fois. Après tout, c'était aussi une fille, elle était aussi rousse, le danger était toujours là. Assis sur les marches, surveillé par l’œil ridicule des poules, voila maintenant qu'il s'en voulait.
Résine
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Dim 23 Sep - 14:35

« Peut-être dans la foule, une âme que j'ignore
Aurait compris mon âme et m'aurait répondu ?
»
A. de Lamartine.
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Piouf...
S'arrêter de parler était un grand soulagement. Jamais Résine ne se serait sentie capable de prendre la parole en public, devant un groupe de personnes, aussi jeunes soient-elles. Ici, l'ambiance était moins sectaire mais la difficulté n'en était pas inexistante pour autant. Même toute seule, la rouquine aurait eu de mal à s'adresser à son reflet dans la glace, alors, débiter autant de mots pour une unique personne, ça relevait du miracle ! Et pourtant, cela ne semblait pas plaire du tout à celle-ci. Ou, du moins, le garçon en fut d'abord suffisamment retourné pour ne rien trouver à répliquer. Est-ce que quelque chose s'était coincé entre son tympan et son cortex auditif ? Est-ce que la gamine aurait mieux fait de se taire ? De quel côté venait le problème qui venait de s'établir entre eux ?
Pendant que le blondinet tentait de reconnecter ses neurones choqués, Résine tenta à son tour de reprendre ce qu'elle venait d'énoncer. S'il butait sur ses paroles, c'est qu'elles devaient être incohérentes, stupides ou profondément perturbantes. Mais elle avait beau chercher ce qu'elle aurait pu dire de travers, elle ne voyait rien. Ou peut-être avait-elle manqué de tact, de diplomatie dans ses dires. Aurait-elle fait preuve de trop de franchise, de trop d'ardeur ? Un peu brute de décoffrage sur les bords. Après tout, la rousse était un genre de petit animal, pas vraiment fait pour les relations normales. L'hypocrisie, la courtoisie et toutes ces choses civilisées à appliquer lorsqu'on est dans le beau monde, elle les avait en partie oubliées. La séparation entre "à dire" et "à ne pas dire", elle en faisait royalement abstraction. Ses parents s'en seraient sans aucun doute étranglés.

Oh, une réaction.
Brusque.
Résine en ouvrit la bouche de surprise et de frayeur. Cependant, aucun son n'en sortit, laissant tout l'espace pour les exclamations et les gestes du garçon.

« C'est pas vrai ! Ce n'est pas ça ! Tais-toi ! »

La fille grimaça lorsque la main du garçon se fit plus serrée autour de son bras. Il l'avait touchée. Il la touchait. Encore plus que l'âpreté de la situation, ce fait-là marquait l'esprit de Résine d'une pierre rouge. Elle sentait la peau du blondinet coller à la sienne en un contact sec et chaud. Il la touchait... Pire, il lui agrippait le bras. Sous l'emportement, il avait fait fi de ses précédentes recommandations à ce sujet. Elle voulait le repousser, lui hurler de ne pas la toucher, de ne plus l'approcher, mais les mots restaient bloqués dans sa gorge. Se taire. C'était bien ce qu'il venait de lui ordonner, non ? Était-ce ce toucher qui était à l'origine de ces nerveux propos ? Ça aurait donné preuve à ces mauvaises choses dont la rouquine avait fait mention auparavant. Mais non, ça ne pouvait être l'explication. Elle devait se taire parce que c'étaient ses mots qui se trouvaient en tort. Les gestes n'y étaient pour rien, eux. La langue... Voilà la mauvaise chose. La parole est mauvaise chose.
Pardon. Résine voulait s'excuser désormais, en voyant le garçon s'éloigner pour demeurer prostré sur le perron de la ferme. Pardon. Son cerveau passait en boucle ce petit mot, un de ceux qu'on utilise trop peu car ils sont délicats à manier. Pardon. C'était tellement difficile de le laisser s'évader, de le façonner depuis ses poumons jusqu'à ses lèvres. Pourrait-il y avoir mot plus lourd à prononcer ? Pardon, pardon, pardon. Rien d'audible ne s'échappa pendant de longues minutes. La rousse ne souhaitait plus bouger. Là où Lachlan l'avait attrapée, la légère brûlure de l'étreinte était encore sensible. Ne pas parler. Demander pardon. On ne croirait pas que ce soit si compliqué.

Lentement, presque pour ne pas se faire repérer, Résine osa faire un pas vers le garçon. Ses pieds nus s'enfonçaient à peine entre les cailloux et les herbes du chemin. Lui n'avait pas bougé. Et la jeune fille vint s'agenouiller devant lui, laissant inconsciemment ses mains farfouiller au sol. Se taire. Mais demander pardon tout de même. Chose impossible en théorie. La rouquine leva les yeux à travers sa frange, en direction du blondin. Il y avait bien quelque chose qui lui permettrait de s'excuser et de se taire en même temps. Elle l'avait déjà vu faire chez certaines personnes. Elle avait trouvé cela à la fois rapide et efficace, puisque celui qui faisait la tête avait tendance à pardonner juste après. Mieux qu'une formule magique. Elle devait l'appliquer à la situation, elle ne voyait pas d'autre solution. Mais oserait-elle ? Oui. Courage. Parce que si elle se défilait, peut-être que le jeune homme garderait pour toujours ce mauvais sentiment qui venait de l'accaparer. Et tant pis si elle était obligée d'outrepasser les règles de sa propre entrave.
La rousse écarta ainsi les mains de Lachlan de devant son visage, précautionneusement. Et déposa un léger baiser sur la bouche. Puis lui remit aussitôt les doigts devant les yeux, avec précipitation. Il ne fallait pas qu'il la voie comme ça ; ses joues étaient en désormais en feu tandis que que ses mains blanches s'agitaient d'une fine secousse. Elle l'avait fait. Sa lippe paraissait s'être réveillée d'un long sommeil engourdi. Il lui semblait que ses paumes allaient s'enflammer d'avoir saisi à leur tour de la peau, des muscles, des os et des nerfs humains. Depuis combien de temps cela ne lui était-il pas arrivé ? À force de se retirer du monde, Résine en avait oublié la sensation d'un autre corps touchant le sien. Cela la bouleversait tant qu'elle n'osait plus se rasseoir sur ses genoux.
Elle finit par abandonner un soupir dans lequel on retrouva ce mot qui avait été si pesant dans sa gorge.

« Pardon... »

Mais n'était-ce pas trop tard désormais ?
Lachlan
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Ven 5 Oct - 20:17

Il y eut encore un flottement, un de ces longs silence comme leur conversation en avait beaucoup connu. Lachlan en avait besoin pour faire un peu le tri dans sa tête et, plongé dans ses pensées encore, n'avait rien vu venir. Il fut bien surpris quand il sentit ses doigts se décoller un à uns de son visage, au contact d'une peau étrangère, mais douce. Peu à peu, son champ de vision se dégageait, pour laisser apparaitre un visage accompagné de ses cheveux roux, à une trentaine de centimètres de lui puis de plus en plus près. Pris comme de sueur froide, il ne bougea pas, n'afficha aucune réaction sur son visage. La seule chose dont il eut envie, c'était de lui demander ce qu'elle faisait là. Un "Qu'est-ce que tu ..." a peine formé dans sa gorge fut happé par une curieuse sensation, quand leurs lèvres se touchèrent. Un baiser ? Puis, comme elle était venue, elle s'en alla, replaçant ses doigts là où ils étaient, un peu gauchement certes. Retour Arrière. On efface tout, on fait comme si rien ne s'était jamais passé, on en avait de nombreuse fois eu envie depuis le moment où Résine était tombée dans la fontaine, non ?

Un petit mot, un petit "Pardon", doucement murmuré. S'excusait elle pour ce qu'elle venait de faire ou ce qu'elle avait dit avant ? Ou les deux peut être ? Rien que dans ce petit mot, Lachlan sentait qu'elle était la plus désolée du monde, et même si il était encore énervé, il se voyait mal l'accabler de reproches. Devait il pardonner ? Il lui avait surement fait peur avec la manière dont il s'était emporté. Il devait être passé pour un fou, à changer aussi vite d'humeur, mais il doutait néanmoins de lui avoir inspiré autant de crainte qu'elle ne lui en causait : Il faut dire qu'il n'avait pas conscience de ce que coutait ce baiser pour son interlocutrice, car trop préoccupé par son sens. Etait-ce encore une de ces mimiques enfantines, ces baisers qui transforment les grenouilles en princes dans les contes ? Etait-ce un geste irréfléchi, ou une envie qui la titillait depuis un moment déjà ?

Tout le long, il était resté muet et figé, comme si il était en présence d'un animal dangereux, ou même d'une simple guêpe, qu'un geste brusque pouvait énerver. Cette fille était une guêpe. Et elle venait de le piquer.
Il ne savait comment se sentir : fier ? flatté ? pris en pitié ? fautif ? En tout cas, il en retirait surtout un certain malaise. Qu'est-ce qu'il fallait faire dans cette situation ? Il eut un vague souvenir de films romantiques, où le garçon rattrapait la fille pour lui offrir un fougueux baiser de cinéma, mais il se voyait mal faire de même. En fait, si il n'avait pas eu aussi peur de bouger, il serait partit a toutes jambes dans sa chambre, mettant fin à son simili-supplice. Lui qui s'était dit que plaire aux filles était le lot des grands garçon, qu'avoir une petite amie c'était cool, c'était "in", il n'en était plus sur du tout. Enfin encore fallait il qu'il lui plaise. Pourquoi serait elle intéressée, si elle le croyait en couple avec Elloy ? Tiens d'ailleurs, en parlant du garçon, il n'était pas loin de midi, lui et ceux qui étaient aux champs ou partis a la ville n'allaient pas tarder à revenir. Est-ce que quelqu'un les avais vu ? Il réprima son envie de se relever pour vérifier. Après tout, au moins cela permettra peut être de faire taire ces sales rumeurs sur son orientation …

"C'est pas grave …" Les mots furent a moitié étouffés, car il était resté dans la même position qui entravait sa bouche. Il avait l'impression que si il ne l'avait pas dit, il l'aurait rendue triste. Il était quelqu'un de gentil, au fond. Même si il ne savait pas exactement quoi, il lui pardonnait.
Il se sentit ensuite obligé de dissiper le quiproquo, question de fierté peut être. Pour ça, il consentit a enlever les mains, sans pour autant relever la tête. "Et Elloy n'est qu'un ami ! Et je suis plus intéressé par les filles, c'est juste que j'ai pas l'habitude, c'est tout." Sa voix avait repris cette tonalité sèche, iritée, comme à chaque fois qu'il sentait sa virilité ainsi menacée. Il espérait qu'ainsi, leur dialogue repartirait sur des bases saines. En fait, même si il ne repartait pas du tout, ça lui était égal.

Résine
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Lun 8 Oct - 19:27

« Mes baisers sont légers comme ces éphémères
Qui caressent le soir les grands lacs transparents.
»
C. Baudelaire.
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À en voir le mutisme du blondinet, il y avait de quoi douter sur l'efficacité d'un baiser en matière de pardon. Décidément, si le garçon ne savait pas y faire avec les filles, Résine, elle, ne savait y faire avec personne. Mais c'est si difficile de s'adapter à tous les types de personnalité, surtout quand on ne connaît rien du passé des uns et des autres. La rouquine ne savait rien de Lachlan, rien en dehors de sa façon de manger ou de son oreille droite un peu décollée. Et même si elle souhaitait approfondir ses connaissances, la technique laissait à désirer. Comme quoi, la théorie ne remplace jamais une bonne pratique.
Il ne bougeait toujours pas. À quoi pouvait-il penser ? Peut-être se désinfectait-il la bouche à coup de javel invisible tant il avait été dégoûté. Oui, peut-être avait-il senti quelques saletés se poser sur ses lèvres et il tentait de faire abstraction de ce contact, comme lorsqu'on essaie d'oublier le morceau collant qui vient de s'échouer sur notre lippe. Finalement, Résine s'était sans doute emballée ; son côté irréaliste avait pris le dessus et bien qu'elle ait pensé, l'espace d'un instant, que le garçon passerait outre ses problèmes de crasse, il n'en était rien. Il n'y avait certainement aucun espoir. Elle demeurerait sale à bien des égards et personne ne serait en mesure d'aller à l'encontre de cette évidence. Mais alors, pourquoi se souvenait-elle de quelqu'un qui l'aimait malgré tout ? Où se cachait-il, cet inconnu qui faisait fi de sa souillure ? Est-ce qu'il était possible que quelqu'un d'autre que ce souvenir puisse penser de même et aller au-delà de l'impureté ?

« C'est pas grave... »

La statue avait parlé. À trop l'avoir attendue, à trop réfléchir, Résine sentait les fourmis lui boulotter les jambes des chevilles jusqu'aux genoux, pourtant elle rechignait à se laisser tomber sur les fesses, en arrière, comme elle l'aurait fait devant n'importe qui d'autre. Il avait dit que ce n'était pas grave. Ce n'était pas une blague, du moins ça n'en avait pas l'air. Alors il lui pardonnait ? Plus que les mots eux-mêmes, le fait de dévoiler de nouveau son visage fut la preuve que le lac de montagne s'était apaisé. Il consentait à se montrer de nouveau devant elle, sans emportement ni colère. Si ce n'était pas du pardon, ça ! La jeune fille songea alors au Lièvre et à son étrange masque. Elle aurait bien aimé que lui aussi révèle ce qu'il dissimule avec tant de force. C'est tellement éloquent, un visage, et à bien y regarder, celui de Lachlan en disait long sur sa timidité. Tout sur cette figure semblait avoir été fait pour ne pas se remarquer ; une bouche claire, une mâchoire fine et osseuse, un nez droit à l'extrémité recourbée, et puis cette paire d'yeux vert sombre pour mieux y camoufler les pensées. Ce n'était pas une apparence tape à l'oeil, bien au contraire, et Résine y trouvait quelque farouche joliesse.

« Et Elloy n'est qu'un ami ! Et je suis plus intéressé par les filles, c'est juste que j'ai pas l'habitude, c'est tout. »

Ah, la bourde ! La sève ambulante s'était donc gourée en beauté. Quelle imbécile. Elle eut tellement honte qu'elle resta bloquée quelques secondes, à réfléchir à ce que Lachlan avait dû penser lorsqu'elle avait débité ses impressions. Elle avait mis en doute la virilité d'un garçon. Pouvait-il y avoir quelque chose de pire que la remise en question d'une position dominante et masculine dans une société centrée sur la figure phare de l'homme dans toute sa splendeur et sa force hétérosexuelle ? Hum. L'égarement passé, Résine exprima sa gêne en se grattant la tempe du bout de l'ongle.

« Ah, je comprends mieux... » Mais en fait elle n'y comprenait pas grand-chose de plus. Elle finit par se redresser, non pas pour observer le garçon d'en haut, mais parce que ses jambes commençaient à la faire sacrément souffrir.

« Elles vous effraient un peu, en fait ? » En effet, surtout quand elles embrassent à tout va, sans réfléchir. « Personne ne vous veut du mal, elles ne mordent pas... » Non, elles embrassent, c'est pire. « Et puis vous êtes fort. N'en doutez pas. » Sauf si on vous embrasse.

Pas sûr que ces réflexions, bien qu'énoncées avec une voix convaincue, soient de grand conseil.

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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Jeu 11 Oct - 20:20

« Ah, je comprends mieux... »
Etait-ce mauvais de la laisser savoir ça ? Le garçon aurait du y réfléchir plus tôt, tant pis. Il lui avait dit ne pas aimer trop les filles, il ne pouvait plus faire marche arrière, il ne pourrait plus nier en bloc. De toute façon, maintenant, il devait bien avouer que la rousse n'était plus si menaçante ... à moins que ses baisers soient un danger ? Etait elle un genre de veuve-noire, qui empoisonnaient les hommes en leur roulant un patin ? Non, en réalité elle était juste ... bizarre.

« Elles vous effraient un peu, en fait ? Personne ne vous veut du mal, elles ne mordent pas... »
Il leva la tête. Les filles ne mordent pas. Pas plus qu'elles ne piquent ou qu'elle n'ensorcellent.. C'était une notion que Lachlan avait bien du mal à intégrer. Après tout, il aurait bien voulu la croire : Si il arrêtait de paniquer comme une fillette a chaque fois qu'il en voyait une, tout irait tellement mieux ! S'en était presque devenu un handicap. Qu'avait il fait dans son avant pour mériter pareil châtiment ? Cette trouille datait elle de son plus jeune âge ou résultait elle uniquement de son vague souvenir, de LA fille ? Y penser le rendait encore nerveux. Tout comme le reste de son mal, il n'en voyait ni l'origine, ni l'issue. Ce n'était pas cette affirmation de Résine qui changerait les choses. Leur rencontre aurait elle une quelconque incidence sur son "rétablissement" ? Le garçon doutait même que ça y contribuerait, tant cette peur semblait si profondément encrée en lui.

« Et puis vous êtes fort. N'en doutez pas. »
Cette phrase eu l'effet d'une bouffée d'air chaud. Le blond en ressentit une telle fierté qu'il rougit un peu. C'était somme toute assez rare qu'on lui fasse ce compliment - car pour lui c'était le plus beau des compliments. C'était ce qu'il avait toujours eu envie d'entendre, un besoin presque. Ce serai une petite victoire qui le satisferait quelques jours peut être, avant qu'une remarque innocente ou qu'une situation dans laquelle il se verrait tomber, ne le lui arrache, et que son estime de lui ne retombe plus bas que terre.
Lachlan était tel Sysyphe, forcé de pousser sans cesse le rocher qu'était son complexe vers le haut d'une montagne, d'où à chaque fois il retomberait. Déjà s'insinuait dans son esprit le fait qu'il était étrange qu'avec tout ce qui venait de se passer, elle le trouvait fort quand même ... Il essaya de se concentrer sur sa liesse mais n'arrivait toujours pas à s'empecher de se remettre en question. Il y a certains enfants à espérance qui entendaient des voix, voix qui leurs susurraient à l'oreille de mauvaises choses. Lachlan, lui, c'était ce rire qui résonnait dans sa tête. Un rire qui lui rappelait qu'il n'était jamais assez bien, jamais assez bon. Qu'il restait un pauvre petit garçon bien risible.

Un "Merci" passa tout de même ses lèvres, poursuivit après un court temps par un las "J'aimerais que tu aie raison." Il était assis la, pitoyable, les mains jouant machinalement avec les cailloux de l'allée. Elle, debout, le dominant de toute sa hauteur, et lui prodiguant des conseils. Pouvait on imaginer plus navrant ? Il ne manquait plus qu'il pleure. Non, il n'avait rien de fort, il avait encore beaucoup à y travailler. Il poussa même le vice jusqu'a rétorquer, la voix un peu taquine : "C'est toi qui es forte pour oser m'embrasser, jolie comme tu es !"
Amusant le fait qu'il lui semblait invraisemblable qu'une fille comme elle aie pu l'embrasser, alors que pour elle la bizarrerie serait qu'il aie put ne pas être dégouté par cet acte. Cela leur faisait ils un point commun, ces sombres avis sur eux même ?
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Ven 12 Oct - 19:03

« Nos fontaines, les champs, les bois, les chères tombes,
Le ciel de mon enfance où volent des colombes.
»
T. de Banville.
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Il la remercia, la figure vaguement empourprée. Même s'il semblait ne pas la croire autant qu'elle l'aurait voulu, le fait que cette phrase lui ait effleuré le coeur suffisait pour l'instant. Il lui prenait l'envie de sourire, de renchérir d'un "Bien sûr que j'ai raison !" mais ce n'était pas du tout son genre. Alors Résine se tut -elle avait par ailleurs l'impression d'avoir déjà trop parlé- et observa le grand blond trifouiller les graviers du sentier. Ce n'était pas si mal qu'il soit assis plus bas qu'elle, car il était tellement grand qu'elle ne pouvait d'ordinaire le regarder qu'en levant le menton. Ah, ces garçons... Ils sont hauts comme trois pommes à dix ans et à peine huit ans plus tard ils atteindraient presque le sommet du pommier. Les filles, sauf exception, sont plus régulières dans leur croissance et raisonnables dans leur hauteur définitive. Cependant, si tout ce qui est petit est mignon, tout ce qui est grand est beau. Il y a un avantage dans tout. Pour faire court, il y avait un certain pourcentage de chance pour que la rouquine trouvât Lachlan beau. Surtout quand il paraissait petit, assis de cette manière sur le seuil du Foyer. Et bien qu'elle soit du genre à mettre les pieds dans le plat à cause d'une franchise pas toujours dosée, cette pensée-là, la jeune fille la conservait bien silencieusement au fond de son cerveau.

« C'est toi qui es forte pour oser m'embrasser, jolie comme tu es ! »

La phrase assassine. Elle eut l'effet d'un coup de fusil, d'un poignard en pleine poitrine. Il n'aurait pas dû. Ce n'était pas tant l'opposition, la reconnaissance d'une force assez futile qui n'existait que pour ceux qui voulaient bien l'accepter, qui bouleversa Résine. La phrase se serait arrêtée au verbe embrasser que la gamine se serait contentée d'en rougir affreusement et l'affaire aurait été classée. Si la phrase s'était arrêtée. Et si l'Avant ne s'était pas engouffré dans le présent par la faille d'un petit mot.
Jolie. Elle était jolie. Souvenirs, souvenirs. Pourquoi ce mot-ci se répercutait-il dans tous les recoins de son crâne, le martelant de ses deux syllabes viciées ? Pourquoi le mal de tête qu'elle avait ressenti en se levant ce matin-là, au lendemain du Rêve miséricordieux, revenait-il de manière plus douloureuse encore ? Jolie. Elle l'avait déjà entendu quelque part. Toutefois, il y avait autre chose. La faille des réminiscences laissait se déverser d'autres mots, d'autres phrases, et parfois même des images. Un flot de vestiges débarquait, posait brusquement ses valises dans l'esprit de Résine et s'y ancrait pour de bon.
Il y a quelqu'un. La voix est un peu grave et, au milieu de la verdure, la silhouette disparaît quelque peu, comme absorbée par les feuillages qui l'entourent. Ça parle, mais tout n'est pas compréhensible. Ça s'adresse à elle, et ça dit "Moi, c'est......... Tu viens souvent ici ? C'est joli, hein ? » ou encore quelque chose comme « Bah, t'es plus jolie comme ça. Ça te va bien, la crinière en bataille et les jupes déchirées. On dirait une sauvageonne, ........ aime bien ça, les filles garçonnes. » Mais qui donc apprécierait ce genre d'attributs ? Pourtant, Résine sent que celle qu'elle était à l'époque rougit en entendant cela. Quelle personne lui cause ainsi ce joyeux embarras ? Son malaise redouble. Elle se prend la tête dans ses mains, fait volte-face pour ne pas que Lachlan la voit dans cet état. Mal. Son ciboulot est une cloche sur laquelle frappe un marteau interne, et chaque son qu'il produit est une sentence qui résonne dans la cavité osseuse. « Mais je te le dis, t'es plus jolie comme ça, ........... » Pourquoi dirait-on que ce sont les noms qui sont effacés ? Pourquoi ces mots en particulier échappent à sa mémoire ? Elle voudrait se rappeler, elle voudrait tant même si cela lui fait terriblement mal. Derrière ses paupières froncées dansent divers branchages, pépient des oiseaux inconnus, ondoie un sous-bois entier. Sans oublier ce garçon au devant, dont elle peut apercevoir la tignasse blonde qui s'agite au-dessus de son chef. Ils se connaissent, ça ne fait aucun doute. Mais Résine pleure de ne pas le reconnaître. Pourquoi subir cette souffrance si elle n'apporte rien de neuf, de révélateur, d'étincelant ? À quoi sert-il de mourir un peu si on ne nous apporte pas, en complément, un souffle de vie, un soupçon d'espoir ? La rouquine sanglote sans pouvoir s'arrêter. Le visage dans ses mains, ses épaules sont prises de brusques secousses irrégulières.

« Je... Je ne su-suis pas... Jo-jolie... »
Ah ça non, surtout maintenant. Elle s'accroupit au sol dans l'attente que la douleur cesse. Mais elle ne paraissait pas vouloir s'arrêter, et ses pleurs mouillaient ses paumes et ses doigts.
« Me sou-souviens pas... Vous lui... Lui ressemblez. Au... Au garçon dans... Dans ma tête. »
Parce qu'en plus d'être bizarre, elle avait un garçon dans la tête. Irrécupérable.

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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Mer 17 Oct - 20:14

Sur le visage de Résine passèrent plusieurs expressions, plusieurs couleurs, comme des masques successifs. Il semblait d'abord à Lachlan qu'elle avait apprécié ses premières remarques, mais le dernier compliment n'avait somme toute pas eu l'effet escompté : La jeune fille, comme lui un peu plus tôt, se prit la tête dans les mains, puis se retourna brusquement. Le blond reconnaissait à ses soubresauts le début d'un sanglot. Le blond, intrigué, se demandait quelle était la source de ce malaise. Était-ce ... lui ? Depuis quand les filles pleuraient - elles quand on leur disait qu'elles étaient jolies ? Avait il encore fait une connerie ? Il se mordit la lèvre.

« Je... Je ne su-suis pas... Jo-jolie... »
Voila au moins qui répondait à sa question muette.
Pataud, il souhaitait l'aider mais, comme toujours, ne savait comment. Devait il lui aussi ... l'embrasser ? Ça lui avait bien permis de se changer les idée, ce n'était peut être pas une si mauvaise idée après tout ? Et ça convenait déjà plus avec l'image qu'il avait du garçon normal en tout cas, ce n'était pas a elle de l'embrasser mais bien a lui. Il s’apprêta à se relever, un peu hésitant, pour accomplir ce dessein mais au même moment les genoux de la fille flanchèrent, la laissant accroupie dans les graviers, toujours aussi larmoyante. Tant pis. Il n'avait pas encore assez bien compris la situation pour intervenir de la sorte de toute façon, ou du moins il essaya de s'en convaincre. Il finit par ne marmonner qu'un petit "Si ...", qu'elle n'entendrait surement pas, le bruit de ses pleurs le couvrant.

«Me sou-souviens pas... »
Oh, il voyait maintenant. Le champs lexical utilisé mit la puce a l'oreille du garçon. C'était un souvenir ravivé qui avait causé ça, pour sur. Il ne connaissait que trop bien ce phénomène, qui pouvait prendre n'importe quand, n'importe où, et qui était souvent bien désagréable. Ce n'était pas quelque chose de contrôlable, mas ça restait de sa faute. C'est lui qui avait déclenché ça, ce n'était pas le louange en soit qui l'avait fait pleurer, mais cela comptait quand même. Il s'en maudit intérieurement.

«Vous lui... Lui ressemblez. Au... Au garçon dans... Dans ma tête.»
La encore, même si cette phrase le surpris quelque peu, il n'eut pas grand mal à la comprendre, dans la mesure où Résine aussi ressemblait à quelqu'un de sa mémoire. Étrange coïncidence d'ailleurs. Si Lachlan était un tant soit peu paranoïaque, il penserait qu'en fait c'était réellement elle. Il faut avouer que cette idée passa un court instant dans son esprit.
Mais avant tout, il se demanda quel pouvait bien être la teneur du souvenir. Un bon ou un mauvais moment ? Le garçon dont elle parlait, est-ce qu'il l'avait blessée ou au contraire, était il un viel ami ? Il s'en voudrait que sa simple présence incommode la jeune fille, jusqu'au plus profond de son crâne.

"Je ne suis pas lui, ne t’inquiète pas." Il lui disait là ce que lui même aurait aimé entendre de la bouche de la jeune fille un peu plus tot. C'est surement pour cela que ça lui faisait du bien à lui aussi de le dire. Inspirant un grand coup, il se releva calmement et s’approcha d'elle. Hésitant, il posa finalement une main compatissante sur son épaule. Au fond, il ne savait que faire ça, essayer de compatir. Il ne savait pas consoler les gens. Mais pour cette fois, il essayerait.
"Tu sais ... C'est du passé, il ne faut pas pleurer pour ça. "
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Jeu 18 Oct - 21:17

« Lors je me prends d'amour pour les blanches étoiles,
Je regarde la lune au fond d'un ciel sans voiles
»
A. Esquiros.
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« Je ne suis pas lui, ne t’inquiète pas. »

À travers ses sanglots irrépressibles, Résine avait entendu. Et elle s'en voulait encore un peu plus d'être aussi misérable, accroupie dans les graviers, à pleurer pour quelque chose qu'elle peinait à comprendre, d'autant que le garçon dans son dos paraissait éprouver de l'embarras devant cette scène aussi soudaine qu'incompréhensible. Il tentait de la rassurer, car il avait sans doute de l'empathie pour elle, et si pour une autre personne cela serait devenu de la compassion exécrable, pour la rouquine ces mots étaient doux comme une plume. Elle aurait aimé qu'il le répète, encore une fois, et peut-être une autre, jusqu'à ce qu'elle se calme. Parce que ses épaules continuaient leurs saccades malgré le fait que son mal de crâne s'estompait quelque peu. La voix tiède, agréable du grand blond, allait de paire avec la symbolique de son nom. Un lac où l'on a envie de se laisser couler, paisible, et d'oublier le reste du monde.
Parce que pour l'instant, le monde de la jeune fille se résumait à trois choses ; la douleur dans son crâne, encore trop féroce pour en faire abstraction ; le souvenir flou qui avait causé cette souffrance ; Lachlan. Et parce qu'il fallait qu'elle s'arrête, qu'elle se ressaisisse, qu'elle freine ses sanglots, elle chercha à songer à autre chose qu'à ses malheurs présents pour se focaliser sur le dernier élément de son environnement. Mais pas le moindre. Last but not least. Ne lui avait-elle pas dit, quelques secondes auparavant, qu'il était fort à n'en pas douter ? Alors elle aussi, elle devait être forte, sécher ses larmes, se relever. Elle ne pouvait pas, après avoir lâché un semblant de morale sur la fermeté d'âme, appliquer le modèle inverse en gémissant dans la poussière.

Elle ne l'entendit pas s'approcher, perdue dans ses considérations. Ainsi, Résine eut un sursaut lorsqu'elle sentit une légère pression se poser sur son épaule. Encore un contact. Elle détestait cela, non ? Alors pourquoi cette sensation eut l'effet contraire à ce qu'elle aurait dû produire si elle était provenue de quelqu'un d'autre ? Pourquoi ne fit-elle aucun écart brutal pour se dégager de cette emprise extérieure qui risquait de se souiller en la touchant ? Sur le coup, la rouquine crut qu'elle avait raté un battement de coeur. Aussitôt, son corps sembla se relâcher et, en même temps, qu'elle se sentit respirer de nouveau convenablement, la douleur dans sa tête s'atténua jusqu'à n'être plus qu'un filet au fin fond du cerveau, trop mince pour être perturbant. Et puis il y eut ces mots.
« Tu sais ... C'est du passé, il ne faut pas pleurer pour ça. »
Oui, c'était du passé, mais Résine s'y intéressait. Là où le jeune homme le fuyait, considérant qu'il était synonyme de tourments, la gamine cherchait à le découvrir, à creuser plus loin, qu'importe si cela faisait mal. Elle avait la conviction que là se trouvait la clé de l'entrave, que, petit à petit, elle remonterait à la source et pourrait vivre sans cette peur de salir, cette crasse sous-jacente. Résine ne pleurait plus. Oh, il y avait certes encore, à rouler sur ses joues, deux ou trois gouttes salées qui avaient débordé, mais c'était fini. Plus de diaphragme en berne, plus de dos tremblant. Elle osa même retirer ses mains de devant son nez.

Et se redresser. Lentement. Ses jambes flageolaient un peu beaucoup. Une fois debout, elle n'osa pas se retourner de suite. Elle renifla, secoua la tête et enfin fit volte-face pour se retrouver devant Lachlan. Mais la rousse gardait la tête basse. Sa gorge la tiraillait encore un peu, comme toujours lorsqu'on accuse une crise de larmes et que le gosier devient sec et irrité. Elle ne voulait pas se risquer à parler, à gâcher une respiration fluide et sereine. L'instant prenait des airs d'éternité. Il n'y avait pas d'obstacles, pas de gêne, juste un garçon, une fille, et la chaleur du zénith.
Résine vint se coller contre Lachlan. Pas encore assez enhardie pour l'entourer de ses bras, déjà trop pour agripper son t-shirt et y enfouir son visage. Ce n'est pas qu'elle ne pouvait pas parler, elle ne voulait pas. Lachlan. Le garçon qui faisait fi de ses mises en garde visant à l'éloigner d'elle. Celui qui s'aventurait à rester à ses côtés dans des situations dérangeantes dont il est inutile de faire la liste. Celui qui s'évertuait à la rassurer, qui tentait des plaisanteries alors qu'au fond, c'était peut-être le plus perturbé des deux, depuis le début. Un altruisme infini. Un véritable lac, mettant de côté ses propres gênes pour apaiser les promeneurs qui viendraient à se perdre sur ses berges. Un lac au parfum frais, dans l'ombre duquel on se plaît à se reposer. Ce n'est pas que Résine avait enterré son entrave, la délaissant le temps de terminer ses affaires. Elle avait seulement décidé d'accorder son entière confiance à ce garçon et quelle meilleure preuve que celle de le toucher à son tour, non pour s'excuser ou n'importe quoi, mais juste par envie. Accepter le contact de son propre chef. Aller au-devant. Prendre des initiatives. Et puis c'était chaud, le torse de Lachlan. On pouvait même entendre, sous sa respiration, entre ses deux poumons, battre son coeur. La tête dans le tissu, Résine se mit à sourire.

« Lachlan... Ce présent-là vaut bien mille passés. »

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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Sam 3 Nov - 14:50

Lachlan sourit. Il n'avait pas fallut longtemps avant qu'il sente sous sa main les tremblement de Résine s'éloigner de plus en plus les uns des autres, signes que les sanglots allaient bientôt cesser. C'était mieux ainsi. Le garçon n'était déjà pas bien a l'aise mais si elle partait dans une crise de larmes interminables ce serait pire. Il avait donc servit à quelque chose. Il se sentait un peu fier d'avoir contribué à la consoler, c'était bien la première fois qu'il y arrivait ! Il garda cette main en place jusqu'à ce que la jeune fille se redresse, après quoi il ne savait plus vraiment qu'en faire, et elle retourna pendre vers le sol.
Sous ses yeux, la jeune fille se déploya lentement, telle une fleur qui s'épanouit. Il vit ses mains quitter cette si triste place, là où ils cachaient ses yeux. Il vit son corps encore tremblant se relever. Il vit toute sa silhouette se retourner vers lui, gardant son visage caché sous ses mèches de cheveux, à travers lesquelles on pouvait aisément deviner des yeux rougis. Oui, une fleur, c'était bien cela, une noble rose, ou plutôt un sauvage coquelicot. Une fleur des champs, rouge ou rousse, quoi qu'il en soit, perlante de rosée matinale. Une belle fleur qui s'ouvre à la lueur du jour, pétales après pétales, comme elle l'avait fait gestes après gestes.
"Ça va … mieux ?"
Question de rhétorique, parce qu'il fallait bien meubler ce silence que Résine semblait cultiver. Il était curieux du souvenir qu'elle avait pu avoir, mais ne voulait pas la brusquer non plus.

Et puis, soudainement, Résine se colla contre lui. Au début, il crut qu'elle avait simplement trébuché, mais elle restait bien trop longtemps appuyée contre lui pour que ce soit le cas. Alors elle lui faisait … un câlin ? Il fut surpris de prime abord, puis énormément gêné. Tout allait bien tant qu'ils gardaient une distance de sécurité, mais là elle empiétait sur son espace, et cela ne lui disait rien qui vaille. Il se força à ne pas faire un brusque mouvement de recul, pour comme tout a l'heure s'arrêter de bouger. Faire le mort, presque. Attention Lachlan, les fleurs ont des épines. La tête e la fille était proche de sa poitrine, si proche que ses cheveux le chatouillaient. D'où elle était, elle sentirait surement son rythme cardiaque accélérer soudainement.
Mais il gardait à l'esprit que c'était lui qui était à l'origine de ça, il fallait qu'il sache ce qu'il voulait. Il avait fait un pas vers elle pour la consoler, ce n'était pas pour retourner sa veste dès qu'elle voulait lui rendre la pareille. Maintenant il devait bien assumer.
Alors, un peu a contrecœur, il scella l'étreinte en entourant Résine de ses bras maigrelets. Il avait la dérangeante sensation de s'enfoncer lui même une épine dans la peau.

« Lachlan... Ce présent-là vaut bien mille passés. »
Que pouvait il faire d'autre ? Que pouvait il répondre à ces mots, prononcés en un souffle ? Il ne savait même pas vraiment comment les comprendre. Malgré toutes les fausses notes qu'il avait faites depuis leur rencontre, elle appréciait tant que cela sa présence ? Lui ne pouvait pas encore en dire de même.
Non, quel que soit ce qu'elle pouvait bien lui trouver, il ne le méritait certainement pas. Il ne l'avait même pas sortie de l'eau, il l'avait juste raccompagnée ici, c'est tout. Il se dit même qu'il valait peut être mieux maintenant qu'ils se séparent. "Je ne vaux pas ça. Ce présent n'a rien d'exceptionnel." Contrarié, il avait relâché un peu l'emprise des ses bras, en même temps qu'il maugréait cette phrase.
Résine
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Dim 4 Nov - 16:36

« Et j'ai fermé mon âme au désir, qui n'amène
Que le regret, souvent le remords, après lui.
»
L. Ménard.
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Il faisait encore un peu froid et ses cheveux terminaient tout juste de sécher, et pourtant il était doux de se tenir là, tout contre Lachlan, de rester là et d'oublier sa honte, ses bévues, son entrave, même. Ils ne se connaissaient pas, ne s'étaient jamais parlés. Ils ne voulaient d'ailleurs peut-être pas se connaître davantage, surtout lui, mais de fil en aiguille, il s'était certainement installé quelque chose d'autre qu'une relation ordinaire, avec des mots et des phrases toutes faites. Le résultat était certes précaire voire même instable, mais cela avait permis d'en arriver à cet instant, devant le Foyer, pendant lequel Résine se trouvait à la fois toute surprise et enthousiaste d'avoir réussi à enlacer le garçon. Elle ne se demandait pas si elle avait le droit d'agir ainsi, en raison de son entrave ; elle ne s'interrogeait pas plus sur la durée de l'action. Elle retrouvait ce caractère d'écureuil, de petit hérisson qui se cale entre les deux racines d'un arbre, sur la berge d'un lac de montagne, et voudrait s'y endormir pour toute la journée.
Mais la journée est bien courte, et le lac ne voit pas d'un très bon oeil cette créature installée contre son flanc. La rouquine le sentait mal à l'aise. Et il n'en fallait pas plus pour qu'il se détachât en grondant.

« Je ne vaux pas ça. Ce présent n'a rien d'exceptionnel. »

Alors qu'elle ne ressentait plus la même pression dans son dos que deux secondes auparavant, Résine songea que finalement, elle avait sûrement fait une erreur. Qu'on ne se serrait pas aux gens de cette manière sans leur demander la permission au préalable. Que gentillesse ou pas de la part d'autrui, il est des distances de sécurité que l'on se doit de respecter. La rouquine réfléchit à toute vitesse. Elle se devait de prendre une décision, mais elle ne savait pas quelles options s'imposaient à elle. Contester ces paroles, s'enfuir, se rapprocher encore plus ? « Mon entrave avait raison. -Ou pas. J'suis juste allée trop vite. -Faux, c'est parce que tu es sale qu'il te repousse ainsi. - Mais il m'a dit que j'étais jolie. -Ce que tu as nié toi-même. -C'était peut-être la vérité. -Je n'en crois pas un mot. » Ah non. Une schizophrénie charnelle était déjà assez pour que son propre cerveau ne se sépare pas en plus au sein de son propre corps.
La gamine leva les yeux vers le visage de Lachlan, sans pour autant se détacher de lui. La chaleur qu'il lui avait communiqué paraissait s'estomper en un rien de temps. Pourquoi était-il si dur envers lui-même ? Et puis, le verbe "valoir" est vicieux ; on ne sait jamais dans quel sens le caresser. Est-ce qu'il ne méritait pas cette affection parce qu'il n'en avait rien à faire et qu'il était au-dessus de cela ? Ou bien est-ce qu'il considérait qu'il n'était pas assez bon pour recevoir de la tendresse ? La deuxième solution s'avérait la plus plausible, compte tenu des précédentes réactions du jeune blond. Mais dans l'esprit de Résine, il y avait un peu de la première. Alors elle ne pouvait s'empêcher de se sentir incapable et indésirable, vilain petit canard tombé dans la fontaine.

« Si, lâcha-t-elle d'abord. C'est vrai que je suis stupide, et inutile aussi, et que tout ça est idiot mais... Mais moi je m'en fiche que tu ne sois comme les autres garçons, que tu ne sois pas orgueilleux, que tu ne veuilles pas être le plus fort ou que tu ne le sois pas tout court ! Tu es toi et ça, c'est exceptionnel. »

Elle se sentit aussitôt coupable d'avoir dit cela. Parce qu'elle enfonçait le clou, en un sens, parce qu'elle crachait ce qu'elle avait sur le coeur alors qu'elle avait toujours pensé que c'était tout à fait le genre de réflexion à garder pour soi, et parce que, dans le feu de son discours, elle avait serré le t-shirt de Lachlan à pleines mains. Alors, s'en rendant compte, elle piqua un fard et fit un saut en arrière, repoussant le garçon brutalement. Geste qu'elle regretta un millième de seconde après. N'allait-il pas prendre cette réaction pour un rejet ? Ce n'était pas ce qu'elle voulait faire ! Décidément, tout dérapait. « Pardon ! » s'exclama-t-elle, à moitié épouvantée par ce qu'elle venait d'effectuer. Qu'il ne lui en veuille pas, prière qu'il ne lui en veuille pas. Pourtant, elle n'oserait plus le regarder désormais. Elle ne voulait courir le risque de voir quelque assentiment parcourir les yeux verts du grand blond, quelque pitié à son égard. Prenant ses jambes à son cou, Résine s'échappa à cette situation et se sauva à l'intérieur du Foyer. Ne plus voir personne. S'enfermer dans sa chambre et s'y faire oublier pour les jours à venir. Pourquoi avait-il fallu qu'ils se retrouvent dans le même bâtiment ? Ils se recroiseraient sans aucun doute. La rousse claqua la porte dans son dos et pesa de tout son poids dessus, au cas où quelqu'un aurait la très mauvaise idée de vouloir entrer. Son coeur battait la chamade dans sa poitrine. Et même si elle regrettait le tour qu'avait pris les événements, elle ne put réprimer un sourire triste en se souvenant de l'emprise de Lachlan autour de sa taille.

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Dieu est placé hors de l'atteinte des maux ; vous, au-dessus d'eux. »
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MessageSujet: Re: .Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?] Dim 4 Nov - 23:03

Elle avait levé la tête pour lui jeter un regard. Un regard indescriptible, plein de sentiments que Lachlan ne savait déchiffrer. Et puis maintenant ça. Une tirade, suite de mots et de phrase lâchées comme s'ouvre une bouteille de champagne après laquelle se déverse un flot mousseux de paroles. Il du froncer les sourcils et fermer les yeux une seconde pour se concentrer sur ce qu'elle disait, tant c'était venu vite résonner à ses oreilles. Et tout le long elle s'agrippa à son lui comme pour lui faire rentrer encore plus violemment dans la tête.

"« Si. C'est vrai que je suis stupide, et inutile aussi, et que tout ça est idiot mais... Mais moi je m'en fiche que tu ne sois comme les autres garçons, que tu ne sois pas orgueilleux, que tu ne veuilles pas être le plus fort ou que tu ne le sois pas tout court ! Tu es toi et ça, c'est exceptionnel. »"

Oui, le bouchon de champagne avait bien sauté, mais c'était pour venir percuter le garçon en pleine tête.
Alors, pour elle, il n'était pas comme les autres garçons ? Il n'était pas fort ? C'était là la seule chose qu'il retenait. Elle réfutait ainsi tout ce qu'elle avait dit avant, s'était-elle foutue de lui ? Il ne demandait que ça d'être comme les autres, d'être le plus fort, ou au moins d'avantage qu'il ne l'était actuellement, et peut importe si il en devenait orgueilleux ou exécrable ! Être tout, n'importe qui ou n'importe quoi, sauf ce qu'il était en ce moment. Un minable, un looser. Juste bon a être pris en pitié par une fille ! Même pas capable de s'occuper d'elle correctement en plus.

Et comment diable pouvait il être exceptionnel si il n'était pas fort ? Exceptionnellement nul, oui. C'est ce qu'il s'évertuait à lui dire, qu'il n'avait rien d'extraordinaire, alors pourquoi avait elle réagit ainsi ? Ça l'amusait d'empirer les choses, de venir tout piétiner ? Pourquoi lui crachait elle ça, pourquoi maintenant ? Comment pouvait elle lui dire qu'elle préférait qu'il reste dans cette si misérable condition plutôt que de s'élever à ce qu'il aspirait ?

Puis juste après, elle fit un bond en arrière, avoua un « Pardon ! » et rentra précipitamment dans l'édifice sans demander son reste. Lachlan avait encore les bras a moité redressés, et affichait un masque d'incompréhension des plus totales. Ce n'était que maintenant qu'il voyait ce qu'elle avait dit dans sa globalité. Non, elle n'était pas stupide, et surement pas inutile ! Elle était Résine, et cette définition signifiait maintenant beaucoup de chose dans la tête de notre héros. Il lui pardonnerait, sans qu'il ne sache pourquoi il avait envie de lui faire confiance. C'était une personne singulière, oui, et elle n'aurait surement pas voulu le bafouer de la sorte. Elle n'était pas ce genre de personne, elle n'était pas aussi méchante, non ? Il essayait de s'en persuader même si il aurait préféré tendre la main pour essayer de la rattraper, ou dire quelque chose, qu'ils s'expliquent. Maintenant elle avait décampé, affolée, surement par sa faute.

Bah ... Qu'aurait il dit de toute façon ? Au fond il ne regrettait pas vraiment qu'elle soit partie. Ils avaient peut être trop tiré sur la corde chacun de leurs cotés, trop avancé dans les défenses de l'autre.

Il resterait là, sur le pas de la porte, un long moment encore, jusqu'à ce que d'autres jeunes du foyer rentrent pour le repas. D'un pas mou il leur emboiterait le pas, puis gagnera sa chambre où il restera un long moment à méditer sur cette rencontre pour le moins originale, se demandant ce qu'il ferrait la prochaine fois que leurs chemins viendraient à se croiser ...
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.Éclaboussures et taches d'abricot. [Lachlan & quelqu'un ?]

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