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.Bouillon de conscience.

Taima
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MessageSujet: .Bouillon de conscience. Jeu 20 Sep - 14:09

Quand les ennuis continuent...

Mal au crâne. Mal aux côtes. Mal aux paumes des mains, au dos. Mal aux genoux, au mollet droit, à l'épaule gauche. Mal au cul, aussi. Mal mal mal. Ça en serait devenu presque lassant si ça n'avait pas été aussi intense, aussi brusque, et aussi interminable. Les coupures superficielles sur ses joues lui faisaient des traits de feu sur la peau et le garçon devinait la pression de son sang à travers tous ses muscles sans même les effleurer. Sous l'ombre de l'arbre, la fraîcheur n'atténuait en aucun cas la chaleur diffuse qu'il ressentait. Et derrière ses paupières closes, le monde était incandescent.

Le ciel d'Espérance avait laissé place à son homologue amérindien ; un ciel plus vaste, plus pur, à peine lacéré par le cri strident d'un aigle. Un ciel qu'aucun bâtiment ne cherchait vainement à gratter, qu'aucun homme n'essayait de dompter au moyen d'étranges machines. Taima marchait sous ces cieux infinis et rien, absolument rien, ne se dressait devant lui sinon quelques constructions paisibles. La terre poussiéreuse où poussaient des herbes hautes, la fuite d'un renard dans les fourrés et l'horizon dégagé lui arrachèrent un sourire. Il était rentré chez lui. S'il avançait encore un peu, il pourrait apercevoir les colonnes de fumée sortant des maisons de sa tribu. Il était rentré, ça ne faisait aucun doute. C'étaient ses paysages, ses odeurs familières, sa faune et sa flore éclatantes. Ce qu'il avait toujours connu. Il lui prenait l'envie de crier tandis que ses pas s'allongèrent et qu'il se lança dans une brève course jusqu'au foyer de son coeur.
Pourtant, il dut ralentir bien vite, surpris par l'irruption dans son champ de vision d'une petite fille solitaire. Malgré ses douze ans, Migina faisait petite et rachitique, et ici encore plus que dans les souvenirs de son frère. Elle avait laissé tomber les seize ans et la robe de cerf blanc qu'elle portait lorsque Taima avait rêvé d'elle, quelques instants auparavant. Ses cheveux noirs et secs encadraient son visage souillé de terre et de pleurs. L'Indien écarquilla les yeux, pris d'une angoisse violente. Pourquoi était-elle dans cet état, et seule ? « Migina ! s'exclama-t-il avant d'arriver à sa hauteur. Je suis revenu, je vais te sauver ! » Mais la petite ne lui rendit qu'un sourire triste face auquel le garçon perdit tout équilibre. Alors qu'il s'apprêtait à la serrer contre lui, il lui passa au travers et alla s'effondrer quelques mètres plus loin, tout membre secoué d'effroi. Il ne put prononcer un autre mot, sa bouche s'ouvrant alors sur le silence. « Tu arrives trop tard, lui répondit sa soeur, réduite à la quasi-transparence. Un petit spectre abattu par le chagrin. Ils sont arrivés et Ils ont tué tout le monde. Et papa et maman... T'étais pas là. T'es jamais là. Est-ce que tu es mort toi aussi ? » La question figea Taima sur place. Il aurait aimé lui dire que c'était faux, qu'il était toujours vivant. Il aurait voulu lui dire qu'il prendrait soin d'elle, que ce n'était qu'un mauvais cauchemar. Que ses parents étaient toujours là, et la tribu aussi. Pourtant, non seulement il n'arrivait plus à émettre un son, mais il voyait, au bout de son bras tendu vers sa soeur, ses doigts disparaître à leur tour. Tout s'évaporait dans l'air brûlant.
Et le ciel d'Espérance reprit sa place originelle au-dessus du monde.

Taima émergea l'espace d'une seconde. Le sursaut propre au repositionnement de son corps et les cahots dus à la marche d'Elloy eurent raison de son malaise. Ses bras balançaient le long de ses hanches et sa tête reposait contre le col de sa monture improvisée. Il lui aurait facile d'étrangler cette dernière, ou de lui mordre le cou jusqu'au sang, lui arrachant la jugulaire au passage. Et alors, plus d'Elloy. Dommage que l'Indien ait été dans cet état faiblard ; l'occasion était si propice à une blessure fatale... Mais voilà, il était une charge immobile, à la réaction nulle, et tout ce qu'il était dans la mesure de faire, c'était de salir les épaules de son ennemi avec de minuscules taches de sang. Maigre consolation. Il n'avait même pas envie de le faire tellement c'était futile. Tout ce dont il avait envie en ce moment, c'était de mourir.

« Laisse-moi crever... » Ordonna-t-il juste au grand brun.

Qu'il le laisse moisir sur le bas-côté, qu'il le laisse pourrir dans sa lâcheté à l'égard des siens. Le froid de son seizième automne terminerait le travail entamé.
Mais parfois, la vie se fait plus forte que toute volonté.


Merci d'avoir attendu. Vos pokémons sont en super forme. Encore merci et à bientôt !

Il avait encore tourné de l'oeil durant le trajet. Et maintenant il se réveillait à l'infirmerie avec des bandages un peu partout. Un Indien-momie, c'était d'un comique. Il n'avait pas fallu attendre longtemps avant qu'il ne se ranime mais suffisamment pour l'enrubanner sans son accord. Il ne supportait déjà plus ces bouts blancs sur son épiderme, quand bien même ils auraient été nécessaires. Guérir avait une toute autre signification pour Taima ; soigner sa chair ne lui importait pas si son âme demeurait malade. Mais qui aurait pu le comprendre ?
Le garçon se tourna vers Elloy qui, visiblement, l'avait veillé. Il en avait du culot, pour rester ainsi à ses côtés durant sa convalescence !

« Je te déteste. »

Ce furent ses premiers mots. Pourtant, malgré leur signification, l'intonation n'était ni brutale ni hargneuse, mais presque lasse. Et pour cause, l'Indien sentait qu'une contradiction pointait en lui et se lisait dans ses yeux. Quand bien même il aurait haï ce garçon de tout son être, depuis le fin fond de ses entrailles, celui-ci ne l'avait pas laissé tomber. Il aurait pu, obéissant par là-même à ses propres ordres. Toutefois il avait décidé de le ramener ici. Taima ne mourrait pas de ses blessures au pied de l'arbre et, finalement, il remerciait le monde pour sa clémence envers le sale rejeton qu'il était.
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MessageSujet: Re: .Bouillon de conscience. Ven 28 Sep - 20:58

    « Laisse-moi crever... »

    Je marchai pas très rapidement, je portais le poids de mon crime. Poids qui se faisait objectivement de plus en plus lourd. Mais si ça m'aidait sur le chemin du repentir, alors je l'acceptai. C'était le minimum que je puisse faire.
    J'avais la tête baissée sur le sol, non seulement pour ne pas m'étaler sur le sol avec la poule blessée, mais aussi parce qu'au fond, je voulais éviter les regards accusateurs ou interrogateurs des passants qui étaient autour de nous.

    Je me sentais mal, je me sentais horrible, ignoble... Comme un monstre. Pourvu que je ne retourne pas dans le Rêve. Je continuai ma marche presque funèbre à travers le gravier, mes pas criant à tout va que j'arrivai, que j'étais là avec ma faute. Je faisais alors de plus grande enjambées pour aller plus vite, et pour ne plus entendre la nature même me balancer à la figure la faute.

    Quand j'arrivai à l'infirmerie, je le déposai sur un lit assez délicatement, pour ne pas qu'une seconde -même minime- chute ne recommence. Une fois dans le lit, je le bandais avec les bouts de tissus blancs qui se trouvaient dans l'armoire. Je restais sage, je ne faisais aucun bruit, je ne voulais pas le réveiller, je ne voulais pas causer plus de tort que ça, je ne voulais pas encore être coupable de quelque chose. J'évitais par ailleurs toute forme de reflet, j'avais même fermé les rideaux, et remonté la couverture sur lui. J'avais avancé une chaise près du lit. Et là, je restai face à mon nouveau péché.

    Je ramenai mes jambes contre moi, passant les bras autour. À quoi devais-je bien ressembler ? J'étais devenu si haineux que je l'avais poussé du toit. Je l'avais poussé comme pour le tuer... pour le tuer. Étais-je devenu un tueur ?...Je serrais les plis de mon pantalon sous mes doigts, sentant que mon menton voulait trembler de nouveau. J'enfouis alors le visage dans mes genoux, resserrant encore plus mon bas, jusqu'à ce que mes jointures blanchissent. J'avais encore mal au cœur. Non pas que je voulais vomir...même si...même si je me faisais horreur. J'avais mal au cœur, le même pincement que tout à l'heure, il ne voulait pas s'arrêter, il s'intensifiait même. Et à ce mal de chient s'ajoutait tout un tas de trucs qui chamboulaient ma tête, je comprenais rien, je savais plus. Je savais juste que j'étais un monstre qui pousse les gens du haut du toit, qui les pousse pour les...tuer. Je tournais en rond dans ma tête, je tournais toujours pour rien, je servais à rien. Un sanglot s'échappa malgré moi, il venait du cœur, je le sentais, il faisait encore plus mal.

    « Je te déteste. »

    Je m'en serais douté tiens. Je le savais, je me détestais déjà et....je me mordis la lèvre. J'avais pas totalement perdu ma fierté pas encore. Bientôt.

    « Je sais... Déteste moi, de toute manière, je vaux même pas un pardon » lâchai-je tout défaitiste.
Taima
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MessageSujet: Re: .Bouillon de conscience. Sam 6 Oct - 12:48

Fatigue. Et volonté.
Dormir. Et rester éveillé.
Deux envies contradictoires mais aussi persistantes l'une que l'autre. Il fallait faire un choix. Clore les paupières, au risque de revoir sa soeur en cauchemar et d'éprouver toute sa honte. Ou les garder ouvertes pour supporter la vision d'Elloy près de lui, qui l'observait dans cette position si misérable. Les deux choix avaient leur part d'horreur. Que décider ? Mais Elloy était-il vraiment en position de supériorité ? Ça n'en avait pas du tout l'air.

« Je sais... Déteste-moi, de toute manière, je vaux même pas un pardon. »

Ouais, on ne s'y trompait pas. Il avait bien dit cela. Et c'était terriblement rageant. Comprenez ; lorsque l'on perd contre quelqu'un, sa satisfaction nous aide à accepter la défaite. Mais lorsque lui-même est blasé, le vaincu n'en est que davantage frustré. Sa valeur de combattant n'est pas assez reconnue pour que le gagnant exprime sa joie suite à la victoire. Franchement, pour qui voulait-il se faire passer en adoptant cette attitude pessimiste ? Le rôle de la victime ne lui convenait pas du tout. Ça donnait à Taima l'envie de le secouer à la façon d'un prunier, et puis de rajouter deux torgnoles pour qu'il retrouve l'ensemble de ses esprits. Il souhaitait ravaler ses mots, supprimer son aveu, juste pour qu'Elloy ne puisse pas montrer la moindre once d'approbation, de compréhension. À moins que ce ne soit qu'une subtile technique digne des plus grands hypocrites ? Non, tout de même. Le grand brun aurait été trop bon comédien et, bien qu'il puisse sans doute devenir un fieffé menteur, il n'aurait pas pu pousser le vice aussi loin. La situation était sérieuse. La franchise de mise. Mais gardons néanmoins nos distances.

« T'as les yeux rouges ? Je rêve... » murmura l'Indien. Les circonstances prenaient des proportions inédites. Hé, il était en vie, ça ne méritait pas une telle tristesse. D'ailleurs, sa mort non plus n'aurait pas été digne de quelque chagrin. L'enfant n'était pas assez bien pour cela. Il ne voulait pas qu'Elloy ait ces réactions ; elles paraissaient surfaites, excessives pour un événement comme celui-ci.
« Hmph, j'ai connu pire, fais pas cette tronche. »

Pas sûr que Taima ait vraiment connu pire. Il s'était, à l'évidence, pris de nombreux coups lors de ses escapades, réelles ou fictives. Certes, jamais on ne l'avait précipité du haut de trois étages avec deux contusions dans le bide, mais il connaissait la douleur, la vision trouble et le souffle court. Il ne pardonnerait pas à Elloy ce qu'il avait fait -même si c'était en partie de la faute à la poulette et non celle du prince charmant- pourtant il considérait que ce dernier n'avait pas à penser ainsi. Il avait de la valeur, ne serait-ce que pour les enfants dont il s'occupait, au Foyer comme à l'Internat. Taima savait qu'il était apprécié de tous et donc que, quelque part, le jeune homme méritait que les autres l'excusent. Après tout, s'il manquait une adhésion plumée, ce n'était pas si grave.
L'Indien remua dans son lit. Laborieusement, il parvint à sortir ses deux bras de sous les draps et à se redresser contre le dossier, non sans serrer les dents à chaque mouvement. Il se dit qu'il devait devenir plus fort, afin de pouvoir sauver sa famille, toutefois il ignorait comment y parvenir. Et ce n'était certainement pas la situation actuelle qui lui permettrait d'accomplir sa résolution. Mais il pouvait en profiter pour réfléchir. Le garçon lança un coup d'oeil furtif à Elloy. Il semblait toujours aussi nerveux. Ça aurait fini par mettre Taima mal à l'aise. Il décida de quitter la pièce puisqu'il était inutile pour rassurer les gens. Surtout lorsque ceux-ci s'appellent Elloy, sont grands et bruns, et n'aiment pas les cocottes.
Bon allez, finie la causette.

« Bon allez, finie la... »

L'Indien avait entrepris de retirer la couverture d'un geste ample avant de se lever d'un coup, mais la rapidité de l'action entrait en contradiction avec son état physique. La poudre aux yeux n'était que du perlimpinpin périmé. Suite à l'éclair bizarre comme dans les mangas, son élan se brisa tandis que la plante de ses pieds touchait le sol et ses jambes se dérobèrent sous lui. Entraînant la couverture dans sa chute, il tomba à genoux avec maladresse, manquant de déséquilibrer Elloy au passage. Mais aussitôt il se redressa en s'aidant du lit et se hissa dessus à grand renfort de ronchonnements.

« Arf. Fais chier », maugréa-t-il la tête dans le tissu. Et puis plus haut : « Ne te sens pas obligé de rester là, t'es livide. Allonge-toi. »

Ah non, ce n'est pas ce qu'il avait voulu dire ! C'était Dégage crétin qui aurait dû sortir de sa bouche. La situation était trop perturbante, cela le troublait. Mais si Elloy obéissait, il y avait une part de soumission et l'orgueil serait sauf. Déjà que le réservoir de fierté était presque à sec à la suite de l'exploit raté...
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MessageSujet: Re: .Bouillon de conscience. Mar 9 Oct - 16:47

    Ouais, je l'avoue, j'avais veillé pas mal de temps sur la cocotte. Je restais là, tantôt regardant le blessé, tantôt regardant la fenêtre et les nuages nouvellement formés. Il faisait gris. Il faisait moche. Je me redressai pour fermer les rideaux et ne plus voir ce monde morne et triste. À croire que la Nature elle-même déplorait les blessures que l'autre plumé avait reçu. Je me fichai de la nature, mais en tout cas, je ne pouvais nier que j'avais pleuré pour lui. Tout du moins, à cause du poids de la culpabilité qui avait resurgit d'un coup. J'étais à l'image du temps en fait, mou et pitoyable. Je faisais rien de ma vie, j'attendais juste un signe, un mouvement, quelque chose qui montre qu'il était pas dans un état super critique. Ouais je cherchai de quoi alléger mes épaules.

    Ah il avait bougé. Il avait parlé aussi. Je me redressai convenablement sur la chaise, une jambe toujours repliée contre moi, le visage plus renfermé que d'habitude. Oui mes yeux étaient rouges, oui ils étaient bouffis. Mais qu'il se la ferme quand même. Mais je n'avais rien répondu. J'avais pas envie de lui parler, pas envie de faire quelque chose encore avec lui. J'aurais bien aimé me casser quand il était tombé, mais d'une ça n'aurait servit à rien puisqu'on vivait en communauté, et de deux, j'avais une microconscience qui m'avait dit de l'aider et de l'amener à l'infirmerie. Il n'empêchait pourtant pas que je ne voulais pas créer de liens avec lui. J'y avais réfléchit et je m'étais dit qu'après son rétablissement, je n'aurai plus rien à voir avec lui. Fini. Voir sa tête tout le temps, tous les jours et me rappeler ça il en était hors de question.

    Pourtant, de trop grands mouvements attirèrent mon attention et je posai les yeux sur lui. « Tu ne devrais p-.... »
    Tombé à terre qu'il était. Je baissai simplement les yeux sur lui. Je n'avais pas bougé, rien. Juste mes yeux. Et je le regardai, moi en haut perché sur le fauteuil, lui par terre. Mais bizarrement, je m'en fichais un peu. Même pas une once de fierté, rien.

    « Ne te sens pas obligé de rester là, t'es livide. Allonge-toi. 
    -Me fais pas rire. T'arrive à peine à te tenir debout »

    Je fermai les yeux et me levai. Pourquoi avais-je fait ce que j'allais faire ? … Je le pris sous les bras et tentai de le refoutre dans le lit. Mais bon, Taima c'était pas une fillette alors je manquai de tomber à quelque reprise avec lui sur le lit avant de réussir à le mettre correctement, le couvrant du drap tombé auparavant.

    « Tu ferais mieux de dormir, c'est bon je dirais rien, si c'est ça dont t'as peur »

    Je retournai alors dans le fauteuil, m'y laissant tomber dans une pose totalement dénuée de classe et le regardai, tête dans la main, le coude sur le bord du fauteuil. J'ouvrai, je fermai les paupières. Je les ouvrai sur lui, puis les fermai pour voir le noir. Il apparaissait, il disparaissait lentement. Je voyais le peu de ses gestes au ralentis.
    Puis j'eus un sourire un peu con sur les lèvres. En fait vraiment très con.
    « Tu veux un bouillon de poule » Oh, la vanne facile. Je savais même pas pourquoi j'avais sorti ça. À croire que mon cerveau ne répondait plus trop à la logique des choses. À croire que j'étais dans un autre monde.
Taima
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MessageSujet: Re: .Bouillon de conscience. Mer 10 Oct - 20:08

Ou comment réunir deux bouffons dans la même pièce avec interdiction de sortir. Le sort s'acharnait, c'était la seule explication. On eût dit un combat de coqs -avec l'un plus coq encore que l'autre- dans lequel les deux opposants étaient trop épuisés pour se filer des coups de bec ou tout simplement pour gonfler leur gorge pour paraître plus imposants qu'ils ne l'étaient vraiment. Mais comme il n'y avait personne pour leur jeter des pierres depuis les fenêtres de l'infirmerie, ils n'avaient rien à faire de leur situation. Ils s'observaient juste, traînant leur plumage dans la poussière et laissant échapper, parfois, un piaillement désenchanté. Du genre « Me fais pas rire. T'arrives à peine à te tenir debout » ou autre. Ouais, il le savait mieux que quiconque, le Taima, que ses jambes ne le supportaient pas. Et plus il le savait, plus il y pensait, et plus il avait envie de marcher, de courir, de s'envoler avec ses articulations débiles et d'oublier le sol, la gravité, et tous ces trucs qui faisaient que dès qu'il souhaitait se lever, il se croûtait par terre.
Et puis se faire border par son meilleur ennemi, comprenez-le, c'est quelque chose. Rien ne peut vous sembler pire que de le sentir se coller à vous pour vous remettre dans la bonne position et même tirer les draps jusqu'à votre poitrine, menaçant de vous effleurer avec les mèches de ses cheveux malgré le fait elles soient déjà trop courtes pour lui descendre au niveau du nez. Trop de proximité tue la proximité.

« Tu ferais mieux de dormir, c'est bon je dirais rien, si c'est ça dont t'as peur. »

Ha. Mauvaise grimace. L'Indien, peur ? Jamais. De façon visible, ce n'était certainement pas la cocotte qui semblait avoir le plus les chocottes. De quoi, d'ailleurs ? L'infirmerie était déserte. Si quelqu'un les surprenait, ils n'auraient qu'à inventer un de ces mensonges que tout le monde gobe, façon "J'me suis pris les pieds dans le tapis et ma tête a rencontré la porte que venait d'ouvrir Elloy." C'était plausible, en plus. Cette situation aurait très bien pu se produire à un autre moment, par totale inadvertance et dans le plus pur des hasards. Et si la peur provenait d'autre part ? De l'intérieur de l'âme, de la conscience ? Elloy avait-il connu situation pareille dans le passé ? Pour une fois que Taima réfléchissait sur une autre personne que lui-même, il en arrivait à se poser des questions sur le grand brun. Après tout, n'était-il pas trop net ? Toujours brillant, accueillant, amical et amusant. Toujours le sourire, la blague qui fait rire tout le monde, l'amabilité du frère aîné. Et à côté de cela, il jetait les poulets du toit ; on disait même que son apparence dans le Reflet était étrange, mais Taima n'avait encore jamais pu le vérifier par lui-même.
« Tu veux un bouillon de poule ? »
C'est bien ce que l'Indien pensait : toujours une blague mordante à caler dans la conversation. Il en souriait tout seul en plus, le con. Il semblait oublier que le convalescent n'était pas garçon à rire, surtout de ce genre de cocasserie vaseuse. Il avait des plumes dans les cheveux, and what's the matter ? Certains se perçaient les oreilles, d'autres portaient des chapeaux, alors pourquoi des plumes auraient-elles favorisé les vannes ? De toute manière, le gamin n'avait pas faim. Et même si son ventre avait poussé un horrible gémissement pile à ce moment-là, avec toute la sournoiserie du monde, où est-ce qu'on aurait trouvé un bouillon de poule dans un endroit pareil ? Et d'abord, quel goût ça avait, un bouillon de poule ?

« Change pas de sujet. Tu veux te rattraper mais j'en ai rien à battre. Tu te caches, de quoi t'as peur ? »

C'est qu'Elloy commençait à l'énerver, la p'tite cocotte. Elle le préférait limite lorsqu'il était arrogant et qu'ils se mettaient sur la tronche à la moindre altercation. Là au moins, il faisait preuve de volonté. C'était nul si la seule personne digne de confrontation -Napoléon mis de côté pour des raisons historiques- en venait à se morfondre d'avoir frappé un peu trop fort. Lorsqu'on est homme, on assume ses coups. Sinon, pas la peine de faire le paon ; on reste poussin.
Ohé, réveille-toi Elloy Elloy Elloy...
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MessageSujet: Re: .Bouillon de conscience. Jeu 11 Oct - 18:11

    « Change pas de sujet. Tu veux te rattraper mais j'en ai rien à battre. Tu te caches, de quoi t'as peur ? »


    Me rattraper hein. Me rattraper...
    Toujours dans mon fauteuil, je me laissai glisser au gré de l'apesanteur, mon corps n'étant qu'une faible éponge mouillée et molle. Je me sentais lourd. Je me sentai faible dans cet espace confiné, où en plus d'être écrasé par le poids des remords et des souvenirs grimpants, l'atmosphère aussi pesait son poids. Attiré par le cœur de la Terre, c'était bien le seul cœur capable de me supporter encore, pensai-je, je ne faisais rien d'autre que regarder dans le vide, le vide du drap de la poule. Un drap blancs aux plis encore marqués par l'effort que j'avais fait pour le remettre dans le lit. Je me penchai pour les lisser machinalement, ça en devenait stressant, ses plis. Ses plis qui formaient une ombre, un trou noir parfois. Et je sentais que j'allai m'y perdre pour me noyer dans mes pensées, pensées que je ne voulais plus écouter parce qu'elles m'accablaient encore plus. J'avais voulu être un autre que moi. Me séparer de mon corps, être un zombi dont le seul but n'était pas de tuer des gens, mais de vivre au gré... au gré de quelque chose. N'importe, mais pas au bon vouloir des malheurs des uns, et du miens.
    J'étais un faux généreux, un faux ami, un faux cul, un hypocrite. On m'accablerait de toutes les merdes du monde que j'oserai encore lâcher un « je suis désolé » sans prendre les paroles plus au sérieux, sans me mettre à réfléchir pour sauver les populations, parce que tout ce que je savais faire c'était faire...semblant. Je paraissais joyeux, je paraissais beau, je paraissais gentil, doux, accueillant, protecteur. Mais ça c'était le Elloy idéalisé. La figure parfaite, le Ken dans son monde plastiquement onirique. En réalité, j'étais Elloy, à Espérance, jeune homme détestable, meurtrier et criant à l'aide en silence parce qu'il avait fait assez de mal autour de lui pour pouvoir prétendre un quelconque secours. Et pourtant. J'osais.

    Et j'osais devant le pire qu'il soit. Comme une sorte de repentir peut-être.

    « De me retrouver nu dans un centre commercial »

    Je m'étais ouvert à demi caché. Nu... Nu parce qu'ainsi, on ne voit que toi. On ne se cache pas, on se dévoile tout entier, on se donne, comme on se donne à Satan pour recevoir les coups de fouets à plus que mesure que ses pêchers. Nu comme un nouveau né qui doit se prendre en pleine face la réalité du monde. La putain de dure réalité du monde, avec des sentiments. Ces sentiments qui font que la vie est immonde à supporter. Ces sentiments qui font de toi, telle ou telle personne. Ces sentiments qui une fois à leur paroxysme font un mal de chien. Je voulais pas me retrouver nu devant une horde de gens qui au moindre faux pas vous montre du doigt, vous accuse et vous lance des pierres. Je voulais pas qu'on me voit. Le centre commercial, antre confinée où nul ne peut ressortir sans s'être fait couilloné, pigeoné par des vendeurs un peu trop habiles, un peu trop futés. On est coincé dans ce centre commercial jusqu'à finir sa vie, jusqu'à ne plus rien n'avoir à acheter. Et moi je serais coincé là dedans. Nu devant tout ces gens.
    J'avouai pour la première fois ce que j'avais sur le cœur. À la cocotte de se donner la peine de comprendre ou pas. Moi je me laissai toujours aller à cause de la gravité, avant de me recroqueviller dans le fauteuil, en boule.
Taima
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MessageSujet: Re: .Bouillon de conscience. Ven 12 Oct - 16:17

Taima déglutit. Sa salive peina à humidifier son gosier. S'il n'avait pas faim, la soif commençait à se faire sentir et il cherchait un moyen de satisfaire son besoin sans avoir à faire le mendiant auprès d'Elloy. D'autant plus qu'aussi amorphe qu'il était, il lui faudrait trois heures pour aller récupérer un malheureux verre d'eau, si jamais il ne se noyait pas dedans au passage. Sucer les cailloux, disait-on, mais où trouver des pierres dans une infirmerie aseptisée au possible ? L'indien allait peut-être devoir périr ici, se dessécher par orgueil mal placé ; triste fin.
Et Elloy qui lissait les plis de ses draps sans un mot. La situation virait au malsain. Taima éprouva un haut-le-coeur, une légère panique qui lui fit se tasser un peu plus dans son lit, dérangeant sans y penser plus que ça le travail du grand brun. Un miracle. Il lui faudrait un miracle pour se sortir d'ici, pour échapper à la langueur du grand brun qui, si rien ne changeait, allait dégouliner de son siège pour s'étaler au sol dans un bruit de flaque. Cependant, il ne fallait pas céder. L'Indien tiendrait bon, il ferait abstraction de ces horribles circonstances qui le maintenaient cloué de la sorte, et il vaincrait l'avachissement d'Elloy qui menaçait de contaminer toute la pièce. Courage. C'était juste un mauvais moment à passer.

« De me retrouver nu dans un centre commercial. »

Perdu dans ses pensées stoïciennes de bravoure et de fermeté d'âme, Taima ne saisit pas sur le coup la phrase qui était parvenue à ses oreilles. Machinalement, comme l'on ferait si quelqu'un nous réveillait d'un songe éveillé, il lâcha un « Hum hum. » teinté d'indifférence. Après tout, ce n'était pas comme si la conversation du grand brun démontrait toujours éloquence et charisme, force de persuasion et beauté de la métaphore. Et puis, ce n'est qu'une fois que l'Indien rebrancha ses deux neurones intitulés "altruisme" qu'il comprit le sens des mots. Et qu'il percuta. Qu'il explosa.

« Mais tu t'fous d'ma gueule ?! » Quand bien même il serait maintenu fermement dans son lit, Taima eut une impulsion qui l'entraîna en avant. Pour ne pas retomber en arrière ou bien pour contenir l'élan de douleur qui lui traversa le dos, ses mains agrippèrent le tissu devant lui et y restèrent accrochées de rage. « Tu peux jamais être sérieux deux putain de petites secondes ?! T'es... T'es carrément barré comme gars, fou à lier, ouais ! Tu penses que je vais gober tes conneries alors que tu m'balances ça juste pour... »
Une quinte de toux mit fin à son emportement. Sa gorge sèche, ses côtés fatiguées et son diaphragme molesté posèrent leur droit de veto contre la colère du cerveau et la prolixité de la langue. Un peu de repos, messieurs les organes, si vous le voulez bien. Il eut du mal à se défaire de la gêne, obligé de respirer profondément pour se calmer. Lâchant d'une main le lit, le garçon la plaqua sur sa face afin de dissimuler sa bouche et détourna le regard. La honte... Ce n'était vraiment pas son jour. Il aurait mieux fait de ne pas se lever ce matin-là, ou bien accorder à ses songes de la veille une interprétation un peu plus importante. Finalement, il se laissa retomber avec lourdeur dans l'oreiller, accusant encore quelques toussotements furieux. Frustré à l'instar d'un gosse qui ne peut courir dehors à cause d'une bronchite, Taima fusilla Elloy de ses yeux sombres. Mais quelque chose clochait. Pourquoi cette mollesse ? Pourquoi l'Indien ne voyait-il plus briller dans les deux noisettes de ses iris l'étincelle de sa prétention, l'éclat de sa suffisance d'aîné ? Est-ce que quelque chose s'était réellement brisé à l'intérieur du grand brun ?
Taima serra les poings et les dents. Il ignorait quoi faire mais, de sûr, s'énerver contre un mur le fatiguait et l'énervait encore davantage. C'était un cercle vicieux dont il devait se défaire. Hurler, tempêter, ne semblait pas arranger les choses. Oh prodige, une once de raison ! Qu'est-ce que c'était exactement que cette histoire de nudité dans un centre commercial ? Étranger à ces derniers mots, l'adolescent en devinait néanmoins l'effrayant sens. Nu. Au milieu des bâtisses et de la foule. Quelle explication y avait-il à cette crainte ; une mauvaise expérience, un symbolisme caché, un récit comme on en raconte aux jeunes enfants ? Ses mâchoires se détendirent ; il poussa un soupir. Ce fut alors presque un murmure qui sortit de son pharynx.

« Okay, je sais pas c'que t'as fait, ou c'qui t'es arrivé avant, mais t'as intérêt à l'oublier, sinon tu ne survivras pas. Ici, soit tu t'accroches à tes souvenirs, soit c'est eux qui t'bouffent. C'est pas comme si ça m'déplairait mais... C'est moche de finir ainsi. Tu crèves de quelque chose qui n'existe plus. »

La philosophie à plumes, tome 1. Bien sûr, Taima s'attendait à ce qu'Elloy l'envoie dans les ronces puisque c'était sa spécialité du temps où ils se balançaient du haut des toits après force insultes. Pourtant, il en doutait désormais. Il n'était même pas certain que le grand brun bouge le petit doigt. Bah, au pire, tant pis. Ils n'auraient plus grand-chose à se dire.
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MessageSujet: Re: .Bouillon de conscience. Sam 3 Nov - 18:14

    Je savais pas quoi faire. Je me sentais nul, nul à jeter à la poubelle des pourritures. Et pourtant je jouais les petits agneaux égarés qui tentaient de se repentir en aidant l'objet de son péché. Je voulais en finir, je voulais me sortir de cette condition de minable qui offrait à Taima la possibilité de me faire une leçon de moral alors que c'était lui qui devait bénéficier de soins de la petite infirmière. Et je faisais quoi là ? Je faisais la loque, victime de son passé.

    « Okay, je sais pas c'que t'as fait, ou c'qui t'es arrivé avant, mais t'as intérêt à l'oublier, sinon tu ne survivras pas. Ici, soit tu t'accroches à tes souvenirs, soit c'est eux qui t'bouffent. C'est pas comme si ça m'déplairait mais... C'est moche de finir ainsi. Tu crèves de quelque chose qui n'existe plus. »

    Je me tournai lentement vers lui, l'air encore morne malgré moi. J'aurais aimé lui foutre une seconde raclée mais ma personne en avait trop fait alors je me contentai de détourner la tête ailleurs. Lui ne savait pas. Lui ne savait pas que j'étais mal pas qu'à cause de lui.

    « Ca n'existe peut-être plus en fait... Mais c'est toujours là, toi aussi tu dois le savoir. C'est là le soir, et ça ne te lâche plus »

    Mon péché c'était mon passé. Et je ne pouvais pas me repentir de mon Avant. Je pensais que recommencer une vie ici avait fait l'objet de mon salut mais rien de tout cela. C'était comme une histoire sans fin avec le même personnage principal qui était...moi. Des rouages trop bien huilés, tout tournait comme avant. Et je me faisais avoir par la mécanique, une fois de plus. Pourquoi encore moi ? Le crime que j'avais commit était déjà trop horrible pour qu'il recommence.
    Et puis je me faisais pitié. À être mou comme ça, même si je ne méritais pas la vivacité des jeunes innocents. Ça me faisait surtout chier d'être dans un état aussi pitoyable. J'avais pas le droit, surtout devant la poule qui piaillait dans son lit.

    Affalé dans ma chaise, assaillit de questions, de reproches, de tout, je poussai un cri, en me levant.
    « Putain ! » Je poussai ma chaise du pied qui tomba au sol dans un fracas. J'en avais marre de tout ? De moi, de lui, du silence, du soleil qui pointait le bout de son nez, de ses phrases, de mon attitude de fleur fanée. Je m'acharnai sur la chaise jusqu'à ce qu'un coup donné me fasse mal au pied. Là je restai là, la tête baissée sur ma victime inanimée, haletant et les joues rouges. Un coup de folie ou un coup de détresse. Je n'en savais rien. C'était peut-être les deux, à ne pas dormir de peur de tout voir d'avant. À dire vrai, je n'osai pas me retourner pour le voir, de peur de lire l'expression de dégoût qu'il pouvait avoir pour moi à ce moment alors je restai toujours là.

    « Ferme les yeux et vas sous ta couette » dis-je finalement, pour partir, sans être vu et sans être jugé de quoique ce soit. « Tu ne sais rien de moi, comme je ne sais rien de toi. Alors au lieu de me lancer tes pseudos phrases de dame psychologie, guéris, je doute que tu me laisses une victoire aussi facile »

    Je bougeai enfin mes doigts avant de monter sur la chaise cassée pour passer et aller vers la porte. « Dors maintenant, petit »
Taima
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MessageSujet: Re: .Bouillon de conscience. Dim 4 Nov - 11:32

« Ça n'existe peut-être plus en fait... Mais c'est toujours là, toi aussi tu dois le savoir. C'est là le soir, et ça ne te lâche plus. »

De quoi parlait-il ?
La tronche d'Elloy commençait à faire peur à Taima. Enfin, peur... Pas de quoi dresser ses cheveux sur sa tête mais tout de même, son attitude de mort-vivant devenait un peu trop insistante pour être une simple comédie, et ajoutés à cela la semi-obscurité de la pièce et l'absence d'autres corps humains, l'Indien se demandait s'il n'allait pas finir dévoré par son interlocuteur, dans un élan de rage cannibale.
De quoi parlait-il ?
Le gosse avait une légère idée, mais ce n'était qu'une supposition qui ne l'avançait pas plus. Il aurait aimé poser des questions, creuser la discussion et en ressortir des explications aux allures de trésor. Il aurait aimé qu'Elloy se livre davantage, dévoile ses recoins cachés, pareils à des taches de souillure sous sa surface brillante et immaculée. Connaître la vérité, non pas pour mieux la nier, mais parce qu'il le voulait. Il ignorait d'ailleurs pourquoi il avait tant envie de décrypter ces paroles, pourquoi il n'arrivait pas à penser à autre chose et à se défaire de ces aveux sibyllins, prononcés par son ennemi qui plus est. Est-ce que lui aussi avait changé après l'incident ? Est-ce qu'il avait pris conscience de certaines choses, d'un changement qui s'était opéré en lui sans qu'il ne s'en rende compte, insidieusement ? Merde. C'était sournois. Où était passé son rictus satisfait, ses pensées orgueilleuses et son honneur ? Quelque chose qui est là le soir et qui ne le lâche plus. C'est Morphée aux doigts d'araignée, ce sont les Parques penchées au-dessus du lit lorsque vient la nuit, c'est Mnémosyne dans sa robe de soie et dont le sourire clos empêche d'oublier les atrocités du monde. Taima eut du mal à déglutir. Même s'il ne comprenait pas la situation d'Elloy, par mimétisme il appliquait ces mots à son propre passé. L'âme humaine est des plus complexes. À ceux qui se souviennent, le présent porte le fardeau de l'Avant donc ils souhaiteraient se délester. À ceux qui ont oublié, hier est une quête désespérée pour se construire aujourd'hui. Les hommes seraient-ils donc d'éternels mécontents, voyageant dans les époques sans jamais trouver d'asile pour leur esprit fatigué ?
Puis Elloy éclata.

« Putain ! »

Dans un sursaut, Taima agrippa les draps. Il les maintint serrés contre le tissu jusqu'à ce le grand brun se calme, jusqu'à ce que les jointures de ses phalanges blanchissent, comme par effroi devant cette violence soudaine. Les lèvres entrouvertes, sans oser respirer, le gamin regardait Elloy bourrer de coups de pied la chaise sur laquelle il s'était affalé depuis tant de temps. Figé tandis que les heurts du bois cognaient contre les murs de la pièce, l'Indien oublia pendant quelques secondes tout ce qu'il avait pu éprouver pour l'autre. Son hostilité, son mépris, sa haine contre le brun s'étaient évaporées, laissant son esprit vide de toute considération, vierge d'émotions et de ressenti. Si bien que lorsqu'il entendit « Ferme les yeux et va sous ta couette », il avait l'intention d'obéir sans rechigner le moins du monde. Cependant, il n'en fit rien, encore stupéfait par la courte démonstration de brutalité qui venait de se dérouler à l'instant.

« Tu ne sais rien de moi, comme je ne sais rien de toi. Alors au lieu de me lancer tes pseudos phrases de dame psychologie, guéris, je doute que tu me laisses une victoire aussi facile. »

Bam. Une balle entre pleine tête, entre les deux yeux.
C'était une invitation à la revanche ? Il l'acceptait avec plaisir. Mais la première phrase lui laissait une saveur amère sur la langue. Si cela sonnait comme un reproche, qu'il s'explique ! Qu'il déverse ce qu'il avait sur le coeur, cet éphèbe de pacotille ! Alors qu'il se dirigeait vers la porte, Taima, lui, resta le regard planté sur la chaise démolie. Dormir ? Et puis quoi encore. Il y avait un cadavre de chaise juste à côté de lui et il devait faire comme si rien ne s'était passé, comme si tout allait bien sur Terre et aimons-nous les uns les autres ? Il ne pouvait pas laisser Elloy sortir ainsi ; c'était actuellement une soupape prête à déborder à tout instant. Mais l'Indien demeurait cloitré dans cette pièce, prisonnier de son lit avec ses couvertures bordées, trop serrées pour son corps pansé. Incapable de faire trois pas sans se casser la gueule. Combien de temps allait-il devoir rester ici, combien de temps avant que son corps ne reprenne ses droits sur la gravité ? Il ne voulait pas dormir. Ne pouvait pas dormir. Il lui semblait que le spectre d'Elloy était toujours là, assis sur cette chaise, et qu'il attendait patiemment que l'adolescent ferme les yeux pour lui déchirer la jugulaire. Même s'il n'y avait aucun reflet, aucun miroir sans voile, Taima ne désirait plus dormir. Pas pour l'instant. Pas tant que la voix du brun se répercutait dans son crâne.
Levant les yeux du sol à la fenêtre, le mioche s'interrogea sur les conséquences de cette journée. Tout ça, tout ce qui s'était produit, personne n'était au courant. Ce serait leur secret commun, le seul qu'ils n'auraient probablement jamais et en soupirant, épuisé, il se demanda si cela valait encore la peine de se battre contre un adversaire déjà mis à terre par ses propres démons.

Fin.

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