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J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ]

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Aaron
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MessageSujet: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Ven 2 Nov - 1:28

Sublime et magnifique, tu l'avais découvert un matin d'automne.

Ce jour là (datant de l'avant veille), ne supportant plus la chaleur du feu de cheminée sur ta peau et l'emprise détestable de l'enfermement sur ton esprit, tu t'étais évadé vers un extérieur givré.
Tu avais mis tes prothèses, scellé Ampère ton fier destrier et sans la moindre attention à l'itinéraire emprunté, avait galopé à travers Espérance.
A travers la plaine et les fourrés et jusqu'à ce que ta monture halète, tu avais respiré ivre de liberté et de félicité.
ça avait duré de longues minutes, puis ta course s'était suspendue, et tu avais sauté de ton compagnon, ragaillardi par la perspective de t'allonger dans l'herbe encore humide.  
Sur le coussin vert, tu avais dormi un peu il te semble, puis, conscient que l'heure de rentrer au bercail allait bientôt sonner, t'étais relevé prenant alors enfin conscience d'une vérité des plus bête: Tu t'étais perdu. Pour pas changer.

Tu avais soupiré puis, ennuyé tu avais passé la main dans tes cheveux et avait attrapé Ampére au licol.
Plus de chevauchée à présent si tu voulais retrouver ton chemin. Le cheval à la main, tu guideras.

«  Un kilomètre à pied Ça use, ça use Un kilomètre à pied Ça use les souliers Deux kilomètres à pied Ça use, ça use Deux kilomètres à pied ça use les souliers »

Et des kilomètres tu en avais fait avant de trouver le moindre signe de civilisation en ce qui semblait être un hangar. Certes ce n'était pas le village mais ça avait été un bon début,et tu avais eu la certitude que de là bas, tu retrouverais ton chemin. Tu avais accouru, avalant les quelques centaine de mètres, désenchanté quand, sur place, tu avais du vite te rendre à l'évidence qu'ici ou là bas, ta paumée attitude n'avait pas diminué d'une once... Cependant, point positif sur le tableau de la lassitude et de la fatigue, sublime et magnifique, tu L'avais découvert, Elle ta Muse, celle qu'aujourd'hui encore, tu recherchais, celle-là même dont tu étais tombé amoureux au premier regard, possédé par une de ses passions folles qu'on n'a qu'une fois dans la vie, qui  perd un homme, et qui le hante jusqu'à la mort.

Tu te concentras sur le souvenir de l'avant-veille et continua ton éloge mental.

Ton Aimée était magnifique. Tu l'avais découvert, endormie, tout juste vêtue d'un voile gris. Du bout des doigts tu l'avais caressée faisant s'envoler sa robe cendrée, la rendant à sa plus simple nature..  
Elle était ainsi... (tu cherchas ton mots)
Elle était un ange.
Avec ses larges ailes blanches ça ne pouvait être que cela.
Sous cette vision celeste tu  avais alors jubilé, détaillant sans pudeur un peu plus son corps lisse et courbe, identifiant son origine.

«Avion Biplan. année 30. Bon état même si semble ne pas avoir servi depuis longtemps.»

De contentement tu t'étais frotté les mains, puis l'excitation passée, tu avais essayé de démarrer sans succès l'engin jusqu'à ce que le soleil décroit. Finalement, sans d'autre choix pour ta survie, tu étais rentré, décidé de garder ta trouvaille secrète et d'y retourner dès que possible.

Aujourd'hui était ce « dès que possible ». Tu n'avais pas pu y aller la veille pour cause d'orage, trouvant la journée fort longue. Mais aujourd'hui tu avais réussi, tu étais de nouveau face à Elle, seul à seul. Rien que tous les deux.
Théoriquement du moins car un bruit résonna au loin, et surpris, tu te retournas, grondas :

« Qui est là ???!! »

Taima
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Sam 3 Nov - 16:53

La matinée était tranquille. C'était d'ailleurs un de ces matins trop rares à Espérance, où il ne se passait rien, où le temps demeurait figé comme dans une gangue de froid, où le givre constellait les herbes folles. Il était tôt, et Taima avait troqué sa couette contre un vêtement de laine et une écharpe chapardée à quelque enfant du Foyer. Pour sa défense, il dirait qu'il l'avait trouvée abandonnée sur une chaise, et puis flûte. Ce n'était pas dans ses habitudes de demander la permission à droite à gauche. Alors que certains enfants étaient partis s'occuper des bêtes ou de leur fourrage pour l'hiver, l'Indien, lui, avait préféré s'esquiver furtivement.
Il devait se préparer à certains changements, à l'avenir. Le village n'était plus réellement ce qu'il avait été, et entre la condamnation de Miséricorde et l'empressement de plus en plus insistant de Blanche à embrigader les enfants les plus fragiles, la vie au Foyer n'était plus aussi paisible qu'avant pour le garçon. Là-bas, il était le seul Nahash, le méchant de l'histoire. Quand bien même il se foutait d'être exclu par cette horde de gosses, sentir les regards sur lui et connaître les sentiments de Bird à son égard formaient une chape de plomb sur ses épaules. Ils pouvaient bien le pointer du doigt comme ils l'avaient toujours fait depuis son arrivée ; mais le faire avec une lueur de haine dans les yeux, c'était autre chose. Être l'animal derrière la cage au zoo est une chose. Être l'animal sur qui on jette les briques de coca vides en est une autre. Nahash devenait, au fil des jours, une communauté à l'intérieur de la communauté. Et c'était là que Taima se sentait le moins jugé malgré le fait qu'il ne s'y sentait pas totalement intégré non plus. Alors, quand il n'y avait rien d'autre à quoi se raccrocher que son passé, il partait loin du monde. C'est ainsi qu'il tomba, après un certain temps de marche, sur un vaste bâtiment, ressemblant un peu à la Grange du Foyer.

Pourtant, il n'était pas seul à avoir fait cette découverte. Au sol, des traces indiquait le passage d'une personne. Traces fraîches. On l'avait devancé de peu. Mais qui ? Les empreintes ne s'apparentaient pas à celles d'un animal ou même d'un humain à pattes. Qu'est-ce que c'était ? Taima resta d'abord à l'écart. Se jeter dans la gueule du loup n'était pas dans ses passions favorites, surtout par les temps qui couraient. Mais comme il ne voyait rien en dehors de ce bâtiment isolé, il décida de s'approcher en se camouflant derrière les buissons. C'était sans compter sur la présence d'une famille de corneilles qui, délogées par cette cocotte inconnue, prirent leur envol avec force cris rauques. La discrétion tombait à l'eau, en témoigna la puissance interrogation qui s'en suivit :

« Qui est là ???!! »

Oulah. L'enfant qui traînait dans ce coin n'était visiblement pas content de se savoir épié de la sorte. Résultat, Taima hésita même à sortir de sa cachette parce que là, présentement, il avait tout sauf envie d'avoir affaire à quelqu'un de remonté. Néanmoins, rester accroupi sous les feuillages pendant des heures ne lui donnait pas plus envie, et il se contraint alors à se montrer. De toute manière, il avait cru reconnaître la voix, pour l'avoir entendue plusieurs fois depuis quelques temps. Et lorsqu'il put distinguer son propriétaire, il songea qu'il n'était pas si mal tombé.

« Hé, c'est moi, calme-toi. »

Aaron. Il se souvenait de lui. Un gosse pas comme les autres. Même physiquement. Et sans doute un des seuls enfants -voire le seul, tout court- qui voyait Taima autrement que comme un poulet clownesque. Finalement, ce serait peut-être une matinée tranquille de bout en bout. L'Indien n'avait rien à craindre d'un enfant comme Aaron. Il avança de quelques pas pour se rendre davantage visible au blondinet, cependant ce qui apparut devant lui coupa son élan. Il en demeura aussi fasciné qu'horrifié.

« What the...?! »

Sa langue natale lui revint en pleine poire pour l'occasion. Devant la monstruosité de la découverte, il ne trouvait rien d'autre à dire. Le gosse, si chétif face à la machine à ses côtés. L'image était saisissante. Derrière son sternum, Taima sentait son coeur battre plus fort, plus vite, comme si l'organe aussi réagissait de son propre chef. Il n'aurait jamais cru cela possible. Ici. Un avion. Il en avait vu survoler sa réserve, à l'époque, et ces engins-là représentaient la suprématie américaine, sa domination technologique, de celle qui avait causé la perte des Amérindiens. Taima n'aimait pas les avions. Il les détestait. Et pourtant, face à ce géant d'acier, posé sagement à l'écart de tout, il avait l'impression d'avoir trouvé une preuve de l'Avant, du monde extérieur. C'était magique. Cet avion était forcément un moyen de rentrer, de quitter Espérance. Des gens avaient dû l'emprunter pour se rendre ici, puis se perdre et ne jamais repartir. Mais eux, les enfants, est-ce qu'ils pouvaient le faire marcher ? Et Bird, est-ce qu'il était au courant ou était-ce encore un de ses secrets ? L'Indien s'approcha avec lenteur, arriva à hauteur d'Aaron. Même si son myocarde continuait sa course folle, son esprit s'était un tant soit peu apaisé.

« C'est dingue ! Comment tu l'as trouvé ? Il fonctionne ? »

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Mar 6 Nov - 12:22

Toc Toc Toc, mais qui est là ? Le loup qui te mangera.

Tu aurais pu chantonner cette chanson mais les paroles en soi, n'auraient pas collées.
L'intrus était loin d'être un loup. A dire vrai, ce n'était que Taima, un indien perdu loin de sa réserve.
Ta colère retomba aussi vite qu'elle était montée.
Le garçon à l'écharpe était un de tes aînés au foyer. De tous les sales gosses, il faisait parti des rares que tu appréciais un minimum sans vraiment pouvoir dire pourquoi. Pourtant le peu d'échanges que vous aviez eu et les sales rumeurs qui courraient sur lui et les nahash aurait dû le décréditer... Mais... même pas...
A vrai dire, pour toi ( et ce n'était peut-être pas très mora) chacun faisait ce qu'il voulait tant qu'il ne te dérangeait pas... Et puis... il fallait avouer que tu avais été attiré par le groupe et surtout pas ses promesses : « Tous ceux qui rejoindront notre cause, verront leurs vœux exaucés ( dans la mesure du possible) »
Alors, dans cet optique, pourquoi ne pas remplacer un directeur un peu trop autoritaire et protecteur et que tu n'aimais pas plus que cela, par un groupe d'enfants au but (au fond) noble ? Si les Nahashs pouvaient t'offrir la liberté que Bird te volait, sans hésiter, tu signerais.

Revenant de tes dix secondes d'égarements, tu regardas Taima resté planté là comme un piquet, éberlué.
Tu souris.
Sans commune mesure tu préférais le professionnel du scalpe à Bird car tout deux, dans une certaine mesure, vous vous ressembliez. Sur quel point ? Cela était trop difficile à expliquer sans cinq minutes supplémentaires de réflexion, temps que ne t'offrit pas l'indien.
Il s'avança, clairement intéressé par ton Aimée. Tu t'interposas, lui lança un regard noir, jaloux et méfiant.
Tu avais beau respecter l'indien, cela n'était pas suffisant pour qu'il se permette autant de familiarités avec ton Trésor. Il était à toi et à toi seul.

« Pas touche. C'est ma découverte. Et nan j'ai pas encore réussi à le faire décoller. Mais j'y arriverais. TOUT SEUL. »

Tu t'appuyas sur l’aile inférieur du biplace, et sautas dans le cockpit, faisant mine d'oublier le garçon.
Tu étais un américain, un descendant de cow-boy... Tu n'avais pas besoin d'un rebut de vaincu... L'aviation et la liberté s'était pour les gagnants.
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Mar 6 Nov - 22:25

Il aurait pu rester là encore quelques minutes sans prononcer un mot. L'avion paraissait dans un état impeccable. Fraîchement libéré de son écrin de bâche poussiéreuse, il brillait au soleil du matin avec sa tôle rutilante, son hélice pareille à une merveille de mécanique et ses vastes ailes comme celle d'un goéland sur la grève. Mais cette création-là ne ressemblait-elle pas plutôt à quelque albatros perdu sur le pont d'un navire, quêtant l'envol sans jamais pouvoir quitter le sol ? On l'avait oublié sur terre sans aucun espoir d'un jour retrouver le parfum des nuages. Tristesse. Quelles étaient ces personnes l'ayant apporté ici ? Étaient-elles mortes ? Se cachaient-elles parmi la populace espérantienne ? Taima voulut tendre sa main vers la machine, la tendre de loin au cas où ces bêtes-ci étaient dotées de dents sournoises, mais dans sa surprise, il en avait oublié qu'il y avait déjà un gardien bel et bien doté de crocs, lui.

« Pas touche. C'est ma découverte. Et nan j'ai pas encore réussi à le faire décoller. Mais j'y arriverais. TOUT SEUL. »

Détestable petite punaise. Ah, il avait son caractère, le gamin. C'était une des raisons pour laquelle l'Indien le voyait comme un nuisible, une vermine à mater. Mais pas tout à fait. Le blondin n'avait rien à voir avec ces batailles pour l'honneur, avec ces joutes orgueilleuses pour un misérable bout de territoire. Il ne cherchait pas à conquérir la terre et sa poussière, à manipuler les âmes pour un peu de pouvoir supplémentaire. Il visait plus haut, tellement plus haut. Là où rien ni personne ne pourrait l'atteindre. Cherchant à atteindre les étoiles. C'était un insecte affublé d'un torticolis permanent à force de regarder en l'air. Une blatte. Alors ça ne donnait pas envie à Taima de jouer avec ou de l'écraser. Plutôt de l'observer faire son chemin, comme ça, tout doucement, et d'attendre le moment où il se prendrait un mur, une roche sur la tronche. Ou déploierait ses ailes pour s'envoler et ne jamais se poser de nouveau.

« Tranquille, j'vais pas te la voler ta princesse... »

Il disait cela avec une pointe d'ironie. Bien sûr qu'il pourrait la lui dérober, maintenant qu'il savait où est-ce qu'elle se cachait. Il pourrait demander aux Nahash de déplacer l'appareil, de lui briser les ailes. Ce sale groupe dont il faisait partie avait un instinct de destruction plutôt pas mal. Surtout Ira. Mais pour être certain qu'elle accepte ce boulot, il faudrait peut-être en passer par Midas, histoire qu'elle fasse son serviteur zélé devant son maître. Trop compliqué. Taima n'aimait pas Midas. De toute façon, il n'aimait pas grand-monde dans cette confrérie pécheresse. Et puis les péchés capitaux ne voudraient certainement pas jouer une blague qui exigeât autant d'effort à un seul gamin. Ils désiraient toucher le plus de monde, et en se salissant le moins possible les mains. Cette princesse ne craignait rien. Sauf une fêlure quelconque, apposée par un hasard immense en plein sur sa carrosserie. Non allez, on ne touche pas aux futures reines du ciel.
Même si l'Indien n'effleurait pas le coucou, même s'il devait laisser son entretien à l'handicapé, il ne s'empêcha pas d'en faire le tour pour admirer la bête sous toutes ses coutures, toutes ses vis. Il suivit du regard les courbes de la coque, admira la structure des ailes, la chaleur de l'habitacle. Il s'amusa à glisser sous une aile, à s'imaginer quelques crashs bien mérités d'aviateurs américains qui expérimentaient la chose pour la première fois. Le ciel. Pourquoi vouloir conquérir un espace de pure beauté, vierge de tout être humain ? Pourquoi souiller le lent tracé des cieux, les déchirer sur la ligne vaporeuse d'une machine volante ? Le ciel ne se domine pas.

« Je te donne deux minutes pour me faire entendre ne serait-ce qu'un gémissement de moteur. Sinon je dévoile ton secret. Montre-moi ton talent. »

C'était plus fort que lui ; sa fierté demandait toujours un défi auquel se confronter. Et s'il pouvait triturer le monde, le monde des Américains, pourquoi s'en priver ? Le garçon sauta sur une caisse de bois qui traînait par là, s'y assit en tailleur et, scrutant l'enfant qui fourrageait dans le cockpit, il s'abandonna à un lent décompte de secondes. Il secoua légèrement la tête pour le plaisir d'entendre les perles accrochées à ses cheveux s'entrechoquer en douceur. Si le blondin ne parvenait pas à faire ronronner la machine, l'Indien opterait peut-être aussi pour la destruction pure et simple de ses inquiétantes prothèses. Ça lui ferait les pieds, dans tous les sens du terme.

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Sam 1 Déc - 9:04

Tic Tac. Tic Tac.
L'ennemi, sournois, t'a lancé un ultimatum sous lequel tu ne peux que ployer.
Tic Tac. Tic Tac.
Les secondes s'écoulent, grains de sable dans un sablier, Sons loin d'être innocents dans la bouche d'un homme que cela semble amuser.
Ces petites aiguilles, il les égraine à voix basse, les murmure, presque comme une pensée intérieur qu'il aurait eu la « bonté » de partager pour mieux titiller l'autre.
1, 10, 15, 20.
Pour ta Belle aux ailes de métal , les minutes sont comptées.
Des gouttes de sueur perlent à ton front. Tu ne sais plus quoi faire.
L'adrénaline te monte au cerveau,  et trop bruyant à ton goût, ton cœur bat la chamade.
BOOM BOOM les secondes.
BOOM BOOM la fin fatale de ton amour.

40, 50, 60.
Ta main tremble, encrée dans une frénétique de rotation. La clé tourne mais...
70, 100, 110.
Mais rien ne démarre, pas le moindre son de moteur ne se fait entendre.
Tu n'as plus le temps.
Tes yeux roulent dans leur orbites, tu poses ton regard sur l'emplumé malheur., fait la moue et fronce les sourcils :
TOUT EST DE SA FAUTE.
Quand le nombre 120 aura franchit ses lèvres,  sa malédiction s'accomplira, il emportera le secret de ton amour  et là... tu ne préfères pas imaginer, les images se frayant jusqu'à ton cerveau s'habillant de plus d'horreurs les unes que les autres.
Que pourraient il lui faire ? Frapper son corps  d'acier froid et séduisant, le disséquer jusqu'à ce qu'il vomisse ses boulons  et pleure ses câbles? Le forcer à voler pour des buts qu'il n'aurait pas voulu ? Le faire égoïstement arme pour leurs projets ?
Cet avion méritait meilleur destin. Les Nahash n'y connaissaient rien, ils l’entraineraient à sa perte.
Il fallait arrêter cela, que l'écoulement du sablier se stoppe.  Dans sa course ,il fallait couper le temps et le réduire à néant.

116, 117.
Tu te relèves dans le cockpit, regarde d'un oeil de prédateur l'épiderme brun de ton ennemie... Il n'aurait pas ta peau.  Pour ton amour tu te battrais, lui arracherait les cheveux, et même la langue s'il le fallait.
Œil pour œil, dents pour dents. La guerre était déclarée.

118,119.
Tu t'accroupis sur le bord de l'avion, évalues la distance et déplies tes jambes dans un élan.
120.
Tu fonds sur ta proie imprudente, atterris en un bruit de bois brisé.
Les belles prothèses sont cassés mais il te reste tes ongles, griffes que tu enfonces dans sa peau pour l'immobiliser.

Sans que ta bouche le dise, ton esprit le gueule:
Tais toi, Tais toi, TAIS TOI TAIMA !
Taima
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Jeu 6 Déc - 21:30

L'Horloge sonnait les secondes avec une brutalité toute silencieuse. Et de une, et de deux. Le Temps, ce joueur avide, ne se lasserait pas de manipuler cet être à la chevelure blonde et aux jambes broyées, d'inspirer dans son thorax de jeune enfant le désarroi, la panique, la colère. Et de trois, et de quatre. L'instant est semblable à celui qui oppose le mille-patte à son bourreau. Une à une, avec sa pince, il arrache les minuscules articulations de l'insecte, le fait hurler de douleur et se tordre et se recroqueviller, sans espoir de survie. Et de cinq, et de six. Combien de temps l'iule supportera-t-il ce supplice infâme, cette torture futile ? Juchée sur son rocher de métal, ses mains tremblent des vibrantes Douleurs de ce temps qui passe et s'égrène avec une lenteur infernale. Et de... ?
Taima rejette la tête en arrière. Il s'ennuie un peu. Il aurait peut-être dû raccourcir la durée octroyée à Aaron, pour éviter d'avoir à compter indéfiniment ces secondes qui se ressemblent toutes et ne font aucune différence prononcées séparément. Lui se lasse vite. Il est comme ce loup maladroit qui, sorti pour la première fois de sa tanière, s'approche d'une fleur et l'arrache juste après d'un coup de dents ; chasse un papillon jusqu'à ce que son regard se pose sur un oiseau qui s'envole ; trempe sa langue dans le ruisseau avant qu'un cri dans le lointain ne l'empêche d'étancher sa soif. L'esprit sans arrêt aux abois, il flaire chaque frémissement, hume la moindre vibration et glisse d'une occupation à une autre sans jauger la nécessité de l'instant. Pendant que l'handicapé s'énerve sur son moteur, l'Indien divague à gauche à droite, remue sur son derrière que le contact avec la caisse de bois finit par démanger. Ses iris volettent sur les jeux de lumière dans les arbres devant le hangar, fixent la déambulation d'une araignée près des roues de l'avion, s'accrochent aux gesticulations du gosse dans son cockpit. Va-t-il y parvenir ?
Depuis une minute qu'il énumère les numéraux cardinaux, son champ visuel se rabat à intervalle régulier sur le dos du blondin.
Celui-ci est arrivé depuis longtemps à Espérance. Un an, presque deux même, ou du moins la temporalité qui semble se rapprocher le plus d'un couple d'année. Il n'avait jamais grandi, comme le reste de la population. Il était toujours là ou plutôt, il était toujours là-bas, dans l'écurie, à faire on ne sait trop quoi avec les bestiaux. Et puis un jour, Taima l'avait vu. C'était en revenant d'une de ses excursions dans la grange, s'il se souvenait bien. Il avait piqué un somme dans la réserve de foin et ses cheveux conservaient encore des preuves de son délit d'ensommeillé. C'est alors qu'Aaron avait traversé les champs presque juste devant lui, à cheval sur un des canassons gris souris du Foyer. Est-ce qu'il s'était cru seul à cet instant pour se dévoiler de la sorte, ses prothèses pédestres encastrées dans les étriers de la selle ? Aaron, cette flamme mutilée qui file aussi vite que le vent. L'Indien avait cessé de respirer pour mieux ressentir ces quelques secondes. Une odeur familière, celle de la liberté, celle des grands espaces, avait afflué à ses narines. Pourquoi maintenant ? Il n'aurait su expliquer. Pourtant, cette vision fugace avait propulsé l'adolescent dans son passé, lorsqu'il errait dans les plaines du Nord de l'Amérique en agrippant les crins bruns de son propre compagnon de chevauchée. Est-ce que c'était la Jalousie qui avait abattu les portes de son crâne ? Est-ce que c'était le désespoir de ne pouvoir récupérer ce qu'il avait perdu, ce qu'il avait de plus cher au monde ? Taima ne se souvenait pas de ce qu'il avait pu ressentir comme horreurs ce jour-là. Mais chaque fois qu'il y repensait, il y avait cette houle amère qui lui remontait des entrailles jusqu'aux dents.

Cent-vingt. Il y était arrivé sans y penser. Ses maxillaires avaient balancé la cadence jusqu'au dernier grain de sable tandis qu'il zieutait un vol d'étourneaux. Si bien que lorsque son regard fut attiré par un mouvement depuis le bord du cockpit, il n'eut que le temps de rabattre la tête avant de se prendre la masse de plein fouet. Ça fait un fracas de bois brisé. Les prothèses, mais aussi la caisse elle-même viennent d'éclater en morceaux sous la pression. Le dos de l'Indien hurle de douleur. Les échardes se plantent dans ses bras, à moins que ce ne soit les ongles d'Aaron qui s'enfoncent dans sa chair mate. Merde. Ce gosse est une vraie teigne. Qu'est-ce qui lui prend tout d'un coup ? « Get out, jerk... » crache Taima dans une grimace tandis qu'il cherche à écarter le blondin de son corps. Sa paume droite lui agrippe le visage et l'éloigne, l'autre serre son épaule blanche d'Américain. Au milieu des copeaux de bois, l'Indien bascule sur le flanc afin de renverser cette furie qui l'agresse sans prévenir. Inverser la balance. La rapport de force. Le blondinet n'est pas mauvais en soi, il ne fait pas son âge. Mais qu'importe ses compétences en lutte, le brun passera au-dessus. Avec son bras, ce dernier bloque le cou d'Aaron au sol ; son coude prend alors appui sur le béton et en un pivotement de jambes, Taima referme son emprise sur le ventre de son adversaire. Ses genoux coincent les flancs de l'handicapé à la façon d'un étau. Et il peut enfin lui empoigner le col et déverser cette rage qui bouillonne dans sa gorge. « Tu n'vas pas t'y mettre, toi aussi ? » Ses yeux n'expriment qu'indignation et colère. « Pourquoi vous m'détestez à ce point ?! Qu'est-ce que j'ai putain de fait pour que vous me haïssiez ? » La voix manque de défaillir sur cet ultime mot, mais elle se retient et s'élève plus fort encore.
Peut-être que, s'il y avait eu face aux deux combattants, fumant une longue pipe de bois, l'auteure accolée à la cloison de tôle pour narrer que C'est entièrement de ma faute, j'en ai décidé ainsi, tel est ton sort et il ne dépend uniquement que de moi. Je suis l'unique responsable de ta perte et tu ne peux rien contre ma volonté. Mais aussi parce que tu es naturellement insupportable, Taima lui aurait sauté à la gorge pour l'étrangler et lui faire ravaler son sourire satisfait. Mais auteure il n'y avait pas, et l'Indien n'avait qu'Aaron sous la main pour peindre cette détresse qu'il ne montrait jamais. Pourquoi ne le laissait-on pas tranquille ? Lui et ses plumes dans les cheveux, lui et son besoin de steppes ensoleillées, lui et sa peau basanée, avec tout la différence que cela impliquait, toute la méfiance et tout le rejet du monde ? La violence n'engendre que la violence, et le mal se guérit par le mal. Il est des vérités auxquelles personne n'échappe. Pourtant, l'Indien ne rêvait que de ça. S'enfuir. La vie ici était trop dure, trop douloureuse. Chaque matin, chaque soir, chaque nuit. L'éternelle ritournelle, l'horloge qui tourne sur elle-même sans se rendre compte que plus rien n'avance. L'Enfer. Est-ce qu'Aaron sait, lui, le désespoir que cause l'existence dans une prison dont le plafond imite à la perfection l'azur des cieux, dont le linoléum prend l'apparence des herbes folles ? Est-ce qu'il sait seulement qu'il est prisonnier lui aussi ?

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Sam 22 Déc - 13:32

Tu n'étais pas un sentimental. Pas un de ces écervelés que tu avais connu  et qui tombait amoureux dès qu'une jupe se soulevait pour découvrir un peu de dentelle. Tu n'étais pas du clan de ses idiots mais pourtant aujourd'hui tu étais tombé amoureux à sa simple vue, à la perspective de voler avec  elle jusqu'au septième ciel.

Pour défendre ta passion, tout c'était brisé dans le râle de douleur de deux voix jointes.  Taima et toi. Caisse et prothèses.
Tu avais voulu sauter le pas et tu t'étais ramassé comme une merde, éclaboussant tout juste  assez l'Indien pour l'énerver.
Bravo... Tu étais très doué.. Il y avait pas à dire...t'avais réussi à engager la conversations. Un noble et bel échange de poings.

Round 1 !!!!

Vestiges des émissions de catch que tu regardais trop avant, les commentaires d'un présentateur fantôme résonne dans ta tête.

C'est un vrai combat !! La tension est à son comble. C'est un jeu de pouvoir et de domination où la fierté bafouée reste encore trop orgueilleuse ! Mais qui va gagner !? Ma main au feu que c'est notre nouvelle recru « barbare basané » qui va l'emporter sur «  cul de jatte blondiné ! » Mais oh ! Notre indien tout à sa colère le renverse, bloque son corps et ses mouvements entre ses cuisses.  
0... 1...2... 3. Victoire pour Barbare Basané !

La honte historique. Le déshonore. Un Américain qui perdait la face devant un vulgaire indien.
Tu grimaces et prends les paroles de Taima en pleine face. Ses mots sont des balles de fusils... Elles fusent sans que tu t'attaches à comprendre leur sens. Ce sont des balles ou peut-être des pointes de lance qui à chaque coup fait monter la colère à ton sang.
Trop c'est trop.

Tu lui craches au visage tout ce que tu penses... tu craches dans le sens littéral du mot, comme un  lama crache à la gueule de son agresseur, une pointe de satisfaction dans le regard quand le mollard vint s'écraser sur sa face.
Tu le détestes.
Mépris, colère... Total... En version originale.

« I fuck you ! You're never understand! You're legs shit !!! Not me ! And you whine like a fucking spoiled rotten baby! And you want steal my plane, my love! Bullshit! I hate indian like you !"
Taima
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Mar 25 Déc - 21:33

Ça s'écrase sur son visage. C'est plus lourd qu'un dictionnaire des synonymes ouvert à la page haine, plus visqueux qu'une mélasse de colère, plus dégueulasse qu'une chute de guano couleur rage. Le glaviot d'Aaron est aussi aigre qu'un pamplemousse sec. Et Taima le comprend. Même s'il ne l'accepte pas, même s'il ne le tolère pas, il conçoit que le blondin puisse en arriver là. Mais il ne lui trouve aucune excuse, aucun prétexte pour faire amende honorable et laver l'éponge. Il lui a craché dessus. Cette bestiole sans jambes, ce demi-humain, pour ne pas dire tiers, lui a craché dessus. Ça s'est écrasé sur son visage. Et ça dégouline sur sa joue, suit le sillon de son nez, en un lente et puante progression. À la lueur de satisfaction qui étincelle dans l'oeil de l'Américain répond une lueur de sournoiserie dans celui de l'Amérindien. S'il veut la guerre, ce cul-de-jatte l'aura, avec tout ce que cela implique ; pas de poudre ni de montures, mais des armes comme à l'ancienne, prises sur le tas. Une notion de spontanéité que ne connaissent probablement pas les Occidentaux, trop occupés à rechercher une technologique toujours plus avancée. Ils ont oublié que Mère Nature fait les choses si bien qu'il n'est pas besoin de la modifier, de l'améliorer. Elle a tout donné à l'homme pour qu'il puisse vivre heureux et paisible, puisse se nourrir, se vêtir, se loger. Et les Occidentaux n'ont rien compris. Aaron n'a rien compris. S'il s'oppose à la Nature, Taima se chargera de lui rappeler les règles de ce monde.
Pourtant, il est presque content d'entendre sa langue natale. Même si ce sont des insultes, même si elles sont prononcées par lui. Il se souvient de beaucoup de choses. Ça fait si longtemps qu'il n'a pas entendu une phrase entière d'anglais. Elloy lui a offert quelques belles expressions, mais ce n'est pas comparable. Attrapant le bout de son écharpe, l'Indien s'essuie la face avec méthode. Prend son temps, sans s'arrêter de fixer le blond sous lui d'un regard mauvais. Prendre son temps. C'est si compliqué lorsqu'on est impatient de nature, que l'on se lasse de tout à la façon d'un loup maladroit. Le garçon se débarrasse ensuite du tissu -il n'est pas à lui tant pis- et le jette à côté en se redressant. Aaron ne bougera pas plus ; il n'a plus ses prothèses.

« Oh, you fuck me ? You hate me ? Well, I give ya a reason for that. »

Sa voix traîne, presque sourde, insidieuse. Aaron se méprend. L'Indien aurait pu comprendre. Il aurait pu comprendre qu'il veuille juste protéger son avion, vivre avec lui cette belle et longue et grande histoire d'amour entre l'homme et sa machine -Bullshit, right ?- et fin de la discussion. Si seulement cela s'était passé autrement. Si seulement il y avait eu entre eux quelque éclair raisonnable, une pointe de génie et de sagesse. Mais non. Ils sont deux enfants, immatures et égoïstes. Ils sont fiers, l'un comme l'autre, et s'ils s'apprécient à distance, ce n'est que pour mieux se déprécier face à face. Ah, la psychologie. Taima se penche. Il vient de saisir un lambeau de caisse, une latte de bois qui a gardé une longueur correcte après l'éclatement. Son regard se pose ensuite sur le blond resté à terre. Il a une légère grimace de dégoût, un rictus dérangé. C'est crade de voir ce corps allongé par terre, incapable de se relever en entier, condamné à ramper. Ce n'est pas de la vie, c'est de la survie. Et ce que l'Indien ressent à ce moment-là, est-ce vraiment de la répugnance, ou de la compassion pour ce gosse qui souhaite juste être lui-même, vivre pour lui-même et par lui-même ? Non. Pas de compassion. Et pas de pitié non plus.
Taima arme son bras et aussitôt, avec une torsion de hanche qui lui rappelle sa douleur dorsale, vient frapper le flanc d'Aaron avec la planche qui vole en éclats dès l'impact. Qualité médiocre. Le bois devait être déjà trop endommagé, trop fragilisé. Peut-être le temps l'a-t-il rendu moins résistant aux chocs. Qu'importe. L'Indien pose sa main sur sa hanche pour calmer ses nerfs. Hmph. Cochonnerie de blessure de merde. Il en faut peu pour gâcher le plaisir d'une bonne frappe dans les côtes.

« That's a good reason for hating me. No one else. »

Et d'un geste désabusé, Taima balance le morceau de bois qui lui reste dans les mains sur l'hélice. Les palles oscillent un peu, tournent d'un quart de tour. Ce n'est rien, le moteur ne frémit pas d'un grondement. Mais il y a une idée qui vient de germer dans l'esprit de l'Indien, une idée qui lui fait oublier qu'il vient de frapper Aaron, qui lui fait oublier les déboires de son dos et tout le reste. Rapidement, il revient vers le blondin molesté ; l'empêche de trop gesticuler en appuyant son genou bronzé contre son ventre blanc. D'un geste nerveux, ses doigts défont la boucle de sa ceinture de cow-boy mal chapotté, retire le tout et descend son pantalon jusqu'à la naissance de ses prothèses. Il retient un ricanement devant cette chair qui s'arrête subitement en laissant deux bosses terriblement blanches. C'est hideux. Mais il n'est pas là pour ça. Peut-être, un jour, s'amusera-t-il à y planter quelque lame pour voir si les os à l'intérieur se mettent à pousser et créer de nouvelles jambes. Peut-être. Jamais, en fait. C'est bien trop abject.
Les prothèses sont cassées mais les attaches sont toujours accrochées au corps, et c'est cela que Taima veut enlever. Il tire dessus avec toute la maladresse et la brusquerie dont il peut être capable. C'est que ça résiste en plus -évidemment, il y a des sangles qu'il n'a pas desserrées- mais finalement les assemblages de bois et de fer rendent les armes et le tout se détache. Alors l'Indien se redresse, non sans emporter Aaron avec lui, dans ses bras, le collant contre son torse en se cambrant un peu pour ne pas être emporté en avant par le poids de ce gamin. C'est qu'il pèse lourd, le gosse, même sans ses jambes. Encore heureux qu'il n'en ait pas, ce serait impossible sinon. Et tout ce cinéma serait par là même inutile.

« We haven't finish yet. Go in, I wanna try somethin'. »

Dernier effort. Le jeune loup hisse aussi haut qu'il peut le renard amputé, jusqu'à ce que son dos puisse basculer à l'intérieur du cockpit par effet de balancement. S'il s'écrase sur le plancher à l'arrivée, ce n'est pas bien grave, il n'avait qu'à avoir des jambes. De toute manière, Taima est déjà parti -les histoires de gamelle ne l'intéressant pas- et en deux sauts, il est devant l'hélice.

« It's old, that's all. We need to move it before running. »

Suffisait de demander. Et de tendre le bras pour agiter les palles et le mécanisme déjà rouillé du moteur. Ou bien n'est-ce pas suffisant... ?

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Sam 12 Jan - 15:46


    Tu es là, ne faisant pas fière allure, défroqué et dépouillé de tes jambes, les yeux brillants des larmes difficilement contenues.  Mais tu es là, dans ce cockpit, misérable et étrangement heureux. En quelques secondes écoulées et sans que tu ne comprennes rien, l'Indien, incohérent dans sa logique,  t'avait rendu au sein froid de ta Belle, à ses entrailles de métal...Est-ce de la bonté? Pas la peine d'imaginer. Taima n'en a pas. C'est un Nahash et tu sais que ce groupe de vipères, derrière son masque de Messie souhaitant délivrer son « peuple » de l' « esclavage »,  n'a pas de meilleur but que l'oiseau qu'ils essayent d'étouffer et de gober.Peut-être est-ce  alors par amusement  que la cocotte t'a rendu à ton amour ? Il veut te voir heureux pour ensuite tout te reprendre et voir sur ton visage les larmes de la détresse couler. Silencieusement tu hoches la tête à ta propre supposition. Cela était déjà plus crédible surtout si on le couplait avec les éléments passés. Tu les révisionnes dans ta tête, certain qu'un indice dans tes souvenirs encore frais te mènerait aux véritables intentions de Taima.

    Mentalement, tu te rappelles la voix insidieuse de l'amérindien, elle aussi entièrement dans ta langue natale, te moquant intérieurement que celui-ci ait dû accepter cette langue qui n'est pas la sienne mais celle de ton peuple vainqueur.
    Tu te revois ricaner tout à ta fierté mal placée, toi qui étais en position de soumission surplombé par Taima. A ce moment, tu l'avais défié de tes yeux mauvais, le toisant de bas en haut jusqu'à ce que la planche vienne heurter ton flan, s'explosant contre toi avec autant de force que Taima en avait mis dans l'arme. Tu avais poussé un râle aussi fort que ta douleur, te soulevant un peu sous l'assaut et retombant durement au sol. Enflure d'indien....  Il attaque un impotent... bien une bassesse de sauvage et puis oh... il n'avait pas fini.

    Summum du déshonneur, il avait commencé à t'enlever tes mises par la force, à mettre à nu tes faiblesses, ta chair coupée à vif, manquante. Il avait ricané devant le spectacle des moignons tentant de gigoter, le même air vicieux dans le regard que celui qu'ont les violeurs dans les séries lorsqu'ils vont s'emparer d'une jeune fille sans défense..(Ou peut-être que ça c'est toi qui l'interprétait tout à ton adolescence précoce)
    Il avait arraché ensuite tes prothèses avec violence, ne se préoccupant en rien de ce à quoi elles étaient raccrochées, ni de la douleur que tu ressentais... Il t'avait fait tout cela et à cet instant précis, juste après ce pseudo viol sauvage, tout s'était déglingué, la vieille machine servant de ciboulot à l'indien déraillant définitivement.

    Il t'avait porté dans ses bras et avec sa délicatesse habituelle t'avait largué dans le cockpit, colis peut-être un peu trop lourd. Tu étais retombé en grommelant mais tu étais là, dans ce cockpit , misérable et étrangement heureux.Voici l'histoire... pour résumer. Fin du Flash back de l'épisode 3


    A bord de ta belle, tu t'installes un peu mieux sur le fauteuil et tu te retournes entendant derrière toi la voix de l'indien.

    « It's old, that's all. We need to move it before running. »

    L'Indien  fait tourner l'hélice et machinalement, tes doigts s'agripent au démarreur, tu pivotes le bouton, essaye encore et encore, emprisonné dans une folie rotatoire. L'adrénaline, de nouveau monte à ta tête puis d'un coup, sous le « vrrrouuum » du moteur retombe, tes doigts continuant néanmoins leur action.Ta cervelle se vide et tu sens l'avion avancer, pointant ses ailes vers un paysage céleste.

    Tu penses halluciner mais pourtant cela est bien vrai, le Belle de son sommeil de cent ans, s'est réveillée.  
    Elle avales mes mètres et tu réalises, un cri de joie s'échappant de ta gorge.

    Pour la premières fois, tu remercies Taima avec tes mots, lui pardonne les injures qu'il a commis.

    « Guy, Jump ! We need to legs »

    Tu recules du tableau de bord, te hisses jusqu'à la place arrière, t'enfonçant dans le fond de ton siège, le cœur en furie, des envies de gueuler ton humeur au monde. Tu n'en doutes plus à présent, l'indien et toi, vous y arriverez, vous volerez vers un ailleurs, loin d'Espérance et de sa fausseté.
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Dim 13 Jan - 0:00

L'hélice toussota doucement sous l'effet de la poussière qui s'envolait de ses pales. Mécontente d'être ainsi traitée après un si long sommeil, elle se mit à protester de vive voix lorsque le moteur, enfin réveillé à son tour, poussa un râle enroué. À elles deux, les parties de l'appareil lâchèrent un bâillement auquel ne s'attendit pas Taima -bien qu'il avait agi de la sorte pour, au fond, tenter de les faire réagir- et l'Indien fit un saut de côté. Il ne souhaitait pas de surcroît se retrouver broyé par la rotation mortelle imposée à l'hélice. Un doigt et clac, plus de doigt. Les hommes étaient idiots de construire des machines aussi dangereuses. À croire qu'ils n'attendaient que de se faire empaler, déchiqueter, tronçonner, écraser, ébouillanter, écorcher, transpercer, décapiter par toutes les sortes d'engins dont ils avaient la brillante idée d'inventer sans pouvoir les maîtriser. Les chemins de fer et les locomotives se transformaient bien vite en formidables rouleaux compresseurs ; les fourneaux furent réutilisés par un certain homme avec une certaine moustache afin de mener d'autres certains hommes à une mort certaine ; sans parler des montgolfières, des bateaux, des sous-marins et des avions. Et c'est bien de ceux-là, les avions, dont il était question en ce moment. Taima s'écarta donc, jetant un regard à Aaron qui s'agitait à l'intérieur du cockpit. Le blondin semblait aux anges. Une situation que ne pouvait pas comprendre l'Indien, dont l'excitation était en partie occultée par la frayeur. Devant cet imposant monstre de métal qui avalait sans le digérer l'Américain, le jeune loup ne savait trop que ressentir. Son coeur tambourinait à l'intérieur de sa poitrine devant cette découverte. Mais à l'inverse, son sternum lui broyait les poumons. Il se sentait à la fois exalté et angoissé, mal à l'aise et euphorique.
Le ronronnement du moteur résonnait à l'intérieur de sa poitrine. Et quand Aaron rajouta sa voix à ce grondement, l'Indien lui jeta un regard surpris. Il était pas un peu fou, là ? Sa proposition était des plus loufoques ; jamais Taima ne mettrait un pied dans ce... cette chose. C'était impossible. C'était comme mettre un poisson sur la terre ferme pour lui apprendre à marcher, comme jeter un oiseau dans l'océan pour l'obliger à respirer sous l'eau. Les hommes n'étaient pas nés pour voler, sinon ils auraient des ailes. Le garçon ne voulait pas monter là-dedans. C'était contraire à ses principes.

Et pourtant. Le ciel était l'unique moyen d'échapper à Espérance. À cause de ce Mur, qu'il n'avait encore jamais escaladé et qui rendait l'extérieur inaccessible, il n'était pas envisageable de s'évader autrement que par les airs. Et plus que tout au monde, Taima voulait partir. Sa liberté, encore plus que son orgueil, le lui imposait. S'il ratait cette occasion, serait-il sûr d'en avoir une autre à l'avenir ? Peut-être le moteur de l'avion ne supporterait-il qu'un unique vol, peut-être qu'ensuite Bird découvrirait le pot aux roses et s'arrangerait pour faire disparaître la bête de tôle, peut-être qu'Aaron disparaîtrait du village, comme d'autres enfants avant lui, et que la cocotte se retrouverait seule à devoir faire marcher cet engin. Alors c'était maintenant ou jamais. Ses poings se serrèrent tandis qu'il fronçait les sourcils. Qu'est-ce qu'il avait à perdre ? La vie, certes. Un crash était si vite arrivé. Mais qu'est-ce qu'il avait à gagner ? La vie, aussi. Une vie auprès des siens, celle qu'il n'aurait jamais dû quitter ; une vie libre et libérée, sans entrave et sans Reflet -même si celui-ci n'était pas tellement dérangeant à dire vrai. Une vie sans le dirlo, sans les Nahash. Ha, la belle Blanche, elle était bien sympathique avec ses discours sur la rébellion des âmes, mais est-ce qu'elle avait un biplan en réserve dans son corsage ? Pas qu'il sache.
Alors que l'avion prenait un peu de vitesse, Taima s'accrocha au bord du cockpit d'une main, envoyant ses jambes prendre appui sur l'aile pour qu'il puisse se hisser à bord tant bien que mal. Il fallait trébucher une fois à l'intérieur, trop peu habitué à quitter le plancher des vaches pour un plancher poussiéreux de coucou, mais il trouva rapidement son équilibre. Il s'assit à la place abandonnée par le jeune blond et resta en suspend devant le tableau de bord.

« But I don't know how to operate this machine... Maybe like this ? »

Ses doigts s'agrippèrent au gouvernail qu'il tira doucement vers lui. Sans avoir jamais piloté une bestiole de cette taille, il faisait un amalgame avec les chevaux dont la bride devait être maintenue avec fermeté mais sans violence, un mélange de lenteur et de détermination. Les aiguilles, dans les multiples cadrans disséminés devant lui, tournaient petit à petit le long de leur axe de rotation. Taima leva les yeux un instant pour regarder devant lui. Il y avait un terre-plein droit devant, mal-entretenu certes, mais sans arbres et suffisamment dégagé sur les côtés pour que le biplan puisse y prendre de l'élan. Ce fut d'ailleurs plus simple qu'il ne l'avait imaginé.
Le moteur faisait un boucan d'enfer. Les rotors s'agitèrent de plus en plus vite lorsque les roues atteignirent l'extérieur du hangar et, puisqu'aucune manoeuvre n'était à opérer pour mener l'avion sur un terrain adéquat au décollage, il n'y eut plus qu'à forcer sur l'accélération et laisser -ou presque- l'animal prendre son envol. Le vent sur son visage, dans son cou et ses cheveux, rendait Taima plus nerveux que le seul fait d'avancer aux commandes de l'engin. Il savait ses oreilles dégagées par le courant d'air et entendaient ses perles buter contre son cartilage mis à nu. Extatique sensation. Autour de lui -il avait oublié un instant qu'un énergumène sans jambes était assis juste derrière- la végétation défilait défilait défilait, avant de disparaître, remplacée par un ciel plus bleu que bleu au-dessus d'une mer de verdure. L'Indien se demanda s'il ne rêvait pas. C'était trop extraordinaire pour qu'il puisse y croire sans se pincer. Néanmoins, même en se pinçant comme il le fit, il ne se réveilla pas. Ce n'était pas irréel. L'azur à perte de vue, des montagnes au loin, beaucoup trop loin pour réussir à les atteindre ; du sol elles lui étaient toujours demeurées invisibles. Le Bourg d'Espérance, petit écrin de briques au milieu des champs et des bois ; le vaste lac dont trop d'enfants pensaient à tort qu'il s'agissait de la mer, la vraie, la sublime. Le myocarde de l'Amérindien était sur le point d'éclater de peur et de joie. Pour pallier ce trop-plein d'émotions, un rire se déversa depuis sa gorge. Un rire qui n'avait jusqu'à présent jamais franchi la barrière de ses dents. Mais qui pourrait l'entendre sinon les nuages ? Le rire de Taima respirait les plaines infinies de son imagination ; il rappelait les herbes folles et les rivières aux seuls barrages des castors.

Il dut être trop fort, trop spontané, car le moteur de l'avion toussa méchamment. Un hoquet brutal ébranla l'hélice qui ralentit sa vitesse de rotation. Et l'enthousiasme du garçon retomba lorsqu'il comprit qu'ils s'étaient emballés trop vite sur les capacités de cette machine. Il se retourna vers Aaron avec une lueur dans le regard, de celles qui signifient « C'est la merde, Jack ».

« And now ? Hope you have an idea... »

L'humour, idéal pour montrer que rien n'est grave, pas même une chute comme celle qui suivrait.

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Lun 25 Fév - 20:07

    Imaginer le futur
    Faire des rêves d'aventures
    C'est voyager sans boussole
    Laisse tes soucis sur le sol
    Et comme un rossignol
    Tu t'envoles, tu t'envoles

    Tu t'envoles, tu t'envoles, tu t'envoles.


    Ça a quelque chose de surréaliste, d'impossible à cet univers.
    Tu es Peter Pan et le vilain capitaine crochet et sa clique d' abrutis soumis n'a plus d' emprise sur toi.
    Tu t'envoles, tu t'envoles.

    Tu es Peter Pan accompagné d'une drôle de fée clochette, ronchonne et peu aimable comme pas deux. Tu souris à la comparaison, imagines Taima avec une paire d'ailes dans le dos, rejette dans le fauteuil ton buste qui s'était levé au décollage et en chœur, rit avec l'indien. Sans te l'avouer entièrement, tu l'aimes bien ce garçon à la peau aussi brune que la tienne est blanche.

    La distance entre la terre et toi augmente et bientôt tu te retrouves dans l'azur, le vent glacé de l'automne venant gifler ta peau, la pression de l'altitude jouant sur tes oreilles. Jouissive douleur ; de celle qui prouve que tu es vivant et que tu fais un truc assez fou pour t'accomplir pleinement.
    Une sensation comme dans ton souvenir quand tu avais enfilé à l'encontre de tous une de ses combinaisons aux ailes de ptérodactyle et que tu t'étais lancé d'une falaise, volant jusqu'à embrasser le sol de toutes tes dents.

    Tu t'envoles, et le paysage se découvre à tes sens déjà grisés par la hauteur.
    L'eau, la montagne, les décors infinis, cette envie de vivre qui vous fait crever heureux, cela avait un nom. Un mot unique définissant cette jouissance, ce mot que tu avais oublié à force de ne pouvoir l'utiliser.
    Tu le cherches dans les tréfonds de ta mémoire comme Orphée récupère Eurydice en enfers et l'accroches à tes lèvres pour qu'il ne puisse t'échapper.
    Liberté.
    La liberté s'était libérée du joug de l'Espérance. Action et non plus espoir.

    Tu planes mais la pensant récupéré tu te retournes trop vite et perds ta belle. L'hélice s'enraille, l'avion déconne et une boule d'angoisse se forme dans ton estomac comme un plomb t'attirant vers le bas
    Corps et bien, Tu chutes et en chutes de l'histoire l'indien fait un trait d'humour à toi qui ne rigole pas.

    « Bullshit !! The fields ! »


    Tu pointes les étendues stériles par le froid du doigts, te retournes et d'un numéro de ver équilibriste essaye de faire tourner l'hélice. En vain. La perte d'altitude te cloue dans ton siège.
    Tu pris le seigneur, la vierge et leur fils et ferme les yeux alors que l'avion va s'écraser parmi la terre entourant la fermette. Autant mourir maintenant, dans les bras de ton aimée car si vous y réchappez, c'est Bird qui te tuera.
    Amen.

    Tu entends un bruit sourd, sens une douleur vive de chaleur, vois voler autour de toi, métal et terre. Tu fermes les yeux sur une dernière vision, celle d'un oiseau en furie car l'on a failli détruire son nid.
    Tu ressens encore tout et tout dans ta tête se calme. Tu es en vie.

    Like a American aviator after a raid in the Pacific.



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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Dim 10 Mar - 19:38

C'était drôle de s'envoler, de monter encore et encore, de se stabiliser à une hauteur telle qu'en tendant les bras au-dessus de la tête, on avait l'impression de pouvoir agripper les nuages. C'était drôle de voler, ça l'était beaucoup moins de retomber. Les ailes, intactes -Wakan Tanka soit loué- permettaient à l'avion de planer et, par conséquent, lui évitait un piqué mortel ; sa légèreté de biplane l'empêchait de se crasher avec autant de grâce qu'un cachalot balancé d'une falaise, et la chute qu'il avait amorcé se faisait certes précaire, mais plus rassurante qu'une chute libre sans résistance. À ses côtés, Aaron pointait les champs de la fermette en les nommant, aussi inquiet que pouvait l'être son coéquipier, ce pilote sans expérience dont les quelques plumes ne les sauveraient pas. Rapidement, les deux enfants perdent de l'altitude. C'est pas Newton, c'est pire ; une grosse pomme va bientôt s'écraser dans les plantations, et le couple de vermisseaux qui l'habitent ne peuvent rien faire pour éviter l'exercice de la gravité. Tout au plus peuvent-ils se lancer des regards effrayés en se retenant de crier de peur. À quoi cela servirait-il ? Même la peur semble dérisoire lorsqu'on est dans les cieux.
Taima, dans un rebond de sang-froid, se penche sur le tableau de bord, essaie de remettre le contact en trifouillant la clé, frappe les cadrans dont les aiguilles s'affolent ou s'inclinent vers le zéro, inertes. Rien n'y fait. Ils tombent, tombent, tombent, et il faudrait alors qu'ils prient quelque chose, n'importe quoi. Un dieu miséricordieux qui aurait eu pitié de leur orgueil, de leur rêve d'Icare. Mais il n'y a pas de dieu ; juste les champs de Bird vers lesquels l'avion pique.

Ils évitent les arbres pour les rangées de choux et de poireaux. Les débris de végétaux volent autour d'eux, hachés menus par la machine qui vient les trancher avant la récolte. La terre meuble accroche les roues de l'engin qui vient se perdre quelque part entre les labours. Les ailes ne se sont pas disloquées, l'hélice est encore là, à peine tachée d'une bouillie de feuilles. L'avant de l'avion aurait pu s'écraser dans la terre mais, par chance ou par miracle, le contact avec le sol a fait rebondir l'appareil et c'est presque stabilisé qu'il vient s'arrêter là, épuisé, parmi les décombres des champs.
Taima s'est pris une branche en plein visage. Peut-être plusieurs ; des égratignures ont éraflé sa joue et son front, mais il ne les sent pas. Il a volé, il est en vie, alors plus rien n'a d'importance que la saveur de ces moments passés là-haut, si loin de ce village qu'il abhorre. Une seconde ou deux, il vacille, perd le nord et la vue. L'adrénaline qui s'évanouit tout d'un coup laisse son coeur éreinté et son corps sans forces. C'est à peine s'il peut se sortir de cette étroite nacelle qui aurait pu devenir son tombeau. Un bras, puis l'autre, une jambe et puis une autre ; lentement, l'Indien se laisse glisser hors de cette machinerie pour retrouver le sol, la terre bénite. Il se retient contre la tôle salie du biplane, lance un regard à Aaron. Le blondin paraît sain et sauf, lui aussi. Il semble endormi, pareil à un enfant à qui l'on vient de lire un conte d'aviateur. En revanche, l'horizon se gâte à l'approche d'un Oiseau de mauvais augure. Rameuté par le vacarme et les dégâts, le Directeur n'a pas l'air d'être ravi de voir ces deux garnements atterrir dans son potager. C'est peut-être les deux personnages qui lui donnent le plus du fil à retordre au sein de la fermette, alors s'ils décident désormais de se réunir... On voit la catastrophe.

Par réflexe, Taima se poste entre l'avion et Bird. Il a les membres en feu, il souhaiterait s'allonger et s'abandonner au sommeil un moment, mais quelque chose l'en empêche. Est-ce la présence du gamin malmené à bord ? Est-ce le souvenir de cette envolée qui, devenue presque sacrée, lui fait protéger la machine qui a rendu tout ceci possible ? Il l'ignore. C'est peut-être tout simplement sa haine de l'homme qui le pousse à faire écran. Ses yeux bruns brillent.

« Don't come near us ! » lance-t-il à l'adresse du directeur, gardant l'Anglais comme idiome afin de bien lui prouver que la séparation est plus que physique. « Leave us alone, with yours old sermons. »

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Sam 4 Mai - 20:58

    L'Oiseau accouru, les ailes déployées, écartant ses pennes de façon menaçante, semblable à une poule mauvaise allant rouspéter l'étranger dans son poulailler.
    De toute sa rage encore lointaine, Bird piaillait sur le gamin encore réveillé. Gamin qui trouva bon de rispoter, de s'interposer et de la braquer.

    « Don't come near us ! Leave us alone, with yours old sermons. »

    Ce petit impertinent allait trop loin. Clairement.
    Un phare de colère empourpra les joues du directeur, déformant sa bouche sous une moue.

    « Putain de gosses ! »

    L'insulte était sortie en français, spontanée comme cette main qui, en une fraction de secondes s'était levée pour se rabattre avec violence vers le visage rosé du garçon.
    « BAF ! » . Voici le bruit que le choc aurait du produire si l'action l'Oiseau ne s'était pas stoppé net, contenu par sa raison. Rien ne servait de frapper ces idiots, la leçon ne serait pas mieux retenue. Bird respira, puis se concentrant sur ses mots, sortit ces sermons dont ne voulait pas l'indien. Mais que celui-ci se juge heureux, il leurs servait en anglais dans l'espoir que la morale serait mieux ancrée dans leur cervelle de moineau.

    "Vous êtes fous ! Petits idiots !Vous avez détruits nos champs, avez mis vos vie et celles d'autrui en danger. Vous vous rendez compte de vos agissements ?!! Et pour quoi ! Pour un tour en avion dans un vieux coucou ! Vos parents ne vous ont jamais appris à être prudents, qu'il ne pouvait découler que des mauvaises choses des avions ?!! Ne vous êtes vous jamais dit que si l'homme était fait pour voler cela ferait bien longtemps que des plumes lui auraient poussées ???!!! Inconscient ! J'espére que ce chute vous servira de leçon !!"

    Il se tut, poussa de la paume de sa main Taima et accouru près d'Aaron, prenant son pouls, et la température à son front. Il bougea les membres du garçon, observa les plaies superficielles puis l’examen fait, soupira.

    « Dieu soit loué, il ne semble rien avoir de grave ».


    Le directeur gueula un nom et un ordre, un «  emmenez ce garçon à l'infirmerie » et à même le sol, s'assit la tête dans ses mains.

    « Vous m'avez foutu une peur bleue... »

    Si ses yeux avaient pu être visibles à ceux de l'indien, celui-ci aurait vu quelques larmes, eaux salines d'angoisses et de soulagements, dans le regard de l'Oiseau .


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Taima
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Mar 7 Mai - 22:02

Ah, le piaf est en colère. Mais la cocotte l'est encore davantage. L'Indien fulmine non seulement parce que le vol ne lui a pas permis de franchir les frontières d'Espérance, mais il faut en plus qu'il écoute les réprimandes du Directeur qui ne s'inquiète que de sa stupide fermette et de ses habitants débiles. Il a même failli le frapper, Taima l'a vu. Il a bien vu cette large main d'adulte, cette paume blanche et froide se dresser au-dessus de son visage. Il a presque pu sentir les phalanges s'abattre sur sa joue pour y laisser une marque cuisante, comme une légère brûlure, pleine de honte et d'humiliation. Mais l'Oiseau s'est retenu. Et parce qu'il n'est pas allé jusqu'au bout de son geste, le garçon le méprise encore plus, parce qu'il reconnait bien là le comportement d'un lâche, d'un couard qui n'ose même pas gifler un enfant qui lui tient tête. Et c'est ça qui dirige Espérance ? Voilà une farce terriblement amère. Ses menaces volent autour de l'Indien sans qu'il n'y prête attention. Du vent. Toutes ces paroles, ces reproches et ces avertissements. Il brasse de l'air avec ses grands mots et se permet d'utiliser l'anglais comme pour s'immiscer encore un peu plus à l'intérieur du gamin. Pourquoi soudain ne peut-il pas conserver son charabia d'utopiste, son chavirari d'Esperanto ? S'il pense imprégner les esprits en usant des idiomes propres à chacun, il se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au cerveau. Taima le fusille du regard. Oui, ils ont détruit les plantations, oui ils ont mis en danger la vie des habitants, et tout ça pour un tour dans un vieux coucou. Oui, ils ont fait ça, et rien ne saurait les rendre plus fiers que cette escapade interdite, ce frisson du grand air, quoi qu'il leur en coûte.

Les parents, parlons-en des parents. Si quelqu'un ici a aperçu un seul adulte en dehors de Bird rôder autour des maisons, qu'il se manifeste sur l'heure. L'Indien donnerait beaucoup pour revoir ses parents même si la vie là-bas n'est pas facile tous les jours. Il aimerait plus que tout au monde retrouver sa soeur et la protéger des dangers qui les guettent au cours de leur existence, lui dire qu'il ne faut pas faire confiance aux inconnus, qu'il va prendre soin d'elle, qu'elle est belle comme personne parce que c'est sa soeur et qu'il n'y a personne d'autre qui compte autant qu'elle. Mais il ne peut pas parce qu'il y a ce village, ce Mur, cet Oiseau de malheur qui lui barre la route et il voudrait tout détruire certaines nuits, mettre le feu à la ferme, aux maisons, à l'internat, et puis se jeter du toit, une nouvelle fois, car peut-être alors il basculerait de l'autre côté, dans la vraie réalité, et il retrouverait sa famille pour combattre les colons. À cette pensée impossible, il sent un noeud coulisser dans sa gorge et les larmes qui viennent lui piquer les yeux ; il s'abstient toutefois d'en montrer les moindres signes extérieurs.
C'est paralysé par la rage que Taima laisse Bird l'écarter pour mieux s'occuper d'Aaron. Le gosse est toujours dans l'avion, et comme il ne bronche pas à ce vacarme autour de lui, l'Indien en déduit qu'il est évanoui. Il y a de quoi : la chute, même amortie par la terre meuble, n'a pas été des plus douces. Lui-même en gardera sans doute quelques hématomes et quelques croûtes ça et là, mais rien de grave. Les blessures font toujours classes sur un guerrier digne de ce nom. Les poings et les dents serrées, le garçon attend que le directeur daigne sortir de la carcasse de la machine.

C'est lorsque l'homme crie qu'on emporte l'handicapé à l'infirmerie que le Nahash s'insurge. D'un bond, il saute dans le cockpit où se trouve le petit blond tout en répliquant d'une voix forte au garçon qui s'approche d'eux depuis le Foyer : "Don't touch him ! You can't understand !" Il essaie de porter son compagnon de vol mais l'espace disponible ne lui permet que de l'attraper par les aisselles et de le hisser tant bien que mal à l'extérieur. On distingue avec netteté les deux moignons mis à nus. Puis l'Indien descend à terre sans cesser de maintenir le tronc inerte du gosse ; il le soutient maladroitement mais il le soutient et l'empêche de glisser. Son regard encore plein de fureur croise celui de l'Oiseau. "You'll let me go with him and let me take care of him. He's under my protection from now on. There's no way you bring him anywhere."

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Dim 19 Mai - 14:35


    Sonné et comateux, tu n’avais pas tout compris.  Tu avais vu l’altercation entre l’Oiseau et l’indien mais une bonne moitié de l’action t’avait échappée, coulant comme du sable entre tes doigts.
    Tes paupières s’ouvrent et irrésistiblement, se referment. Fatigue. Tu n’en peux plus et te laisse aller à la faiblesse.  Pourtant tu aurais aimé savoir, voir le visage de ce garçon que la voix de taima semblait gronder.

    "Don't touch him ! You can't understand !"

    Taima semble être en colère. Sa voix est agressive mais pourtant elle n’est pas désagréable à tes oreilles. Taima est encore un enfant mais il a presque une voix d’homme, de mohawk sauvage, ce peuple  qui, même enfermé, avait  accroché sa liberté à la lance de l'espoir et de leur haine.
    Ça aboit mécontent et tu croirais presque qu’il te défend.  Tu dois délirer car c’est impossible, l’indien ne s’interposerait pas pour protéger un « sale blanc ». Enfin…
    Tu sombres à nouveau vers un univers plus noir et opaque où les voix disparaissent. Tu ne te rends pas compte que Taima  te descend de ton piédestal brisé, assez appliqué pour ne pas d’avantage de choquer ou même te réveiller de ta torpeur.
    Tu ne peux pas savourer le spectacle du congé de l’Oiseau qui, mystérieusement, devant les paroles de l’indien, s’efface et s’envole au loin.
    Tu ne ressens pas la honte d’être porté par le camp ennemi car tu n’as pas conscience que le dos de Taima te sert de monture.  
    Infirme, tu ne sers à rien.
    Le mohawk te pose sur une litière de paille et s’assit à tes cotés. Il attend et tu ouvres les yeux, piqués par les épis blonds dépassant de ta couche.
    Prét de ton flanc,  tu vois une araignée aux cinq longues pattes brunes, la serre et  y mêle 5 autres plus claires.  Tu devais lui dire, le remercier.

    « Taima, I love you, I love indian like you… »

    Main blanche dans main brune de l’ennemi, petit blondin des plaines  tu souris à cet enfant opposé, inconscient du pouvoir d’une déclaration.

    Entre  vos deux peuples, il était temps de faire la paix.



je me suis permise quelques libertés sur l'action. Si t'y vois à redire, n'hésite pas!
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Dim 19 Mai - 21:26

L'Oiseau s'est incliné. C'est presque insolite. Il a soutenu encore un instant le regard noir de l'Indien puis, avec un hochement de tête sévère, lui a donné une bénédiction silencieuse et amère. Qu'importe. Taima serre un peu plus fort le poids mort qui lui a servi de coéquipier et, détournant ses yeux de la silhouette du Directeur qui s'éloigne, il hisse sur son dos le corps d'Aaron. Il y a un endroit dans lequel il pourra se reposer, un endroit où personne ne viendra les sermonner, leur rappeler que les hommes n'ont pas d'ailes et qu'ils ne sont bons qu'à ramper dans la poussière en rêvant d'un ciel plus beau qu'il ne l'est déjà. Le blond est lourd malgré son absence de jambes ; c'est parce qu'il est grand pour son âge que son menton arrive juste au-dessus de l'épaule du Mohawk. Pourtant, ce n'est pas évident de le porter de cette manière, car les bras de ce dernier ne peuvent tenir aucune cuisse ; il doit alors se courber assez pour que son chargement ne glisse pas à chacun de ses pas. Drôle de convoi que celui qui se met donc à arpenter les champs. Heureusement, l'Oiseau s'est retiré avec son sous-fifre, si bien que plus personne ne peut les observer.
Pieds nus dans la terre, Taima abandonne la machine volante à un sort incertain. Restera-t-elle échouée ici sur un rivage hostile, à la merci des mioches qui viendront la tailler en pièces ? Sera-t-elle transportée jusqu'à son hangar par quelque main cheftaine ? Laissera-t-on les herbes la recouvrir à la façon d'un vieux monument sans aucun intérêt ? L'Indien a de quoi douter. D'autant plus qu'à son réveil, Aaron n'aura sans conteste que cette préoccupation à la bouche. Et il aura raison. Maintenant qu'ils sont tous les deux hors de danger, c'est de cet avion qu'il faut s'inquiéter ; il est probablement leur seule et unique chance de quitter Espérance. Y renoncer, c'est renoncer purement et simplement à la liberté. Autant dire que cette option ne peut pas exister dans l'esprit des deux garçons.
La cocotte fait un pas de plus vers l'écurie.

Comme s'ils avaient humé l'odeur de leur ami, les rares chevaux qui occupent les stalles secouent l'échine à son approche. Peut-être comprennent-ils l'état dans lequel se trouve leur intrépide cavalier et font montre de leur anxiété. Cependant, sa monture humaine, elle, ne prête que peu d'attention à ses homologues équins et file au fond de la bâtisse, là où l'on entasse le foin en provision de l'hiver. Comme les coupes estivales n'ont pas encore été faites, il reste peu d'herbe sèche, mais assez néanmoins pour y coucher l'enfant, qui n'a toujours pas ouvert les yeux. Et si c'était plus grave qu'un bête évanouissement ? Et s'il s'était cogné la tête contre les parois du cockpit, et que le bleu ecchymotique d'une hémorragie se dissimulait sous sa crinière blonde ? Taima passe ses doigts dans ces cheveux couleur paille à la recherche d'une tache suspecte. À son soulagement, il ne remarque aucun hématome puis s'assied en tailleur à côté du somnolent. Il hésite à partir ; il ne devrait pas se trouver là, attendre de cette façon -attendre pour quoi ?- parce qu'il n'est pas proche de cet handicapé. De la pitié. Oui, ce doit être une simple pitié qui l'a poussé à transporter le jeune adolescent jusqu'ici. Pourtant, d'habitude, il ne ressent que du dégoût face à ces membres estropiés ; il en est tellement écoeuré qu'il voudrait les voir disparaître de sa vue à tout jamais. Il hésite et une seconde après, c'est trop tard, Aaron s'est réveillé.
L'Indien a oublié de protéger ses doigts et l'Américain s'en empare. Ou bien l'a-t-il laissé s'en emparer. Peau contre peau, brun contre beige, il y a pire que ce contact ; les mots, ces enchaînements de syllabes qui font si peur à Njemile, le frappent aussi, l'étourdissent au point qu'il s'échappe de toute emprise, recule et se redresse, les bras tendus en guise de distance de sécurité.

"You should not..." articule-t-il avec défense. Non, vraiment, il ne devrait pas, ni dire cela, ni penser cela. Et ce n'est pas qu'une question de vocabulaire -un like passe si facilement à la trappe dans un lapsus- mais toute une relation qui peut s'en retrouver changée. "You shouldn't say that ! Maybe you're hurt and you're talking rubbish." Oh, c'est si facile de se voiler la face. Il le fait depuis si longtemps déjà, c'est la routine pour lui que de déformer les propos, les pensées. Nier la vérité. Tout ce qui à trait à son existence est un mensonge, et tout ce qui le désigne en est un plus gros encore. Comment peut-on aimer un ennemi ? Est-ce l'effet inverse d'une pitié de colonisateur qui demande pardon ? Taima fait quelques pas dans l'écurie, évite le regard d'Aaron. Relève la tête. "Stay here !" Et s'enfuit hors de l'étable.
Il court aussi vite qu'il peut, détale en direction de la forêt, frôle la carlingue de l'avion et s'enfonce dans les bois. Ce n'est pas la peur qui lui ronge l'estomac, ni l'angoisse qui lui enserre la gorge. Il court, court, les jambes lestes, les muscles à chaud. Une sensation que le blond ne pourra plus jamais ressentir. Les genoux se plient et se détendent, le pied écrase le sol, y prend appui et le quitte pour mieux le retrouver un mètre plus loin avec la même passion. Tout son corps respire l'effort et s'y soumet avec un plaisir que la peine ne parvient pas à réduire. Ce sont ses éléments ; l'air et la terre réunit en un geste, lorsque le souffle se mêle au contact terrestre. L'Indien file, court encore et encore, court jusqu'à parvenir au hangar où quelques moments auparavant, dormait paisiblement l'oiseau de métal. Là, il atteint en quelques bonds l'endroit où, avant de s'envoler, les deux enfants s'étaient disputés jusqu'à en venir aux mains. Le cadavre de la caisse en bois témoigne toujours de leur affrontement et au milieu des débris qui ne craquent plus, Taima récupère des morceaux de prothèses. Il vérifie que l'articulation de la rotule est intacte -elle l'est, une chance- avant de déguerpir aussi rapidement qu'il est arrivé.

Sur le chemin du retour, sa poitrine le brûle. Il devrait se reposer un peu, souffler deux secondes mais se refuse le moindre temps de pause et force ses jambes à soutenir l'effort jusqu'au bout. Déjà il aperçoit la lisière de la forêt et le commencement des champs cultivés. Une dizaine de secondes après, il débouche à l'orée des bois, repasse devant l'avion que personne n'a eut l'idée de bouger, manque de trébucher sur le sol accidenté mais se rattrape, serre plus fort les bouts de fausses jambes contre son flanc et revient dans l'écurie à toute allure. Au passage, il agrippe deux licous qui pendant à un clou épais, sur le mur face au box, avant de s'effondrer à moitié devant Aaron. Ses joues sont chaudes et son souffle bruyant. Sous sa frange, ses tempes brillent d'une fine pellicule de sueur. Toutefois, sans attendre, l'Indien s'accroupit face au couple de moignons blancs, hideux, que dévoile l'apprenti aviateur malgré lui. Il défait la corde des licols, approche les prothèses de la base des membres et, avec des bouts de chiffon qui traînent dans un coin, relie la chair et le bois avant de serrer le tout avec les lanières des licous. L'ensemble est plus qu'artisanal, voire rudimentaire. Mais ça tiendra le temps nécessaire à une vraie réparation. L'enfant n'aura qu'à se déplacer un peu plus lentement dans un premier temps, afin d'éviter que tout se détache. Aussitôt, Taima s'attaque à l'autre jambe et fait de même. La course, à l'instar de ce rustique raccommodage, lui a permis d'oublier un instant les paroles d'Aaron.

"It won't hold for a long time, but it's rather solid for a minimum of movements."

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Lun 20 Mai - 18:39

    "What ???"

    Tu n’avais eu le temps que de prononcer ce mot que déjà Taima avait disparu. Un regard gêné, une parole confuse et il avait fui tu ne savais où pour tu ne savais quelle raison.
    Tu restas la quelques instants, le buste relevé,appuyé sur tes avant-bras, essayant de te remémorer ses mots sans les trouvés, incompris et déjà oubliés.
    Ton corps retomba comme une masse sur la paille et aussi las que perdu, tu lanças un regard vers les chevaux à l'échine électrique. Les canassons étaient nerveux, immobilisés alors qui percevaient le mal-être de leur jeune « maître ». Tu les hélas, les calmas par quelques intonations de voix accompagnées par de gestes.
    Les bêtes étaient plus faciles à comprendre, plus instinctives et franches que l'être humain... Enfin...

    Tes yeux se fermèrent et avant que tu ne puisses t'en rendre compte, Morphée t'embrassa , te rappelant un de ces souvenirs qu'Espérance t'avait fait oublier.

    « Bonjour les enfants, nous accueillons aujourd'hui le descendant d'un chef Mohwak de la réserve de Kahnawake. Suivant votre programme d'histoire, il est venu nous parler de ses origines. Merci d'être attentif.»

    Un homme rouge de peau était rentré dans la classe, oxymore de vos faces pâles . Tu avais sept ans à l'époque et c'était la première personne de couleur que tu voyais dans ton univers de pavillons clairs. A ton grand étonnement, l'indien ne répondait pas au cliché du genre, celui fantasmé par les ex-européens. Pour lui, pas de pantalon à franche mais un bas que tu aurais qualifié de jupe. Pas de torse-nu mais un haut, clair et à franche pour le coup, accompagné d'écharpes à motifs colorés. Pas de lance au poings et de coiffe de plumes mais un regard sombre aux traits fatigués, encadré par deux tresses brunes et des oreilles aux lourdes boucles.
    Pas de tout ce que tu imaginais mais un charisme certain.
    Tu t'étais assis sage et avais alors bu ses paroles une question brûlant plus tes lèvres à chaque révélations du Mahwak.
    N'y tenant plus, tu levas la main et après autorisation te mis à parler.

    « Votre réserve c'est comme les pavillons ici ? C'est un endroit où vous êtes enfermé avec des gens comme vous et les personnes différentes ne peuvent pas y rentrer ? »
    Innocente jeunesse qui sans le vouloir, gêne et blesse.

    La maîtresse, soudain devenue rouge, t'avait frappé le haut du crâne, s'excusant la seconde d'aprés auprès de l'indien pour une raison qui t'était inconnu. Génée, elle fit taire les murmures dans la classe, passant subtilement à une autre question.
    Tu n'eus jamais ta réponse mais su en conséquence que certaines choses ne se disaient pas, qu'on ne parlait pas de privation de liberté et de racialisme si l'on ne voulait pas être mal-vu dans ton si juste pays.



    Réveil.
    Taima, aussi rouge que la maîtresse dans ton rêve mais pour des raisons différentes, venait de réapparaître tenant à la main tes jambes. Au moins tu savais où il était allé.

    Abasourdi.
    C'est le terme qui aurait pu te décrire. L'indien tomba (« se laissa choir comme une larve épuisée » aurait été plus correct) à tes côtés puis, sans te laisser le temps de riposter installa tes prothèses, les retapant avec quelques bouts de licols comme l'aurait fait Mac Gyver.

    Il relève la tête, il te regarde, tu le regardes et ce que tu avais oublié de dire s'échappe de ta gorge.

    « hum.... You know...I have other prostheses here »

    Tu pointes du doigt un coin d'étables ou, parfaitement alignées, trônent de pairs de tes « jambes ».

    Silence.
    Tu ne sais pas quoi dire d'autres et lui non plus à priori.
    Silence.





    « Just now I remembered one thing ... when I was in primary school we had the visit of an native... Someone like you ... It was impressive and... hum ... he had learned a few words in his tongue ... I have almost forgotten ... but all I remember of it: Niáwen(*)....


    Silence.

    Niáwen Taima »


    Ton accent et ta prononciation étaient horribles mais le mot était sincère, persuadé que le retour de ce souvenir n’était pas dû au hasard.

    Mot mohawk dans bouche de Colon. Remerciement maladroit d'un garçon qui venait de se souvenir qu'une fois dans le ciel, le bleu recouvrait toutes les couleurs, rouge ou blanc, brun ou beige.


(*) Niawen= merci en mohawk
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Lun 20 Mai - 22:15

Les paroles d'Aaron sont similaires à ce vent malicieux qui souffle par la fenêtre pour venir détruire un château de cartes patiemment assemblé. Taima, pas peu fier de ce qu'il a réussi à réparer avec les moyens du bord, tourne la tête en direction de l'établi et constate, dépité, que deux membres se tiennent en effet dans un coin, prêts à l'usage. Et il n'aurait pas pu le dire plus tôt, cet imbécile de cul de jatte d'Américain, en voyant l'Indien gesticuler devant lui pour essayer de lui rendre un semblant de démarche ? L'adolescent fait la moue, lève le menton pour jauger les prothèses neuves, regarde son coéquipier puis relâche avec indifférence les jambes qu'il vient de rafistoler. Mine are better, songe-t-il, même si c'est faux. Elles sont sans doute meilleures parce qu'elles témoignent de quelque chose, d'une relation humaine, d'un épisode de leur vie qui aura peut-être des répercussions sur leur avenir ; celles propres et intactes qui attendent dans leur angle sont encore vierges de souvenirs, et c'est pourquoi elles sont mauvaises. Au fond, c'est juste une pincée d'orgueil qui fleurit au milieu de la paille.
Le silence qui dure, et qui dure, et qui s'apprête à peser lourd est soudain brisé par les réflexions du blondinet. Le Mohawk n'y prête qu'une oreille distraite tellement son locuteur cherche ses mots et hache ses phrases. Parler se révèle-t-il si difficile lorsque l'on s'est tu pendant une minute ? Ou bien est-ce le sujet du propos qui pourrait gêner et la langue qui le prononce qui s'écorche de honte ? Non, c'est différent. C'est la mémoire qui est en cause ici, un souvenir qui se fait vague, incertain, mais qui porte en lui les germes d'une révélation plus forte. Taima a repris sa position en tailleur ; les coudes sur les genoux, mains pendantes dans le vide, il laisse ses tympans vibrer au son des syllabes tâtonnantes. Il connait l'histoire ; un native dans un établissement scolaire, amené là pour parler de son peuple et de sa culture, observé comme un loup que l'on a attaché à une laisse et qu'on daigne lâcher au milieu d'un zoo pour gosses. Tout ce qu'il dira, toute l'aura qu'il inspirera à ces paires d'yeux apeurés autant que fascinés, se perdra ensuite avec la sonnerie de la fin de la journée. Il ne restera de sa présence qu'un vieux parfum de fumée et d'herbes sèches, qu'au mieux les parents dissiperont le soir autour de la table, en s'exaspérant de cet intérêt pour une centaine d'indigènes qui se permettent encore de revendiquer leur existence et leurs droits sur un territoire qui ne leur appartient plus.

C'est alors que le désintérêt de Taima vole en éclats. C'est un petit mot, un unique mot, mais il y a derrière un paysage entier qui ressurgit, abattant les parois de l'écurie, détruisant les frontières d'Espérance, ouvrant l'espace jusqu'à ce continent si lointain, ce Canada natal, cette maison du bout du monde où, à cette période de l'année, commencent à peine à fondre les dernières neiges du l'hiver. Dans des sonorités en apparence si simples navigue un univers entier, quinze automnes et une tradition centenaire. L'échine de l'Indien frisonne à la répétition. Ses grands iris, couleur terre de Sienne brûlée, transpercent l'auteur de ce remerciement mal accentué, se teintent de surprise et d'une pointe de contrariété. Qu'un colon essaye de parler comme un native, et c'est une rancoeur ancestrale qui se fêle et se fissure. Il y a ce rejet -comment ose-t-il utiliser ma langue ?- et l'étonnement -où a-t-il appris cela ? Pourquoi l'a-t-il retenu ?- qui cherchent chacun à vaincre. Et finalement, c'est la chaleur de l'attention qui l'emporte. Le Mohawk baisse la tête, secoue les perles de ses cheveux. Il ne voudrait pas que l'on aperçoive, à travers sa frange, ces lèvres qui s'étirent sans y croire et ces dents qui les mordent pour arrêter leur courbe ascendante.

"Niá:wen, you say. It's niá: like a... You've to prolong the vowel a little longer", précise-t-il alors qu'il relève le menton, débarrassé de cette émotion gênante qui le réchauffe bizarrement. "And... You remember something else ?"

Le remerciement, en soi, il s'en fiche. Même si Aaron est la première personne à l'avoir remercié, entendre sa langue originelle est plus important que la signification qu'elle supporte. Bien sûr, si le blond a choisi de s'exprimer dans cette idiome, c'est qu'il s'est élevé au niveau de l'Indien et qu'il reconnaît la noblesse de son existence, mais le mot, tout révélateur qu'il est, possède des circonstances qui intéressent davantage l'esprit du garçon. Lui qui a des souvenirs en veux-tu en voilà, tous plus précieux les uns que les autres maintenant qu'il n'a plus qu'eux pour se raccrocher à son passé, prend conscience qu'il n'a jamais su à quoi ressemblait l'Avant de son compagnon. Pourquoi n'a-t-il pas de jambes, pourquoi ne parle-t-il jamais de lui, de sa famille. Certes, ils se sont rarement confrontés de cette manière auparavant, et c'est sans conteste la principale explication de cette méconnaissance, mais même durant les repas, les fois où ils se croisent dans les couloirs ou dans Espérance, jamais Aaron n'apparaît perdu dans des pensées venues d'ailleurs ou bien en train de rêver de son Avant. Par ailleurs, le Mohawk n'a pas encore tenté de fouiller dans ses affaires ; peut-être trouverait-il quelque chose d'important, un carnet personnel par exemple, qui lui fournirait des réponses ; il faudra qu'il règle la question un peu plus tard.

"I mean, it's weird because... We had some strange people in our clan. One day, when I was eight, he left saying I want to travel around the world, to show them who we are, how we live and how we die, to make them know us and remember us, and I'll come back when everybody will get our name in his brain. Perhaps it was him. I couldn't see him again."

Taima demeure songeur. Est-il rentré au camp pendant son absence ? A-t-il réussi son projet ? Au sein de la tribu, il était mal vu parce que, précisément, il souhaitait la quitter, ne serait-ce qu'un moment. Qu'importe que son entreprise soit louable, les Mohawks n'acceptaient pas cette espèce de pèlerinage en terre ennemie parce qu'ils lui attribuaient des vices innommables, et surtout parce qu'ils n'avaient aucune confiance dans le monde américain. Le garçon, lui, le raillait comme on raille les fous, sans savoir que leurs actes sont parfois empreints d'une insondable sagesse. Aujourd'hui, il voudrait le revoir. Il voudrait revoir tout son peuple puisque désormais, pour ceux qui sont restés là-bas, c'est lui qui a quitté sa patrie.

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Sam 1 Juin - 21:28

    "Niá:wen, you say. It's niá: like a... You've to prolong the vowel a little longer".

    Tu te renfrognes sous la remarque.
    Prononciation remise en question.
    Dans un coin de sa tête, tu parodies la phrase de l’indien, boudes à l’intérieur ce que tu ne montres pas à l’extérieur.
    it’s Niaaa…
    Pffff…How pretentious!
    Il osait chipoter alors que tu avais déjà fait un geste… Demander plus alors qu’on avait déjà été clément avec eux. C’était bien un truc d’indien ça… La demi-mesure… ils ne connaissaient pas ça ces non-civilisé !
    Orgeuil blessé, Grand retour du préjugé.
    Tu lui aurais bien fait remarquer à lui, son mauvais accent, ses sons et ses mots de ta langue qu’il déformait de sa langue mowhak…
    Enfin… ta face se re-éclaircie. Tu lui souris, satisfait, de l’avoir vu se terrer sous ses mèches, heureux, surpris et à moitié battu par ton simple mot…
    Avoir un tel pouvoir d’orateur redore ton orgueil.
    Tu le laisses parler, l’écoutes en te renforçant contre le mur, prêt à ce qu’une longue discussion débute. Mieux valait blablater avec Taima qu’affronter l’Oiseau. Tant qu’à fuir la fatalité, autant bien le faire, et de façon plaisante. Aaron apprendrait même peut-être des choses sur l’indien, petits détails qu’il serait toujours bon de réutiliser par la suite

    « Perhaps it’s him…
    I wish I had the courage to do the same and leave my world ... Telling people the truth about the suburbs too quiet ... my “home, sweet home” ... I hate it… I hate this people who lock you up and force you to return to their molds too smooth ....
    You asked if I remembered something else ... then I will answer you, yes.
    I said that this Indian: »


    Tu pris une voix aigüe pour animer cette scène d’Avant où ton timbre était encore celui de l’enfance et non celui actuel, jouant entre les aigues et les graves, l’enfance et le monde des adultes.

    "Your reserve is like pavilions here? It’s a place where you are trapped with people like you and different people can’t go there? "

    Tu te tus.

    "The teacher made me shut up and we went on to something else. My question was forgotten. We forget and hide what you do not want to see. Beautiful America!! »

    Paroles ironiques. Moue dégoûtée.

    « It's the same for you ... You were free, strong and you flip and forget you, you were in park reserves. Like cattle. »

    Les souvenirs étaient remontés, douloureux et ta voix avait pris la teinte de la colère et de l’indignation.
    Peuple, crions à l’insurrection.
Taima
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Mar 4 Juin - 13:55

Ha ! La belle affaire que de se prétendre roi du monde lorsque l'on règne sur un territoire de poussière, où les maisons sont construites de cendres et les champs égrainent du sable stérile. La belle affaire que de vivre une existence de carton-pâte dans un paysage de papier mâché, de se plier aux conventions, de se froisser sous les obligations et se déchirer à la moindre incartade. On croit toujours l'herbe plus verte ailleurs quand on est incapable de lui offrir cette couleur de l'espoir avec nos propres yeux. Si les Occidentaux n'ont pas su se contenter de leurs pays, s'ils ont cherché encore et encore plus loin afin d'étendre leurs sillons et leurs barrières, c'est qu'il avaient de la merde collée sur la rétine. Tous, sans exception. Sinon ils auraient vu. Ils auraient vu le bleu -non, l'infinité de nuances- de leurs mers, l'immensité de leurs cieux et la douceur de leurs prés. Ils auraient senti l'arôme salé que distillent les plages atlantiques, la chaleur des pluies sur les sommets des montagnes et la fraîcheur des grottes moussues. Ils se seraient allongés le long des sentiers sylvestres, auraient goûté les fruits tout juste mûrs dans les vergers. Et jamais ils ne seraient allés en Amérique pour y décimer ces peuples qui, eux, avaient su voir ces beautés.

Ils n'auraient pas débarqué il y a plusieurs siècles, un sale matin de brouillard, pour ne plus repartir ensuite, prétextant qu'au plus fort appartient la terre sur laquelle ils ont posé le pied. Ils n'auraient pas, avec leurs bouches de flamme, massacré les femmes et les enfants indigènes pendant que les hommes étaient partis les défendre dans la brousse. Ils n'auraient jamais, au grand jamais, entassés les survivants dans des réserves au sol infertile en songeant que c'est là un honneur, que leur Dieu unique leur fait cadeau de ces terres, à eux et à leurs descendants, et qu'ils doivent les remercier pour ne les avoir pas exterminés jusqu'au dernier. Ce qui leur aurait donné le droit, ensuite, d'inscrire dans leurs manuels d'éducation que les Indiens sont une bande de loups, dans une forêt, qui ravagent ceux qui vivent à l'orée de ces bois. Pour les chasser, il faudrait de bons lévriers, c'est-à-dire d'autres Sauvages ou encore que leur stade culturel ne leur permettait pas de comprendre une religion liée à une autre forme de civilisation.

Sans savoir si c'est une bonne chose ou non, l'Histoire de Taima s'était quant à elle déjà arrêtée quelques phrases plus haut. C'est pourquoi la courte saynète d'Aaron, ses efforts pour la rendre plus vivante et peut-être plus drôle, tomba à l'eau. Les ondulations colériques de sa voix n'eurent de même aucun effet. Certes, le sarcasme avec lequel le blondin décrivait son propre pays n'était pas sans faire ricaner l'Indien en silence, mais pour ce qui était du reste...

« It's your blow on the head which makes you talk nonsense ? Would I be here if we were parked ? There's no reserve, no bound at all. You're the only one who's unfree. You don't even manage to run away your own home and let your teacher learns you bullshit. You hide what you do not want to see, you say, because you're afraid of us. We make you freak out so you prefer remain blind and safe rather that we come to remind you who we are by beating you hollow. »

Sa voix oscillait entre stupide évidence et dérision noire. Encore un qui pense que nous sommes faibles et miséreux, songea aussitôt le garçon. Encore un qui a tort. Qu'est-ce qu'il pouvait en savoir, après tout, ce cul-de-jatte ? Ce n'est même pas capable de sortir sur le perron de sa propre baraque sans qu'on l'aide et ça se permet de traiter les Amérindiens de bestiaux ? Il ne s'était pas regardé. Le plus misérable des deux n'était sans doute pas celui auquel on s'attendrait. Ce constat agaça Taima qui sauta sur ses pieds. S'il avait su, il ne serait pas allé chercher ces jambes en bois et aurait laissé le gamin ici, à ramper au sol pour aller les récupérer. Il se serait alors amusé à les éloigner un peu, encore un peu, histoire que le blondinet, sur le point de les attraper, constate qu'elles sont de nouveau hors de portée. Jeu bête. Mais quand on ne peut pas régler cela à la vie, à la mort, on se bat comme on peut, et on se plaît à humilier l'autre. Néanmoins, cela n'aurait pas duré. Parce que tout arrogant et ingénieux dans sa méchanceté qu'il puisse être, le Mohawk tenait en respect chaque adversaire. Il aurait permis à Aaron de se relever après chaque chute, aurait salué l'effort déployé et, avec cette fierté mêlée de mépris, lui aurait tourné le dos une fois la victoire acquise.

« If we manage to escape from here, I'll show you the truth. How full of light and beauty our world is. »

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Sam 15 Juin - 19:01

Car deezer c'est magique -hormis les pub...- et que je suis parti sur du goldmund pour arriver sur cet artiste: dakota Suite. J'ai pas encore écouté grand chose mais voila si ça t'interesse~~
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    Tu pensais trouver un allié chez Taima.  Tu te voyais déjà, au côté de l’indien, révolutionnaires, pointant les armes de leur volonté vers l’ennemi et les Oiseaux. Un 1763 version esperantoise.

    Tu t'imaginais bien tout cela mais en réalité cela n’avait en rien été le cas.   Pas d’idéaux acclamés, de coudes serrés pour la liberté… RIEN.
    De l’indien, tu n’avais trouvé que  sa colère et son orgueil blessé,  son péché, rejeton de son entrave. Ou peut-être était-ce le contraire… Qui avait été là le premier, avait découlé de l’autre ? Sans importance urgente.

    Car là,tout à sa fougue, tu avais oublié un instant le problème de l’indien. Déni des vérités, de sa réalité.  Pour lui, les hommes de son peuple étaient encore vainqueurs.

    Tu avais oublié et pendant ce court instant avais mis les pieds dans le plat, sauté les jambes jointes dans une belle bouse de bison. 'T'avais tiré une balle, qui douloureusement s’enfonçait.
    Tu t'en mordais les doigts. Le temps de réaliser que l’approche n’avait pas été la bonne et déjà  't'étais désolé ; déjà le brun, de ses mots, t’attaquaient. 

    Tu écoutas, baissas la tête un instant soumis, aussi en colère que peiné quand ton camarade,  à son tour, planta la lame de sa lance dans ton égo 

    "You're wrong ... I flied away from my house to price my legs …"

    Regard fuyant vers les moignons de chair et les membres de bois. 

    "I lied, they werent like that when I was born … Before they were there but already dead and useless ... I escaped one day … I wanted to play the bird … I took a combination and I flied … until I crashed. My legs disappeared at that time. I was scared at first because of their absence but I do not regret it ..."

    Moment de silence. 


    "Whitout these dead legs and with dentures I can run, I don't have to stay forever sit in this chair... I'm happy now. "

    Ton regard se redressa, fixa l’indien en reprenant la dureté de sa volonté. 

     "Taima, you're probably right, natives are perhaps not parked ... maybe he scares the crap out of us  ... but like when I was happy to lose my legs, I need to live it to believe it .... I don’t believe in your freedom as you do not show me it. 


    So... Now... Show me how  our world is full of light and beauty."


Remerciement à dum pour la traduction ;_; sauf de la dernière partie en bleu...
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Ven 28 Juin - 21:13

Le vent lui chantait des mélodies d'ailleurs, le soleil lui peignait la peau aux couleurs des brousses. L'Indien n'était plus là ; ce n'était pas Espérance autour de lui, Espérance avec ses champs trop verts, ses maisonnettes bourgeoises et européennes. Il n'y avait plus cette étroite écurie au-dessus, au-dessous de lui, mais à la place ces plaines indomptées de son enfance, ces cieux infinis où il faisait bon se perdre des heures durant, à chevaucher les nuages aux côtés des anciens esprits. Les plantes tressaient des nattes aux cheveux des filles, tandis que les sabots impétueux des mustangs frappaient la terre au rythme des tambours de chasse. C'était la vie entière qui dansait là-bas, et Taima avait rejoint la ronde par la porte des souvenirs. Ce furent les paroles d'Aaron qui le tirèrent de sa rêverie. Les vastes espaces s'évanouirent au profit d'une étable exiguë ; les herbes furent fauchées et s'empilèrent en ballots de foin dans un coin ; la voûte céleste s'effaça derrière une meute de planches et de tuiles sombres. Retour à la réalité. Avec en dernière musique, la voix aigre-douce du blondin, jeune et pourtant désabusée. Le Mohawk baissa son regard vers les articulations factices du gamin, écoutant son histoire.

Il ne comprenait pas trop ce récit, avec ces jambes mortes, qui disparaissent et deviennent porteuses de liberté. L'Amérindien ne pouvait tout simplement pas considérer la perte de ses membres. Si jamais cela lui arrivait un jour, il pourrait dire adieu à son pays. Sans jambes, comment les retrouver, comment les rejoindre ? Il n'avait d'ailes que dans ses rêves. Sans jambes, comment pourrait-il veiller sur son territoire, le défendre des attaques sournoises des uns et des autres ? Aaron y arrivait bien lui, mais ce n'était pas pareil ; il n'avait pas une nation à diriger, il n'avait pas de patrie à protéger. Tout ce qui l'intéressait ici, c'étaient les chevaux. Et on ne devient pas chef en curant des fers. La suite des propos fut plus intéressante. Enfin, Taima retrouvait ce regard aux frontières de l'hostilité, sur le fil du rasoir entre ennemi à défaire et allié à conquérir. C'était, sans en avoir conscience, ce qu'il préférait chez ce gosse en apparence trop différent ; cette instabilité, cet équilibre précaire, pas encore façonné, entre adversaire et soutien. Un mot, et il se dévoilait hargneux et détestable. Un mot, et il le suivrait jusqu'au bout du monde. Pour ensuite mieux replonger dans l'inimité. En cet instant, il baissait l'échine pour ensuite planter ses crocs avec plus d'efficacité ; l'Indien le savait et il laissa faire, revenant s'accroupir à ses côtés.

« Yeah... But I cannot show you everything I want currently. I can't and I hate not being able to. If you knew how it is, over there, you'd understand why I'm so much attached to it. » Il marqua une pause. Quelle frustration que de ne pouvoir franchir ces barrières et courir, courir loin, si loin que l'océan devient une flaque d'eau par rapport au chemin parcouru. Les poings de Taima se serrèrent sur ses genoux. Impuissant. Incapable. Ca lui revenait en pleine tronche avec la brutalité d'une gifle. Ah, s'il avait pu ! Au moins avait-il de vraies jambes, lui. Mais elles lui étaient aussi inutiles que deux fétus de paille. « Can you stand up ? » demanda-t-il finalement à Aaron, tout en se redressant lui-même. Une idée lui vint alors en tête, idée qui lui arracha un sourire en coin. « Or do you prefer riding ? » Ne se trouvaient-ils pas dans une écurie, après tout ? Il y avait tout le matériel nécessaire pour monter -comprenez à cru, comme les véritables Indiens- et nul doute que cette initiative n'allait pas plaire des masses à l'Oiseau. Après l'avion, les chevaux. Oui, tout était bon pour s'enfuir, pour échapper à l'autorité despotique de ce piaf  tapageur. Il allait regretter de s'être emporté ; Taima n'était pas de ceux qui se soumettent après une bête remise à l'ordre, et il était certain que, quelque part, le cul-de-jatte palefrenier était d'un bord identique.

Tandis qu'Aaron se redressait, le Mohawk s'était rapproché des box. Il y avait peu de bêtes, pas plus d'une demi-douzaine, sinon moins, et qui servaient davantage aux travaux des champs qu'à la course. Une tristesse, puisque certaines n'étaient certes pas taillées pour rester de simples chevaux de trait, du bétail tout juste bon à labourer avant de finir dans l'assiette après les vieux jours. Parmi celles présentes, le garçon avait déjà remarqué un baie pommelé, pas très haut de garrot, mais robuste d'apparence. Sa robe particulière n'était pas sans lui rappeler les appaloosas que les Nez-Percés, à l'époque, élevaient avec fierté. Il avança ses doigts au niveau des barreaux de fer qui cerclaient la stalle close, tout en s'adressant à son acolyte : « Which one do you choose, usually ? »

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Ven 2 Aoû - 1:37

J'ai eu beaucoup beaucoup de mal à l'écrire mais j'ai eu l'inspiration ( de situation, pas de prose malheureusement) à 1 h du mat \o\ miracle!



    "Can you stand up ? Or do you prefer riding ?"

    Si tu pouvais te lever et monter à cheval? Quelle question!
    Que croyait-il?  Que tu resterais là, en chien couard qui rentre la queue entre ses pattes devant un Oiseau qui est, dans la plus pur logique de la chaîne de la vie, tout juste bon à boulotter? Si tu étais de la partie? Bien sur. C'était une évidence.

    En réponse à l'inutilité de sa question, tu lui sers un sourire, plus beau, dominant et espiègle encore que tout ce que tu lui à précédemment donné.
    Pendant que l'indien se tourne vers les chevaux, tu te releves; une pique invisible te traverse le flanc gauche te coupant dans ton élan. Ton visage se déforme quelque instant sous la douleur et reprend son expression habituelle. Tu souffles, soulagé que l'indien n'ait pas perçu ce moment de faiblesse.
    Le mal ,aussi fulgurant que violent, s'est atténué même si une sensation désagréable stagne toujours sur ton thorax. Tu tatonnes  et la douleur reprend de plus belle ne laissant pas le moindre doute sur la patholie : fracture de côte.
    Tu t'étais surement brisé cet os lors de votre "atterissage" (car il n'est pas bon d'avouer  que vous vous étiez lamentablement crashé) et jusqu'à présent immobile et sédaté par la fatigue tu ne l'avais pas remarqué. Alors maintenant que tu gigotais, voila qu'elle te revenait en pleine gueule. Aie.
    Par sens de la contradiction et de la force virile et puérile, tu ignores ton boureau et orgueilleux et fier comme un Taima de basse-coursun coq tu rejoinds l'indien, interposant ta main entre  les barreaux et ses doigts.

    "No Néfertiti, it has a sciatica. You can't ride it. Take Boston. It's a good horse when it has a bit in the mouth. Without bit you will get anywhere and the another horses are break in for the work in fields."

    Tu lui montres un trotteur bai brun à l’œil vif. L'équidé, que l'on devine haut de croupe, vous fixe en donnant des petits coups de tête nerveux de côté, pendant que son camarade de stèle, un petit Camargue lèche un bloc de sel.

    " I ride Marengo."

    Claudiquant, tu attrapes une étrange sangle et un filet. Tu ouvres le box des deux chevaux et harnaches le Camargue. Bêtes à six pieds, vous ressortez en vous arrêtant devant une botte de paille. Tu vérifies les sabots de l'animal  puis difficilement tu te hisses tour à tour sur le ballot et le dos de ta monture.  Ta conduite devant Taima est un beau numéro de pathos. Une rougeur de honte s'empare de tes joues et une nouvelle fois, tu te mets à détester  tes jambes mortes tout juste bonnes à se glisser dans les éperons (note 1).

    "The last get to the shed is a female!"

    Tu n'attends pas.
    Au pas tu sors de l'écurie.
    Au trot tu traverses les champs jusqu'à ce que, de la fermette, on ne te voit plus.
    Au galop, tu avales les mètres pour rejoindre la foret.
    Tu t'arrêtes à la lisière, les côtes en feu. Tu serres les dents et respires l'air à pleins poumons.
    Taima est encore loin et fermant les yeux, tu te laisses aller à cette réflexion: Si l'Indien devait être une bête, qu'elle serait-elle? Un ours,  un aigle, un loup, un renne, une marmotte, ou un bison ?
    Les images d'esprits-animaux se forment derrière tes yeux quand ds sabots résonnent sur la terre et stoppent leurs percussions à tes côtés. Vivement tu rabats ton écharpe sur le bas de ton visage pour cacher tes grimaces de douleur et marmonnes derrière le tissu.

    "Waiting for you, I thought about what animal you're... I think you're a mustang. Like them, you connect at your clan, doesn't it? And whatever we want shut up and domesticate, you break your chains and return at freedom."

    Oui Taima était un Mustang, un de ceux qui ont la plaine gravés dans le sang,  l'aventure palpitant contre l'encolure.




(note 1 : Les "éperons" sont en fait "collés" à l'étrange sangle, elle même placée sur le passage de sangle du cheval. Vu que les prothèses d'Aaron sont désarticulées lorsqu'il monte, il n'a pas d'étriers normaux pour éviter que ces jambes se baladent, ce qui avec les coups, abîmerait plus vite les prothéses... bien sur tout ceci sort de mon imagination donc je raconte surement de belles âneries)[/list]
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Lun 2 Sep - 13:29

C'était elle qu'il voulait. Parce qu'elle avait les prunelles pétillantes, l'air malicieux d'une jeune pouliche ; parce que le long de son cou pulsait un sang vif, avide de liberté, et qu'à la seconde où il l'avait aperçue, elle lui avait dit avec un léger mouvement de croupe qu'elle serait à lui s'il le désirait. Mais l'autre cul-de-jatte avait ramené son grain de sel dans cette histoire d'amour naissante, et en quelques mots, monture et cavalier avaient dû se séparer. Son nom de reine égyptienne, couplé à l'annonce de sa maladie, brisa net une romance à peine entamée et Taima s'éloigna, la mine boudeuse de celui qui s'est vu privé d'un plaisir qu'il effleurait déjà du bout des doigts. À moins d'un mètre, le dénommé Boston s'apparentait à un shérif impétueux, la gâchette facile et prompt à partir au galop. Le conseil fourni par Aaron offusqua l'Indien, qui garda le revers pour plus tard ; un mors ? Et puis quoi encore ? Il avait cru s'adresser à un Occidental pour oser prodiguer cet avertissement ? Lui vivant, aucune bête qu'il monterait ne serait harnachée à la mode colonialiste.

Bien sûr, il taisait le fait que, comme tout gosse, il avait appris à monter avec une selle de cuir, qu'il avait déjà tenu un nerf de boeuf en guise de cravache et que, au rythme des leçons que lui donnait son oncle, il avait tiré sur des rênes directement reliées à une barre de fer entre les dents d'un cheval. Mais cela, ce n'était pas vraiment vrai. Une fois qu'il eut maîtrisé les rudiments équestres, perfectionné ses pratiques, assisté aux débourrages et dressages de poulains destinés aux ventes aux enchères canadiennes, une fois que son cerveau fut tout entier tourné vers la gloire de son passé et les prouesses de ses ancêtres,  il avait délaissé les instruments superflus. Monter n'était plus une histoire de domination, d'homme et d'animal. C'était une histoire d'hybride, de centaure où l'un et l'autre partageaient ce plaisir rare et sans nom que l'on ressent lorsque le monde devient nôtre. Le garçon avait dès lors usé de son temps libre pour apprivoiser par la voix et les gestes, et non plus avec les cordes et les menaces, les quelques bêtes qui constituaient le haras de son parent. Il était tombé plus souvent qu'auparavant, avait foncé dans des buissons pour s'y écorcher les mollets, avait été catapulté sur toutes sortes de barrières mais en fin de compte, il ne s'était jamais senti aussi fier que le jour où, à l'aide d'un sifflement, une jument avait couru dans sa direction avant de lui présenter son dos. Parvenir à un tel résultat avec Boston était chimérique, mais pas utopique pour autant. Encore fallait-il que le garçon daigne s'impliquer dans les écuries de ce village mille fois maudit.

Tout en saisissant un licol à longue corde, Taima écoutait Aaron bricoler ses étriers jusqu'à une hauteur respectable. Il ne pouvait s'empêcher d'être intrigué par toutes ces ingénieries mises au point par son camarade pour satisfaire son besoin d'équitation, par toutes les astuces nécessaires pour oublier ces jambes mortes. S'il avait pu lui faire pitié par le passé, en traînant son fardeau dans la fermette comme un prisonnier traîne son boulet de ferraille, ce sentiment disparaissait petit à petit maintenant qu'il le côtoyait davantage. L'Amérindien prenait son temps. Alors que le blondinet se hissait déjà sur la colonne du prénommé Marengo, le brunet passait le harnais autour de la tête de son trotteur. Il fit passer le cordage par-dessus l'encolure, décrivant une boucle qu'il attacha à l'endroit où elle débutait ; ces rênes de fortune suffiront bien pour le moment, songea-t-il avant de chercher un tapis de selle, un peu mité sur les bords, mais molletonné à souhait. Refusant de monter sur les ballots de paille à l'instar d'Aaron, il s'aida de la poutre à la sortie de la stèle pour grimper sur le bai brun qui, à en juger par son excitation, avait dû être pu titillé par l'appel du jeune palefrenier que ne l'avait été son cavalier. Néanmoins, Taima ne chercha pas aussitôt à rattraper son compagnon ; sans selle et sans mors, il devinait que contrôler Boston ne serait pas de tout repos -déjà l'animal piaffait d'impatience en suivant du regard le Camargue échappé au loin. Ce ne fut qu'après avoir gesticulé légèrement pour retrouver une bonne assiette qu'enfin, ils purent partir.

Incomparable sensation que celle-ci ! L'impression de respirer comme jamais, les yeux qui portent à l'horizon, les jambes en contact avec les flancs vivaces de la bête. Il la laissait aller, rejoignant Aaron d'un trot léger, ne se doutant pas de la révélation à venir. Jusqu'à lors, le comportement du cul-de-jatte ne lui inspirait qu'une indifférence toute relative ; mais devant son écharpe devant la bouche et ses bras serrés autour de ses hanches, la cocotte commençait à se douter de quelque chose, sans réussir à mettre le doigt dessus. Le cowboy n'était certes pas du genre à gémir ou se plaindre de ses malheurs, si bien qu'il fallait deviner ce qui pouvait le perturber de cette façon -jeu auquel n'excellait pas l'Indien.

« And whatever we want shut up and domesticate, you break your chains and return at freedom. » Sourire. Non, mieux : un large sourire, en travers du visage de Taima. Un de ces sourires sincères, trop rares, scintillant d'une fierté noble. L'allusion lui alla droit au coeur ; le compliment fleurit dans son thorax et toutes ses dents se découvrirent durant quelques secondes. « It took time, for you, to understand it ! » répliqua-t-il avec malice. Même Boston sembla approuver d'un hochement de tête amical. « In Kahnawake, mustangs are often accompanied with eagles. They cross earth and air side by side, all day long. These sky's lords don't need legs ; their wings are enough for them so... Will you want to be one of them ? » Ses yeux étincelaient d'une réponse qu'il connaissait déjà. Toutefois, il ne put résister à le mettre une nouvelle fois au défi ; « However, I have still never seen an eagle catching up a mustang during a race ! » Et de serrer les genoux, relâcher la bride et donner à Boston tout le loisir de galoper aussi vite qu'il puisse. Pas de règles, pas de parcours -le dernier arrivé serait toujours une femmellette, cependant- juste le plaisir illimité du vent dans les cheveux. Il en riait d'avance.

L'enthousiasme était tel qu'il ne se retourna pas une fois pour regarder si l'oiseau le suivait -peut-être avait-il décidé de prendre un autre chemin, un raccourci ou un rallongement. Qu'importe, ils se reverraient bientôt, l'aine douloureuse et les paumes usées par les brides. Il n'était plus question d'avion mais d'équidés ; les muscles avaient remplacé les engrenages, les nerfs faisaient office de pistons et le cuir recouvrait le corps à la manière des plaques de tôle. Boston n'en faisait qu'à sa tête, se dirigeant au gré de sa fantaisie, et Taima s'était penché sur son encolure, poings autour de la crinière, pour ne pas tomber à chaque virage. C'était d'un inconfort monstre, mais rien n'aurait pu le rendre plus heureux. Il s'abandonna ainsi aux foulées de l'animal durant de longues minutes, oubliant presque tous les événements de la matinée. Puis le trotteur ralentit, passa au pas et s'arrêta, en alerte, à quelques mètres du hangar. L'Indien tendit l'oreille. Il appela. « Aaron ? »
C'était la première fois qu'il prononçait son nom.

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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Sam 14 Sep - 14:42

Deux ennemis, deux amis.
Deux hommes, en somme, que la passion commune avait su rapprocher.

Le bruit de chevaux au galop, l'air sauvage et la sensation de vivre, la promesse de liberté, deux esprits coincés dans un corps de chair.... On entendait dans la plaine les sabots de ces bêtes folles claquant violemment le sol. Pourtant l'un s'arrête, incapable d'aller plus loin, le cavalier mal en point. L'autre prit par l'aventure, le laisse de côté.

Aaron se retrouve seul, incapable de bouger.
Le temps se rallonge, les lieux se distordent et tu tombes, emporté par tes jambes inutiles. Tu as mal, tu es allé au bout de tes limites, et dans un élan de folie, tu pries pour que l'Indien revienne à tes côtés.

Le plaisir d'avant s'est envolé, tout comme Marengo qui, ta selle sur le dos, s'enfuit loin de ton regard.
Allongé sur le sol, tu tentes de te relever... en vain. Tu as besoin d'une pause.
Un point d'eau attire ton regard, te mordant les lèvres tu rampes vers lui, le corps tendu dans un ultime effort. Tu pourrais pleurer, vouloir rentrer chez toi, en avoir marre de cette journée, mais tu es plus fort que ça. Alors un oiseau passe au dessus de ta tête. Comme tu l'envies, cet oiseau, si libre si beau, toi tu te retrouves cloué au sol. Voler, voilà quelque chose qui en valait la peine.
Cherchant une solution, tu observes les lieux. Et puis tes yeux se posent sur un étrange objet...
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MessageSujet: Re: J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ] Aujourd'hui à 4:23


J'aimerais sur tes ailes [PV Taima ]

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