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.Tout ce qui ne brillera pas.

Résine
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MessageSujet: .Tout ce qui ne brillera pas. Ven 16 Nov - 22:54

« Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage,
Des crapauds imprévus et de froids limaçons.
»
C. Baudelaire
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De rage, Résine avait fait voler le drap qui reposait sur le miroir de sa chambre.
Elle ne comprenait pas pourquoi elle se sentait aussi énervée, aussi irritable et irritée. Pourquoi elle ne pouvait plus rester assise plusieurs heures à une table, noircissant des feuilles d'un trait de fusain charbonneux mais appliqué. Pourquoi, lorsqu'elle se mettait à coudre, l'aiguille revenait toujours s'enfoncer dans son doigt alors qu'elle maniait cette technique avec aisance. Elle paraissait trembler. Elle s'était même rongé les ongles, ce qu'elle n'aurait pas osé faire en temps normal. Mais le temps était-il normal ? C'était peut-être là le noeud du problème. Quand bien même Bird s'était rétabli, quand bien même Miséricorde n'était plus, à ce qu'on lui avait raconté, la rouquine ne s'était sentie délestée d'aucun poids. Il y avait toujours cette espèce de pression sur ses épaules, cette masse invisible, impalpable et pourtant laide et bien là, pareille à une soupape qui ne permet pas d'évacuer la vapeur. Et Résine, cette Résine qui ne s'énervait jamais, qui ne laissait jamais rien paraître d'un agacement quelconque, était aux premières loges de sa propre crise. Crise à laquelle elle ne pouvait pas donner d'explication, ce qui la plongeait dans un désarroi profond.
Elle s'était demandé ce qui pouvait ne pas aller et causer ainsi son état maussade. Toutefois elle ne voyait pas. Le Foyer fonctionnait comme à son habitude, les aînés demeuraient bienveillants, les plus jeunes faisaient des efforts ou n'en faisaient pas mais, dans l'ensemble, rien n'avait changé. Presque rien. Et en dépit des quelques modifications notables de comportement chez un petit nombre d'enfants, rien d'abominable n'était à déclarer. Certes, l'on sentait que les temps paisibles d'une communauté soudée étaient révolus, pourtant l'espoir demeurait encore.

La gamine ferma les yeux, posa le front contre le miroir révélé et poussa un soupir. Le Rêve. Si elle voulait des réponses, sur elle-même et pourquoi pas sur les autres, elle devait s'y rendre. Se forcer. Est-ce que c'était si dur que cela ? Oui. C'était dur. Et elle avait l'impression que si elle y retournait maintenant, cette nuit-ci, ce serait encore plus dur qu'avant. Le bal du Reflet avait été le théâtre d'abominations en tout genre. Loin d'en être traumatisée, Résine s'était de nouveau endormie le miroir visible jusqu'à aujourd'hui. Mais à une époque où elle se sentait forte, responsable. Quand elle devait veiller sur la fermette pendant que Bird était à l'infirmerie ; quand elle vaquait à ses occupations solitaires comme ce jour où elle avait fait la connaissance de Lachlan ; quand elle arrivait encore à dessiner ou à coudre sans froisser ses oeuvres et les jeter.
Elle se déshabilla, enfila sa longue chemise de nuit et rentra dans son lit. Voilà. Plus de marche arrière possible. Elle devait assumer ses actes même s'ils lui seraient douloureux. Même si elle ne serait plus jamais la même à l'avenir. Rabattant les couvertures jusqu'à ses oreilles, elle se tourna sur le côté droit et serra les poings contre sa poitrine. Qu'est-ce qu'elle verrait de l'Autre côté ? Est-ce qu'elle le regretterait ? Trouverait-elle vraiment des réponses ? Ses paupières se fermèrent en silence.

Pouich. Ses pieds s'enfoncèrent aussitôt, sans prévenir. Le sol n'était pas ferme, pire que meuble. Visqueux. Des lentilles d'eau formaient une surface grumeleuse. Résine porta son regard à l'horizon. Un marécage. C'était un bayou dans la forme la plus dégueulasse, avec ses rivages de terre noire et ses trous d'eau sombre. De vieux arbres s'inclinaient vers les flots stagnants, déversant leurs branches nues où grimpait déjà une mousse humide et verdâtre. La rouquine jeta un coup d'oeil à ses mains. Elles s'étaient à leur tour recouvertes de cette substance obscure, inaltérable, et cela lui remontait presque jusqu'aux coudes. Elle souleva sa jupe. Ça remontait plus haut encore. Elle regarda dans son haut. Encore un centimètre et ça lui atteindrait le nombril. Elle étouffa un sanglot. Qu'est-ce qu'elle avait fait pour que ça s'étende à ce point ? Avait-elle failli quelque part ? Avait-elle mal pensé à un moment ?
Elle fit un pas. Ses orteils qui s'enfonçaient dans la bouillasse avaient une couleur identique au décor. De loin, on aurait pensé qu'elle n'avait pas de jambes tant leur teinte se confondait avec l'environnement. Mauvaise blague. Dans sa poche, le morceau de miroir paraissait plus pesant que les fois précédentes. Où chercher l'autre moitié dans ce dédale d'eau et de boue ? Elle ne se voyait pas ratisser tout le marais toute la nuit, jusqu'à ce qu'elle en ait trop marre et qu'elle brise son miroir. Non, elle devait être solide. Ne pas faillir. Elle fit un autre pas. Petit. Peu à peu, à tâtons, elle lançait ses pieds nus et noirs à l'assaut du marécage. Mais au bout de plusieurs minutes à la quête d'un morceau de glace luisante, la jeune fille tomba sur un os. Ou plutôt, un trou d'eau qui la happa sans mot dire. De surprise, elle poussa un léger cri avant de se retrouver trempée jusqu'à la taille. Et ses pieds qui s'enfonçaient dans la vase, dessous.

Pour tout secours, elle agrippa une épaisse branche qui traînait par là. L'écorce était assez rapeuse pour pouvoir s'y accrocher sans glisser. Mais alors qu'elle sautillait en espérant s'extirper de la froide et molle emprise, elle dut se figer. Sur la berge en face, au sec, une silhouette la scrutait. Elle ne sut dire depuis combien de temps elle n'était plus seule ici. Ce qui lui déplut fortement. Elle n'avait franchement pas besoin d'un voyeur dans l'état où elle se trouvait et ses doigts se crispèrent sur la branche tandis qu'elle lançait à la figure un regard plus noir encore que les eaux saumâtres autour d'elle.

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« Supportez courageusement ; c'est par là que vous surpassez Dieu.
Dieu est placé hors de l'atteinte des maux ; vous, au-dessus d'eux. »
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Dernière édition par Résine le Mer 2 Jan - 9:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Sam 17 Nov - 16:16

    Un cœur trop partagé pour ressentir le bonheur.

    Miséricorde, c'était la fin. Plus rien, plus d'obstacle majeur à aller chercher la vérité, à fouiller le plus profond de son être pour trouver ces quelques fragments de mémoire bien cachés. Cachés par qui ? Peu importait, le plus urgent était de les retrouver. Seulement la vérité avait un prix et la Belle le savait, elle savait qu'en ce moment si elle y retournait, elle allait se faire plus hideuse que jamais dans ses écailles et son cœur pourri au fond de sa poitrine, derrière son sein maigre et sa peau translucide. Mais c'était ainsi qu'elle y allait depuis plusieurs fois, elle le savait. Et puis, ça faisait bien trop de temps qu'elle n'avait pas joué les exploratrices de son passé perdu.

    Elle était rentrée après une journée pleine de fatigue. Elle n'avait pas tenu à manger et était restée longtemps devant son miroir découvert, à se regarder. Elle défaisait ses boucles à l'aide d'une brosse, laissant ses cheveux de jais retomber sous son épaule, se démaquillant, laissant ses yeux noirs de charbon rétrécir et laisser ses lèvres prendre une simple couleur rosée. Simple. Blanche. Blanche préféra poser une main sur la glace, au niveau de son visage et, de son autre main, elle passa ses cheveux derrière elle, enlevant la serviette pour regarder sa poitrine, passant son autre main dessus pour sentir la chaleur et le son de son cœur vivant, pour l'instant. Elle fit crisser ses doigts contre le miroir avant d'aller s'habiller pour la nuit après s'être passé de la crème sur le visage.

    Pour éviter toutes remarques de la part de ses compagnes de chambre quand elle reviendront, elle ferma les volets et rentra sous ses couettes, dans la position de l'empoisonnée, sur le dos, et les mains croisées sur le ventre. Plus la nuit tombait, plus elle resserrait le drap au niveau de son cœur, sentant les derniers battements avant de tomber dans le noir, voyant son corps se transformer peu à peu en l'horreur monstrueuse qu'elle était, ce corps si froid, vide de sentiment.

    Premier contact avec le Rêve. Tout un monde glacé, noir et glauque. Une odeur pestilentielle, une herbe boueuse. Où avait-elle encore atterrit ? Elle ferma un instant les yeux, apercevant que trop ses écailles luisantes d'horreur et tarissant une larme de la paume de la main, elle finit par chercher son bout de miroir qui avait prit la place d'une de ses monstrueuses bout de peau brillantes. Deux mèches de cheveux recouvraient ses seins. Des cheveux noirs encore plus profonds que ceux qu'elle avait, et son cœur, si ténébreux qu'on pouvait le voir de loin à travers le creux de ses seins. C'était son dû pour avoir été haineuse. Mais comment faire pour ne pas le haïr, cet être abject ?

    Puis un bruit, au loin. Un mouvement dans cette eau putride et deux yeux encore plus noirs que les siens dont la Créature ne put s'empêcher de contempler, comme s'ils étaient la preuve qu'elle n'était pas la plus noire, et la plus horrible ici. Elle se redressa sur sa queue glacée et dans une ondulation harmonieuse, elle commença à se déplacer, ne quittant pas ces billes noires, avançant vers elle. Et puis elle grimpa sur cette branche déjà fragile et enroula sa queue autour d'elle, se dépliant comme un accordéon jusqu'à eux, jusqu'à ses mains presque invisible.

    Une aura froide se traînait derrière son passage et tomba sur la victime boueuse quand elle se pencha vers elle. « Tes yeux... »

    La Créature ferma les siens et porta une main à son cœur. « Ils sont hideusement profonds, tu es affreuse dans cette eau...Tu es laide » dit-elle certainement pour se rassurer, ou pour tenter de se convaincre qu'elle n'est pas la plus horrible. « Je t'aide, si tu restes à jamais ainsi »

    Et elle tendit sa main, une mèche de cheveux s'enroulant autour de son bras, mèche qui recouvrait son sein et qui maintenant laissait apparaître son cœur pourrit. Un sourire hideux apparut, avec des dents pointues et des lèvres sangs. C'était pas son intention de faire peur...Non, du tout. « Ne refuses pas mon aide, je t'en pris... » fit-elle dans un murmure.


    Hrp : Hum...j'ai essayé de faire une Blanche un peu plus fragile, et j'espère que ça ira si je te fous Blanche ♥
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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Dim 18 Nov - 11:48

« L'esprit toujours porté à quelque horrible songe,
Un vautour sans cesser les entrailles leur ronge.
»
J. Auvray.
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Ça s'approchait. Et ça rampait, avec un bruit continu, un froissement d'humus ininterrompu, comme si la silhouette ne se déplaçait pas avec des jambes, pas à pas, mais en un glissement souple. Résine s'agrippa avec plus de force à sa branche, se pressant contre elle, seul rempart actuel contre les marais et, peut-être, le monstre. Faux espoir. Elle lâcha un bref cri de terreur en distinguant la forme qui se dévoila bientôt devant elle. Si elle avait cru en un certain dieu, n'importe lequel, elle l'aurait invoqué sur la seconde pour qui lui vienne en aide contre cette horrible créature. Jusqu'à présent, la rouquine n'avait pas eu à faire face à ce genre d'apparitions immondes, plus tout à fait humaines, à mi-chemin entre la chimère d'un conte de fée et la réalité sordide d'un corps corrompu. Cette vision inconnue la terrorisait. Elle sentait son échine parcourut d'un frisson nerveux et l'impossibilité de s'enfuir, de couper court à cette rencontre involontaire, ajoutait à sa panique.
Impuissante, elle vit une queue de serpent s'enrouler autour de l'arbre auquel elle était accrochée, queue jointe à un buste de femme, peau translucide et poitrine nue, surmonté d'un visage pourtant bien fait en dépit de son air livide. Le regard de Résine n'exprimait plus qu'effroi. Ses iris pers brillaient de larmes naissantes. Voilà qu'elle voulait se réveiller et cela aurait été si simple de saisir son morceau de miroir pour le briser sur l'écorce de la branche. Si simple et cependant impossible, tant le moindre de ses muscles demeurait figé, en alerte, tendu à l'extrême. « Tes yeux... » Cette voix lui donna la chair de poule. Elle ne l'avait jamais entendue mais, sans savoir pourquoi, la gamine avait l'impression de la reconnaître. Ce n'était pas un timbre hargneux, un timbre de harpie. Il y avait presque une lueur de chagrin qui suintait dans ces deux mots. Pourtant, quelle raison aurait une créature des brumes de se montrer dans un état dolent, à l'exact opposé de ce qu'on attendrait d'un monstre des marais ? Quelle raison aurait-elle de ne pas arracher ces yeux qui la fixaient avec horreur, ces yeux de sorcière embourbée et vulnérable ? Elle pourrait profiter de la situation pour jouer le rôle sanguinaire qui lui incombe. À moins... À moins qu'elle ne soit pas ce dont elle revêt l'apparence ?

« Ils sont hideusement profonds, tu es affreuse dans cette eau...Tu es laide. »

Une larme s'échappa de sa prison de cils et roula sur la joue de Résine. Elle ne réussit même pas à l'essuyer si bien que la goutte termina sa course sous la mâchoire où elle sécha, trop petite pour se laisser tomber dans l'eau du marécage. Sur les bras de la rousse, la teinture noire eut l'air de frétiller en douceur, grappillant quelques millimètres supplémentaires de peau. Alors que la jeune fille s'était rendue dans le Reflet avec un objectif précis, déterminé ; qu'elle conservait au fond du coeur cette haine à laquelle elle souhaitait trouver une explication, une phrase prononcée par une femme-serpent la faisait douter. En quelques mots, ses résolutions semblaient se flétrir, sa volonté défaillit et il n'en fallut pas plus pour que le trouble s'empare d'elle.
Pourtant, c'était un être vicié qui lui disait cela. Quelqu'un qui n'était pas bien placé pour parler de laideur, puisqu'il en était lui-même victime. Ou peut-être que si ? Parce qu'il était aussi affreux qu'elle, sa parole devenait légitime ?

« Je t'aide, si tu restes à jamais ainsi. »

Plutôt mourir. Résine commença à comprendre. Apparence. Beauté. Ce monstre ignoble avait perdu ce qui était sien, ce qui faisait de lui un humain abordable, peut-être même beau et désirable. Et maintenant qu'il devait supporter sa condition d'infamie, il recherchait quelqu'un qui fût plus répugnant encore que lui. Tant que l'on demeurait plus infect, il offrait son aide et sa considération. Et si jamais l'on venait à le surpasser... Qui sait. Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus laide ? C'était une fable en train de s'écrire à l'envers. Mais Résine, elle, ne voulait pas de cette aide. Si l'aide et laideur devenaient jumelles, elle n'arriverait jamais à se dépêtrer de son entrave. Pour un soutien ponctuel, elle devrait supporter une ignominie constante ? Jamais. Ce n'était qu'une question de physique, et il y a tant de choses qui dépassent ces choses éphémères et hasardeuses que sont joliesse et charme. Même l'insistance de la créature, ses suppliques, ne la feraient pas changer d'avis.
En apercevant, au milieu de sa poitrine, le coeur noirâtre qui pulsait sous l'épiderme de la créature, la gosse avait eu un haut-le-coeur. Et puis ses dents. Son sourire qui n'en était pas un. Son morceau de miroir, coincé dans ses écailles. L'enfant savait que l'apparence du Rêve n'était qu'une juste analogie avec l'âme de la personne, avec son entrave. Par conséquent, si c'était toujours le cas, ce myocarde ténébreux visible entre ces deux seins fanés n'était pas là par hasard. On ne peut échapper à la vérité du Rêve. C'est lui qui donne les ordres, qui dévoile la réalité mieux que la réalité ne le fait elle-même. Le Rêve est omniscient, il connaît chaque personne, chaque recoin de leur être, chaque goutte de noirceur qui les compose. Alors, puisque cette femme a le coeur noir, c'est parce qui en est ainsi dans le monde réel.

Pour toute réponse, Résine lâcha prise, retombant sans grâce dans les flots visqueux du marais. Elle ne voulait pas de cette main tendue vers elle, elle ne voulait pas de ce sourire carnassier, de cette aide aux allures de contrat avec le Diable. Plutôt se noyer dans la vase. Elle se débattit quelques secondes pour se maintenir à la surface, reculant jusqu'à aborder un îlot de terre spongieuse sur lequel elle grimpa tant bien que mal. Et quand elle se retourna, elle constata qu'elle était tout juste à quelques mètres de cet ersatz de la fée Mélusine. Est-ce qu'elle était en sécurité ici ? Le Serpent risquerait-il de se salir pour la rejoindre ? La rouquine tremblait de peur et de froid. Ses vêtements trempés, plaqués contre sa peau, formaient une gangue gelée et poisseuse. Même quand elle parla, sa voix fut prise d'un tremblement.

« Ne m'approchez pas... Je... Je n'ai pas besoin de vous. Il faut que je trouve le bout de miroir. » Douloureusement, elle se mit debout, s'entoura de ses bras aux poignets noirs pour tenter de se réchauffer, en vain. Ses lèvres prenaient des nuances bleuâtres.
« Vous ne valez pas mieux que moi... Débrouillez-vous... Ou disparaissez. »

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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Lun 19 Nov - 21:11

    Un lâcher-prise, le renoncement à toute entraide.

    La Créature resta un moment dans sa position de départ, tendue, retenue par sa queue enroulée autour de cette frêle branche, et sa main dans le vide, son cœur battement aux rythmes de l'Enfer. Et puis, une fois que la noire demoiselle s'en alla, préférant la vase à son apparence, la Créature ferma lentement sa paume de main gelée, laissant s'enfoncer les ongles trop longs et noirs dans sa chaire blanche de cadavre.

    Elle se redressa, se repliant toujours comme un accordéon, retrouvant sa queue libre de tout mouvement, et ses yeux de morte se posa sur la victime de la boue, perchée sur son îlot défaillant qui manquait de s'écrouler au moindre de ses pas. Le marais se faisait toujours aussi aspirateur de toute forme présente sur son passage et bientôt la rouquine sale ne serait plus. Où était le problème, cette chose l'avait refusée.

    Elle serpenta le long de la berge, lentement, voir sadiquement en réfléchissant à ce qu'elle allait bien pouvoir faire de cette chose qui l'avait repoussée. Mais déjà un sourire plus méchant pouvait se lire sur son visage quand elle se tourna vers elle avançant dans sa direction avec les bras croisés. Peu importe la vase, peu importe la saleté, l'odeur, l'endroit. Elles étaient ,elles deux, affreuses.

    «Ton bout de miroir... » commença-t-elle, en serpentant jusque dans la vase, avançant vers elle, vers sa petite berge boueuse. Elle monta dessus et tint miraculeusement en équilibre sur son énorme muscle qui lui servait d'unique jambe, ou plutôt appuis. Et puis, de sa queue visqueuse, elle alla la saisir à la taille, rajoutant à ce pauvre corps tremblant un peu plus de froid, et un peu plus de saleté à l'odeur immonde. Elle se pencha alors vers elle, passant un ongle comme taillé dans de l'ardoise, le long de sa joue, avançant son visage et ses dents de requins près du sien.

    De son haleine putride elle lui dit : « ...Je ferais tout pour que tu le retrouve pas »

    Elle resserra sa queue autour d'elle et finit par la balancer dans le trou béant du marais, comme un œil ouvrant sur un nouvel horizon, une nouvelle porte, Espoir du meilleur ou déception du pire. La Créature ne savait pas trop, mais il était temps de voir ce que cet œil voulait bien leur donner comme nouveau lieu.

    « Quitte à te lapider, j'ai tous les attributs »
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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Sam 24 Nov - 11:57

« Ceux-ci sont les ardents et les martyrs du rêve
Qu'ils entrevoient, là-bas, par des jardins de sang.
»
É. Verhaeren.
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Pourquoi n'arrivait-elle pas à bouger ? Pourquoi les battements de son propre coeur se faisaient-ils si assourdissants à ses tempes ? La queue du monstre serpentait en cadence, lascive, certaine qu'en dépit de la distance qui les séparait, elle pourrait s'emparer de sa proie dès qu'elle l'aurait décidé. Ce n'était plus un reptile, c'était un chat, un chat qui patientait devant la cachette de la souris en laissant traîner sa patte, ni trop près ni trop loin, juste de quoi rappeler au rongeur que sa vie se plaçait désormais entre ses griffes. Les vêtements de Résine dégouttaient d'eau noire. La rouquine se disait que si elle avait peur, ce n'était dû qu'à son ignorance à l'égard de la Créature. La peur, réaction banale face à une situation pas banale comme dirait l'autre, n'était que la fruit de la méconnaissance. Si elle savait à qui elle avait affaire, si elle pouvait la cerner, la comprendre, alors elle ne ressentirait plus ce sentiment d'effroi. Mais qui voudrait prendre le temps d'analyser la situation, de dialoguer, dans des circonstances pareilles ?
La voix de la Mélusine contenait des sonorités de verre pilé. Immobile sur son tas de boue, la rousse ne réussissait pas à détacher son regard de ces yeux hagards qui la fixaient, fumeux de mauvaises intentions. Il n'y avait rien de beau chez cet être-là. De ses longs cheveux ternes à son épiderme hâve, de ses articulations osseuses à ce muscle corrompu, au creux de sa poitrine. Plus elle avançait dans sa direction et plus Résine se rapetissait en levant la tête, se recroquevillait sur elle-même pour conserver une once de chaleur mais aussi, paradoxalement, de sang-froid. Jamais plus qu'à cet instant elle regretta d'avoir ôté le drap du miroir. L'immonde terminaison écailleuse vint s'enrouler autour de sa taille gelée, lui communiquant à la façon d'une énorme limace un frisson visqueux. La gamine grimaça d'épouvante, agrippa cette entrave élastique qui enserrait ses flancs. Néanmoins, ce n'était pas le pire. Plus haut, sur son visage, un ongle de craie sombre lui effleura la joue. Si seulement elle avait eu une arme, n'importe laquelle ! Si seulement elle avait pu lui tirer dans le coeur trois balles de vif-argent, lui planter un pieu de bois, lui percer l'abdomen d'une lame à cran d'arrêt. Elle aurait pu l'imaginer, y penser tellement fort que l'objet de son désir serait apparu dans sa paume. Mais non, elle avait les pensées trop troubles, l'esprit trop faible pour parvenir à modifier le Rêve selon la nécessité. Elle n'était pas capable de briser un à un ces crocs qui s'entrouvraient à quelques centimètres d'elle. Elle ne fut pas capable de réprimer son angoisse lorsqu'elle entendit :

« ...Je ferai tout pour que tu le retrouves pas. »

Qui dans Espérance cultivait cette haine ? Le Serpent, la beauté, la noirceur de l'âme. Qui dans Espérance répondait à ces trois critères ? Dans l'obscurité du marécage, Résine eut comme une fulgurante illumination. Aussi fulgurante que sa propre chute, quand son adversaire l'envoya rejoindre la vase opaque du bayou. Elle s'enfonça dans les flots tandis que vibraient contre ses tympans ces derniers mots. « Quitte à te lapider, j'ai tous les attributs. » La lapidation. Juste de quoi appuyer son jugement. Toutes les qualités étaient réunies pour rassembler le puzzle identitaire. Prise dans la viscosité, à moitié étouffée par les algues et les branchages immergés, la rouquine sombra en même temps qu'elle réunissait les morceaux de sa théorie. Puis, bientôt, l'eau qui écrasait sa poitrine disparut, un ciel sans nuages remplaça les cieux brumeux, les algues devinrent lianes avant de se désagréger et elle tomba sur un sol sec et sablonneux avec un bruit sourd. Pomph. Elle se redressa sur les avants-bras en crachant quelques grains de sable aspirés par mégarde.
Il faisait chaud dans cet endroit. Il y avait pourtant de l'ombre, mais la température frôlait celle d'un plein été. Tout autour, des palmiers-dattiers dressaient leurs palmes vertes, chargés de grappes jaune orangé. Les hautes herbes parsemaient le terrain de taches denses, et des buissons épineux croissaient au pied des arbres. Plus loin, derrière les rangées sylvestres, on apercevait le mur blanc et scintillant des dunes sous le zénith. Tout laissait penser qu'il s'agissait d'un îlot de verdure au milieu d'un océan de sable. Un oasis minuscule, un écrin de survie pour les nomades. Résine n'expliquait pas ce changement soudain. Était-ce elle qui avait causé cette transformation ou bien le Serpent ? Une considération sur laquelle elle ne s'attarda pas davantage. Plus que l'environnement, c'était la Créature qui importait. Celle-ci l'avait suivie jusque là, sans doute engloutie à son tour d'une quelconque manière. Alors rien n'était joué, tout recommençait d'une autre façon, sur un terrain différent.

La fillette se releva, les mains dans le dos. Voilà qu'elles se faisaient face une nouvelle fois, mais quelque chose, invisible, avait changé. « Vous êtes... Blanche, n'est-ce pas ? » lâcha-t-elle avec peine, comme si elle pesait chacun de ses mots. C'était bel et bien le cas. Elle n'aurait jamais cru devoir se confronter seule à seule avec la Reine maudite et la solennité de la rencontre se confondait avec la lourdeur de sa signification. « Le Serpent Nahash. » Comment oublier ? Même au Foyer, durant la condamnation de Miséricorde, elle avait pu entendre l'ultime discours de Bird, son soliloque teinté de culpabilité et de désespoir. Elle avait écouté, pleine d'appréhension, l'Aigle reconnaître son impuissance, mentionner ce Mur qu'elle avait traversé naguère, énumérer le nom de ces sept péchés capitaux qui avaient réduit la place centrale à un feu de haine. Elle avait surtout retenu les sanglots de l'homme, la sincérité de ses pleurs, et elle avait senti son coeur se fendre de tristesse à son tour. À partir de ce moment, quelque colère dissimulée sous des couches d'innocence avait germé en silence. Colère à l'égard de ceux qui avaient précipité le malheur sur le village. Colère vis-à-vis d'elle-même, pour n'avoir pas été présente, pour avoir laissé Bird lutter seul contre la menace. C'était peut-être bien ça, la raison de son anxiété des derniers jours. Et maintenant qu'elle tenait la responsable dans son rêve, elle se jura sur la seconde de ne plus faillir.

« J'accepte d'abandonner le miroir si, en contrepartie, c'est vous que je brise. »

Les souvenirs contre la défense d'Espérance. Il existait des choses tellement plus précieuses que quelques moments du passé. Le présent, les gens qu'elle avait rencontré. Aaron, Bird, le Lièvre, Lachlan. Sa vie d'Avant ne valait rien puisqu'elle n'en avait presque aucune réminiscence. Elle ne se rappelait pas même de son véritable nom. Ici, elle était Résine, et c'était bien assez. Bien assez pour lutter de son côté, autant qu'elle le pouvait, pour mettre à mal ses ennemis. Et Blanche était une ennemie. Elle ne devait pas faillir. La peur fait parfois perdre la véritable mesure du danger en l'accentuant. La témérité la fait perdre en l'amoindrissant.
Alors la rousse dévoila sa main noire pour lancer dans les yeux du Monstre la poignée de sable qu'elle dissimulait derrière elle, avant de faire volte-face précipitamment. Tant pis si cela se révélait inutile, s'il suffisait pour le Serpent de mettre ses doigts en écran contre la poussière. Résine serait déjà partie la seconde d'après. Elle serait déjà en train de courir entre les palmiers de l'oasis, à travers la végétation luxuriante si pénible aux déplacements des rampants.

« Lapidez-moi, si vous en êtes capable ! » s'écria la sorcière derrière le rideau d'arbres.

Elle en doutait grandement. Qu'importe l'apparence du Rêve, si Blanche était princesse, jamais elle n'irait tuer quelqu'un à coup de pierres. On laisse le sale boulot à ses sbires, d'ordinaire. Blanche faisait peur, Blanche était terrifiante. Mais Blanche ne pouvait rien, et ses paroles n'étaient que sifflements sans matière. Du moins Résine l'espérait-elle. Car elle avait beau courir, augmenter la distance de sécurité, elle ne voyait pas comment venir à bout de la Créature sans une aide matérielle convenable.

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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Mar 1 Jan - 15:17

    Premier réflexe, regarder ses mains. On ne sait jamais. Des fois qu'il n'aurait pas une apparence humaine. C'était le cas de pas mal de Rêveurs, il était presque déçu d'y faire exception à chaque fois. C'était comme si il ne pouvait participer entièrement à la fantaisie du Reflet.
    Deuxième réflexe, se relever, regarder autour, et chercher un point de repère pour savoir qu'elle taille il pouvait bien mesurer cette fois. Ces deux actions étaient devenues une habitude qu'il avait très vite adoptée, même si il n'avait fait que peu de visites ici bas. Tout aussi instinctif que de tâter sa poche, et vérifier que le morceau de miroir s'y trouvait bien.
    Lachlan releva alors la tête. Il s'était endormit confiant, il avait donc le petit espoir d'être normal pour une fois. Mais ce qu'il vit ne lui permit pas de le déterminer tout de suite : autour de lui, rien. Rien que le néant, le désert. Une énorme étendue de sable clair, formant vallées et collines mouvantes. C'était un joli spectacle, qui alluma dans son esprit une petite étincelle, celle du souvenir. Quelque part en lui, sans qu'il n'en ai vraiment conscience, ce paysage lui rappelait le bush australien dont il était issus.

    Mais cette douce mélancolie ne faisait pas tout, il ne pouvait rester à regarder les dunes jusqu'a ce que son petit bout de verre ne se brise, ou qu'il ne meure de déshydratation. Alors que faire ? Creuser ? Si il était aussi petit qu'un microbe, et si ce sur quoi il se trouvait était en réalité le bac à sable d'une plus grande pièce, cela ne servirait à rien. Il prit donc la décision de marcher, tout droit, jusqu'a ce qu'il tombe sur quelque chose, ou sur quelqu'un. Il était venu pour une raison, la même qu'a chacune de ses rares visites : partir à la chasse au souvenir. Rien n'avait été payant jusqu'a présent, il n'avait trouvé aucun morceaux de miroir qui collait avec le sien. Mais le jeune garçon était téméraire, là était l'une de ses plus grande qualités.
    Il avait rencontré à Espérance des gens qui se souvenaient d'une grande partie de leur passé. De leurs parents, de leurs familles, de scènettes entières. Alors pourquoi lui n'en avait qu'un ? Et encore, il était beaucoup trop flou. Parfois, ce seul souvenir suffisait à lui donner envie de ne pas en chercher d'autres, et parfois il avait envie de tout savoir. Ces jours là il enlevait le drap protecteur, et se jetait à corps perdu dans les bras de Morphée. L'espoir est la plus grande des motivations dit on, à moins que ce ne soit la curiosité ? Ce monde étrange et onirique ne l'attirait pas plus que ça, mais l'intriguerait toujours. Une fois qu'il y était, il se plaisait à l'explorer. Quelle merveille impossible pourrait il encore lui montrer aujourd'hui ?

    Lachlan avait assez marché pour ne plus apercevoir l'origine de ses traces de pas. Au fur et à mesure que le temps passait, le soleil lui brulait la peau. Il avait besoin d'ombre. Un cactus, un rocher, n'importe quoi qui pourrait lui permettre de rafraichir un peu ses tempes. Un arbre. Des arbres. Une palmeraie ? Voila qu'il discerna une oasis. Minute. Non, c'était trop bête ! Un mirage. Il était dans le Reflet et il voyait un mirage. Il succombait à la plus simple des illusions dans le pays où elles étaient reines ! Mais n'étant pas sûr de cela, et l'ilot de verdure se trouvant dans la direction qu'il visait, il continua son chemin sans se démonter. Il verrait bien si il pourrait atteindre cet endroit ou non, ce n'était plus si loin. Si il s'était retourné, il aurait pu voir que la distance entre les marques qu'il laissait dans le sable derrière lui s'amenuisait : ce simple doute avait suffit à le diminuer.

    Le chemin ne fut pas beaucoup moins long que ce qu'il avait déjà parcouru, en fait, mais il en valait la peine : il ne s'agissait pas d'une chimère. Il fut heureux de pouvoir s'y poser un instant, profitant de l'ombre pour enlever son sweat-shirt et l'attacher autour de sa taille.
    Seul dans ce paysage hostile, il s'était attendu à l'être aussi là bas. Il lui arrivait parfois de ne croiser aucun autre rêveur pendant ces nuits. Mais alors qu'il s'était installé sous un tronc salvateur, il entendit du bruit, des gens parlaient plus loin. Il ne discernait pas les mots, mais le ton ne lui sembla pas des plus cordial, le poussant à rester là où il était sans intervenir. Il avait vite appris qu'il ne fallait pas se mêler des disputes qui ne le regardaient pas, encore moins si c'était dans le Rêve. Mais quand l'une des voix se déplaça, accompagné de bruit de course dans sa direction, il ne put s’empêcher de se tourner pour voir, quitte à être vu aussi. Une jeune personne, encore trop loin pour qu'il puisse déterminer qui, fonçait comme une furie vers lui, laissant son interlocuteur trop éloigné derrière les arbres pour qu'il puisse en apercevoir même la silhouette. On cria.

    « Lapidez-moi, si vous en êtes capable ! »

    Les mots étaient sévères, mais plus que tout, c'est la voix qui marqua Lachlan. Il l'avait déjà entendue. Merde. Il l'identifia à l'instant même où il vit son visage. Résine. L'étrange fille de la fontaine. Il s'était attendu à tout sauf à la croiser là. Au milieu de nulle part. Au milieu d'un songe.
    Bêtement il retourna se cacher derrière son arbre : Rencontrer une personne dans le Rêve permettait d'en apprendre beaucoup sur elle. Après le moment qu'ils avaient passé ensemble, était-il prêt à ce qu'ils s'observent l'un l'autre aussi intimement ? Non, il ne tenait pas tellement à ce qu'elle le voie, pas comme ça, affaiblit par la chaleur et à peine plus grand qu'un hobbit. Il avait déjà paru assez misérable comme ça éveillé, et il savait que le Rêve ne manquerait pas de lui renvoyer sa condition bien dans la face, vicieux comme il était.

    Mais de toute façon ce jeu de cache-cache ne servirait à rien, elle l'avait surement vu lui aussi, a moins que sa folle course ne lui ait fait perdre la notion de ce qui l'entourait. Peut être voudrait elle de l'aide ? Quel que soit la personne qu'elle fuyait, ce ne devait pas être une de ses amies. Qui cela pouvait être maintenant que Miséricorde n'était plus ? Et si il ne voulait pas qu'elle le voie, il ne voulait pas la laisser dans la panade non plus. La laisser courir un danger était la dernière chose qu'il lui souhaitait. Dans quelques secondes elle aurait atteint sa planque, alors il serait bien obligé d'assumer. Que c'était petit et lâche d'espérer qu'elle continue sa route sans lui adresser la parole ...

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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Mar 1 Jan - 17:10



    Et le sale se fondit dans le noir. Dans ce trou noir béant. Le sale appelle le sale, le noir appelle le noir, les ténèbres appellent les profondeurs. Et l’œil putride qui s’offrait à la Créature était ce bas qu’elle s’empressa de rejoindre pour coincer sa proie. Alors, en reprenant sa queue contre elle, elle se jeta à la poursuite de cette boue mouvante qu’était la jeune rêveuse.

    Pendant la chute, ses écailles se resserrèrent les unes contre les autres, le bout de miroir la blessant légèrement, seule partie de son être à ne pas bouger et à rester constant, c’est pourquoi il était le seul à la briser. Elle, changeante selon son humeur, l’environnement, elle aussi mouvante que la boue précédente. Premier contact avec ce nouveau monde : une brûlure. Partout, sur sa peau translucide, le soleil venait l’agresser, venait la marquer de tâches noires un peu plus chaque seconde. Cette garce avait choisi le pire endroit pour la Créature ténébreuse. Dans un craquement d’os continu, la Chose se tordit, sa queue se rétracta contre elle, et ses doigts se replièrent sur eux-mêmes. Un cri, strident, affreux, bestial sortit de sa gorge alors que les grains de sables s’infiltraient entre les petits trous que sa peau brillante n’avait pu fermer, et au sol, une marque noire se confondit avec les grains clairs, créant ainsi une sorte de pâte molle du sang de la Bête et du corps du Rêve. Un affreux rictus se dessina sur ses lèvres trop fines et pourtant trop noires en voyant que tout ça se passait devant les yeux de la Saleté. Alors, bien que bancale, elle se redressa sur sa queue pour la surplomber un minimum.
    La petite visait trop juste à son goût, trop vite aussi, alors sa langue fourcha au mot « serpent » en se penchant vers elle.

    « Tu abandonneras plus vite ton miroir que tu le penses, et sans contrepartie » prévient-elle, laissant encore sa langue fourcher, bien que sa voix se fasse plus faible. Le soleil était encore présent, trop présent, et sa peau en devint plus tachetée, et dans un léger froissement, ses cheveux tentèrent de la couvrir un peu avant qu’elle ne lance son défit, et sa première attaque directe. Un deuxième cri lui échappa alors qu’elle se mit dos à elle pour se laver les yeux, le dos courbé, les mains tremblantes s’affairant à retirer ces grains de sable qui semblaient à tout prix l’envelopper, à l’image du sel pour les corps des momies. Mais, bien qu’elle ait eu un corps de macchabée, un cœur putride, une allure de zombi sur queue, elle était vivante. L’horreur vivante qui voyait un micro-fleuve couler sur sa queue. Et quand enfin elle se retourna pour attraper la petite, elle était déjà en train de courir vers cette forêt, cette oasis, cette chose qui faisait la barrière du soleil.

    Doublée de son envie de la rattraper, et de son besoin d’ombre, la Créature s’élança à travers le sable, tentant de ne pas s’enfoncer dans les dunes et ne plus en ressortir. Mais, en allant vite, en serrant ses écailles les unes contre les autres, cette piste ne fut que glisse et rapidement, elle arriva à la verdure dense. Et dans sa danse serpentine aux écailles entrechoquantes, elle manqua de l’attraper cette vermine, mais c’était sans compter ses arbres serrés, ces creux de terre, et ces lianes qui créaient des barrières fines mais solides. Un troisième cri, et une certaine colère s’empara d’elle. Comme une furie, elle déchira ces fils verts. Sa queue s’affaira dans un mouvement à la limite de la folie, à la pousser droit devant et à rattraper son retard.

    « Saleté, reviens » lâcha-t-elle d’entre ses dents.

    Et puis petit à petit, encore quelques coups de queue, et la voilà à bonne distance pour faire s’abattre un palmier, mince, devant Résine, avec sa queue eh. Avec un grand coup de queue sur ce palmier pas bien gros, elle réussit à le faire craquer, autant que les os de son dos qui se tordait sous l'effort du coup, et CRAC, la longue tige tomba dans un cri de déchirement des racines, et un rire bas et noir de la Créature. C’était sans doute pas ce qui l’arrêtera, mais peut-être que la surprise de la chute de l’arbre la surprendrait bien trop pour ne plus courir tout droit, et loin.
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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Mer 2 Jan - 21:31

« Courir, en essuyant orages sur orages,
Vers un but incertain où l'on n'arrive pas.
»
J.-P. C. de Florian
_______________________________________________________________

Courir. Ah, elle excellait à cela, la sorcière ; plus qu'à préparer des potions magiques ou à tremper des cuisses de grenouille dans un ragoût de pattes de mouches. Courir pour échapper à ce monstre en mutation, à ce serpent en presque décomposition. Pour ne plus subir cette vision infecte et entendre ces cris d'horreur qui lui vrillaient les tempes. Résine n'aurait pas imaginé que le soleil puisse la meurtrir à ce point. Peut-être était la solution, l'unique moyen d'en venir à bout ; la piéger, la capturer puis l'exposer aux cruels rayons du zénith. Mais c'était une supposition abominable. Nous étions dans le Rêve, où toutes les blessures qui s'y produisent ne se retrouvent pas dans la réalité, certes, et pourtant l'idée de la souffrance barbare, de la torture pure et simple, indignait la rouquine. Elle ne pouvait pas envisager une exécution lente, ça non. Il lui faudrait transpercer son coeur pourri, le percer de part en part d'un trait violent et précis, pour que la Blanche ne souffre pas de ces trois gouttes de sang tombées sur la neige. Mais comment y parvenir ? Comment passer outre ces rangées de crocs blancs, ces ongles comme des morceaux d'ardoise acérés, cette queue écrasante ?
Résine regardait droit devant elle. À plusieurs reprises, elle manqua de trébucher parmi les herbes folles, de s'accrocher à quelques racines découvertes et les branchages lui fouettèrent les joues sans vergogne. Son souffle s'était considérablement accéléré, comme les battements de son coeur, parce qu'à l'effort physique se conjuguait la peur et l'adrénaline. Peur. Elle qui voulait se montrer forte, digne du Directeur, digne de l'épauler dans sa lourde tâche d'enrayer le processus de domination des Nahash, elle détestait entendre ce sang battre dans sa gorge, symbole trop juste de son effroi. De temps en temps, elle jetait des coups d'oeil derrière elle mais cela ne la ralentissait que trop et la présence du serpent de plus en plus proche lui interdisait tout répit. Sa robe lourde de vase la gênait dans ses mouvements. Emportée par son élan, la gamine ne put s'arrêter lorsqu'elle entendit un craquement tout près d'elle. Blanche avait plus d'un tour dans son sac, et se faire voler dans les écailles par une pauvresse boueuse n'était certainement pas dans ses plans. Bien qu'elle vît l'arbre s'abattre de tout son long devant elle, ce qui signifiait qu'en plus de l'obstacle végétal, le reptile la talonnait, Résine ne sut l'éviter. Elle voulut pourtant sauter par-dessus, car le tronc était plutôt mince, cependant sa maladresse légendaire eut raison de sa volonté et, se prenant les jambes dans ses jupes, elle buta contre l'écorce pour aller s'effondrer de l'autre côté du barrage, tête bêche dans la poussière.

La chute n'était rien. Le ridicule et l'humiliation non plus. En souhaitant se rattraper tant bien que mal, à la manière d'un gosse qui tend les mains pour se réceptionner lors d'une gamelle, la sorcière avait lancé ses bras devant elle. Du coude au poignet droits, l'épiderme qui avait frotté le lit de sable s'était arraché pour y laisser une bande de chair à vif, rosée sous la couche de noir. La lymphe brillait sur la surface brûlante. Aussitôt, Résine essaya de nettoyer à peu près la plaie des grains qui la recouvraient, tout en se retournant pour faire face à Blanche qui l'avait désormais rattrapée. C'est là que se produisit le pire qu'elle aurait pu imaginer. Ou plutôt, qu'elle vit la dernière chose qu'elle aurait eu envie de voir à cet endroit, au blanc milieu du désert et d'un Rêve. Elle le reconnut tout de suite et ses yeux s'écarquillèrent. Même rétréci, Lachlan conservait son apparence réelle dans le Reflet. Caché derrière un arbre à sa gauche, il avait assisté à la scène précédente en silence. Pas que la rouquine lui en veuille d'avoir observé sans se montrer, loin de là. Mais maintenant, elle avait l'impression d'être complètement coincée. Elle se retourna à grand peine.
Coincée entre le garçon qu'elle ne voulait en aucune manière impliquer dans l'histoire et le Serpent dont il fallait qu'elle se débarrasse. Mais si ce dernier s'en prenait au blond ? Et si Lachlan était dégoûté d'elle, avec toute cette vase sur le corps et ses membres sombres ? N'était-elle pas, aujourd'hui et pour toujours, une horrible petite souillon, une détestable vermine noirâtre, une saleté ambulante aux cheveux poisseux ? La Serpent l'avait encore répété. Lui savait à quel point elle était sale. La pensée que le garçon puisse la trouver répugnante à son tour et se détournait d'elle l'angoissait encore plus que la présence du monstre en face. Néanmoins, celui-ci demeurait la priorité, parce que le garçon ne serait jamais une menace pour son intégrité physique, contrairement au reptile. Elle devait réagir, le protéger, faire n'importe quoi. Son bras la lançait brutalement. Il fallait qu'elle en finisse.

« Allez-y, approchez-vous donc. Je n'ai pas peur de vous. »

Faut-il préciser que c'était un mensonge simplement destiné à éviter que Blanche ne découvre Lachlan et ne décide de s'en prendre à lui ? Bien sûr qu'elle avait peur. Son regard parlait pour elle. Mais la blond était si petit, peut-être pas plus haut qu'une table, et n'en était que plus vulnérable face à la grandeur du monstre. Pourtant, il n'avait pas rajeuni, et c'était sans doute là le fait le plus étrange. L'Australien n'était pas retombé en enfance ; c'était toute son anatomie qui avait réduit proportionnellement. Pourquoi ? À quel type d'entrave cela correspondait-il ?
Résine empoigna son morceau de miroir comme un coutelas. Si celui du Serpent, serti dans sa queue comme une écaille coupante, pouvait le blesser, alors c'était l'unique arme qu'elle avait à sa disposition pour continuer le travail et saigner davantage la créature. Tant pis si elle se tranchait la paume au passage ; ce n'était qu'un rêve, elle n'en aurait plus la marque au réveil, juste le souvenir. Et puis, elle pourrait s'en remettre, ce qui n'était pas le cas de tous les enfants. Certains se réveillaient terrorisés par des visions cauchemardesques. La sorcière pouvait endurer. Elle devait endurer. Si elle faiblissait devant Lachlan, c'est là qu'elle n'était pas sûre de digérer l'échec.

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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Dim 13 Jan - 21:04

    Ferme les yeux. Cela ne va pas pour autant te permettre de te réveiller. Ça ne marche pas comme ça ici. Et puis comme si tes paupières étaient une cachette suffisante …
    Le bruit de course effrénée était de plus en plus proche et Lachlan était resté immobile, suivant son plus basique instinct. Mais perdez un sens, et les autres s'emballent : il ne voyait plus mais entendait et ressentait toujours. Il y eu ce gros craquement, ce choc sourd, cette brise sèche, et derrière, un peu étouffé, ce rire. Un affreux rire rauque, et dieu sait que Lachlan n'aimait pas ce genre de rires. Il fronça les sourcils : Que s'était il passé ? On avait fait tomber un arbre ?
    Impuissant, il avait rouvert les yeux juste pour voir Résine finir sa chute, le sable ripper contre sa peau et l'entailler. Il l'observa se relever péniblement, ne la quittant pas des yeux jusqu'à ce que leurs regards ne se croisent. Dans ses pupilles il lu de l'étonnement, de le consternation presque. Ce n'était pas un regard qui donnait envie de lui faire un grand sourire et de s'exclamer "Surprise !", plutôt un regard qui imposait une ambiance lourde. C'est peut être bien la première fois qu'ils se retrouvaient aussi proche depuis l'épisode de la fontaine. Dire que Lachlan ressentit un léger malaise serait un euphémisme.

    Il l'étudia de la tête aux pieds. Elle était sale, dans une robe couverte de boue. Il n'avait pas conscience que c'était incrusté sur elle, que c'était là son "apparence véritable", il se demanda juste où elle avait pu se faire ça en cet endroit. Plus que tout il remarqua sa blessure au bras, dont la vue lui pinça indescriptiblement le cœur. Tellement qu'il en oublierait presque la honte qu'il avait à paraitre tel qu'il était. Peut être même en avait t-il perdu quelques centimètres. A chaque fois lors de ses visites dans le Reflet, sa taille fluctuait comme le sable d'un sablier : Dès qu'il commence son Rêve, plus le temps passe et plus il se réduit, ses centimètres ne cessant de s'écouler. Peut être pourrait il regrandir, ce serai surement possible, mais ça ne lui était encore jamais arrivé.
    Mais plus que tout, Résine avait l'air d'avoir peur. Elle se dressait face à son ennemie, toujours invisible pour le blond. « Allez-y, approchez-vous donc. Je n'ai pas peur de vous. » mais d'où il la voyait, c'était assez près pour voir que ses yeux la trahissaient. Et qui était-ce donc en face d'elle, il ne l'avait pas entendu approcher, il n'y eut qu'un bruissement de sable.

    Que faire encore ? Se placer devant la jeune rousse pour la protéger ? L'intention était louable, mais que pourrait il vraiment faire ? Il n'était pas assez bon, pas assez fort pour l'aider ! Il ne lui serait que d'un bien maigre secours ! Et elle, elle sortit sont miroir et le brandit. Gosh. Mais qu'y avait t il en face d'elle pour qu'une si douce personne en vienne a de telle extrémités ?
    Il chercha autour de lui quelque chose qu'il pourrait lui aussi utiliser. Il pourrait peut être trouver de quoi faire une arme, ou un bouclier ! Il n'eut besoin que de tendre un peu le bras pour attraper une branche qui trainait la. Néanmoins il ne l'avait pas jugée aussi lourde, où alors c'était que ça force avait diminué avec sa carrure. Une fois qu'il l'eut bien en main, il se tassa sur lui même pour être prêt à bondir quand l'occasion se présenterait. Si il ne pouvait se dresser devant Résine pour faire un rempart de son corps, il pouvait essayer d'atteindre ce qui lui faisait face par surprise, frappant l'ennemi au moment où il passerait à hauteur de son arbre. Il ne chercha pas à regarder la rousse pour avoir une preuve de son approbation : elle avait déjà bien à faire pour essayer de paraitre confiante, et le moindre signe en sa direction risquerait de le trahir. Il fallait aussi ajouter que, pour que le plan du jeune homme marche, il fallait que l'ennemi se dirige droit vers elle, et il n'aimait pas cette façon de s'en servir comme appât.
    Il ne s'imaginait pas quelle pouvait bien être l'apparence de la chose qui s’avançait alors, et peut être que s'il l'avait su, Résine ou pas, il se serrait enfuit en courant. Mais pour le moment il retenait son souffle, attendant qu'une hypothétique silhouette arrive à son niveau.



    (Vraiment dééééééésolée d'avoir mis autant de temps a répondre °M°)
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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Dim 28 Avr - 17:06

Le monstre fit bouger sa queue dans un méli-mélo de craquements et de frottements d’écailles. Sa colonne vertébrale fut aussi soumise à cet entrechoc et ses os se mirent à chanter, note par note, jusqu’à ce que ces doigts d’ardoises n’achèvent la lente mélodie presque sadique, le temps qu’ils achèvent la symphonie morbide. C’est seulement à ce moment là qu’elle daigna s’avancer, laissant ramper sa peau rugueuse au sol. Alors, pour accentuer l’effet de domination, elle se redressa bien sur sa queue, avant d’afficher un sourire des plus tranchants et des plus répugnants, entre dents noirâtres et verdâtres, finissant en pointes sur ses lèvres rouges sangs. D’ailleurs, ses lèvres auraient pu être colorées de son propre sang tant il était foncé. Dans le creux de ses seins inexistants, son cœur cramoisi ne bougeait toujours pas, il pourrissait à chaque fois, teintant de son faible liquide la peau blanche de quelques veines noires qui transparaissaient. Son état monstrueux empirait de plus en plus, mais la seule chose qui lui importait tant était bien d’écraser cette dernière, puisqu’en plus, elle le lui demandait.

Pas peur d’elle. Pas peur de ce corps hideux. « Quelle étrange saleté tu fais » lâcha-t-elle, laissant sa langue fourcher au son du « s. » Mais puisque tel était son souhait, elle s’avança pour la prendre et l’empailler des ses ongles noirs. Elle était totalement focalisée sur la saleté qu’au final, la faire mourir n’était pas amusant, ni même enchantant, pour l’instant, alors elle se contenta de la prendre au cou et de la soulever légèrement, pour enfin se pencher vers elle et planter ses yeux cadavériques dans les siens. Leurs visages étaient proches, assez pour sentir son haleine putride s’émaner de sa bouche, antre aux morts. Son cou se mit à craquer encore une fois, lorsqu’elle voulut pencher la tête sur le côté. Ses mains glacées serraient doucement son cou, un ongles commençait à laisser sa marque dans le cou de Résine. « Tu n’as toujours pas peur de moi ? »


Spoiler:
 
Résine
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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Mer 8 Mai - 21:06

Oh, pourquoi avait-elle fait cela ? Pourquoi s'était-elle dressée contre ce monstre, le narguant de toute sa petitesse, l'invitant à écraser son frêle corps d'adolescente avec sa queue poissarde ? L'espace d'une seconde, le regret, sinon le remords, la submergea et elle crut qu'elle n'y arriverait pas. Qu'elle allait faillir et se faire engloutir dans une noirceur pire que celle qui lui recouvrait bras et jambes. Elle se demanda ce qui se passerait si Blanche, la redoutable reine, lui transperçait le coeur et lui déchirait la gorge. Est-ce qu'alors, elle se réveillerait en pleurs au sombre milieu de la nuit, les draps encore froissés de ce combat perdu d'avance ? Le suc gluant, cette teinture indélébile qui lui obscurcissait les membres, aurait-il raison de tout son corps, des orteils au sommet du crâne, la plongeant dans une folie sans retour ? Oui, c'était bien du regret qui l'envahit à cet instant, face au Serpent. Un regret qui prenait sa source dans le sentiment le plus humain du monde : la peur. Commune, insidieuse, et plus collante que tous les fluides réunis. Pourtant elle tenait bon, la petite Résine, avec son morceau de miroir dans les mains et ses sourcils froncés ; elle voulait tenir bon quoi qu'il lui en coûte, parce qu'elle était dans le Reflet et que sa vie n'était donc pas en danger en tant que telle. Mais elle avait peur malgré tout, de ces écailles noirâtres, de ces crocs acérés, de cette voix surtout, tranchante comme du verre brisé, et qui venait se loger dans son crâne pour l'emplir de terreur. Elle qui avait crié quelques minutes auparavant qu'elle ne craignait rien du reptile...

Cet état de faiblesse impromptu fut toutefois mis à mal par les mouvements de la créature. La rouquine, que l'effroi avait paralysé une seconde, ne put éviter de se faire attraper, comme un reptile fond sur sa proie et lui brise le cou dans ses anneaux. Cependant, Blanche ne décida pas de lui régler son compte en deux craquements de nuque. Quelque chose dans ses yeux vitreux laissait penser qu'elle voulait juste s'amuser, se venger avec une lenteur sournoise, plutôt que de la tuer sur-le-champ. L'univers du Rêve se prêtait davantage à une longue torture qu'à une exécution sommaire ; même si aucune séquelle physique n'était à prévoir au réveil, la douleur ressentie durant le sommeil convenait tout à fait à l'exercice des châtiments. Lorsqu'elle fut soulevée de terre, Résine manqua de faire tomber son bout de miroir. À moitié suffocante, elle agrippa les bras du monstre dans le vain espoir de les faire lâcher, pauvre petite chose qui gigote dans le vide. L'étrange saleté sentit un fil lui serrer la gorge de l'intérieur, pendant que ses yeux glauques la brûlaient de larmes qui ne débordaient pas encore.

« Tu n’as toujours pas peur de moi ? »

Ça sonne comme une revanche narquoise. Mais la rousse se refusait à abdiquer. Son coeur battait tel un tambour de guerre, menaçant de s'extirper de la cage thoracique à tout moment. Elle avait les lèvres blanches et les joues rouges, et un filet de voix sortit de sa gorge obstruée. « Non... » Trop de peur et trop de fierté. Mauvais cocktail. Et pour prouver au reptile qu'en dépit de toutes ces fragilités, elle pouvait encore se battre, la gamine abattit, quelque peu au hasard, son morceau de miroir dans le bras de Blanche.

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MessageSujet: Re: .Tout ce qui ne brillera pas. Mer 22 Mai - 22:44

    Laideur. Répugnance.
    Lachlan s'était tenu prêt, attentif, jusqu'au dernier moment. Quelques secondes avant, il resserrait ses mains sur le manche de son arme de fortune. Et c'était apparu.

    Abjection. Monstruosité.
    Il se stoppa d'effroi. C'était passé, c'était hideux. Un monstre mi-humain mi-serpent. Une sirène. D'abord un buste de femme décomposée, puis ce long appendice écailleux, c'était la ce qui était passé à quelques mètres du jeune australien, loin mais pourtant trop proche, lui provoquant un haut-le-cœur. Et la bile qu'il sentait dans sa bouche n'arrivait pas au niveau de dégout que la chose lui inspirait.
    La masse immonde et reptilienne glissa sur le sable, son diamètre faisant déjà la moitié de la hauteur du garçon, qui ne bougea pas un cil. Il ne pensait même à rien, pas à Résine, pas à lui même, pas à ce soudain élan de courage qu'il avait sentit trois secondes plus tôt, il ne faisait que suivre des yeux la bête avec une fascination morbide. Il la vit se dresser tel un véritable serpent se remuant avant d'attaquer. Sa voix forte et sifflante résonna à ses oreilles. Dans un étrange mélange de sentiments, de la crainte, de la culpabilité, et une forme de curiosité aussi, il se releva sans bruit pour mieux voir la suite des évènements.

    Atrocité. Abomination. Inhumanité.
    Il observait maintenant le corps de la bête de dos, contemplait l’immensité de sa queue, et c'était toujours aussi immonde. A coté d'elle, la rousseur de Résine n'était rien. D'ailleurs à coté d'elle tout en Résine était plus beau, on lui excuserait même cette boue qui lui recouvrait le corps. Comment cela pouvait être un humain derrière ça ? La sirène était au moins 8 fois plus grande que lui avec sa queue, il n’apercevait même plus son amie derrière elle mais pouvait entendre la bête la harceler en lui crachant ses répliques. C'était un condensé de tout ce qu'il y avait de plus affreux dans ce monde. Une vision de cauchemar incarnant a merveille les angoisses de Lachlan. Une succube, une sorcière, une femme puissante, cruelle et malsaine. Cette illusion du rêve, il aurait presque pu croire que c'était pour le tester lui. Et, vision d'horreur, elle attrapa Résine.
    A ce moment la, Lachlan vivait pleinement l'horreur. Il ne se dit pas qu'il était alors parfaitement allongé sur le piètre matelas de sa chambre à la fermette, ses camarades couchés à quelques mètres de lui. Non. Il risquait sa vie, jouait avec la mort. Même si il ne faisait pas partie de l'action, il ne se sentait pas pour autant simple spectateur comme pour un film. Et Résine était en danger. Les bras décharnés, pourtant si squelettiques, qui l'avaient attrapée, pourraient bien arracher le cou de la si jolie demoiselle, désormais suspendue en l'air.

    "Hey le serpent !"
    Il avait eut envie de crier, de se jeter sans réfléchir dans la gueule du loup, mais il n'était pas assez impulsif pour cela, calculant trop bien les dommages qu'il retirerait d'une telle attaque. Il eut envie de lancer une phrase comme "Tu la lâches, tout de suite" avec le ton froid et assuré qui correspondait, mais il n'imaginait pas sa voix ne pas trembler, ce qui baisserait complètement l'impression qui en dégagerait. Il s'en voulait de ne pas être le preux chevalier qu'il aurait voulu être. Mais cette petite apostrophe, loin de l'image digne qu'il aurait préféré donner, c'était bien peu, mais c'était toujours ça. Si ces mots permettaient d'attirer l'attention de la bête rien que quelques secondes, le temps que Résine s'échappe ou quelque chose du genre, et le pari serait gagné. Il avait peur de mourir, mais plus encore de l'idée de laisser seule la pauvre fille entre les griffe de cette horreur. Tant pis si il avait l'air bien bête à faire ainsi face avec sa petite taille et son petit bâton, s'il n'était qu'un insecte, un avorton face à une si grande menace, elle, elle était tellement plus que ça.

    Et tout dans ce monstre était laid, et reflétait une telle noirceur, une telle malfaisance, mais aussi un grand pouvoir que Lachlan ne se sentait pas de taille à affronter. Mais en l'observant ainsi, Lachlan remarqua quelque chose. Au milieu des écailles luisantes, il y en avait une plus claire. Une qui ne semblait pas aussi sombre et noire que les autres. Cet éclat lumineux, dans le rêve on le reconnaisait entre mille, car dès les premiers balbutiement, les premiers pas dans ce monde on apprenait à quel point il était essentiel. Un miroir. C'était la qu'il lui faudrait frapper. C'était le moyen de plus simple d'en finir. Encore faudrait il qu'il ait l'occasion de l'atteindre.
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.Tout ce qui ne brillera pas.

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