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.Kahnawake, je me souviens.

Taima
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MessageSujet: .Kahnawake, je me souviens. Sam 29 Déc - 14:50

Une silhouette de laine brune traversa le village d'un pas sévère.
Cela aurait très bien pu être un tranquille après-midi, sans ordres, sans problèmes, avec juste le toit de la grange comme ciel et la paille comme terre de sommeil. Mais non. Taima avait trouvé refuge, comme à son habitude, à l'étage de la vieille bâtisse, au milieu des ballots de foin fraîchement coupés de l'automne dernier. C'était un vrai plaisir que d'être ainsi entouré d'un parfum d'herbe sèche, parfois encore verte à son extrémité, et de n'avoir comme préoccupation première que d'accrocher dans ses cheveux quelques perles subtilisées ça et là, dans quelques boîtes à couture des filles. C'est que ces petites billes de bois se carapataient souvent, et sans prévenir. Le soir, l'Indien ne retrouvait jamais tout à fait le même nombre qu'il avait compté le matin même, et ça le contrariait comme un Napoléon qui aurait égaré son chapeau. Chacun ses parures. Qu'on se le dise, Taima préférait de loin, voire de très très loin, ses propres décorations. Elles sonnaient à ses oreilles lorsqu'il secouait la tête, et avec les quelques plumes et coquillages qu'il ajoutait à ses tresses, il avait l'impression d'être en communion à la fois avec l'Océan, les Cieux et les Forêts. Pourquoi chercher l'artifice dans le tissu d'un couvre-chef encombrant ? Pourquoi chercher la beauté ailleurs que dans ce que la Nature nous offre de parfait ? Non, vraiment, les Occidentaux avaient un grain quelque part.
Le garçon s'abimait donc dans ses considérations esthétiques et artisanales lorsqu'on vint pousser la porte de la grange. Par réflexe, il se dissimula tout d'abord, au cas où il s'agissait là de l'intrusion incongrue d'un intrus con comme une grue, puis observa. On l'appela par son prénom. Il en fut surpris. La voix lui était familière, bien qu'elle ne lui fut pas forcément agréable. Il sortit la tête de derrière les balles. C'était la petite rouquine du Foyer, une fille proche de Bird, un peu simplette et assez inutile en soi. Elle n'était pas méchante mais il ne se sentait pas proche d'elle. C'était une fille, invisible la plupart du temps qui plus est, avec qui discuter lui semblait la dernière chose à faire à Espérance. Ce qui était certes le cas avec beaucoup d'autres personnes à ses yeux. Cette fois-là, elle avait l'air encore un peu plus débraillée que d'habitude, comme si elle avait couru dans la boue avant de venir ici. Ses pieds nus laissaient des traces de terre sur le seuil de la grange.

« Taima, c'est le taureau... L'enclos était mal fermé... »

Il ne lui en fallu pas plus pour comprendre où est-ce qu'elle voulait en venir. Le gosse s'extirpa complètement de sa planque et sauta au sol. Quelle plaie que d'être dérangé par l'incapacité d'un mioche à clore correctement une barrière ; ce n'était pourtant guère compliqué de pousser deux verrous. Taima n'avait jamais vraiment eu à se confronter avec la bête, qui n'était pas agressive d'elle-même par ailleurs, mais il savait que son poids, sa force, et surtout son imprévisibilité, la rendait dangereuse pour les enfants. D'autant plus si l'un d'eux avait la malheureuse envie de s'improviser toréador de derrière les fagots. Cependant, l'Indien ne se sentait pas impliqué dans cette histoire à cause des autres mômes. S'il y allait, c'était seulement parce qu'il craignait pour le taureau. Il craignait qu'on ne l'abatte à coups de hache, qu'on ne l'étrangle d'une quelconque façon ou bien qu'il ne se prenne la patte dans un trou des pavés et ne se blesse. Contrairement aux moutons et aux vaches, c'était l'unique bestiau encore en possession d'une puissance qu'il revendiquait par le fait de s'échapper. Brave bête. L'Indien passa à côté de Résine sans un mot. D'une main, il s'empara de l'écharpe qu'elle portait autour du cou, ne prenant pas garde à sa protestation ; de l'autre, il vérifia qu'il portait à la ceinture de quoi se protéger en conséquence. Bien qu'il ne désirait pas que l'animal se blesse au cours de son escapade, il n'excluait pas un possible recours aux armes pour se défendre. Raison de survie. Mais juste lui. Il interdisait à n'importe qui d'autre de faire couler le sang de ce taureau.
Dans son dos, il entendit la rousse lui lancer que Bird tenait à cet animal et qu'il fallait qu'il fasse attention à lui. Il ne put s'empêcher de hausser les épaules pour toute réponse. L'avis de Bird, il s'en contrefichait. Il n'avait qu'à le chercher lui-même s'il y tenait tant, à sa bête. Quant à la mise en garde, pour qui le prenait-elle ? Ce n'était pas parce qu'il n'avait que quinze ans qu'il allait se faire rétamer. Il n'était pas Amérindien pour rien ; la capture de chevaux sauvages exigeait certaines qualités dont il se savait doté.

Vêtu d'une cape de laine brune, il traversa le village d'un pas sévère.
L'heure n'était pas à la rigolade, loin de là. Ses doigts serraient l'écharpe avec force et ses yeux scrutaient le moindre indice qui aurait pu le mettre sur la piste du taureau. Un baquet d'eau renversé, une jardinière saccagée, une corde à linge en piteux état. Le jeune Mohawk se plaqua contre un mur. Il approchait de la place centrale, convergence de toutes les rues d'Espérance, si bien que l'animal pouvait surgir de n'importe où. Il croisa une fillette qui courrait en direction de l'école, mais ne put savoir si son état était dû à la présence du bestiau ou juste à une urgence extérieure. Il n'y avait qu'elle qui aurait pu le gêner dans ses actes ô combien héroïques. Une chance que le temps ne soit pas à la promenade champêtre ; la place centrale était vide de monde en ce jour bleu d'hiver. Mais pas vide d'animaux.
Sans doute épuisé par sa course, le taureau avait fini nez dans la fontaine et s'abreuvait nerveusement. Son poil ras tressautait le long de sa colonne et sa queue fouettait l'air en un mouvement sec de balancier. Taima s'arrêta à distance raisonnable. Le moindre mouvement, brusque ou non, exciterait l'animal déjà perturbé par cet environnement insolite. Il devait se faire silencieux. Pourquoi n'y avait-il pas de hautes herbes en remplacement de ces dalles de pierre ? Pourquoi y avait-il ces maisons qui bouchaient la vue ? Saleté de village. Rien ne valait la steppe.

Puis la bête redressa la tête pour la pointer dans une direction. Elle semblait avoir été surprise par quelque chose qui s'approchait. L'Indien grimaça. Il n'arrivait pas à voir la personne ou la chose qui s'était avancée avec imprudence. La situation allait se corser, et ça ne lui plaisait pas du tout.

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MessageSujet: Re: .Kahnawake, je me souviens. Lun 14 Jan - 19:48

Je fixe le ciel clair. J'ai l'impression que même l'éternité ne le changerait pas. En réalité, c'est lui qui nous fixe, témoin froid et intransigeant des injustices du monde, de la perversion de l'Homme. Je ne sais pas ce qui me prend ce matin, je suis là, allongé sur la terrasse d'une maison encore sans propriétaire, et je fixe le ciel. Depuis un temps infini, une seconde ou une heure, quelle différence ? Ce ciel dégagé me semble toujours aussi imperturbable, imperméable à mes problèmes. Il est calme, paisible et reposant. Je voudrais m'y noyer.
"Te noyer dans le ciel ? C'est impossible tu le sais."

Oui, ça n'arrivera jamais. Je ne fais que rêver du calme qu'il m'évoque. Mais je ne suis pas fait pour rêver, c'est déjà tout juste si je peux choisir les vêtements que je porte ou ce que je mange pour le petit-déjeuner. Tout ça parce que je sais que je vais là où je dois aller. Je n'envie pas les autres qui vivent dans le noir le plus complet, dans l'incertitude de l'avenir. Je dis juste qu'il ne sert à rien de rêver lorsque ta route est déjà tracée et que tu l'as sous les yeux. L'espoir n'est qu'une illusion pour se donner un peu de liberté. Une liberté qui n’existe pas. Pour moi, rêver serait une perte de temps.

Je peux quand même m'estimer chanceux. Je mène une existence tranquille et sûre. C'est une bonne journée pour moi. Je sèche les cours bien que j'étais persuadé que le Destin serait aux anges de me voir cloîtré dans une salle de cours à fixer ce même ciel, qu'Il jouerait avec mes nerfs toute la journée, détruisant chaque parcelle du peu de calme qu'il me reste. Mais non, toute est bien, agréable et reposant. C'est rare, tellement que, même si je sais qu'il n'y a pas de bonheur sans malheur, j'en profite. Et puis, ce n'est pas en me méfiant de tout que j'éviterais les problèmes. Si c'est mon destin alors il n'y a rien à faire à part subir. Je ferme les yeux et profite de l'air frais en respirant profondément. J'aimerais rester comme ça toute ma vie.

Un bruit de pas me rappelle où je suis. J'ouvre les yeux et me redresse calmement. Je me penche par-dessus le balcon pour voir qui arrivait, supposant que le bruit venait forcement de la rue en contre-bas. J'entends alors une porte s’ouvrir dans mon dos. Bon ben faut croire que cette maison appartient à quelqu'un finalement. Et alors que l’inconnu m'interpelle, je redescends rapidement par la pile de caisses qui m'avait permis de monter. Je jette un coup d’œil sur les pavés pour retrouver le fil de ma route. Je le vois qui s'enfonce dans les ruelles du village et je cours pour être sur de semer l’inconnu. Déjà que je sèche les cours alors si on m'attrape chez des gens alors que je n'ai rien à y faire, je me doute bien que je vais avoir des problèmes et ça ne m'intéresse pas plus que ça.

Je débouche finalement sur la place centrale. Je lève les yeux pour savoir vers où je dois me diriger mais je m'arrête net. Au milieu de la place, le museau dans la fontaine, se tient un taureau et pas un petit. Il lève la tête vers moi. Je le sens mal ce coup là.
"Surprise !"

La bête commence a taper du sabot. Je vais me faire faucher par un animal échappé de la ferme du directeur. Je l'ai toujours dit que c'était dangereux de laisser des enfants s'occuper d'animaux pareil.

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MessageSujet: Re: .Kahnawake, je me souviens. Mar 22 Jan - 20:41

De l'endroit où il se trouvait, le champ de vision de l'Indien était considérablement réduit. Mais il profita du fait que l'attention du taureau soit captée pour s'avancer d'un pas, tout en longeant le mur. Il n'était pas inconscient, loin de là ; son comportement de stratège reprenait les dessus. Considérons l'animal comme le territoire à conquérir et l'énergumène invisible comme l'ennemi qui veut lui aussi conquérir le territoire. C'est basique comme approche, mais simple à comprendre. La différence avec le Risk, ou tout autre genre de conflit de ce style, c'est que la lande convoitée est ici armée par la nature de quatre membres puissants, d'une tête au front cornu et pèse environ neuf cent kilogrammes. Une terre est calme et muette, elle se contente de ployer sous le vent et de briller après la pluie. Ça n'a rien à voir avec du bétail. Quoi qu'il en soit, cette personne ou cette chose à l'angle de la maison allait se faire piétiner si elle ne réagissait pas. Si elle réagissait aussi, d'ailleurs. Pour se montrer à découvert de cette façon, c'est qu'elle n'avait pas dû remarquer avant le problème -manque d'observation, mauvais point. À cet instant néanmoins, Taima n'entendit ni cri, ni hurlement de terreur, ce qui laissait présager que l'intervenant avait un minimum de jugeote pour ne pas effrayer davantage la bestiole. À moins qu'il ne soit trop horrifié lui-même pour prononcer le moindre son.
Il fallait qu'il fasse quelque chose ; il n'avait pas le choix. Si jamais il rentrait au Foyer avec du sang sur les mains en disant « Rien de grave, un simple dommage collatéral ! », il doutait que Bird montrât le même amusement que lui. En conclusion : agir. Et agir vite, avant que le taureau ne décide de charger une bonne fois pour toutes.

L'Indien s'écarta de son mur pour s'élancer en direction de l'obstacle. Comme il s'y attendait, la bête renâcla à son approche, se tourna vers lui et secoua son encolure avec la ferme intention de s'en servir. Déjà elle baissait les naseaux presque jusqu'au sol, en position d'attaque. Taima savait qu'il n'aurait que peu de temps, et la chance devrait être de son côté pour que tout se passe comme prévu. Ainsi, alors qu'il marchait vers le taureau, il brandit l'écharpe qu'il avait à la main et le tissu, pris au vent, ondula dans les airs en une longue traînée de laine. Perturbé, l'animal eut un mouvement de recul mais se rétablit aussitôt ; c'est à ce moment que le garçon lâcha le vêtement et obliqua en direction du nouveau venu. L'écharpe, emportée par le courant d'air, s'agita suffisamment pour que le taureau oublie un instant l'homme et se focalise sur ces mouvements aériens. Il fonça sur le morceau de tissu et non sur le garçon, ce qui permit à celui-ci d'aller récupérer le gêneur. Parce que oui, c'était bien un autre gamin qui se tenait en travers de la rue. Un gamin qui paraissait un peu perdu, pour ne pas dire complètement. Il était un chouïa plus grand que Taima, la tignasse d'une drôle de couleur, pas très naturelle, virant au rouge, avec des iris flamboyants. Mais ces étonnantes particularités, l'Indien ne prit le temps de les observer qu'après avoir joué les gardiens à plumes.
Il agrippa d'abord le bras du gêneur, non sans lui lancer un « Dégage de là... » à mi-voix, afin d'éviter d'attirer le taureau par un grand cri. Puis il le tira de l'autre côté de la rue, derrière un empilement de cagettes placé là par un heureux hasard, le tout en vitesse, avant que la bête ne s'aperçoive de leur déplacement. Déjà celle-ci relevait la tête et ses yeux hagards roulaient en espérant trouver la source du dérangement. L'écharpe avait échoué dans la fontaine ; une extrémité pendait encore en dehors du bassin. Tout en analysant la situation, l'Indien serrait les dents et le poing autour du bras du gosse à ses côtés.

« À cause de toi, mon plan est tombé à l'eau. T'aurais pas pu rester chez toi ? Je fais comment pour récupérer cette écharpe maintenant ? »

C'est seulement à ce moment-là que Taima prit la peine de dévisager son interlocuteur. Cette découverte le fit arquer un sourcil. Ce rouge était vraiment intense, presque démoniaque. Est-ce que ce gosse était l'incarnation d'un esprit du feu ? Est-ce qu'il possédait derrière ces prunelles un passé d'animal sacré et flamboyant ? Un peu comme ces Phoenix d'un autre siècle, dont l'Indien ne connaissait l'existence que par une représentation dans un vieux livre emprunté à la bibliothèque. Durant une seconde, le garçon demeura stupéfait, presque en admiration devant un tel regard. Puis sa colère reprit le dessus, et il continua de maugréer. Il lui avait néanmoins lâché le bras.

« Va falloir que tu m'aides à la reprendre, j'en ai besoin pour capturer ce taureau. Tu cours vite ? Faudrait que tu fasses diversion. Si tu as peur, fais des boucles, ça le ralentira, et au moindre problème, tu sautes sur le côté te planquer derrière quelque chose. Ou tu plonges dans la fontaine, mais dans ce cas-là t'en profites pour me ramener cette écharpe. Compris ? »

Il ne lui demandait pas franchement son avis. Ce gosse avait fait foiré sa stratégie. Voilà pourquoi il avait tenu à y aller seul ; une autre personne l'aurait sans aucun doute gêné. Désormais, restait à savoir si cet esprit du feu en avait dans le ventre, ou si ce rouge guerrier n'était qu'une illusion.

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MessageSujet: Re: .Kahnawake, je me souviens. Mar 5 Fév - 14:55

Un soupir m'échappe face au garçon qui me fixe. La colère qui se reflète dans ses yeux sombres est justifiée. Il devait récupérer le taureau avec un plan tout tracé, sans le moindre problème, et j'arrive pour tout gâcher. C'est vrai, c'est à moi de réparer mes erreurs mais vu le ton qu'il emploie, je n'ai qu'une envie, c'est de lui dire d'aller se faire mettre et que son écharpe, il a qu'à aller la chercher s'il y tient tant et après lui avoir lancer un regard noir, je partirai. Je retiens de justesse un autre soupir. Ce serait tellement facile de le faire si il n'y avait pas ce taureau qui menaçait de me faucher au moindre mouvement hors de l’abri qu'offrent les caisses. Et puis, je dois passer par la place centrale, mais encore une fois, un certain taureau vient pimenter ma belle journée de calme et de tranquillité. Le revers de la médaille je suppose.

Il faut que je me débarrasse de la bête, il faut que je m'en aille avant que ça dégénère, je ne veux pas avoir d'ennui, ça attire l'attention des autres et m'empêcherais de vivre calmement, m'obligerais à parler avec des personnes dont je me fiche éperdument. Une vraie perte de temps. Alors je ferais mieux de me dépêcher de me décider. J'ai deux possibilités, faire le lâche ou profiter de l'évènement suffisamment rare pour me bouger un peu, et ça ne me ferait pas de mal.

J'ai décidé, je vais l'aider l'autre sale gosse, je vais lui faire ravaler son orgueil et son air supérieur qui m'énerve plus qu'autre chose. Je lui adresse un regard froid avant de me pencher doucement, de façon à voir la fontaine sans être moi-même vu. Ce n'est pas très loin mais suffisamment pour que l’animal me rattrape et le piétine allègrement si je ne fais pas attention alors je compte bien mettre toutes le chances de mon côté. Je ramène ma tête derrière la pile de bois et réfléchis rapidement. Un virage en épingle après avoir récupéré l'écharpe me promettait un face à face avec la bête et je m'en passerais sans problème. Je pourrais faire le tour de la fontaine mais je ne suis pas un athlète, un virage me ralentirais, comme le taureau, et sur la longueur, ce n'est certainement pas moi qui gagnerais. La dernière solution n'est certainement pas la plus intelligente mais bon, le courage va bien aux idiots et aux inconscients non ?

Je retire mon manteau et empêche un frisson de me secouer en sentant la morsure du froid sur mes côtes. J'en suis sur, c'est la pire idée que j'ai jamais eu. Je retire rapidement mes chaussure et mon pull, dernière barrière contre le froid de l'hiver. Je laisse mes vêtements sur les pavés, ne gardant que mon pantalon et un T-shirt léger pour ne choquer personne, et me retourne vers l'autre garçon :
"Je vais te la ramener ton écharpe, mais t'as intérêt à t'occuper de ce taureau et rapidement."

Sans attendre de réponse, je m'élance vers la fontaine. Je cours comme si ma vie en dépendait, ce qui est en quelque sorte le cas, et je ne cherche même pas à regarder dans mon dos, de peur de ralentir. Je me jette dans la fontaine et me colle contre le rebord de pierre froide, me faisant aussi petit que possible. J'entends les sabots de la bête marteler le sol alors qu'elle passe à côté de la fontaine. Je ne fais aucun bruit, je me retiens de claquer des dents dans l'eau glacée, je m'enfonce autant que je peux pour ne pas dépasser du muret mais gardant la tête hors de l'eau pour entendre le moindre déplacement de l'animal.

Je ne l'entends plus alors je me relève doucement. Je l’aperçois du coin de l’œil. Elle semble me chercher. c'est le moment. Je saute hors du bassin, saisissant l'écharpe encore à peu près sèche de l'autre et cours encore une fois aussi vite que mes jambes me le permettent mais je sens bien que je ralentis. Le poids de mes quelques vêtements trempés est un vrai fardeau. Je suis bien content de ne pas avoir gardé le reste même si j'attrape la mort. Je prends un virage net et retourne derrière les caisses en bois. Je m'arrête, une fois à l'abri, et je m'appuie contre le mur pour reprendre mon souffle.
"Eh bien, toi aussi, tu galopes vite Alex' !"

Satanée voix. Elle glousse encore, elle semble bien s'amuser mais c'est bien la seule. Elle m'exaspère. Si seulement c'était quelque chose de matériel, que je puisse me défouler. Quoique... Si je faisais ça j'ose même pas imaginer les répercussion sur ma vie. Non, ça vaut mieux pour moi que je ne puisse pas l'atteindre, et encore une fois, si je pouvais l'atteindre, ça reste une entité qui a presque tout pouvoir sur moi alors j'aurais beau me débattre elle resterait la plus forte.

Un courant d'air passe et je frissonne. Elle m'aurait presque fait oublier ce que je fais. Je lance son bout de laine au garçon avant de me rhabiller.
"A ton tour de me montrer ce que tu vaux"

Je m’assois contre le mur et le fixe. Oui, j'avais hâte que le spectacle commence mais surtout, que je puisse continuer mon chemin sans problème.
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MessageSujet: Re: .Kahnawake, je me souviens. Sam 23 Fév - 16:53

Ils ne s'aimaient pas. Il n'y avait pas besoin d'être neurochirurgien ou psychanalyste pour savoir ce qu'il se passait à cet instant dans leurs cerveaux de fiers adolescents, de futurs hommes courageux. Taima n'aimait pas ce garçon à la tignasse rouge, mais ne le détestait pas pour autant. Pas encore, du moins. Il réagissait de cette façon avec tout le monde, par ailleurs ; la pire réaction de défense qu'on ait jamais vu, plus redoutable que la simple méfiance, plus impolie que le dédain, plus pernicieuse que les préjugés. L'Indien aurait très bien pu tenir le rôle titre de ce vieux roman victorien dont il ignorait l'existence, Pride and Prejudice, parce qu'il était empli de ce péché qu'on nommait Orgueil et d'a priori. Et s'il se doutait de ce qu'on l'exécrait pour cela, il n'aurait changé pour rien au monde sa ligne de conduite, parce que c'était justement là que s'ancrait son mal ; la vanité d'être ce qu'il était englobait ainsi la vanité d'être vaniteux, et même si ce n'était qu'une infime parcelle de son vice, cela suffisait à ce qu'il n'en fasse rien. L'Autre pouvait bien soupirer devant son attitude supérieure ; il pouvait bien lui jeter un regard plus noir encore que la nuit et le maudire sur dix-huit générations -ce qui se trouverait difficile, dans l'état actuel des choses- le gamin d'Amérique s'en contrefichait. Ce qui lui importait à cet instant, c'était son écharpe, qui n'était pas la sienne, et ce taureau à ramener dans son étable.
Le garçon aux cheveux vermeils parut se soumettre aux ordres de son vis-à-vis. En effet, il retira son manteau comme s'il se préparait à courir le cent mètres, et Taima observa le moindre de ses mouvements avec attention. On n'était jamais à l'abri d'une mauvaise action, d'une arme dissimulée, d'une tentative d'attaque, et il n'était que trop bien placé pour parler de bagarre ou de coups. Mais contrairement à ce qu'il aurait pu attendre, l'adolescent continua à se déshabiller sans montrer de signes d'hostilité à son égard ; bientôt il ne lui resta plus que son pantalon et un t-shirt sur le dos, et ce dénuement inspira à l'Indien un éclair de respect pour ce gosse qui s'offrait de la sorte au froid de l'hiver. Il fallait en avoir pour se dévêtir autant avec ces températures. Pour la première fois, il lui reconnut une qualité, quand bien même cela aurait pu passer pour de l'inconscience. Et il pensa qu'il n'était pas si mal tombé, finalement ; les chances pour qu'il récupère son écharpe n'étaient peut-être pas si réduites qu'il ne l'avait d'abord imaginé. En un coup d'oeil rapide, la cocotte admira l'esprit du feu s'élancer vers la fontaine, non sans avoir laissé entendre une certaine désapprobation. Outre ce carmin excessif qui lui recouvrait le crâne et colorait ses iris, sa stature n'était pas désagréable au regard ; il était même pas trop mal fait de sa personne, bien qu'un peu svelte pour paraître viril.

De derrière son abri de caisses, Taima sortit la tête pour pouvoir observer les faits et gestes de cet étrange garçon. Il voulait savoir si ses prévisions se révèleraient exactes quant à ses capacités, et si toute cette préparation en valait vraiment la peine. Déjà, il courait vite, ce qui jouait en sa faveur. Même si un taureau possède une vitesse moyenne de vingt kilomètres par heure et monte jusqu'à quarante à certaines occasions, dans un espace aussi réduit que la place centrale, qui plus est encombrée par sa fontaine, l'humain aurait peut-être l'avantage en partie grâce aux virages. Immobile mais impatient, l'Indien le suivit des yeux tandis qu'il passait dans la fontaine, sa chevelure rouge pâlissant au travers du voile d'eau. On aurait dit une flamme au milieu des flots. Par cette saison, faire trempette était un acte quasi suicidaire, mais pour se protéger d'une possible charge du taureau, c'était la meilleure chose à faire. Les remous de l'eau couvraient le bruit de ses déplacements et empêchait la bête de l'encorner tout de suite. Alors qu'il s'approchait de l'écharpe, le poulet glissa un peu plus hors de sa cachette. Il était trop intrigué pour rester aveugle à ce qui déroulait à quelques mètres de lui. Allait-il réussir ? Allait-il revenir intact, en un seul morceau, ou laisser derrière lui une de ses oreilles ? Non, impossible, un esprit du feu était intouchable. Il reviendrait.
Il revint. Et victorieux, de surcroît. Mais Taima, loin de le féliciter ou de le remercier, se contenta de récupérer l'écharpe qu'il lui lançait avec un geste vif, presque agacé. Lui montrer ce qu'il valait ? Pour qui le prenait-il ? Hors de question que l'Indien se laisse dénigrer par cette hurluberlu vermillon. Autour de la fontaine, le taureau continuait d'être en alerte, humant l'air à la recherche de ces présences invisibles et qui semblaient se foutre royalement de lui. Mais foi de bestiau, il trépignait d'en accrocher un ou deux contre le mur et de les labourer avec ses sabots antérieurs. La cocotte se dressa sur ses jambes, essora l'écharpe entre ses doigts mats. L'eau dégoutta au sol, gelée, tout comme elle tombait des vêtements du garçon de feu. Pendant une fraction de seconde, Taima se sentit responsable de son état, trempé comme une soupe qu'il était dans le vent de février. Il retira alors sa cape en laine et la laissa tomber sur l'adolescent qui venait de se rasseoir contre le mur. Pour le protéger du froid, peut-être, mais surtout pour lui prouver que lui non plus ne craignait pas d'ôter ses vêtements pour être plus libre de ses mouvements, et que les températures ne l'empêcheraient pas de mener à bien sa mission. L'écharpe était encore assez lourde d'eau dans sa main, mais une fois sa cape retirée, il se sentit plus léger.

« C'est ça, prends-en de la graine. » Le ton était grinçant mais non dénué d'un accent taquin. S'il était plus grand que Taima, et par conséquent plus âgé certainement, le rouquin pouvait toujours reconnaître en son cadet des compétences dignes d'imitation. Et tout orgueilleux qu'il était, l'Indien ne manquerait pas une occasion de briller et de démontrer son talent. Quand bien même il lui faudrait une synchronisation impeccable pour ne pas se prendre un coup de corne ; c'était là la partie la plus délicate. Le gamin fit donc volte-face, direction le taureau, sans se répandre davantage en déclarations.
Il s'approcha avec lenteur, contourna la fontaine en demeurant proche du bord, de quoi pourvoir s'y jeter en cas d'attaque violente. Il se saisit d'un caillou à ses pieds et le lança en direction de la bête ; il n'en fallut pas plus pour qu'elle se retourne aussitôt et, apercevant la créature qui le narguait en lui jetant des graviers, renâcla deux fois avant de fondre sur lui. Taima n'eut alors d'autre choix que de grimper sur le rebord de la fontaine, mais dut attendre pour se faire que le taureau soit suffisamment près pour qu'il ne modifie pas trop sa trajectoire, et continue son chemin sans braquer contre le bassin. À ce moment-là seulement, l'Indien put esquiver la tête massive de l'animal et, en prenant un peu de hauteur, réussit à se hisser sur son dos. Ou plutôt, à se laisser tomber dessus, maladroitement, et à s'accrocher tant bien que mal à quelque chose qu'il ne trouvait pas. Un dos de taureau est lisse, il n'a aucune crinière, tout au plus quelques touffes de poil ras. D'un point de vue externe, cela aurait donc été très amusant de voir cette tache brune tenter de s'agripper comme un diable sur l'échine crème du mastodonte. Le tout sans perdre l'écharpe et sans chuter par-dessus bord. Pour un peu, cette épreuve aurait pu être proposée à Fort-Boyard. Et ainsi accroché à cette demi-tonne de muscles, Taima traversa la place à coup de ruades, attendant la seconde propice à son dessein.
Seconde qui arriva plus tôt qu'il ne l'espéra, lorsque la bête eut un brusque sursaut vers l'avant ; il se sentit emporté en arrière, cramponné seulement par les cuisses qu'il écrasait du plus fort qu'il pouvait contre les flancs de sa monture. Puis, un tout aussi brusque arrêt l'envoya buter sur le front de l'animal. Il ne comprit pas ce qui se déroulait, mais conserva assez d'esprit pour avoir le réflexe de passer l'écharpe devant lui et de l'appliquer sur les yeux du taureau, entourant son large cou avec les bras pour l'entourer avec le tissu et faire un noeud solide, de quoi conserver l'étoffe à sa place. Loin de se calmer à cette désagréable sensation sur sa tête, l'animal redoubla d'ardeur pour se débarrasser de l'énergumène qui le dérangeait de la sorte. Aveugle, il fonça droit devant lui -l'abri de caisses était dans le chemin- et Taima crut qu'il allait piétiner le gosse aux cheveux rouges. Mais non. À quelques pas de la cible, il s'arrêta, baissant sa tête jusque terre, et se déchargea de ce poids sur son dos en l'envoyant valdinguer dans les cageots. Le fracas du bois le fit alors sursauter et il repartit dans la direction inverse, perturbé, ruant dans le vide et dans les brancards, autour de la fontaine. Au fur et à mesure, ses mouvements se faisaient plus lourds, plus fatigués. Il s'immobilisa à côté des bassins.
« Et maintenant, on attend qu'il se calme complètement. Il me faudra une corde pour le ramener ; tu n'en aurais pas une par hasard ? »

C'était l'Indien qui marmonnait cela, tête à l'envers dans les caisses. L'atterrissage n'avait pas été très bien amorti par les cagettes, si bien qu'il se retrouvait les pieds en l'air, à moitié affalé au sol, entièrement vidé de son énergie. Ça lui avait fait mal sacrément mal, ce vol-plané, et son dos demeurait la partie la plus fragile de son anatomie. Pour autant il ne souhaitait pas montrer au rouquin cette faiblesse qu'il abhorrait lui-même, et il s'efforça donc de parler d'une voix sourde mais posée, effaçant de son visage la grimace de douleur qui l'avait recouvert un instant.
Il avait quelques minutes devant eux avant que le taureau cesse tout à fait de s'agiter. Juger la partie terminée, c'était comme vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué, et tout le monde sait qu'il n'est pas bon de penser ainsi. Ils avaient donc du temps à perdre.
« C'est quoi ton nom ? » demanda le gosse en se rasseyant avec précaution, après s'être laissé traîné jusqu'à terre. Ce n'était pas pour remercier son acolyte, loin de lui cette idée, mais il était curieux de donner un patronyme à cet esprit du feu si singulier.

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MessageSujet: Re: .Kahnawake, je me souviens. Dim 10 Mar - 16:46

Dire que j'avais froid ne serait qu'un doux euphémisme mais je ne le montrerais sous aucun prétexte, pas alors que le garçon en face de moi saisirait la moindre opportunité pour me prouver que je suis plus faible que lui. Et alors qu'il s’apprête à me débarrasser enfin de ce taureau, il laisse tomber sa cape sur moi. Je lui lance un regard froid pour la forme mais j'en avais besoin. Je ne le remercie pas pourtant et me couvre du vêtement, me protégeant du froid au mieux. Pourquoi le remercierais-je alors que ce n'est qu'un moyen pour lui de me prouver que le froid ne lui fait pas peur. Je ne fais que profiter de ce qui m'est offert, si quelqu'un est contre alors qu'il me prouve qu'il n'a jamais profité de quelqu'un. D'ailleurs, ce qui me profitera vraiment dans les actions de l'Indien va commencer. Je me penche, l'observant avec attention, surtout que je dois "en prendre de la graine" selon certains.

Posté près de la fontaine, il attire le taureau à coup de pierres. Rien de bien intéressant, mais ce n'est que le début, il faut être patient. Et les attentes seront comblées. Le spectacle sera court alors il faut faire vite et fort ainsi, les acteurs resteront ancrés dans l'esprit des spectateurs ébahis, prouvant leur courage et leur habileté.
Le taureau s'élance bien entendu vers le garçon qui l'a dérangé, de nouveau énervé, mais la proie ne bouge pas d'un cil. Je retiens mon souffle. Il ne peut pas mourir, il n'a pas le droit de me laisser ce problème sur les bras, en plus de sa mort. S'il se fait embroché, je ne pourrais pas passer, je devrais avertir les autres de sa mort, répondre à des questions, parler à des gens inintéressants : perdre mon temps. Mais après tout, s'il se faisait tuer, ce serait uniquement de sa faute pour le coup. A trop jouer avec le feu, on se brûle et quelque part, j'aurais aimé que ce petit arrogant se prend le taureau en pleine tête, qu'il rat sa tentative d'impressionner son petit monde, de prouver sa supériorité en risquant sa vie sans réfléchir.

Mais j'ai été naturellement déçu alors que la Voix sifflait en voyant le jeune inconnu éviter de justesse le taureau et se laisse tomber sur son dos. Si risquer sa vie et la sauver de justesse peut paraître glorieux, tout l'aspect respectable du personnage s'envole quand on le voit s'accrocher de toutes les manières possibles au dos lisse de la bête. Heureusement pour son amour propre, j'étais le seul témoins. La bête tente elle aussi de retirer cette gêne, s'ébrouant, se ruant dans tous les sens et lorsque l'écharpe vient lui boucher la vue, son humeur ne s'améliore pas. Elle s'élance vers les caisses, vers moi. Je tente de me relever mais jambes sont lourdes et je retombe. Je soupire, las de me retrouver encore dans des problèmes et à l'idée de me faire écraser mais le taureau s'arrête et le bruit de bois brisé me confirme que le garçon est de nouveau à mes côtés.

Je l'entends marmonner. Il cherche une corde, mais ne bouge pas. Il est vivant, point positif, par contre, il doit sacrément souffrir, vu la puissance avec laquelle il s'est écrasé contre les pavés. J'aurais presque mal pour lui, si je ne savais pas que c'était une petite compensation pour que le Destin le laisse en vie. Il me demande mon nom. Je n'ai pas envie de le lui donner, je veux juste partir alors je me redresse lentement, prêt à partir mais je ne fais pas ce que je veux...
"Répond lui. Et tu peux aussi lui donner la corde autour de ces cagettes là-bas. Il a fait le plus gros du travail et il sert à quelque chose, lui."

Mes yeux se plissent alors que j'encaisse sans rien dire. Je me dirige calmement vers les cagettes, défait la corde et reviens vers l'Indien. La Voix me "conseille" de lui montrer le respect que je lui dois. Ma main se crispe sur la corde mais mon visage affiche un calme plat. Je ne peux pas désobéir, je ne peux pas, je risquerais trop de choses. Je m’assois à côté du jeune inconnu et lui tend la corde pour lui répondre d'une voix calme :
"Alexandre, et toi ?"

Simple, calme, sans marque d'agacement ou d'irrespect. En espérant que ça suffise.
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MessageSujet: Re: .Kahnawake, je me souviens. Sam 23 Mar - 10:36

Ce garçon est étrange. Il est d'une tranquillité impressionnante, presque résigné sur sa propre existence. Ses gestes sont calmes mais pas dénués de quelque chose qui les rend quasiment automatiques, comme si ce n'était pas lui qui décidait de comment bouge son corps. Taima l'observe, parce qu'il ne peut pas faire grand-chose de plus pour le moment ; il lui faut quelques secondes pour retrouver un rythme cardiaque normal, et la douleur lancinante dans son dos l'empêche de sauter sur ses pieds pour fanfaronner. Tant pis. Il peut être fier en silence. Il aurait bien voulu se redresser, poser les mains sur ses hanches et s'auto-caresser dans le sens du poil devant le gamin aux cheveux rouges, mais ce sera pour plus tard. Pour une prochaine fois. À quelques mètres en face d'eux, le taureau paraît ivre, sans que l'on sache si c'est de colère ou de peur. Le soleil s'est dérobé à ses yeux, si bien que ses pattes ne savent plus où se placer sur les pavés de la place centrale, et il titube en donnant de grands coups de tête dans le vide. Néanmoins, l'écharpe a un noeud bien serré, elle ne glissera pas sans aide. L'Indien le sait, c'est pourquoi il se désintéresse un instant de la bête furieuse qui s'immobilise non loin.
L'esprit du feu revient avec une corde dans la main. Il la donne à Taima qui la prend sans un mot de remerciement. Déjà il soupèse le cordage dans sa paume, comme s'il en jaugeait la résistance à son poids. C'est une bonne corde de chanvre, quoiqu'un peu fine. Peut-être servait-elle seulement à attacher les caissettes entre elles à l'arrière d'une charrette, et non à tracter un animal. Mais en dépit de sa finesse, si le taureau redevient docile, elle suffira à le guider jusqu'à son étable. Le garçon annonce finalement son nom. Comme l'on peut s'y attendre à Espérance, il n'y a jamais de nom de famille. La cocotte mate se demande si jamais un enfant ne se souviendra de quelque chose de plus que son simple patronyme. Alexandre, c'est un peu l'équivalent de l'Alexander américain, non ? Alors Alex' suffira. Cependant, devoir fournir son propre nom en retour le surprend, et il ne manque pas de le faire savoir :

« Tu ne me connais pas ? »

Est-ce que cette découverte devrait le réjouir ou l'agacer ? Quelqu'un qui ignore sa nature de bourreau, c'est une aubaine pour ne pas être jugé par une personne de plus. L'inimitié de ce regard rouge, qu'il aurait pu prendre pour du ressentiment face à son implication dans les événements précédents, est en fait plutôt neutre. C'est presque une bonne chose. Mais en retour, cela irrite quand même l'Indien, dont la renommé n'est alors pas si étendue que cela. Quelqu'un ne le connait donc pas, lui qui est devenu si tristement célèbre pour ses frasques diverses ? Voilà un garçon qui ne doit pas sortir beaucoup de sa chambre, ni guère prêter attention aux ragots et rumeurs qui parcourent le village. Ou bien est-il nouveau ici ? Peut-être n'a-t-il pas encore eu l'occasion de s'intégrer aux autres adolescents, ce qui expliquerait sa méconnaissance des personnes jugées dangereuses et néfastes par le Directeur. Par conséquent, l'Indien doit-il se vendre pour réparer cette injure faite à sa réputation, ou passer sous silence son statut et revêtir une autre identité ? Ce serait amusant. Cet esprit flamboyant pourrait peut-être même se ranger de son côté contre l'Oiseau.

« Si je te dis comment je m'appelle, tu vas partir en courant. Je préfèrerai que tu te fasses une opinion par toi-même, et non avec les qu'en-dira-t-on. J'ai pas vraiment ce qu'on peut appeler une bonne réputation. Mais tu peux choisir qui croire par toi-même, non ? »

Le taureau, comme intéressé par les morceaux de voix qu'il captait depuis sa place, agitait ses oreilles dans la direction des deux humains, tout en demeurant stoïque au bord de la fontaine. Plongé dans le noir, il devenait somnolent.

« Et puis, ça dépend comment tu vois ce qui s'est passé dernièrement ici. Tu en as sans doute entendu parler, ce n'est pas passé inaperçu. »

Nouveau venu ou pas, il était clair que la condamnation de Miséricorde était un fait attesté et connu de tous. Pour un peu, ce devait être la première mise en garde que recevait tout enfant en arrivant à Espérance depuis quelques temps. Le climat de tension qui s'était établi était palpable par tous ; même les plus naïfs, les plus optimistes et les aveugles étaient au courant. Garder sa neutralité n'était pas une mince affaire, parce que chacun avait sa propre opinion. Pour ou contre les Nahash, pour ou contre le Directeur. Il y avait même des rumeurs disant qu'il n'y avait pas que les sept péchés capitaux qui cherchaient à renverser le pouvoir, mais Taima n'écoutait guère ces commérages inquiets. Il maintenait le cap, quand bien même il n'aurait pas eu le pied marin, et ne prenait part aux conflits que sur les ordres de la Blancharde. Cela lui permettait de se faire oublier entre les différents coups d'éclat des Serpents ; il n'était cependant pas dupe que plus il restait avec les six autres enfants, plus il aurait du mal à se faire accepter ensuite par les autres, même ceux qui ne le connaissait pas encore de visu.

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MessageSujet: Re: .Kahnawake, je me souviens. Mer 27 Mar - 15:00

Le regard perdu entre les pavés de la place, je l'écoute attentivement, faire semblant serait de l'irrespect. Peu importe ce que je ressens, comment je veux réagir, mon visage n'affiche rien d'autre qu'un calme sans faille, un masque de glace qui ne se brisera pas aujourd'hui.
Je le laisse finir sans rien dire, réfléchis quelques temps. Je dois peser mes mots, la moindre erreur pouvant engendrer aussi bien une catastrophe qu'une simple chute. Rien ni personne ne peut prévoir ce qu'Elle compte faire, surtout qu'elle regorge d'imaginations et d'idées pour rendre mon existence infernale.

Je ne prends pas la peine de répondre à sa première question. Elle me paraît inutile et ce serait trop facile de le vexer en disant ce que je pense. Pour le reste, je ne vois pas d'inconvénient, tant que je reste neutre et que je ne dis rien de désobligeant. Je soupire. J'en ai assez de toujours devoir faire attention mais ce n'est pas vraiment comme si j'avais le choix alors je commence à lui répondre d'une voix las malgré moi.

"Je suis en effet capable de me faire une opinion. C'est pourquoi je pense que me donner ton nom ne influencera pas. Je pourrais juger si ces rumeurs sont justifiées ou non. Et puis, si j'ai besoin de m'adresser à toi je ne vais pas non plus te siffler alors, qu'il soit vrai ou faux, j'aimerais bien pouvoir associer un nom avec ton visage."

Je me demande si aller contre la volonté de cet inconnu ne serait pas considéré comme un affront. De toutes façons, c'est trop tard, même si je voulais me corrigé, ce qui n'est pas le cas, je ne pourrais pas. Pourtant il y a un proverbe qui dit "Vouloir c'est pouvoir". Je pense que les gens qui ont dit ça se sont lourdement trompés, mais ça n'a rien à voir avec ma situation. L'autre attend certainement la suite de ma réponse.

"J'ai entendu parler de la mise à mort de la gamine. Je ne m'y trouvais pas mais j'étais déjà à Espérance. J'en pense pas grand chose à part que la garder en vie est pas franchement une super idée et que mettre le feu dans un endroit bourré de monde n'en est pas une non plus. Les deux camps veulent l'appuie des villageois mais entre laisser la possibilité à leur fléau de revenir et les cuire au feu de bois, aucune n'a l'air de leur permettre de vivre en paix, comme avant."

C'est ce qu'il voulait entendre ? Je saurais pas vraiment le dire mais je me souviens qu'on m'a un jour dit que parler politique avec quelqu'un était le meilleur moyen de se fâcher avec cette personne.
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MessageSujet: Re: .Kahnawake, je me souviens. Dim 31 Mar - 10:41

Cet esprit-là paraît bien nonchalant. Plus Taima l'observe, attendant sa réponse, et plus le comportement d'Alexandre lui semble le contraire de celui attendu par une créature aux cheveux et aux yeux rouges ; il n'a l'air ni sanguinaire, ni surexcité, ni quoi que ce soit de dangereux. C'en est presque curieux même si, au fond, il est préférable qu'il possède cette langueur plutôt qu'une brutalité excessive. Ira est déjà assez difficile à calmer pour qu'on n'ait pas à rajouter un autre enfant colérique. D'ailleurs, ils ont tous deux cette particularité capillaire. Sont-ils frères et soeurs ou bien cousins ? L'Indien s'interroge. Mais ce lien de sang ne lui apparaît pas évident ; ils sont trop différents pour avoir une quelconque relation familiale. Ce serait pourtant amusant, un conflit entre eux deux. Il va sans dire que sous cette attitude paisible, ce garçon recèle sûrement un comportement noir et cinglant qui pourrait faire le pendant de celui de la Nahash.
Taima accueille la réplique de son voisin avec un petit sourire satisfait. D'une façon générale, il apprécie les volontés fortes, celles qu'on n'influence pas à la moindre remarque, celles qui suivent leur bonhomme de chemin sans prendre garde aux protestations qu'on pourrait leur faire. Bien sûr, il a horreur lorsqu'une volonté de ce genre s'oppose à la sienne, parce qu'alors c'est le choc des têtes de mule, et les deux adversaires en viendront fatalement aux mains pour asseoir leur point de vue. Ce n'est pas franchement évitable ; l'orgueil de l'Indien est trop grand pour se laisser piétiner par les convictions d'un autre. C'est pourquoi à ce moment, la hache de guerre est encore bien profondément enterrée.

La suite de la déclaration est plus intrigante. Déjà, comme on pouvait s'y attendre, Alexandre éprouve un désintérêt flagrant à l'égard de cette histoire. La façon dont il traite l'affaire en dit long sur ce pas grand-chose auquel il songe. En un sens, cet aveu soulage Taima. À la seconde où son interlocuteur s'était souvenu du bûcher de Miséricorde, il aurait pu monter sur ses grands chevaux, faire le rapprochement et partir dans une interminable mise en accusation de l'Indien, le menacer de lui coller un procès imaginaire, aller rapporter à tout le monde l'horreur qu'il avait commise et j'en passe. Sauf qu'il n'en avait rien fait, et demeurait neutre dans son jugement. C'était donc une bonne chose. Et puis, il disait cela avec une telle désinvolture que la cocotte ne put s'empêcher de lâcher un bref rire.

« T'es bizarre, toi. Tout ça te concerne aussi, puisqu'un jour ou l'autre, tu vas te retrouver coincé entre Bird et nous, et il faudra bien que tu choisisses. À moins que tu veuilles finir comme elle, parce qu'au fond... »

...c'était un peu ce qui lui était arrivé. Elle avait voulu suivre sa propre voie, celle de la folie, et en s'opposant au Directeur comme aux opposants de l'Oiseau, son chemin s'était couvert de cendres. Si c'était là le lot de tous les excentriques, de tous les extravagants, Taima l'ignorait. Il voyait d'un mauvais oeil ces condamnations perpétrées par les Nahash, avec Bird en commanditaire premier. Après tout, c'est lui qui avait demandé à l'Indien de pendre la gamine ; le pire étant que même la mort, à Espérance, devient une sordide mascarade.

« Bah, si tu as une autre idée, coupe-t-il en se mettant debout, dis toujours et fais-en part au piaf. Mais il est plus borné que n'importe qui ici, pas moyen de lui faire entendre raison. Tout ce qui l'intéresse, c'est de nous maintenir enfermés en nous cachant la vérité et de nous regarder gesticuler au bout de ses fils. On préfère la révolte plutôt que la soumission aveugle. »

L'Indien jette un coup d'oeil au taureau, avance d'un pas vers lui, corde en main, puis se retourne en s'étirant et son dos craque légèrement.

« J'm'appelle Taima. Ça signifie fracas du tonnerre », ajouta-t-il avec une lueur de fierté dans les pupilles.

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MessageSujet: Re: .Kahnawake, je me souviens. Jeu 4 Avr - 16:51

Lorsque je l'entends rire je tourne la tête pour le fixer comme si c'était une bête curieuse, un être sorti d'un quelconque monde parallèle. Et pour le coup, c'est vraiment ce que je ressens. On parle de l'exécution d'une gamine, je lui fais clairement comprendre que je trouve les solutions proposées par les deux camps, et donc forcément le sien, décevantes et lui, il rit. C'est certain, je ne le comprends pas mais je reprends mon sérieux lorsqu'il recommence à parler.

Je me laisse glisser contre le mur au point d'être presque allongé contre les pavés inégales. Je n'y avais jamais vraiment pensé. En fait, je n'ai jamais vraiment pensé à ce qui touche à mon futur, après tout, à quoi bon me fixer des buts pour qu'ils deviennent inatteignables ? Un léger soupire m'échappe. Je ne veux pas mourir pour un conflit dans lequel je ne suis qu'un spectateur.
Alors il est du côté des "méchants" selon Bird. Mais ces valeurs de bien et de mal sont trop subjective. La vie n'est pas faite de seulement deux couleurs, noir ou blanc, mais d'une infinité de nuances de gris selon moi. Personne ne peut se dire bon parce qu'en réalité, il y a toujours un but qui se cache derrière la moindre action humaine. Pour certain ce sera les portes du paradis, d'autres leur bonne conscience ou encore un besoin de rétablir une justice qui ne sera jamais réellement équitable, mais tout le monde a une motivation pour agir comme il le fait.
Nanash ou Directeur, ce ne sont que des nuances d'un même gris.

"Ha ha ! Et bien, il est plutôt perspicace lui. Je suis sure qu'il ferait un jouet bien intéressant que toi, t'es pas d'accord Alex'"
Je baisse la tête autant que possible, pour me cacher derrière mes cheveux. Je n'ai pas honte, aucune raison de pleurer puisque je ne ressens aucune tristesse. Je me cache le temps de faire passer la pilule. Je sais pertinemment qu'il ne peut pas savoir, c'est impossible, mais il a visé trop juste là ou ça fait mal. Il est plus fort, j'ai compris, simplement parce qu'on lui a pas coupé les ailes, parce qu'il est libre, au moins dans sa conception du monde. Je me résigne alors qu'il me donne son nom.

Sans y faire réellement attention, j'ai entendu les murmures des autres élèves, inquiets de la nouvelle menace qui venait remplacer Miséricorde. J'en sais plus qu'un asocial comme moi ne devrait mais je ne vais certainement pas m'en plaindre. Ils sont sept et leur nombre pourrait certainement les aider si un débat avec l'Oiseau tournait mal. Lui serait l'Orgueil, de ce que j'en ai entendu et franchement, ça ne me surprendrait pas, je n'ai pourtant pas passé énormément de temps avec lui. Si j'ai réussi à voir ça, certainement son trait de caractère le plus fort, alors peut être que ça métaphore entre Bird et un marionnettiste n'est pas tellement due au hasard. Je n'aime vraiment pas ça.

Je me relève et dépoussière mes vêtements. Cette entrevue touche à son terme. Taima va récupérer son taureau fou et repartir vers la fermette. Moi, je vais reprendre mon chemin, regagner l'internat et me replonger dans une vie ennuyeuse et limitée par une entité que je suis tout juste capable d'apercevoir. Ô joie.
Il n'a peut être pas tort. Peut être que se rebeller de temps en temps ne me ferais pas de mal.
"Mais vas-y, je n'attends que ça Alexandre. Le simple plaisir de revoir toute cette peur dans tes yeux !"
Je détourne la tête d'un coup sec alors que mes poings se serrent. Non, je ne lui permettrait pas de recommencer, jamais.

Je m'avance vers Taima, retire sa cape et la lui tend. Qu'il brise sa cage d'or si ça lui chante mais ce sera sans moi.
"Tu n'as plus besoin de moi je suppose ?"
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.Kahnawake, je me souviens.

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