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.Ce monde n'est pas sérieux. [Alex']

Taima
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MessageSujet: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Sam 6 Avr - 20:01

Précédemment...

Il fit soudainement beau, soudainement chaud, et tout déboussolé qu'il était, Taima trouva néanmoins la force de se relever. La place centrale avait disparu, et avec elle le taureau, la fontaine, le bourg tout entier et ce drôle de garçon aux cheveux rouges. À l'endroit où une seconde auparavant, Espérance s'étalait, une vaste lande herbeuse s'étirait jusqu'en contrebas d'une vallée au fond de laquelle coulait une rivière. Un vrai décor de carte postale, avec un superbe ciel à peine maculé de quelques nuages. Les herbes étaient hautes, à peine sèches et jaunies, tandis qu'un troupeau de bestiaux paissaient non loin du garçon. Ce dernier, une fois redressé, regarda autour de lui, comprenant aussitôt où il se trouvait tellement il avait l'habitude de ce paysage. Ça remontait à longtemps désormais, et pourtant il était presque toujours le même lorsqu'il lui apparaissait dans ses rêves ; parce que l'Indien n'avait que lui en tête à longueur de journée, le Reflet se modelait souvent selon ces plaines et ces vallons, semblables et pourtant si différents chaque fois. Revigoré par cette vision, Taima entreprit de descendre jusqu'à l'eau afin d'y chercher une trace de passage humain. S'il était dans le Rêve, peut-être quelqu'un d'autre voyageait avec lui. D'ailleurs, il avait été un peu idiot de se retrouver ici maintenant ; si dans le monde réel, son corps était laissé à l'abandon sur les pavés, il était à la merci de n'importe qui, dont cet esprit du feu resté là-bas. À moins qu'à son tour, celui-ci ne l'ait rejoint d'une quelconque manière.
C'était un passage involontaire, un endormissement qu'il n'avait pas prévu. Une fois de plus victime de son manque de réflexion, l'Indien avait récupéré sa cape, non sans avoir répondu à son compagnon qu'il n'avait en effet plus besoin de lui, et s'était approché du bassin de la fontaine pour y boire quelques gorgées ; toute cette parlotte lui avait asséché le gosier. Alexandre pouvait partir, plus rien ne le retenait ici, et déjà Taima ne faisait plus attention à lui tandis qu'il se penchait au-dessus de l'eau. Aussitôt qu'il eut baissé la tête et rencontré son autre lui à la surface de l'onde, il se sentit toutefois tourner de l'oeil. Ou plutôt, il ne le sentit pas, parce que c'était identique à un évanouissement imprévu, comme ceux causé par une anesthésie générale, et il ne comprit ce qui lui était arrivé que lorsqu'il rouvrit les yeux de l'autre côté. Sa première réaction fut alors de se traiter d'imbécile, sa deuxième de se réjouir de retrouver un tel environnement, sa troisième de se demander si son corps s'était effondré dans la fontaine -auquel cas il risquait de mourir sans s'en rendre compte- ou bien s'il finirait piétiné par le taureau. Cependant, loin de briser son morceau de miroir, histoire de revenir à la réalité et de se sauver d'une fin tragique, il décida d'arpenter cet immense domaine dans lequel il se sentait chez lui. Au bout de quelques secondes, il ne se sentait pas asphyxier, et il en déduisit qu'il n'était pas en train de se noyer sous les yeux indifférents d'Alexandre. Alors autant profiter de l'endroit et s'échapper quelques temps de cet hiver espérancien.

D'autant plus que tout fortiche qu'il était, Taima avait le privilège de dominer sa forme physique dans le Reflet. Il était capable de modifier son apparence selon ses émotions mais aussi par la force de sa volonté, et il s'enorgueillissait d'y parvenir, là où d'autres enfants se contentaient de subir une apparence qu'ils haïssaient parfois. Certes, il n'arrivait pas encore à creuser les montagnes, à noircir les cieux ou à ouvrir la terre de façon volontaire et réfléchie ; le plus souvent, si de tels événements se produisaient, il n'était pas apte à les contrôler. Qu'à cela ne tienne, l'Indien se débarrassa rapidement de son enveloppe humaine afin de prendre plus de hauteur et de survoler son royaume d'un oeil d'aigle. Ses jambes furent délaissées au profit de deux pattes crochues, ses bras étendus jusqu'à une envergure supérieure à deux mètres et, puisque ces ailes de géant l'empêchent de marcher, il quitta le plancher des vaches en deux battements souples avant de s'élancer plus haut encore. Ainsi transformé en rapace brun, Taima fendit l'air, le regard brillant d'euphorie. Il ne se souciait plus de rien en dehors de son vol et du relief sous ses plumes. Quand bien même un troupeau de bisons était remplacé par un troupeau de taureaux -l'influence du réel restait tenace- il n'y avait plus rien qui pût le déranger. Ou du moins, c'est ce qu'il pensait, et la loi de l'embêtement maximum veut qu'il y ait toujours quelque chose pour venir perturber un moment agréable. En l'occurrence, un je ne sais quoi qui ébranla le Rêve du garçon.
L'espace tout entier se mit à trembler. Même le soleil semblait valdinguer sur son orbite ; la secousse étendit ses vibrations jusqu'à l'horizon qui se déforma étrangement. Dans l'impossibilité de se raccrocher à quoi que ce soit sinon le vent, l'Indien ne parvint plus à agiter ses ailes comme il le fallait et perdit de l'altitude très rapidement, se balançant de droite à gauche pour tenter de rétablir l'équilibre. Ce fut peine perdue. Quelques secondes après, il se posait en catastrophe au milieu d'un décor qui n'avait presque plus rien en rapport avec le précédent. Il ne reprit pas tout de suite forme humaine ; son sens de rapace étaient plus affûtés que ceux d'un homme, c'est pourquoi il préférait compter sur eux en cas de danger imminent. Parce que oui, ce changement brutal ne pouvait signifier qu'une chose : un autre rêveur venait de s'introduire dans son rêve, un rêveur visiblement plus anxieux que lui. Mais où était-il ? Allait-il le reconnaître dès le premier coup ? Impossible de savoir tant qu'il ne se montrait pas.

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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Sam 20 Avr - 21:21

Parfait, je n'ai plus rien à faire ici. Je peux rentrer à l'internat, me poser sur la chaise, les coudes appuyés sur le bureau et regarder par la fenêtre. Je peux retourner à ma vie sans problèmes, ou presque, mais surtout, je peux éviter les problèmes. Alors, sans plus prêter attention à Taima, je me tourne vers la rue que prend mon fil et pars. Enfin, c'est ce que j'aurais fait si la fièvre n'avait pas pris le dessus.

Mes jambes trop lourdes m'empêchent de faire un pas. Elles ne me portent plus alors, je titube un premier temps vers le bord de la fontaine pour tout simplement m'écraser contre les pavés de la place centrale. Et le dos contre le rebord de pierre du bassin d'eau, je tombe lentement, très lentement dans l'inconscience. Si lentement que je sens la chaleur gagner mon visage, contrastant avec le sol gelé et je réfléchis.
C'est Elle n'est-ce pas ? Elle joue avec moi, Elle montre tout son pouvoir, souligne ce gouffre qui nous sépare. Cette vulnérabilité est tellement frustrante, elle m'énerve, laisse sa place à une colère sans fond. Colère envers moi, incapable de me protéger, spectateur de ma propre vie ; envers Elle qui m'a choisi comme jouet, testant à chaque instant ma résistance et ma raison ; envers les autres, tellement libres, tellement inconscients, tellement différents mais qui ne sont finalement que des instruments de torture entre Ses mains.
Et alors que je sombre enfin dans un profond sommeil, je ne suis qu'une boule de sentiments variés : frustration, colère, jalousie, anxiété, impuissance, tristesse... Ils sont tellement nombreux que je ne saurait pas dire lequel est le plus important. La seule chose dont je suis sur c'est qu'ils ont toujours été là et qu'ils ne me quitteront jamais, j'en suis presque certain.

Si j'espérais passer un instant calme et vide de tous ces ressentiments, je suis largement déçu. La surface de l'eau dans mon dos m'a ramené ici. Où se situe "ici" ? Je n'en ai aucune idée mais je devrais certainement le savoir.
Je suis assis par terre dans le coin d'une pièce, en face de moi, un escalier en coin s'enfonce dans la pénombre. Je me lève lentement et époussette mon pantalon. Le cliquetis de mes articulations de bois me rappelle que la discrétion m'est inaccessible dans le Rêve. Le comptoir de bois vernis qui me sépare du reste de la pièce me fait penser à celui d'une vieille épicerie. La pièce est vraiment petite et la porte en face, portant une petite pancarte de bois peinte d'un "Ouvert" stylisé, confirme ma pensée.
Je soulève la petite tablette de bois qui me bouche le passage et m'approche des étagères fixées aux murs. Les planches de bois supportent de nombreux bocaux de verre. Larges, fins, carrés, sphériques, petits ou grands, aucuns ne se ressemblent et leur contenu est aussi varié que leur forme. Papillotes, nougats mous ou durs, chocolats noirs, au lait ou blancs, fourrés ou non, caramels, sucettes, chewing-gums... Je ne suis pas dans une épicerie mais dans une confiserie. Avant de sortir, je me serre dans quelques pots. Après tout, c'est mon rêve n'est-ce pas ? Alors je peux y faire ce qu'il me plait, et puis je me demande si les bonbons du Reflet ont le même goût que dans la réalité.

Les rues pavées et les bâtiments aux façades de pierres ou de briques prouvent une fois encore que je ne suis pas dans un lieu très moderne mais plutôt un petit village de campagne et ça me rappelle un peu Espérance. Je tourne à droite en croquant un chocolat. Les maisons en colombages renforce l'aspect "vieux" mais autre chose appuie ce côté du village. Les couleurs sont ternes, comme sur une vieille photographie, comme lorsque d'épais nuages gris annonciateurs d'orage cache le Soleil. Je fixe le ciel, il est tellement uniforme qu'on pourrait croire qu'il n'y a aucun nuage et qu'il est naturellement gris. Je remarque aussi l'absence de Sa bouche au-dessus des mains. Je serais donc muet.

A un nouveau carrefour, je croise trois gamins et pourtant, le silence reste complet. Ils courent, jouent sur la petite place mais le silence de la boutique m'entoure toujours, il en devient surnaturel. Mais après tout, le Rêve aussi est surnaturel. Je m'avance, sans y prêter plus attention que ça et traverse leur groupe. Il tourne leur petit visage vers moi, eux aussi sont ternes mais leur sourire, leurs yeux... A croire que dès qu'ils m'ont vus, ils savaient que je n'agis pas, que j'obéis en fermant les yeux parce que c'est tout ce que je sais faire, tout ce que je peux faire. Ils ont la même expression de pur sadisme, de plaisir et à chaque fois que la peur s'installe un peu plus confortablement dans mon ventre leur sourire s'étire un peu plus.
Alors je me mets à courir parce que j'ai la chair de poule, parce qu'ils pourraient être de Sa famille, parce qu'ils pourraient être Elle.

Je me pensais à l'abri ici, après tout, je n'ai plus de fil à suivre, tout juste un murmure au fond de mon esprit. Je me pensais maître de mon Rêve mais ma forme originelle ne me ramène-t-elle pas dans le droit chemin ?
Je ne suis qu'un marionnette de bois et j'aurais beau tirer sur mes fils, tenter de les couper, sans une main superieure je suis un corps inerte, incapable de bouger ou de vivre.

Mon pied buttant contre un pavé inégal, je tombe dans un grand fracas de bois. A peine remis sur mes genoux, je me retourne, de peur de voir mes trois petits bourreaux silencieux surgir de nul part pour se jeter sur moi et m'achever dans un bruit de bois sec brisé. Mais le silence ambiant s'accorde à merveille avec la ruelle totalement vide qui s'étant sous mes yeux effrayés. Et alors que tout est parfaitement calme, j'ai l'impression que mon cœur va exploser. Je me relève, tremblant, et tente de me calmer tant bien que mal. Une pensée traverse discrètement mon esprit : et si je n'étais pas seul ici ? Mes cheveux sont les mêmes et mon physique de marionnette et aussi ressemblant au "moi" éveillé que le bois puisse le permettre. Si jamais je croisais quelqu'un dans mon état actuel, je ne sais absolument pas ce qu'il pourrait se passer, de bien comme de mal.
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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Mar 30 Avr - 21:17

Au sol, tout doué de magnificence qu'il peut être dans les airs, un rapace devient un gros oiseau assez pataud. Bien sûr, il conservait ces prunelles acérées, son ramage féroce et ses larges serres, mais rien ne valait des jambes aux puissants muscles pour avoir raison de la terre ferme. Plutôt que d'explorer son environnement par la voie des airs, Taima préféra opérer sous un aspect moins céleste. Avant même de s'inquiéter de ce qui se trouvait autour de lui, l'Indien se débarrassa de son plumage en s'ébrouant comme le ferait un chien ; son bec rétrécit puis se déforma jusqu'à reproduire un museau de chat, plus épais cependant que celui de ces animaux domestiques ; ses pattes grossirent, abandonnant leurs enveloppe rigide pour une fourrure rase, d'un brun-roux ; à leur tour les rémiges tombèrent et furent remplacées par un cuir solide, deux pattes agiles et musclées ; des oreilles au bout rond s'agitèrent sur les côtés de sa tête. Les poils de son ventre blanchirent tandis que son anatomie tout entière se rapprocha du sol. Seul bémol de cette transformation en jeune puma : la queue, plus courte que prévue, était encore plumée. Lorsqu'il s'aperçut de ce détail ridicule, Taima grogna. Sans doute son esprit était-il trop dérangé par ce rêve inconnu dans lequel il avait atterri pour concevoir tel qu'il le fallait cette extrémité poilue. En fin de compte, ce n'était peut-être pas si grave comparé à ce fameux rêve. Le félin sauta contre un mur afin de se ménager une protection, et ce n'est qu'une fois certain qu'il pouvait s'échapper à tout moment qu'il entreprit d'observer le décor.

Quel endroit singulier. Cela ressemblait à un village, un vieux bourg d'un ancien temps, un peu semblable à Espérance. Sans conteste, c'était un enfant de la réalité qui a façonné ce monde. Certes, le ciel était différent, d'un gris opaque et sans nuages. Les vieilles photographies en noir et blanc en montraient des similaires. Toutes les façades, par ailleurs, étaient comme recouvertes d'un film usé, terne, et la population de même. Par population, l'Indien désignait évidemment les quelques silhouettes qui bougeaient de l'autre bout de la rue, à plusieurs mètres de lui. Celles-ci ne semblaient pas l'avoir aperçu, car leur attention paraissait davantage attirée par une chose plus intéressante que la soudaine apparition d'un couguar venu de nulle part. Intrigué bien que prudent, Taima se rapprocha comme il put de ces corps ; leur proximité les rendit plus glauques qu'ils n'étaient quand ils se mouvaient au loin. De toute manière, l'atmosphère elle-même était chargée de lourdeur, de tension. À chaque pas qu'il effectuait, le félin avait l'impression que ce n'était pas lui qui avançait mais son environnement qui reculait ; il se sentait complètement étranger à ses propres gestes. Quel esprit torturé et tordu avait bien pu mettre au point un tel songe ?
Parvenu au plus près des enfants, le puma hésita à se jeter au milieu de leurs jeux. Leurs visages reflétaient peu de l'innocence habituellement innée chez les mômes. Pour un peu, ils affichaient à la place un sourire mauvais, cousu de désirs malsains. Plus par nécessité -peut-être le morceau de miroir qu'il recherchait se trouvait-il en possession de l'un d'eux- que par envie, Taima finit par sortir de son camouflage et bondit sur l'un des garçons. Il lui fallut une seconde pour refermer ses mâchoires sur le maigre cou du mioche, qui n'avait dévoilé aucune peur en voyant l'animal se jeter sur lui. Cette réaction impassible servit de preuve à l'Indien que ces humains-là avaient été façonné au sein du Reflet. S'ils avaient été un dormeur d'Espérance, la mort factice leur aurait paru plus effroyable. De plus, le cadavre n'en fut pas un et se désagrégea aussitôt ; il ne resta de l'enfant qu'un tas de cendres qui disparurent au vent, et le décor ne changea pas d'un poil. Le créateur de ce rêve était donc encore présent à l'intérieur de celui-ci. Qu'à cela ne tienne, le félin s'occupa des autres de la même façon. Cela ne lui laissa qu'un désagréable goût de suie sur la langue et rien n'avait été modifié. Pas de miroir non plus. Contrarié d'avoir ainsi perdu son temps, Taima fit volte-face et revint longer les bâtiments, jetant de furtifs coups d'oeil à l'intérieur et y épiant le moindre mouvement. Il ne comptait pas anéantir tous les personnages de ce village -même si c'était un bon moyen de mettre la main sur le responsable de ce rêve- mais aller à la rencontre de tout ce qui revêtait une apparence humaine était le point de départ obligé de son enquête. Vrai, on se fie d'abord à ce que l'on connaît avant d'aller conquérir les bizarreries du Reflet.

Toujours sur ses gardes, le puma poursuivit donc son exploration au coeur de ce bourg-fantôme. Il tomba rapidement sur une autre silhouette vers laquelle il se dirigea avec appréhension. Contrairement aux précédents enfants, celle-ci est surmontée de deux formes blanches et tentaculaires. À y voir de plus près, elles ressemblent à deux immenses mains qui ne sont reliées à aucun bras ; juste dix phalanges et un couple de paumes d'une grosseur inquiétante. Taima ravale un grognement. Dans ce triste paysage, cette présence détonne fortement. Il s'agit peut-être du rêveur. Et celui-ci passera à la casserole comme les autres, foi d'Indien. Sans un bruit, ce dernier s'approche alors de sa proie, rassemble ses pattes, remue l'arrière-train et en deux foulées, attrape sa victime à la tête tandis que ses deux membres antérieurs s'écrase sur les épaules du malheureux. Mais quelque chose ne va pas. Ses crocs se referment sur une chair dure, trop dure pour en être vraiment, et ses pattes se retrouvent bloquées par un fil invisible. Pris de court par cette défense à laquelle il ne s'attendait pas, l'animal réussit néanmoins à plaquer le truc au sol avant de bondir sur le côté. Mieux vaut ne pas trop s'approcher, finalement ; cette chose est aussi solide que du bois et les deux mains qu'elle se trimballe au-dessus de la tête semblent liées à elle par des ficelles. Le puma fait le gros dos, montre les dents. Cette machinerie ne lui dit rien qui vaille, pourtant il tient sans aucun doute le créateur de ce rêve, et il a deux mots à lui dire.

Cependant, une nouvelle apparition l'arrête dans son règlement de comptes. Ils ne sont plus tous seuls au beau milieu de la rue ; une, deux, cinq corps les rejoignent, bientôt grossies par d'autres arrivées. Des habitants du village, tous enfants, et dont les apparences ressemblent étrangement à celles des habitants d'Espérance. Taima feule. Peut-être est-ce de sa faute si, cette fois-ci, ces personnages de cendres ont pris les visages des enfants réels ; à trop songer au village, à trop y voir une réplique de la vérité, il a appliqué sur ces pantins moroses la figure des habitants qu'il connaissait. On reconnaîtrait le petit Arthur, du Foyer, et Elmeraud aussi. Et là, n'est-ce pas Trick qui s'approche, des bonbons tombant de ses poches ? L'Indien les fusille du regard ; si c'est bien lui qui a causé leur manifestation, il devrait finir par trouver Elloy dans le lot. Mais où ? Et surtout, comme vont-ils tous réagir, face à ces deux intrus, un animal et une marionnette aux cheveux rouges ?

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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Mar 21 Mai - 15:11

Alors finalement, je n'étais pas tout seul dans mon Rêve sordide. L'espèce de gros chat à côté de moi était un autre rêveur. Comment en être certain ? Rien en lui ne pouvait s'apparenter au village. Je ne peux pas lui donner de nom précis mais, jamais un village n'avait abrité quelque chose de plus gros qu'un chien à ma connaissance et le Reflet aurait-il pu lui donner forme en fouillant dans mes souvenirs alors que je ne le reconnais pas ?
Rapidement, ce n'est plus la présence d'un inconnu potentiellement mortelle qui me préoccupe le plus mais plutôt ce qui à détourné son attention. Un, deux, cinq, dix, vingt silhouettes et plus apparaissent de chaque côté de la ruelle. A y regarder de plus près, on reconnait les enfants d'Espérance. J'aperçois la fille en noir et rouge avec son couteau toujours profondément planté dans le ventre et elle m'arrache un frisson. Une intuition me dit que son tin cadavérique n'est pas uniquement dû à la mort, cette couleur, toute la foule le partage.

La boule au ventre, je recule d'un pas alors que je comprends. Si Elle n'est pas la pour représenter mon Destin pourquoi ne pas demander à des amis ? Cette foule, ce ne sont pas de simples pantins, comme moi, auxquels échapper serait difficile mais possible. Non, ce sont leur Destin, une armée de voix, de fils prêts à s'enrouler autour de mon cou pour me faire suffoquer, me tuant lentement, se délectant de ma souffrance, de mes faibles tentatives de libérations pour finalement me briser purement et simplement.
Pire que la mort je ne serais qu'une coquille vide. Un éclat de rire sans joie m'échappe, je suis déjà une coquille vide, sans aucune volonté. Alors je finirais mes jours avec ce dernier Rêve hantant encore et toujours mes pensées, me désespérant jusqu'à ma mort ?
Non, je ne me laisserais pas faire, pas alors que j'y perdrais ma dernière parcelle de liberté. Le Reflet et ses possibilités infinies… Un regard vers le félin me conforte dans ma décision. Quelques plumes pendent au bout de sa queue un indice sur sa véritable identité ou plutôt un oubli ? Vouloir c'est pouvoir et même si c'est uniquement ici, je peux aussi.

Le plus simple reste encore les transformations inanimées, le travail sur les membres, les articulations et bien trop réfléchi pour un premier essai. Dans le silence de la ruelle, leurs pas résonnent affreusement et ne m'aident pas à me calmer. Je respire péniblement, il faut que je trouve un obstacle à mettre en travers de leur route, quelque chose de haut et de lisse, qu'ils ne puissent pas grimper et passer par-dessus, quelque chose de solide, capable de passer à travers les siècles sans s'effondrer, quelque chose que je connais bien… Les murs de la petite église, à côté de la brasserie pour noyer la perte d'un être cher dans l'alcool. Je l'ai regardée cette église, pendant des heures et des heures. Comment un être aussi mauvais que l'Homme pouvait-il donner tant de sa personne et de ses biens pour quelque chose d'invisible ? Comment pouvait-il se battre et tuer pour cette chose dont la première règle était d'aimer son prochain ? L'Homme n'est qu'une bête assoiffée de sang qui saisira toujours la première opportunité pour le faire couler.

Je revois ces grands murs blancs, leurs pierres lissées par le vent et le temps. Au printemps, on ne sait comment, une fleur et une touffe d'herbe venait pousser entre deux lourds pavés de roche. Si les moindres détails du mur reviennent, il faut encore les greffer dans la rue. Les pavés de la rue se soulèvent à mi-chemin entre la foule et moi. La terre tremble alors que les pierres de mon "église" s'élèvent plus haut que les toits. Ils s'arrêtent et aucun toit ne vient fermer la construction. Ce n'est pas très réaliste mais qu'y a-t-il de réaliste dans ces êtres blafards qui se tiennent maintenant derrière les murs protecteurs ?

Une fois à l'abri je m'aperçois que la recherche du deuxième miroir risque d'être entravée par le fait que ma portion de ruelle et tout à fait fermée du reste du village et me laisse en tête à tête avec le second rêveur.
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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Mer 29 Mai - 12:29

L'un des inconvénients les plus flagrants avec le Reflet, c'est que nous ne savons jamais si la personne, l'animal, la chose qui nous fait face et qui, sans en être sûr, peut nous sauter à la gorge est lié à un rêveur assoupi dans le vrai monde. C'est à se demander si l'esprit, en s'endormant, ne devient pas incapable de discerner la réalité du mensonge et délègue par conséquent ce douloureux choix à une espèce de sixième sens plus ou moins développé par chacun. Comment distinguer, en effet, dans une marée humaine -quoique plus fantomatique qu'autre chose dans le cas présent- la présence d'un véritable enfant dont l'apparence ne dépend pas de lui ? Cependant, à observer ces figures éthérées aux mimiques malsaines, il est douteux d'imaginer que l'une d'elles puisse renfermer un humain endormi de l'autre côté. Avec ses yeux de félin, Taima ne peut pas définir la nature profonde de chaque silhouette, mais il comprend néanmoins qu'elles sont toutes l'objet d'une seule pensée et que cette pensée créatrice, c'est la sienne. L'incertitude n'est plus permise ; le pantin aux cheveux rouges paraît trop incrédule pour que ces apparitions proviennent de ses propres émotions. Cette évidence l'irrite autant qu'elle l'oppresse. Puisque c'est à lui que revient le pourquoi du comment de ces spectres, c'est aussi à lui de les renvoyer dans l'outre-tombe. Mais il ignore les moyens d'y parvenir.

La marionnette -ou du moins suppose-t-il que ce qui va suivre est son oeuvre- se montre alors plus efficace pour repousser l'ennemi. Lorsque la terre se met à trembler, le puma se tasse davantage sur lui-même, ses griffes ressortent un soupçon et viennent se planter dans le sol pour s'y accrocher ; tout se passe en un instant et pourtant son instinct animal est à son paroxysme. Il faut avouer qu'il n'est pas habitué à devoir faire équipe malgré lui avec un être de bois qui soulève des murs de pierre. Ce Pinocchio à la tignasse vermeille n'en est peut-être pas à sa première visite dans le Reflet, toutefois Taima ne se souvient pas de l'avoir déjà croisé par le passé. Et ce n'est pas comme s'il ne s'y rendait jamais ! Si toutes les occasions ne sont pas forcément bonnes pour aller explorer ces étranges paysages, c'est tellement plaisant de savoir que là-bas, la nuit file alors qu'ici, c'est le plein soleil sur les bords du lac Saint-Louis. Jamais personne du village ne le rejoint pour modifier ces songes qui le ramènent en arrière, dans sa région natale de Montérégie où l'accompagne, lorsqu'il s'est endormi paisiblement, la silhouette souriante de sa sœur. C'est rare qu'un autre rêveur s'introduise de cette façon dans ses rêveries. C'est rare qu'on vienne souiller ses souvenirs en leur en imposant d'autres, plus sombres certainement, plus dérangés. Cette cohabitation forcée n'est pas la première, et ce ne sera probablement pas la dernière à contrarier l'Indien.

Avec l'appréhension vient ensuite un sentiment désagréable causé par ce haut mur de pierre. Quelques chose qui ressemble à une légère claustrophobie, peut-être. Taima se sent mal à l'aise dans cet espace confiné, même s'il n'a plus à s'en faire pour les monstres transparents qui avançaient vers eux deux secondes auparavant. Pourtant, les deux créatures ne sont pas enfermées ; il reste encore de l'espace derrière elles pour se déplacer, voire sortir du village et vagabonder dans ses alentours. N'empêche, le puma sent sont échine tressaillir. Il faut qu'il se débarrasse de ce gêneur à la tête de bois car c'est l'unique façon de rétablir son précédent rêve. Briser son miroir nécessite d'abord de s'en emparer, c'est pourquoi il préfère l'attaque frontale. Pour cela, il quitte son apparence féline ; celle-ci se dresse sur les pattes arrières et, comme s'il sortait du poitrail de l'animal, le garçon réapparaît petit à petit tandis que son ancienne fourrure prend la place de ses vêtements pour le recouvrir chaudement. Ses cheveux disparaissent presque sous la coiffe de plumes qui se tient sur sa tête et son visage est balafré d'une joue à l'autre par un trait de peinture pourpre. Et parce qu'il a horreur de faire les choses à moitié, détestant l'idée de se dévoiler autrement que dans tout son apparat, l'apprenti-chef Mohawk se permet quelques parures intimidantes qui pendent autour de son cou : des dents et de petits os percés d'un fil vont s'entrechoquer aux pierres bleues et blanches qui agrémentent ses colliers. Ainsi métamorphosé, il ne lui faut pas une seconde pour qu'il bondisse sur le pantin, coutelas dégainé dans la main droite.

Le mur est aussi utile pour coincer les monstres de l'autre côté que pour y plaquer son propre créateur ; profitant de cette aubaine, Taima repousse la marionnette contre la paroi et bloque toute tentative de déplacement en glissant son genou entre les jambes de bois ; plus haut, son avant-bras s'écrase sur la gorge du pantin en laissant la lame s'appuyer sur elle, de quoi signifier à la victime qu'un seul geste de travers et sa trachée sera perforée. Par ailleurs, l'Amérindien se demande si ce bois-là est assez résistant pour empêcher un couteau de s'y enfoncer. Sans aucun doute. Plutôt que de risquer un dérapage inutile, il lui faudra viser l'articulation, là où le bâton qui lui sert de cou rentre dans la grosse boule qui lui sert de tête. En faisant levier, il peut même espérer le décapiter d'un coup, si les deux parties ne sont pas soudées l'une à l'autre. Mais vu la petitesse de son arme, le garçon y renonce ; un pied de biche serait plus efficace, ce qu'il n'a pas pensé à imaginer.

« Je sais pas qui t'es mais tu vas déga... » La dernière syllabe se perd dans son gosier. Quelque chose chez cette marionnette vient tout à coup de le frapper. Cette rougeur qui teinte ses iris, quasi aussi vive que celle de ses cheveux, ne l'a-t-il pas vue récemment ? Cette crinière en bataille et ces deux pierres sanglantes... Tiens, oui. Ce sont les mêmes. « Alexandre ? » grimace l'adolescent sans pour autant relâcher sa pression. Le passage dans le Rêve aurait-il obscurci ses plus proches souvenirs ? Disons plutôt que les dernières minutes lui ont fait sorti de la tête qu'avant, il chassait le taureau avec un garçon des plus bizarres. Mais si c'est vraiment lui, pourquoi est-il ici à son tour ? Qui est-ce qui peut surveiller leur corps sur la place centrale s'ils sont tous les deux endormis ? Ce n'est pas très malin. « T'es... » Dégueulasse. C'est le terme qui lui vient en premier. « Dans un drôle d'état. Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? Je croyais que tu étais pressé de déguerpir. » Il met l'accent sur ce dernier mot, l'enrobe de cynisme. Ratée, la poudre d'escampette. Puis il se détend légèrement, fait un pas en arrière pour mieux le jauger. « C'est quoi cette chose au-dessus de toi ? » renchérit-il en pointant de son couteau vers les deux mains, toujours un soupçon sur ses gardes.

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Alexandre
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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Mer 29 Mai - 16:40

L'identité de l'autre enfant ne m'étonne pas. Après tout, comment être étonné alors qu'on ne s'attend à rien. Alors que le jeune Indien revêt, comme tout animal qui tente de protéger son territoire, sa parure la plus élaborée et... impressionnante je suppose, bien que le fait qu'il puisse garder la tête droite avec toutes ces plumes est en effet impressionnant, je me refaire comme une huître.
Et je me retrouve plaquer contre ma propre construction un couteau sous la gorge. Je me doutais que ça finirait comme ça bizarrement. Je retiens un soupire blasé. Ici rien ne me fait peur, mis à part les horreurs qui nous encerclaient quelques temps auparavant. On ne risque pas grand chose dans le Reflet, on ne meurt pas réellement, il reste seulement la souffrance, la peur et les cauchemars. Tout ça, je le connais déjà, je les côtoie tous les jours, un cauchemar de plus ou de moins, quelle différence ?

Une petite menace pour la route avant qu'il ne me reconnaisse. Pas très perspicace le chasseur... Un sourire ironique m'échappe en entendant mon nom et sa description de mon... état. A sa place, j'aurais certainement dit pitoyable. Un corps incapable de se mouvoir sans une aide extérieur en bois, il ne me reste plus rien d'humain. Je suis un monstre. Heureusement, c'est uniquement visible ici, mais ça reste ma nature profonde. A quoi bon tenter de la changer puisqu'elle m'appellera tous les matins avec ses ricanements acides ?

Oui, j'étais pressé de partir, de laisser de nouveaux problèmes derrière moi avant même qu'ils ne se présentent mais apparemment tout nous rattrape dans ce village. Et je peux pas dire que le Destin soit contre, sinon je ne serais pas tomber juste à côté de la fontaine.
Si il me tue maintenant, je me réveillerais certainement à l'infirmerie parce qu'un passant aura pris peur en nous voyant évanouis sur la place et nous aura emmenés là-bas. Je pourrais enfin "déguerpir" alors qu'il sera toujours endormi. Je pourrais pas partir bien loin avec la migraine que j'aurais en me réveillant.

Je ne peux même pas m'exprimer, sans Sa voix, je ne suis rien sans Elle. Je réfléchis un instant. Si tout est possible ici, faire résonner mes pensées entre les maisons devrait être possible mais risqué, je pourrais penser quelque chose sans vouloir que Taima l'entende et que cette idée résonne tout de même. Ma main effleure le mur nu de mon "église". Ce n'est pas encore un vrai mur, il est trop propre, trop lisse. Les touristes n'ont aucunes honte à utiliser une telle construction comme support alors pourquoi pas moi ?

Je me retourne vers le mur et imagine quelque mots gravés à hauteur des yeux. Ils apparaissent doucement, laissant tomber un peu de poussière blanche. Je m'écarte, laissant le champs libre à l'Indien.

"1. Fièvre, tombé dans les pommes
2. Deux grandes mains
"
Taima
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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Dim 2 Juin - 18:56

Il faut croire que l'indifférence est contagieuse, tellement celle d'Alexandre risquait d'endormir Taima. Pourtant, le garçon aux cheveux rouges aurait pu paraître des plus normal s'il n'y avait pas, constamment, cette langueur au fond de ses pupilles, cette nonchalance épuisée dans ses mouvements. Cela agaçait l'Indien, une telle mollesse. Parce que tout guerrier qu'il imaginait être, il avait besoin de se confronter à des êtres qui lui opposent une résistance, qu'elle soit verbale ou gestuelle. Mais là, rien. Tout au plus un soupir ennuyé, un léger sourire en coin qu'un retour à la neutralité dissipe aussitôt. De tous les personnages que la cocotte a pu croiser à Espérance, celui-ci sortait du lot, à sa manière, mais d'une mauvaise façon. Une vraie chiffe ! Ce n'était guère étonnant, d'après cela, qu'il ressemble à ce genre de pantins incapables de bouger d'eux-mêmes, soumis aux aléas de fils qui les rattachent à une entité supérieure. La parfaite métaphore d'une certaine partie du village, celle réunie sous le joug de Bird. Néanmoins, cet esprit du feu ne semblait pas être plus attaché à l'Oiseau que ne l'était le Mohawk. Il ne semblait être attaché à rien du tout, d'ailleurs. Ç'aurait pu être une bonne chose, cette indépendance, mais là c'était trop ; il s'était carrément affranchi de sa propre volonté.

Les bras ramenés sur son torse, Taima observa la marionnette faire face au mur, sans un mot. En apercevant quelques mots d'espéranto s'esquisser sur la pierre, il leva brièvement les yeux au ciel. Et muet en plus, 'ne manquait plus que ça... songea-t-il avant de déchiffrer le langage. Cela lui prenait toujours une seconde ou deux pour s'assurer qu'il avait bien compris. Avec le français québécois, l'anglais et la langue Kanien’kéha, l'apprentissage qu'un quatrième dialecte, quoi que récupérant certaines propriétés des trois premières, n'avait pas été sans quelques difficultés. Heureusement, Alexandre n'était pas davantage loquace sur un mur qu'avec une langue en état de fonctionner, si bien que l'Indien n'eut aucun mal à capter ses explications. Il se demanda alors si là-bas, quelqu'un les avait déjà trouvés au bord de la fontaine. Si le rouquin couvait un rhume, ce n'était pas une très bonne idée de rester ici, à se la couler douce. Mais cette décision lui appartenait -si jamais il était capable de prendre une décision de lui-même...

« J'avais compris pour les mains, me prends pas pour un imbécile », grogna le garçon en avançant de nouveau. « J'veux savoir si tu peux les faire disparaître ou si tu es trop faible pour ça. » Fallait-il qu'il pose cette question d'office pour que l'autre lui réponde ? Sans doute. Mais la diplomatie et Taima font trente-six quand l'agacement se fait sentir, si bien qu'il a préféré voir si le pantin justifierait de son propre chef la présence de ces immenses doigts au-dessus de sa tête. Ce ne fut visiblement pas le cas. Depuis le temps qu'il voyageait dans le Reflet, il avait croisé de nombreux rêveurs, certains plus habiles que d'autres ; à chaque fois, la capacité à changer de forme trahissait une plus grande maîtrise de soi et de son entrave que la possibilité de changer l'environnement. Et pourtant, avec lui, c'était l'inverse. Son apparence physique était la première chose qu'il avait appris à dompter, au détriment de l'espace qui l'entoure. Peut-être parce que, lorsque personne ne venait s'introduire dans ses songes, il se retrouvait toujours en terre connue et appréciée, au point qu'il n'avait pas la nécessité de métamorphoser le paysage. Alexandre devait en être à ses premiers essais, lui. Il ne s'en tirait pas trop mal. Probablement arriverait-il, s'il y mettait un peu plus du sien, à changer plus de choses. Encore fallait-il qu'il en ait l'envie.

« Si tu veux, j'm'en occupe... » Et Taima d'agripper, au hasard, les quelques fils qui vinrent à la rencontre de ses doigts quand il tendit la main près du garçon de bois, avant de lever son couteau en vue de les trancher. Il n'eut toutefois pas le loisir d'aller plus loin dans son geste car un bourdonnement parvint à ses oreilles, arrêtant son mouvement. Est-ce que le mur menaçait de s'écrouler à cause des enfants qui poussaient derrière ? Le sol allait-il se fissurer sous eux pour les engloutir ? Il leva la tête, regarda un instant Alexandre -ça n'avait pas l'air d'être son oeuvre- puis autour de lui. Rien. Le bruit se faisait pourtant de plus en plus audible au fil des secondes. Quelque chose se rapprochait, invisible et à grande vitesse. C'est en se retournant que l'Indien aperçut la menace ; un mur, encore, mais d'eau cette fois-ci, marchait sur eux. Un tsunami, une vague gigantesque qui avait déjà atteint les maisonnettes les plus à l'extérieur du village. Pas le temps de comprendre d'où il pouvait provenir, Taima lâcha les ficelles, étendit les bras et, s'accroupissant pour prendre de l'élan, s'envola en quelques battements d'ailes. Il planta au passage ses serres dans une des mains blanches de la marionnette, entraînant avec lui cette curieuse construction onirique.

En y réfléchissant un peu, il est probable que toute cette eau soit la conséquence d'une réaction psychologique ; à côté de la fontaine, mouillé par les fines gouttelettes qui s'échappent des remous, le Mohawk a très bien pu inventer ces flots, à l'instar d'un enfant qui rêve qu'il tombe d'une falaise lorsqu'il tombe de son lit. Redevenu pygargue en un clin d'oeil, il s'élève tant bien que mal avec son chargement tandis que la vague rase le village et tous ses occupants. Mais Alexandre est lourd avec ses deux mains, très lourd. Beaucoup trop même, et Taima n'arrive pas à se maintenir dans les airs en les tenant avec seulement six griffes. Il s'efforce de resserrer son emprise aussi fort qu'il peut mais c'est peine perdue ; son fardeau s'échappe peu à peu, s'arrache à ses pattes et finit par tomber. En-dessous, à quelques mètres, l'eau continue pourtant de tout ravager...

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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Lun 2 Sep - 13:03

Son irritation m'arracherait presque un sourire de satisfaction, presque. Tout grand guerrier qu'il est, Taima n'a pas l'air très doué pour la diplomatie entre son manque de patience et le fait que sa première réaction en voyant un inconnu est de lui coller un couteau contre la gorge. J'espère pour sa tribu qu'il n'était pas chef... Rien que par son âge ce serait un peu étrange mais après tout je n'ai strictement aucune idée de comment fonctionnent les tribus indiennes. Je devrais lui demander la prochaine fois qu'on se croisera, en dehors du rêve si possible. Quoique, vu l'air dégoûté plaqué sur son visage tout à l'heure, j'ai le sentiment que l'Indien serait pas ravi... Comme si ça pouvait m'intéresser.

Ce qu'il tente après m'importe beaucoup plus. Je me disais bien qu'il me portait pas dans son cœur mais de là à pointer, encore, un couteau vers moi, en plus d'avoir tenté de me manger la tête plus tôt, ce gars veut ma mort. Ça me fait penser que je vais lui devoir un allé simple à l'infirmerie et une semaine cloué au lit.
J'hésite à le laisser couper les fils qui me permettent de bouger. C'est tentant de revoir cet air répugné qu'ils ont tous en me regardant passer. Je suppose que ça me rappelle le bon vieux temps, je suppose puisque je ne m'en souviens plus.
Du coup, j'ai deux choix, le laisser faire et me retrouver comme un pauvre tas de bois mort abandonné par terre, sachant que je ne pourrait même pas briser mon miroir, ne pouvant pas faire le moindre mouvement soit, lui coller une bonne droite, et là, je peux être certain qu'il va vouloir se venger.

J'en suis à lever mon bras droit, me préparant à le frapper avant qu'il fasse un bêtise quand on suspend tous les deux nos gestes. Des grondements se font entendre alors que la terre tremble. On échange un regard, aucuns de nous n'étant à l'origine de ce changement, du moins consciemment, et je lève les yeux pour regarder derrière son épaule et apercevoir un mur d'eau se dresser, prêt à s'abattre sur nous. Alors qu'il se recule et s'accroupit, certainement pour se retransformer en oiseau et partir, je vois mal un échappatoire pour moi, vu que derrière les murs il y a tout un village qui veut ma peau. Je suis résigné à me réveiller et à tenter ensuite de trouver le chemin vers l'infirmerie si je n'y suis pas déjà mais je m'arrête au milieu de l'élaboration de mon itinéraire quand je sens le sol se dérober sous mes pieds. Je baisse les yeux et me rends compte qu'il s'éloigne de plus en plus, je lève la tête et aperçois un oiseau qui t'ente de retenir une des mains de mon marionnettiste invisible. Je vois bien qu'il ne va pas tenir de toute manière, et je ne prends pas le temps de réfléchir aux raisons qu'avait Taima de m'aider quand je vois un sol d'eaux déchaînées se rapprocher inexorablement de moi. La seule question que je me pose quand je rentre dans l'étendue bleue c'est si j'ai une chance de m'en sortir sans me briser contre les maisons englouties.

A peine la question formulée en pensée, je rencontre violemment le mur d'une maison. Je suis balloté par les courants en furie et essaye de me sauver en changeant la pierre des habitations en je ne quel matériau mou mais je suis incapable de voir quoique ce soit. Les vagues ne me laissent aucun moment de répit entre les roulés boulés dans l'eau, les morceaux de mur qui ont résisté à la colère des flots. Je suis complètement désorienté, emmêlé dans mes propres fils, je suis bien incapable de bouger et même sans ça, il me serait impossible de lutter contre les courants violents. Plus le temps passe, certainement seulement quelques dizaines de secondes, plus j'ai l'impression que je passe l'éternité sous les flots. Je sens la panique former une boule au creux de mon ventre. Je suis terrorisé, je peux dire ce que je veux, la peur de la mort tient de l'instinct primaire, je ne m'en déferais jamais.

Les flots, après un temps indéfinissable, se calment. Je suis épuisé, lessivé, aussi bien mentalement que physiquement. Et alors que je me retrouve enfin dans des eaux calmes je ne vois pas comment je m'en sortirais. Je n'ai aucun moyen de savoir où est la surface et la panique me reprend mais je ne bouge pas, j'attends que l'air de mes poumons, si j'en ai sous cette forme, me remonte ou que les propriétés du bois s'en charge. Là encore j'ai l'impression d'attendre une éternité alors que la douleur des coups dans les bâtisses se réveille.
Je me sens suffoquer quand un courant d'air caresse mon dos. Je me remets aussi rapidement que je le peux sur le dos et avale une grande goulée d'air. Je ne prends pas le temps de regarder, s'il y a un rivage proche, je sais pertinemment que je n'aurais pas la force de l'atteindre à la nage alors je me laisse flotter sur des courants plus cléments que les précédents.

Je sens rapidement des galets rouler sous mon dos et de petites vaguelettes clapotent doucement au niveau de mes mollets alors de la mer me dépose sur une plage. Je prends un instant pour profiter de la stabilité de la terre avant de me lever pour constater l’ampleur des dégâts dans mon reflet. Il manque une partie du bois sur ma joue droite, plusieurs trous à chaque bras, et un morceau de bois allant de la hanche jusqu'aux côtes flottantes à droite a disparu. Ma moitié de miroir, elle par chance, n'a pas bougé. Je me laisse retomber au bord de l'eau. Plus jamais je me laisserais tomber dans une mer bourrée de vagues, plutôt briser mon miroir que réitérer l'expérience et finir épuisé et littéralement en morceaux. Bien que je pense avoir eu pas mal de chance cette fois.

Sur cette pensée, je me relève, et m'éloigne de l'eau, plus loin elle est celle là, mieux je me porte. J'espère avoir autant de chance avec la recherche de mes souvenirs parce que j'ai le sentiment que c'est pas gagné cette chasse au trésor.
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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Mer 4 Sep - 12:55

Trop lourd. À la seconde où les serres de l'aigle glissent et lâchent leur fardeau de bois, son bec s'entrouvre pour laisser s'échapper un cri rauque qui signifie Merde. Pour autant, il ne tente pas de descendre en piqué afin de rattraper le pantin avant qu'il n'aille exploser en contre-bas. Il n'essaye pas non plus de le suivre du regard, guettant le point d'impact à la surface des flots. Non. Libéré de son chargement, il continue de s'élever, toujours plus haut, abandonne son compagnon aux cheveux rouges et lui préfère l'immensité des cieux. Son Rêve était ainsi auparavant, et il a fallu qu'un imbécile incapable de parler vienne le transformer en ce simili village désormais immergé. Taima décrit des courbes en surveillant le niveau de l'eau. Il aimerait bien qu'elle disparaisse, mais il a beau y penser aussi fort qu'il peut, le remous est encore là, plusieurs mètres sous ses plumes. Quelque part là-dessous, la marionnette est charriée par les vagues. Où exactement, il l'ignore. Il ne s'en préoccupe pas plus que ça. Après tout, si elle est brisée, le Rêveur se réveillera et le Reflet reprendra son calme. Si elle survit, il n'aura qu'à la retrouver un peu plus tard, lorsque le sol sera à nouveau praticable. Pourquoi se soucierait-il d'elle, de toute manière ? Ce n'est qu'une créature chimérique ; même dans la réalité, les deux garçons n'ont rien en commun. Ce ne serait qu'une perte de temps de rester avec lui.

Peu à peu, ses virages se font plus larges. Il plane en douceur, suit les courants aériens qui le font tourner lentement, selon de grands cercles silencieux. Le grondement de la houle semble s'apaiser, en-dessous. Du village, il ne reste plus qu'une marée grisâtre, boueuse, des poutres et des pierres qui sombrent dans le lit du fleuve. L'Indien inspecte l'onde de son œil jaune, mais n'y trouve aucune tache rouge caractéristique. Alexandre se serait-il noyé ? La perte ne serait pas faramineuse. Et pourtant, Taima cherche encore ; il vient survoler les eaux encore troubles bien que plus calmes, observe les déchets qu'entraîne le courant. Son gosier d'oiseau façonne un nouveau cri, par réflexe. Il passe et repasse, frôle les derniers toits encore émergés ; ça et là, des formes fantomatiques gisent sur le ventre. Peut-être les enfants qui les ont attaqués auparavant, réduits à la plus simple déchéance. S'il pouvait, l'aigle ricanerait.

Enfin, il aperçoit au loin la masse blanche que constituent les deux mains du pantin et, en quelques battements d'ailes, le rejoint. C'est bien lui, ce petit méli-mélo de branches et de fils, bringuebalé jusqu'à la rive et désormais plein de trous mais qui, malgré cela, tient encore debout. Taima se pose sur un tronc mort qui vient de pousser parmi les galets, puis secoue son plumage avec un léger froufrou ; seules les plumes qui ornent sa coiffe ne disparaissent pas à la suite de la métamorphose. Pour cette fois, il se passera de sarcasme, quand bien même cela le démangerait, parce que c'est de sa faute si la marionnette a enduré cette machine à laver aquatique. Toutefois, de là à lui demander s'il va bien ou bien demander pardon, il ne faut pas pousser mémé dans les orties non plus.

« Au moins, c'est efficace pour se débarasser des emmerdeurs », constate-t-il en sautant à terre. Il passe une main dans ses cheveux pour les ébouriffer à peine, puis fait trois pas vers Alexandre. Cabossé comme il est, il paraît encore plus misérable qu'intact. C'est vraiment laid. Nonobstant, l'Amérindien ne remarque plus vraiment cette apparence particulière ; un chef doit savoir reconnaître la valeur d'une personne au-delà de son faciès, sans quoi il ne peut se prétendre sage dans ses jugements. S'il souhaite devenir le guerrier dont il a toujours rêvé, il lui faudra découvrir les qualités des uns et des autres en dépit de leurs défauts physiques. Le seul inconvénient à cette nécessité, c'est que le rouquin n'a pas l'air pressé de prouver sa dignité ; il a plutôt l'air de s'en foutre comme de l'an quarante, de la façon dont les autres le considèrent. Cependant, Taima n'a pas dit son dernier mot. Il trouvera bien un moyen d'obliger le garçon à se dévoiler. Au fond, il est convaincu qu'il y a en ce pantin bien plus que le néant qui obscurcit ses yeux en ce moment. S'apprêtant à faire volte-face, il lance un « Tu comptes prendre racine ici ? Si tu n'as pas encore fui cet endroit, c'est que tu y cherches quelque chose, non ? Moi je me souviens de tout -presque tout- alors j'peux t'aider à trouver ton miroir, ça m'occupera. » Il se retourne. Fait un pas. Alors une pensée lui traverse l'esprit et il ajoute : « J'te laisse pas le choix, en fait. 'Toute façon, tu ne peux même pas parler. » Non mais. Il ne faudrait pas que ce gamin pense qu'en plus, il supporterait un refus de sa part.

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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Ven 11 Oct - 18:40

Dansent, dansent les rubans. Scintillent, les boutons.
L'empereur fait voltiger la queue de son habit, frémir l'or de ses revers. Les bottes attrapent les reflets du soleil. « Bel habit, charmant uniforme, bel uniforme tant aimé » roucoule le coquet. Jamais costume neuf n'a dû provoquer une telle joie. Un éclair couleur de France dans le miroir, tandis que tourbillonne le vêtement; une des manches s'anime, lisse quelques plis. Puis elle se dresse en un salut solennel et le miroir vibre sous le chant des armées.
L'empereur tousse, le chant s'arrête.
La quinte s'installe.
L'empereur grippé part se préparer une tisane aux napolitains. C'est bien connu, cela adoucit la gorge -à moins que ce ne soit le miel? Napoléon ne sait plus. Il émiette son gâteau dans l'eau chaude, assis devant le miroir. Un petit morceau égaré attrape son regard, qui dégringole l'immensité blanche du pantalon, roule sur la botte noir, se perd dans les plis de la cape. La main gantée de l'empereur se tend pour le déloger, le remonte, l'approche de ses yeux, l'examine de près. Le festin d'une fourmis. La miette et tournée, retournée.
Elle supplante la pièce. Elle supplante la lumière, elle supplante le monde.
Napoléon crie. Napoléon sombre.
Il tente de se rattraper aux nuages colorés du miroir. Le miroitement de la soie, le scintillement des boutons d'argent – voilà l'ancrage qu'il me faut. Mais un éclair l'attire, une masse dorée incongrue au milieu de cette harmonie militaire. Terrassé par l'éclat de ses cheveux si loin du brun, l'imposteur s'effondre.

De l'eau.
Napoléon n'aime pas l'eau. Trop de mauvais souvenirs. Trafalgar ne lui a vraiment pas réussit, et il a été malade pendant toute la traversée vers l'Egypte.
Il ne se demande pas un instant comment il est passé de sa chambre à cette mare boueuse. Cela n'a pas d'importance. Il se sent exceptionnellement complet, c'est tout ce qui compte. Une mèche brune devant ses yeux éclipse soudain le monde. Ses pupilles se focalise sur l'intruse qu'il chasse d'un revers décidé. Pas martial, épaules relevées, ce monde boueux sera à moi! proclame son torse bombé.
Soudain, il remarque deux silhouettes, dont l'une à l'air vraiment mal embouché, petit tas de bois tout mouillé.
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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Mar 15 Oct - 11:34

Je pars d'un pas lent pour finalement m'arrêter, stopper par l'arrivé de mon merveilleux porte-poisse. Je pense qu'il mérite bien ce titre, après tout, depuis que je l'ai rencontré j'ai failli me faire embrocher par un taureau, j'ai eu le droit à un bon gros rhume, au mieux, et j'ai frôlé la noyade. Tout ça en moins d'une journée, si c'est pas merveilleux.
Bien sur, ça aurait pu être pire, j'aurais pu me faire réellement embrocher, ou me noyer quoique la noyade n'aurait pas vraiment été importante. Je me serais simplement réveillé peut être avec une peur de l'eau qui aurait duré quelques temps. Et puis, en seize ans de vie commune avec une entité sadique, j'en ai vu d'autres.
Peut être qu'Elle m'a menti, peut être qu'en réalité, tout le monde l'entend ou au moins les gens avec qui Elle a envie de parler et qu'Elle a proposé à l'Indien un concours à celui qui me pourrirait le plus la vie ? Ça fait un peu paranoïaque sur les bords mais bon, quand on discute avec une entité qu'on est le seul à entendre je pense qu'on est plus à ça près.

La seule différence entre ces deux-là, c’est que je peux répondre à Taima ou au moins lui tenir tête, un minimum. Alors même si l’idée de briser mon miroir par pur esprit de contradiction, pour l’exaspérer une dernière fois paraît sympathique, je me retiens. Ce n’est pas grand-chose par rapport avec ce qui m’attends quand je me réveillerais. Le Rêve est mon seul échapatoire, unique endroit me laissant encore l’illusion d’être libre. Je préfère y rester aussi longtemps que possible, même un Indien caractériel ne peut pas changer ça.

Je m’assois au sol alors qu’il commence à partir. Je  ne lui prête aucune attention. S’il veut rester, il s’arrêtera, sinon, ce ne serait pas une grande perte. Je focalise donc mon attention sur quelque chose de plus important : un livre de médecine, un genre d’encyclopédie centrée sur tout le corps humain, relatant son fonctionnement et tous les petits détails qui semblent insignifiants mais pourtant vitaux. Je me rappelle en avoir vu une dans un cabinet de médecin traitant. Je doute que ses pages soient remplies, je n’en ai jamais lu une mais on ne sait jamais.
Si cette première partir se déroule sans encombre, à ma plus grande surprise, la deuxième paraît beaucoup moins simple. En un rêve je vais avoir droit à deux premières fois  première modification de ce qui m’entoure et première modification sur moi-même. Qui aurait cru qu’une marionnette ferait un jour pousser des églises et des cordes vocales ? Mais plus important, qui a déjà vu une marionnette avec des cordes vocales ? J’y passe bien cinq minutes, à m’assurer qu’il ne manque rien et que théoriquement je peux m’exprimer sans problème.

Je teste ma voix et en effet, la théorie et la pratique sont deux choses bien distinct si la brisure de ma voix n’est pas plus importante, la brûlure de ma gorge, elle m’inquiète un peu plus. Je ne m’y attarde pas plus, de toutes manières je ne compte pas me lancer dans de grand discours. L’autre est toujours là. Je me relève donc, faisant disparaître mon livre au passage et m’adresse à l’Indien.

"Je ne vois pas pourquoi je devrais accepter ton aide"

Après tout, c’est vrai. Pourquoi je lui ferais confiance, je le connais à peine et ne sait jamais ce que les esprits tordus de ce village peuvent bien tramer. Je ne vois pas non plus quel intérêt il peut tirer de cette entente, à moins qu’il ne me demande un service plus tard, ce qui serait justifié mais gênant. Autant le rediriger vers quelqu’un d’autre, pour éviter tout autre problème, j’en ai déjà assez comme ça.
Le temps de jeter un coup d’œil vers la silhouette que j’avais entraperçue en me relevant et je reprends la parole, la désignant du doigt.

"Si tu as si peur de finir tout seul, tu peux toujours rester avec lui."
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MessageSujet: Re: .Ce monde n'est pas sérieux. [Alex'] Ven 25 Oct - 14:21

Et c'est reparti pour un tour... Ou presque. Aussi certain du fait qu'Alexandre va le suivre que de la rotondité de la Terre, Taima s'échappe déjà vers une exploration des lieux. Les flots qui ont disparu aussi vite qu'ils étaient arrivés les ont laissés au bord d'une terre en apparence aride, grisâtre, comme si la berge était faite de poussière et de boue séchée. Autant dire que ce paysage ne convient pas du tout à l'Indien et qu'il s'impatiente de découvrir d'autres plaines verdoyantes pareilles à celles qu'il survolait avant l'irruption du pantin. Il fait trois pas, s'arrête, pose les mains sur ses hanches et lève la tête. S'il se concentre assez, peut-être arrivera-t-il à faire pousser des arbres juste à ses pieds ? Il s'interroge sur la situation de son corps dans le monde réel et s'étonne de ce que personne ne soit en train de le réveiller avec un seau d'eau ou une bonne claque. Leur sommeil va sans doute encore durer un certain temps. Mais puisqu'ils en ont à revendre, autant en profiter.

Ce ne sont pas les étranges bruits qu'il entend dans son dos qui obligent le garçon à se retourner. La marionnette fait des choses bizarres depuis un moment, choses auxquelles il n'a pas prêté attention jusqu'à lors, et c'est le résultat de cette attente qui le surprend soudain. « Je ne vois pas pourquoi je devrais accepter ton aide. » Le contenu de la phrase, il s'en fout. L'accent de platane rouillé aussi. C'est juste le son de cette voix qui l'étonne. Lui qui croyait Alexandre plus muet qu'une carpe, ce changement de situation le laisse stupéfait, sans qu'il ne sache s'il en est content, jaloux ou agacé. Ce dont on est sûr, c'est que cela ne l'indiffère pas. « Si tu as si peur de finir tout seul, tu peux toujours rester avec lui. » Ah si, maintenant il sait ce qu'inspirent en lui ces mot nouveaux : une furieuse envie d'un feu de joie aux cheveux rouges. Du regard, il fusille l'auteur avant de se tourner vers ce lui qui vient d'apparaître et qui n'a rien à faire là. Il ne manquait que plus ça, sous-entend son soupir.

« Tiens, un nigaud tout crotté » lance-t-il, mesquin, à cet empereur trop clinquant, trop pédant, mais dont il raffole la déchéance masquée sous ses airs militaires. Celui-ci est-il venu pour affronter une seconde Bérézina ou pour jouer les Geppetto ? La réponse attendra.
En effet, alors qu'ils se sont réunis sur cette langue de terre, loin du sinistre, le sol a décidé de partir en vacances ; telle une vaste roue de hamster, il se plie, se courbe et vient prendre la place du ciel tandis que ce dernier se retrouve au niveau du plancher des vaches. Et tout ce qui se tenait sur terre l'instant d'avant est désormais les pieds dans le vide. Alors tout tombe, les eaux, les rochers, les briques du village dévasté, les trois rêveurs. Tout tombe sans fin dans le vide du ciel, sans savoir si, quelque part en dessous, il y aura un château sur lequel atterrir.

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