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Un colis important [Icare & Vaelh]

Icare
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MessageSujet: Un colis important [Icare & Vaelh] Sam 25 Mai - 19:01


Icare émerge du lit dès les premières lueurs de l’aube. Eagon dort encore, comme la plupart des pensionnaires de l’internat, où il règne toujours un air chargé de sommeil. La salle commune aussi est vide et silencieuse. Icare s’assoit un moment dans le canapé, les yeux encore un peu bouffis, et regarde par la fenêtre le soleil qui se lève, comme lui. Leurs journées sont souvent en harmonie, comme s’ils s’imitaient, se suivaient. Après tout, ne s’appelle-t-il pas Icare ? Jetant un œil à la pendule accrochée au mur, il va vite à la salle de bain pour s’asperger le visage d’eau froide. Il se hâte, il ne faut pas faire attendre Vaelh. Jamais, jamais. D’ailleurs, quand Icare est en retard, il préfère ne pas venir du tout. Sans faire de bruit, il enfile son chemisier marin, ses grandes chaussettes blanches, ses chaussures en cuir usé. Il descend les marches en courant, prend son vélo et file en direction du bourg.

Il ne se rend pas tout de suite à la demeure de Vaelh. Chaque matin, un rituel précède ses longues journées de travail. Alors il va à son rendez-vous quotidien, sa rencontre avec Louhanne, la veilleuse de nuit. Il lui offre un des deux croissants qu’il a pris le soin d’emporter. C’est Rei, le boulanger, qui lui prépare ses petits paquets de croissants et lui donne lorsqu’il passe à sa boutique. Et tandis que Louhanne part s’enfouir au creux de ses draps, Icare lui fait un signe de la main, en attendant demain. Il repart.

Icare arrive devant chez son patron, le messager comme on l’appelle, il est à l’heure. Vaelh n’aime pas attendre. Icare le salue, d’un ton vif et enjoué, comme lorsqu’il est bien réveillé. Vaelh se contente d’un signe de tête et d’un regard furtif. Icare a l’habitude, Vaelh n’est pas du genre loquace. Il ne regarde jamais dans les yeux, se contente de s’affairer parmi les missives et les colis dont il a la charge, laissant rarement échapper quelques mots de ses lèvres. Depuis toujours, Icare se demande ce qu’il y a dans la tête du jeune homme, ce qui explique son visage toujours fermé, son regard toujours fuyant. Mais Vaelh ne dit rien, il ne se confie pas et demeure seul et secret. Leurs seuls échanges sont exclusivement à propos des tâches d’Icare.

Ce n’est pas qu’il est méchant, ça non. Mais on dirait qu’il prend soin de garder une distance, comme un périmètre de sécurité, entre lui et le reste du monde. Entre lui et les autres. Icare n’insiste pas.

- Alors, qu’est-ce qu’on a, aujourd’hui ? dit-il en se campant devant son supérieur.

Il aime bien prétendre être l’égal de Vaelh, comme s’ils étaient collègues, comme s’ils avaient le même âge. Pendant que le jeune homme trie les mots les moins urgents qu’il doit transmettre, Icare remarque ses ongles meurtris, preuve évidente de la sale manie qu’entretient le messager. Icare le sait déjà, quand Vaelh se croit hors de portée des regards, il se ronge les ongles avec hargne. Icare fait semblant de ne pas le remarquer. Il ajoute, un petit sourire aux lèvres :

- Il y a des colis importants ?


Vaelh
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Dim 26 Mai - 9:28

Le jeune homme s'était levé en avance. C'est comme ça à chaque fois, il n'arrive pas à dormir longtemps. Jamais. Il était resté dans son lit, assit et immobile, jusqu'à ce que le réveille commence à s'agiter bruyamment. Au premier de ses soubresauts, une main au doigts ravagés s'abatit dessus pour le faire taire. Voilà, il est l'heure.
Vaelh ne savait pas -ou plus- d'où lui venait cette manie de rester à fixer son réveil en attendant qu'il sonne alors qu'il était déjà réveillé. De toutes façons, même s'il l'avait su, il n'aurait pas voulu se débarrasser de ce rituel ; et ça non plus, il ne l'expliquait pas.

A l'instant même ou la pointe de ses orteils touchèrent le sol, toutes les voix constituant sa personnalité s'éveillèrent et commencèrent à se concerter. C'est ainsi que ça se passait dans son esprit, il raisonnait toujours comme ça.

Comme toujours, la première voix à se faire entendre fut Rage. C'était celle qui était capable de parler le plus longtemps et le plus fort possible :

Tu sais pourquoi tu t'lèves ? Pour rendre service à bande de sale fils de chien en trimbalant leurs merdes de courriers inutiles à travers les rues comme si t'était un simple larbin. UN LARBIN, putain ! Tu devrais tous les détester, tous !

Rage avait hurlé si fort que les oreilles du jeune homme sifflaient. Il s'était replié dans sa salle de conférence mentale pour écouter le point de vue de chaque voix et, lorsqu'il se livrait à cet exercice, il arborait un regard vide, un visage inexpressif et ses mouvements étaient plus lents. Un genre de pilote automatique du corps alors qu'il n'était plus au commande !

Après Rage, Crainte souffla :

Pourquoi tu veux absolument y aller, à ce travail ? Et s'il t'arrivait quelque chose ? Et si c'était aujourd'hui qu'ils décidaient tous de montrer leur vrai visage comme l'a dit Suspicion, hier ? Ils pourraient te faire du mal !

D'ailleurs, Suspicion soutint Crainte en ajoutant :

Crainte à raison. Tu sais bien qu'il sont tous des dangers. Ils veulent te le cacher, se révéler au moment ou tu seras faible... Rappelles-toi : tous des dangers. Tu le sais, aussi sûr que tu sais que cet endroit ne devrait pas exister

Quelle cacophonie dans son crâne... Ça hurlait, ça geignait, ça protestait... Si bien que son corps continuait de se piloter tout seul pour faire ce qu'il avait à faire, à savoir se restaurer, se rafraîchir, s'habiller... Vaelh reprit enfin les commandes après un long moment... Pour se retrouver la main sur la porte du bureau de poste. Wouah, avait-il été "absent" jusqu'ici ?

Si cette interrogation l'intéressa un bref instant, il la balaya d'un battement de paupière et reprit pied avec la réalité. Il poussa doucement la porte et pénétra avec une prudence paranoïaque dans le locale. Comme à chaque fois, il alluma brusquement la lumière et se mit à inspecter la pièce du regard, espérant y débusquer quelque menace que ce soit. Rien.

Il s'était alors dirigé vers la grande table, là où gisait un petit amoncellement de courrier rassemblé la veille, et entreprit de les trier. Pendant son manège, il dû réprimer un sanglot parasite venu d'on ne sait où. Ça aussi, c'était de plus en plus commun.

Puis la porte se rouvrit. Instantanément, Vaelh focalisa toute son attention sur la personne qui entra. Il était figé, guettant le moindre danger, le moindre geste suspect.
Mais ça n'était que le petit Icare qui rentrait en le saluant.
Vaelh avait très vite détourné le regard sans lui répondre pour se concentrer sur les courriers, tâchant de cacher ses doigts du mieux possible. Son regard se fit à nouveau vide, le voilà qui se concertait avec ses voix. Bien sûr, Rage fut la première :

J'le supporte plus ce nain. Pourquoi il est si content de te voir ? Pourquoi il sourit, pourquoi il est heureux ? y'a une raison de l'être ? NON.

Suspicion fut seconde :

Il est sans doute envoyé par les autres... Ils pensent que tu ne peut pas te méfier d'un petit garçon d'une dizaine d'année, mais c'est faux. Il te sourit pour endormir ta vigilance ! Peut être vient-il pour tes secrets, peut être vient-il pour ta vie elle même ? Peut être qu'il raconte des choses dans ton dos ? Méfie toi toujours de lui.

Rancune s'incrusta dans la conversation, usant de son horrible timbre pour souffler :

Comment tu peux ne pas lui en vouloir pour ces fois où il n'est pas venu t'aider ? Tu te rappelles de ces jours où tu as dû te taper les tournées tout seul ? Il faut te venger, je te le dis chaque jour, mais tu n'écoutes rien. Tu me fatigues.

Il inspira lentement en laissant un regard furtif couler sur le gamin. Si petit, si chétif... L'idée qu'il était stupide de se méfier d'une si faible créature faillit caresser l'esprit de Vaelh... mais fut étouffée par Rage et Suspicion.

- Alors, qu’est-ce qu’on a, aujourd’hui ? Avait demandé le petit homme en s'approchant dangereusement de Vaelh. Ce dernier avait subtilement reculé d'un petit pas pour se laisser le temps de réagir... Au cas où. Suspicion approuva ce geste.

C'qu'on a aujourd'hui ? Putain, même sa voix elle m’énerve !

C'est pas normal qu'il affiche un air si détendu... Tu peux être sûr qu'il à préparé quelque chose.

Tranquillise toi, il sans doute content de voir du monde... Avait faiblement hasardé Tempérance, une bien petite et chétive voix.

Quand Vaelh eut fini de se concerté, il remarqua que Icare s'était déjà mis au travail sans attendre de réponse. Brave petit qu'il était... D'un coup, le jeune adulte regretta de ne pas lui avoir porté plus d'attention. Heureusement, le garçonnet ne laissa s'afficher aucune tristesse sur son visage pour avoir été ainsi ignoré. Dans le cas contraire, Vaelh se serait sentit coupable.
Coupable.
Coupable...
Alors l'une des voix, la plus horrible et douloureuse de toute, projeta ses mots comme autant de flèches acérées dans la conscience du jeune homme :

Ta faute... Ta faute... Tout est de ta faute. Elle n'existe plus par ta faute, elle s'est détourné par ta faute... Tout est de ta faute.. C'est toi le Grand Coupable.

Il fallut qu'il serre les dents pour réprimer une douloureuse averse d'image de l'avant. Il ne put s'empêcher d'en voir quelques unes, toutes plus floues les unes que les autres. Ses poings s'étaient serrés alors que ses yeux s'embuaient.
Il le savait qu'il était coupable du plus affreux des crimes, seulement... Il ne se souvenait plus de quel crime il s'agissait.

- Il y a des colis importants ?

La voix du petit garçon avait percé les brumes de la peine pour rapatrier Vaelh dans la réalité. Il n'avait plus mal mais... Il aurait préféré rester dans la douleur plutôt que d'être secouru. Pourquoi souhaiter pareille torture ? Il n'en avait pas la moindre idée. Il soupira doucement, ailleurs.

Pourquoi précise-t-il "important ?" Fit Suspicion après un moment.

C'est vrai ça, pourquoi ? Vaelh n'aimait pas lui confier les choses importantes. En même temps, chaque lettre était la plus importante du point de vue de celui qui la confiait au jeune homme. Alors pouvait-on objectivement dire qu'un colis était plus important qu'un autre ?
Non.
Il lui en donna alors un au hasard, un petit paquet qui, à l'odeur, devait contenir des rations de viande séchée. Bien sûr, en plus de ne pas le regarder, il lui avait tendu l'objet en mettant sa main dessous pour cacher ses doigts.

... Tiens. Pour Hedrich, sur le chemin de ton école. Tu lui as déjà livré quelque chose hier ; tu te souviens de l'adresse ?
Icare
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Dim 26 Mai - 15:30


Il faut bien l’admettre, Vaelh est bizarre. Pour certains, il aurait même pu être un peu effrayant. D’ailleurs, Icare se souvient de ce gamin de l’école, qui a deux ans de plus que lui pourtant, et qui lui avait dit : « Comment tu fais pour travailler avec ce type-là ? ». Icare hausse les épaules, ce genre de remarques ne le brusque pas, elles ne font qu’attiser un peu plus sa curiosité. Lui-même ne se rend pas toujours compte de ce qu’il y a de bizarre chez les autres. Il ne fait, par exemple, guère la distinction entre un homme sain d’esprit et un homme qui délire. Son propre esprit est trop fantasque – voire illuminé – pour qu’il puisse sonder ceux des autres, même devant l’évidence !

Lorsqu’il était venu trouver Vaelh pour lui demander du travail, il ne l’avait pas réellement trouvé bizarre. Il l’avait trouvé fermé, encore plus que Rei le boulanger qui pourtant ne dit pas un mot. Fermé avec une tornade de petites angoisses indéfinissables dans le regard. Icare sait voir ses choses-là, davantage par instinct que par déduction, il ressent ce qui plane au-dessus de la tête de ceux qu’il croise. Et Vaelh, Vaelh semble sans arrêt assailli par des vautours invisibles, dont lui seul subit la présence. Malgré cela, malgré son visage dur et son regard méfiant, Vaelh avait accepté son aide et sa présence, même si leurs échanges s’étaient très vite montrés limités.

Icare est curieux mais pas assez téméraire pour oser questionner Vaelh trop longtemps. Lorsque le messager semble complètement éteint, comme déconnecté du monde, Icare attend dans le silence, jusqu’à ce qu’il voie une étincelle d’éveil dans le regard noir de Vaelh qui lui indique que son patron est de retour. Dans ces moments, Icare n’a aucune idée de ce qui se passe. Il ne le demandera pas.

Quand il voit le jeune homme serrer les dents, un petit remous s’agite dans son ventre. A-t-il dit quelque chose qu’il ne fallait pas ? Les traits de Vaelh sont crispés, tendus, on dirait presque qu’il a mal…
Mais le messager, finalement, se contente de lui tendre un colis – plutôt odorant – à destination d’Hedrich, qu’Icare a déjà livré la veille. Attrapant le gros colis de ses deux bras, il répond avec un petit sourire et un clin d’œil assuré :

- Pour sûr, je m’en souviens ! Alors j'y vais. Hasta Luego !

Une habitude d’Icare, ajouter des mots espagnols un peu partout dans ses phrases. Transportant le colis jusqu’à son vélo, il le cale solidement sur le panier accroché à son guidon, met ses lunettes d’aviateur – ce qui lui donne un drôle d’air – et se met en route sans attendre. En quittant la maison de Vaelh, il aperçoit le jeune homme aux cheveux noirs à travers la fenêtre, toujours en train de trier méticuleusement les missives du jour… Parfois, une étrange expression passe sur son visage, une sorte d’irritation, comme si une mouche enquiquinante ne cessait ne vrombir près de son oreille…

Icare passe devant la demeure de Louhanne, qui doit déjà dormir à présent, devant la boutique de Domi la bouchère, déjà affairée à découper en rondelles quelque jambon, le tablier taché de rouge, devant la boulangerie de Rei qui lui aussi s’est levé aux aurores, devant le magasin de Moïra qui vient à peine d’ouvrir, prête à faire découvrir au petit monde d’Espérance ses fleurs par milliers…

Espérance s’éveille, la vie renait dans ces rues pavées qu’Icare connait si bien à présent. Tous les passants le saluent et il leur répond gaiement, adressant quelques compliments au passage. Qu’il l’aime, sa vie ici ! La maison d’Hedrich n’est pas tout près, elle est à l’opposé de celle du messager. Il doit passer par la place centrale, qu’il affectionne particulièrement. Lorsqu’il fait très beau, il va même jusqu’à patauger dans la fontaine. Il pédale vite, parfois sans les mains pour faire son intéressant. Son chemisier marin, qui commence à s’user légèrement, lui tient chaud. Sans s’arrêter, il fouille dans le panier, peut-être a-t-il laissé sa gourde en-dessous du colis… La voilà. Il la porte à sa bouche et… Mais non, c’est vrai ! Hier, la chaleur était telle qu’il s’est trempé le visage, gaspillant ainsi toute l’eau du récipient ! Quel imbécile il fait maintenant, inconscient d’une part et distrait de l’autre. En tant que livreur, il ne peut se permettre de se montrer si peu prévoyant. Son statut doit le rendre responsable. Il n’est plus un enfant, tout de même. C’est qu’il a déjà 10 ans !

Heureusement, à Espérance, il y a toujours une solution. Et c’est justement à ce moment-là qu’il débouche sur la place centrale, jolie place ronde agrémentée de sa chère fontaine. Elle coule à flots, tandis que les rues demeurent encore vides, en attendant de voir le marché s’installer. Seul un chien errant déambule nonchalamment près des habitations. Un sourire malicieux au bord des lèvres, Icare pose son vélo à quelques pas de la fontaine. Il se met à genoux sur le rebord et allonge ses bras afin de recueillir un peu d’eau entre ses mains, dont il s’abreuve goulument. Il en renverse même sur son short. Une fois rassasié, il pousse un grand « Aaah » de satisfaction et se remet sur ses pieds.

Quelle n’est pas sa surprise alors, lorsqu’en se retournant il découvre le fameux chien errant entreprenant d’ôter le colis de son panier et d’en déchiqueter l’emballage !

- Hijo de puta ! s’écrie le garçon en se précipitant vers lui. Maldito perro ! Dégage, dégage ! Allez, vas-t-en !

Il fait de grands gestes, pousse des cris, tente d’effrayer l’animal par tous les moyens, mais rien n’y fait, ses crocs sont ancrés dans le papier cartonné. Icare tente alors de le repousser par la force des bras, mais le chien se met à grogner d’un air tout à fait menaçant. Icare s’éloigne un peu, mais pas trop car il craint que le chien en profite pour filer. Il ne peut se résoudre à abandonner son colis ! Vaelh le tuera, c’est certain ! Jusqu’ici, il ne s’est permis que de futiles remontrances quant à ses retards ou ses absences, qui restent raisonnablement rares, mais perdre un colis ! En plus, Hedrich est un client assez important. Il fait confiance à Vaelh. Car si le destinataire est mécontent, ce n’est pas Icare qui en subira les conséquences, c’est bien son supérieur. Lui, il se contentera de subir les probables foudres de celui-ci. L’angoisse commence à lui nouer le ventre, tandis qu’il reste immobile, ses immenses yeux verts fixés sur la truffe à la fois têtue et misérable du chien. La diplomatie, peut-être ? Icare s’accroupit et s’adresse à l’animal.

- Ecoute, perro. Ce colis, il n’est pas pour toi. Si tu ne me le rends pas, j’aurai des problèmes. Tu comprends ? Alors, rends-le-moi. En échange, je te donnerai… je te donnerai un chat. Ça te convient, un chat ?

Mais pas de chance, ce chien-là ne semble pas impliqué dans la guerre sempiternelle qui oppose les chiens et les chats. Les relents de viande qu’il hume à travers le paquet lui conviennent aisément. Icare se relève et, serrant les dents d’un air déterminé, il attrape le colis par l’autre bout et tire dessus de toutes ses forces. Le canidé fait de même, tâchant de reculer afin de prendre du terrain. Mais les petits doigts d’Icare ne valent pas grand-chose face à une mâchoire de molosse ! Il ne fait pas le poids. Ses mains glissent peu à peu et finissent par lâcher prise, le faisant chanceler à reculons. Il se prend les pieds dans son vélo, trébuche, recule encore en vacillant, et atterrit… dans la fontaine. SPLASH !

Il reste un moment abruti par sa chute, les fesses dans l’eau et l’air ahuri. La fontaine continue tranquillement de couler, inondant ses cheveux hirsutes qui sont à présent plats et trempés. C’est ainsi qu’il voit le chien prendre congé tranquillement, le colis entre les crocs, disparaissant au détour d’une ruelle.

Icare écarquille les yeux et plaque ses mains sur sa bouche. Non… Non ! Ce n’est pas possible ! Il va passer un mauvais quart d’heure ! Et si Vaelh décidait de lui faire la peau ? Non, il ne serait pas cruel à ce point-là… Bizarre ne veut pas dire fou. N’est-ce pas ?

Les gestes lents, l’allure penaude, Icare s’extrait du bassin et, mouillé de la tête au pied, il prend son vélo afin de faire demi-tour. Il ne monte même pas dessus, se contentant de le pousser à côté de lui. Il n’ose même pas se rendre chez Hedrich. Non, il ne peut que retourner à la maison du messager et lui expliquer la situation. Du moins, sa propre version de la situation…

Arrivé devant la porte, Icare a une grosse boule dans la gorge. Il est encore trempé, mais l’eau ne goutte plus de ses habits, le soleil a eu le temps de les essorer un peu. Il se regarde dans le reflet de la vitre afin de voir à quoi il ressemble. Ses vêtements humides et fripés lui donnent un aspect assez pitoyable, ce qui est un bon point, mais son visage n’a point l’air assez malheureux. Il entreprend alors de se tirer les oreilles aussi fort qu’il peut, jusqu’à ce que des larmes de douleur naissent aux coins de ses yeux. C’est bon, il est prêt.

Il ouvre la porte avec fracas et se précipite vers Vaelh. Son visage exprime le choc et la dévastation. Il va vers Vaelh et lui dit d’un ton affolé :

- Vaelh, madre de dios, Vaelh ! Si tu savais ce qui m’est arrivé ! Je faisais ma livraison comme tu me l’as demandé, lorsqu’un énorme chien, de la taille de cette table au moins, s’est jeté sur moi ! Il devait être croisé avec un loup, c’est sûr ! Il m’a fait tomber de mon vélo, ensuite il m’a pris dans sa gueule et m’a lancé dans la fontaine, comme ça ! Et puis… il a volé le colis. J’ai tenté de l’en empêcher, mais il a voulu me mordre, et en plus il avait la rage. Alors j’ai fui. Je suis désolé Vaelh, j’ai fait tout ce que j’ai pu…

Le cœur battant la chamade, Icare jette un coup d’œil furtif à son patron. Son histoire allait-elle le convaincre ? Ou vaut-il mieux qu’il s’enfuie en courant et trouve le moyen de traverser les murs d’Espérance ?


Vaelh
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Dim 26 Mai - 18:56

[hrp: n'ayant pas assez de couleur pour toutes les voix de Vaelh, je vais simplement mettre les passages en italique x_x]




- Pour sûr, je m’en souviens ! Alors j'y vais. Hasta Luego ! Lança petit homme avant de s'échapper.

De tous les souvenirs qu'avait encore Vaelh, aucun ne faisait mention de mots dans une langue étrange ; pour lui, dans "l'avant", il n'y avait qu'une seule langue, la sienne. Il était toujours un peu perplexe, même mal à l'aise, quand le petit garçon plaçait ici et là une furtive expression en Espagnol. Le jeune adulte aurait bien pu se dire que son minuscule collègue, comme chaque petit enfant, s'inventait des mots dont lui seul connait le sens. Mais en l’occurrence... Son inconfort restait entier quand il entendait les formules de ce garçonnet, comme si elle avait eu plus de sens que celles des autres enfants.

Vaelh observa le tout jeune livreur s'installer sur son vélo avant de s’apercevoir qu'encore une fois, il n'avait pas eu le temps de lui retourner son salut. Un soupir las fit se rabaisser sa poitrine... Était-il si long à la détente que ça ? Il s'apprêtait à philosopher sur le sujet mais remarqua qu'Icare s'était équipé d'authentiques lunettes d'aviateur ! C'est son petit rituel. Bien sûr, Vaelh le trouve absolument ridicule comme ça mais en même temps... Il est percé par un violent élan de... Jalousie ? Oui, c'était bien ça, une jalousie pure et absolue, entièrement dirigée sur l'innocent garçon et ses verres. Le messager trouva ce sentiment si incongru, si parasite qu'il ne put s'empêcher d'y réfléchir en plongeant le nez dans les courriers.
Pourquoi était-il jaloux de... ça ? Il mobilisa toute son attention, toute son intelligence sur cette question sans parvenir à trouver la moindre ébauche de réponse. Il en grimaça, grinça des dents et manqua de peu de cogner sur la table. Puis, aussi simplement que ça, la question se formula autrement dans sa tête :

De quoi es tu jaloux ? Lui demande Curiosité. Pas de ses lunettes en tout cas. Je sens que si tu avais les même, tu ne les mettrais même pas...

Sans blague ! Coupa Honte

Hm, si ça n'est pas de ses lunettes que tu es jaloux, de quoi alors ? Enfin, je dis "quoi", mais il n'est peut être pas forcement question d'un objet. Peut être un concept ?

Mais bien sûr... La voilà la réponse. Il était envieux du fait que le gamin puisse porter pareil accessoire en public sans ressentir de honte ! Ca n'avait l'air de rien, comme ça, mais Vaelh ne parvint même pas à appréhender le niveau d'innocence d'Icare pour qu'il puisse se dire qu'il avait la classe, avec pareil accessoire. Peut être qu'à chaque fois qu'il les mettait, il devait s'imaginer vivre de folles aventures, son vélo devenant son avion, les rues devenant le ciel.

Le jeune adulte se laissa tomber lourdement sur une chaise, le regard vide à nouveau.

Tu ne seras plus jamais capable de t'imaginer des choses pareilles, toi. Honte est trop forte, tu ne pourrais même pas posséder les lunettes du petit parce que tu serais trop gêné qu'on te demande de justifier le fait que tu les possèdes, se plaignit Regret.

Tu en as peut être été capable, rajouta Mélancolie... Mais c'était avant, longtemps avant, quand... Quand quoi, déjà ...

Grand silence dans sa tête. Lui et ses voix savaient qu'ils avaient perdu Innocence et Insouciance dans des circonstances douloureuses, mais plus personne ne savait exactement comment. Encore un trou dans sa mémoire. Un de plus. Sans même qu'il s'en soit rendu compte, il s'était remis à endommagé encore plus le bout de ses doigts, s'attaquant à la peau puisque l'ongle était trop pour être attrapé entre ses dents. Les extrémités de ses mains, vue de près, étaient littéralement repoussantes : plus aucun ongles n'atteignait une taille normale, tous étaient affreusement court et irréguliers. Sur quasiment tous, la cuticule n'était même plus visible. A nombres d'endroits, la chair était à vif, saignant parfois. De vrais moignons.

Se trouvant donc rapidement à court de quelque chose de rongeable, il s'était remis à trier les lettres, les organisant en fonction du trajet qu'il allait effectuer. Dans sa tête, Rage beuglait sans motif, extériorisant simplement une colère qu'elle ne pouvait diriger contre personne ; une colère venue d'ailleurs, de l'Avant sans doute. Le simple fait d'y penser fit entrer Rage dans une état de folie furieuse, la poussant à assouvir l'impérieux désir de marteler quelque chose jusqu'à sa destruction. En guise de punching-ball elle avait opté pour le corps depuis longtemps sans vie de Patience qui gisait dans le recoin le plus reculé et sombre de l'esprit endommagé du jeune homme. Bien sûr, comme le cadavre de Patience la lassa très vite, Rage revint tambouriner aux fenêtre de l'âme de Vaelh, l'obligeant à donner un coup de poing si furieux sur la table que tous les os de son bras en vibrèrent. La réaction avait si vive et si puissante qu'il en avait le souffle coupé. Il dû se mordre la lèvre pour ne pas gémir sous la douleur qui pulsait dans sa main malmenée.

Il avait essayé de se remettre dans son tri presque achevé mais ne parvenait plus à mobiliser sa concentration. Rage était à nouveau en train de s'agiter, le forçant à croiser les bras sur la table et y plonger son visage. Pour rajouter au supplice, Suspicion et Méfiance continuaient de lui souffler d'être sur ses gardes même quand il se croyait seul parce que, selon elles, c'est pendant ces instants que ses ennemis invisibles et inconnus auraient le plus de chance de frapper.

Avant que Jalousie, Mélancolie et Regret n'ai le temps de s'inviter à nouveau, la porte s'ouvrit à la volée pour laissa débouler un Icare désorienté, trempé et en proie à une très grosse angoisse -à en juger ses yeux larmoyants-. Vaelh sursauta si fort que son cœur manqua une palpitation.

MAINTENANT ! Avaient tempêté Méfiance et Suspicion. C'est maintenant qu'ils viennent pour te faire du mal, vois comme il approche ! Défends-toi !

Evidemment, Rage était là pour ajouter de l'huile sur le feu :

Frappe le, bat le, blesse le !

Heureusement pour Icare, Vaelh n'avait rien trouvé à lui jeter à la figure, geste qu'auraient motivé sa surprise ainsi que Méfiance et ses proches amis.

- Vaelh, madre de dios, Vaelh ! Si tu savais ce qui m’est arrivé ! Je faisais ma livraison comme tu me l’as demandé, lorsqu’un énorme chien, de la taille de cette table au moins, s’est jeté sur moi ! Il devait être croisé avec un loup, c’est sûr ! Il m’a fait tomber de mon vélo, ensuite il m’a pris dans sa gueule et m’a lancé dans la fontaine, comme ça ! Et puis… il a volé le colis. J’ai tenté de l’en empêcher, mais il a voulu me mordre, et en plus il avait la rage. Alors j’ai fui. Je suis désolé Vaelh, j’ai fait tout ce que j’ai pu…

Un silence. Lourd, pesant, inconfortable. Le petit garçon ne lui voulait visiblement pas de mal, mais Vaelh était resté abasourdi tant par son récit que par son débit de parole. Ces dernières, comme si elle pesaient des tonnes, semblaient encore emplir l'air autour du jeune adulte.
Puis d'un seul coup, la cacophonie mentale commença.

Suspicion ouvrit le bal :

Mensonges, Mensonges... Mensonges ! Un chien aussi gros qu'une table aurait été repéré et capturé par les services appropriés pour garantir la sécurité des habitants. Il n'a donc pas pu le prendre dans sa gueule, et même si c'était vrai, il aurait des marques sur lui. Tout ceci est une immonde supercherie, un trop grosse tromperie... Et si il avait vraiment eut la rage ce clébard, ce nain ne serait même plus en vie ! Pourquoi est-ce qu'il te raconte tout ça ? Qu'est ce qu'il veut te faire croire ? Attention ! ne relâche surtout pas ta vigilance !

Réflexion stupide que celle-ci puisqu'il est normale pour un enfant d’exagérer les faits. Mais Méfiance prend toujours tout au pied de la lettre.
Rage revenait à grand pas pour se joindre à la conférence, mais avant qu'elle arrive, Rancune eut le temps de siffler.

Le colis... Il a perdu le colis ! Ce petit merdeux... Mais pourquoi tu persistes à rester là comme un gros con sans rien lui dire ? BOUGE-TOI ! ALLEZ ! Il faut qu'il paie.

Une consigne si vivement donnée que Vaelh avait bondit de sa chaise, rivant un regard vide dans celui du petit garçon. Tout son corps semblait prêt à se tendre pour l'attraper, mais son visage inexpressif trahissait un état de profonde réflexion.

Dépit en profita.

Putain... 'Fallait bien que ça arrive. Ça m’énerve, tout m’énerve. J'suis fatigué... t'l'es pas toi ?

Puis Rage enfonça la porte de la salle de conférence mentale de Vaelh pour la noyer sous un beuglement primal. Le jeune en fut sonné, sa vue troublée et ses oreilles sifflantes.

SILEEEENCE ! Beugla-t-il, tant pour ses voix que pour le petit homme qui faisait déjà silence depuis un moment. Il était devenue rouge, l'écume au coin des lèvres, et frappa encore la table de ces deux poings cette fois-ci. Le coup avait été si fort qu'il avait secoué tout le corps du coléreux en propageant un bruit de tonnerre dans la pièce. Il y avait mis toute son énergie, tout son souffle.

Le corps humain n'est pas conçu pour contenir un tel débordement émotionnel, aussi y eut-il des effets secondaires : le cœur du jeune homme le fit souffrir comme après un effort physique monstrueusement important. Il était maintenant épuisé, vidé, mais remarqua qu'il avait effrayé -ou du moins choqué- le petit Icare.

Non... geignit-il si bas que personne ne pouvait l'entendre.

Tu n'aurais jamais, jamais, jamais dû t'emporter comme ça... Tu te rends compte jusqu'où tu vas ? Soupira Regret

T'es vraiment qu'un gros connard. T'as vu dans quel état tu le mets, le petit ? Pourquoi c'est sur lui que tu décharge ta stupide frustration ? Minable, minable... Tout est de ta faute. T'aurais pu lui donner un autre colis, mais l'handicapé mental que t'es n'y a pas pensé. S'indigna Culpabilité. Elle ajouta, juste pour blesser Vaelh :
Avec ça, ça ne m'étonne même pas que se soit détournée. Coupable...

Son cœur se serra, un solide nœud se forma dans sa gorge. Il eut l'envie de pouvoir revenir en arrière de quelques secondes. Mais comme le temps ne se pliait pas à sa volonté, il se décida à tout faire pour rattraper le coup. Aussi vite qu'il put il se rua sur Icare pour attraper ses deux frêles épaules dans ses mains ravagées, le secouant sans y faire attention. Le petit garçon pouvait, l'espace d'un bref instant à travers les yeux de Vaelh, contempler les horribles fissures dans sa raison. Son visage n'était plus qu'un masque distordu par un trop grand nombre d'émotions trop vives.

Il est où ce chien ? Où ? Dis le moi ! Guide moi ! avait-il ordonné en haussant le ton.
Icare
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Lun 27 Mai - 21:11


L’air de Vaelh ne présage rien de bon. Une foule d’expressions, plus ou moins fugaces ou figées, parcourt son visage contracté. C’est assez impressionnant pour Icare qui se tient juste devant lui, encore imbibé de l’eau de la fontaine, attendant le verdict de son supérieur. Il est impossible, et ce d’ailleurs en toutes circonstances, de deviner ce qui se passe dans l’esprit de Vaelh. Un éclat fou enflamme son regard. On dirait que quelque chose, quelque chose à l’intérieur de lui, va exploser.

Vaelh met toujours du temps à répondre, et vu l’annonce qu’Icare vient de lui faire, cela risque d’être encore plus long. Mais à quoi pense-t-il ? Un mystère insondable, le plus grand mystère peut-être, concernant le messager. Jusqu’alors, Icare n’a jamais su lire en lui. Il ne sait pas déchiffrer ça.

Et soudain, le visage de Vaelh se crispe comme si une douleur intense lui perforait le crâne. Son regard est fou, ses lèvres serrées jusqu’à en perdre leur couleur. Icare l’a rarement vu dans un tel état. Il peut encore fuir, s’en aller très loin et prévenir les autres : « Vaelh est tout bizarre, il se passe quelque chose, venez m’aider ! Et puis, venez l’aider aussi… ». Mais Icare ne bouge pas, tétanisé, pétrifié par ce spectacle inédit. Ses jambes sont cloués au sol, ses yeux rivés sur le visage de son patron. Et ce même patron qui se met d’un seul coup à hurler – hurler vraiment – donnant en même temps un grand coup sur la table :

- SILEEEEEEENCE !

Son cri semble avoir ébranlé les fondations mêmes de la maison. Il résonne encore contre les murs, et dans les oreilles d’Icare. Vaelh a le teint violacé, l’air dément. Icare ne sait même pas pourquoi il a ordonné le silence, cela faisait un moment qu’il ne disait plus un mot. A qui s’adresse-t-il, alors ? A des choses, des êtres, que lui seul peut voir ? Icare ne sait pas, il ne veut pas savoir, il ne veut rien savoir. Il veut partir, maintenant, trouver Louhanne, ou Blanche, une femme qui lui rappellera une mère et qui le rassurera. Il ne veut pas rester seul avec lui.

Le choc est tel qu’il se met à hoqueter légèrement, bien qu’il tâche de se contenir. Il est tout remué de l’intérieur, et il peine à le cacher. Ses mains tremblent.

Vaelh aussi semble vibrer, en proie à une tension tel qu’Icare, dans son esprit d’enfant, ne peut même pas l’imaginer. Une soudaine et profonde tristesse embrume alors le regard du jeune homme, s’ajoutant à cette angoisse qui semble le dévorer tout entier. Pourquoi, triste ? Mais qu’est-ce qui se passe ?

Vaelh se jette alors sur lui brutalement, lui secouant les épaules avec force. Le jeune homme lui donne l’ordre de le mener jusqu’au chien. Il n’a pas l’intention de le laisser s’en sortir comme ça. Il récupérera le colis, coûte que coûte. Bien sûr, Icare aurait dû s’en douter. Ce n’est pas le genre du patron, d’abandonner. La voix du garçon bafouille et chevrote tandis qu’il est secoué comme un prunier. Il finit par balbutier :

- C’est… C’est… Près de la fontaine… Je… je vais… te montrer.

Icare n’a pas pris son vélo. Il voudrait s’enfuir à toutes jambes, aussi vite que ses bottines usées lui permettraient, il serait même prêt à s’enfoncer dans la forêt pour ne plus être aux côtés de Vaelh, que pour la première fois, il craint. Que se passera-t-il s’ils ne le retrouvent pas ? Ou si le chien a dévoré le contenu du paquet ? Qu’est-ce qui va lui arriver ? Encore bouleversé par ce qui vient de se passer, Icare essuie ses yeux humides d’un revers de main, tandis qu’ils marchent dans les rues, Icare devant, Vaelh sur ses talons. Icare ne se presse pas trop, il retarde l’échéance. Peut-être qu’il ne lui reste que 3 minutes à vivre après tout.

Il ne cesse de renifler tout en progressant la tête baissée, trainant des pieds. Vaelh ne dit rien. Les rares passants qu’ils croisent les regardent parfois d’un air intrigué, la plupart gardent le silence. Un poids pèse sur les épaules frêles du petit garçon. Ils viennent de traverser la rue qui mène à la fontaine. Sur le chemin, le soleil a eu le temps de sécher les vêtements et les cheveux d’Icare, qui s’agitent au vent. Ils sont arrivés.

Icare désigne la fontaine et montre d’un geste vague l’ensemble de la place.

- C’était là, dit-il d’une voix un peu faible. Et…

Il fait quelques pas, se dirige vers une ruelle et tend le bras dans sa direction :

- Il est parti par là.

Il abaisse son bras, regarde Vaelh au fond des yeux, et il attend.


Vaelh
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Lun 27 Mai - 22:25

Dans son esprit, c'était comme si le jeune adulte s'était retrouvé seul sous un grand projecteur, condamné à subir tous les reproches, toutes les moqueries, toutes les méchancetés des voix qui avaient trouvé sont comportement inapproprié. Quelque instant plus tard, les voix, non contentes de le bombarder de critiques, jetèrent des pierres sur sa raison -déjà malmenée-. Dans son monde, il était lynché. Pour ce qu'il avait fait, pour ce qu'il était.
Ce fut encore pire quand il constata l'effroi qui étranglait le petit homme.

Vaelh le voit très bien, cet effroi. Icare aurait pu avoir encore plus de sang froid qu'il l'aurait quand même vu. La vision de ce tout petit corps secoué par la peur lui fit énormément de mal. Il aurait aimé blâmer les voix de son esprit, dire que c'était à cause d'elles qu'il s'était emporté ; il aurait même volontiers brisé son mutisme pour expliquer tout ça à Icare. Mais il ne le fit pas. D'abord pour préserver l'innocence du garçonnet. L'innocence... Lui qui en avait encore une, il faudrait qu'il la garde le plus longtemps possible avant de se rendre compte de l'horreur de la vie et de la monstruosité de la race humaine. Lui qui en avait encore, il était capable de s'imaginer en train d'évoluer dans des univers fantastique, seulement porté par son imagination. Quel adulte pouvait se vanter de ça ?

Et puis... Quel meilleur moyen de finir à l'asile que d'exposer une manière de penser aussi peu orthodoxe à un enfant qui irait tout raconter en exagérant les choses ?

- C’est… C’est… Près de la fontaine… Je… je vais… te montrer.

Les paroles du petit garçon agissent comme un électrochoc qui font se desserrer les mains du jeune homme. Icare n'hésita pas. Il fut à nouveau libre et file dehors pour guider Vaelh sans prendre son vélo.

Le messager sentait son faciès se tordre encore plus sous le remord quand il sentit que Icare tâchait de ne pas aller trop vite. Il voulait retarder le moment où ils arriveraient sur le lieu de l'accident. Ça ne pouvait vouloir dire qu'une chose : le petit avait peur de se faire battre.
Quelle horrible idée. Vaelh serait-il devenu comme tous ces pourris qu'il abhorre qui ne jurent que par la violence ?
L'aurait-il vraiment cogné, ce tout petit garçon ?

Tu devrais, souffla Rancune.

Pète lui un bras, ça lui fera une bonne occasion de ne plus venir te faire chier ! Exhorta Rage.

T'es vraiment qu'un type immonde... Statua dépit.

Chaque pas derrière le petit garçon était une douloureuse épreuve. Aucun répit dans son crâne. Vaelh ne dit rien, laissa son regard dérangé vissé dans le dos de son guide. Oh, comme il regrettait... Tiens, ne venait-il pas de renifler ? Mais si ! Il l'avait fait pleurer ! Ça n'était pas grand chose ce petit sanglot en comparaison de la crainte qui faisait vibrer tout le petit corps d'Icare. Mais un pleure... Ça avait quelque chose de symbolique, c'était quelque chose qui nous échappe quand on a dépassé une limite.

Coupable.. Coupable... Coupable ! COUPABLE ! Psalmodia qui-vous-savez.

Tu te rends seulement compte de ce dont tu es capable ? Regarde moi ça... Si seulement tu pouvais tout effacer laissa entendre Remord.

Gros con, t'es vraiment qu'un sale trou du cul. Tu mériterait qu'on te batte à mort dans cet instant, à même les pavés de cette ruelle, fulmina Incrédulité.

Tu sais quoi ? Je ne peux même plus te regarder, rajouta Honte.

Tant de douleur, tant de peine. Pourtant le pire était à venir.

Le petit guide s'arrête enfin vers une fontaine à l'eau claire, désignant l'endroit d'un geste vague et craintif :

- C’était là, et... Il est parti par là.

Vaelh avait laissé ses yeux rivés vers le point de fuite du chien, bloqué sur place sans savoir quoi faire ; aussi le petit garçon pouvait voir dans son regard tout le fardeau de peine, de remord, de rancœur et de colère que son patron portait sur son âme. Fallait-il faire du colis une priorité ? Bien sûr que non ! Quelle question conne. Il fallait d'abord rattraper le coup avec Icare qu'il avait salement et injustement secoué. Quant au colis, eh bien son propriétaire attendrait.
Un long, long, long blanc dans sa tête.
Attendre.
Tout son corps s'était glacé, il avait pâli
Attendre
Attendre.
"Attends", souffla quelqu'un.

J'attends ... ? répondit-il tout bas.

Son entrave, pareille à un gargantuesque kraken qui fait jaillir ses hideux tentacules de la surface de l'eau pour briser un bateau, fait surgir une indicible phobie de la surface de l'esprit du jeune adulte pour venir serrer et fissurer cette minuscule parcelle de raison encore intacte.
Il ne peut plus respirer, il est obligé de s'accroupir en empoignant ses cheveux au niveaux des tempes.
"Attends".
Il n'y a plus rien qui n'existe pour lui à par cette indiscutable consigne et l'obligation de l'appliquer. A qui est cette voix ? Pourquoi cet ordre là ? Où se trouvait-il, déjà ? Qui était-il, au fait ? Plus rien n'avait de sens. Mais, l'espace d'un fugace instant, un petit débris de lucidité passa dans le champ de vision mentale de Vaelh. Cet écharde brillante flottait, ballotté par les remous de la douleur. D'instinct, le jeune homme s'y accrocha pour ne pas se noyer dans cette océan de terribles folies. Quelques informations lui revinrent alors.
Colis, chien, trouver, rapporter.

Il se redressa subitement, le souffle court, le regard dément. Il fallait ABSOLUMENT qu'il retrouve le colis ; c'était tout ce dont il se souvenait, et de ce fait, c'était devenu son unique raison de vivre.
Icare.
Le prénom était venu plus tard. Dans un mouvement fulgurant, Vaelh s'était tourné vers le petit garçon, l'observant un moment à travers ses yeux humides de douleur et de désorientation. Sans prévenir, il l'avait attrapé par dessous le bras. Icare aurait pu hurler de terreur, des passants aurait pu crier à Vaelh de relâcher son otage... Il n'aurait rien entendu.
Récupérer le colis. Ne pas faire attendre.
Attendre.
"Attends".
"J'attends".


Il s'était élancé dans la direction indiquée par l'enfant. Ses jambes le propulsaient à une vitesse folle, alimentée par l'énergie du désespoir lui même ! Coincé dans le bras de Vaelh, Icare n'avait aucune chance de trouver le voyage confortable.

Et d'un coup, le colis.
Déchiqueté, avec un chien qui se régalait. Il était loin d'être aussi gros que la table du bureau de poste. Il semblait paisible, serein, il restait tranquillement à savourer son repas

Quelque chose s'alluma dans l'esprit de Vaelh. Un phare. Dont la flamme n'était autre que... Rage.
Et comme c'était son seul repère, Vaelh s’exécuta lorsqu'elle ordonna :

Casse le en deux ce putain de clébard !

Il avait laissé tomber Icare par terre et s'était rué sur un simple animal. La seule attaque qu'il eut le temps de porter à la bête effrayée fut un prodigieux coup de pied qui, à entendre le couinement du chien et à voir sa fuite maladroite, avait du vraiment le faire souffrir. Peut être avait-il même une côte fêlée.

A bout de souffle, comme si le coup avait drainé toutes ses forces, Vaelh était tombé à genoux devant les reste déchiquetés et baveux du colis. Il n'y avait plus rien à sauver, tout était fichu. Il ne pouvait plus atteindre son but et le destinataire serait condamné à attendre pour toujours.
Attendre.

Vaelh s'était roulé en boule a même le sol.
Icare
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Mer 29 Mai - 10:06


Icare n’ose pas regarder son patron dans les yeux. Ce qu’il voit dans son regard est trop étrange, et même trop étranger, à ce qu’il connait et comprend. Cela le dépasse. Icare ne sait rien de la folie, il connait la pauvreté, la maladie, la cruauté pure, qui sont des choses très concrètes, presque palpables. Mais ce qu’il y a dans les yeux de Vaelh, à cet instant, il ne connait pas. Et ce regard dévoré de l’intérieur l’attire malgré lui, malgré sa tentation de baisser la tête et fixer le sol, il se sent captivé comme un aimant, et il ne sait pas pourquoi. Il y a trop de choses dans ce regard. Mais d’où viennent-elles, bon sang, d’où viennent-elles, toutes ces choses ?

Vaelh, c’est comme un bateau trop chargé. Il peine à garder le cap, la coque est percé, l’eau s’infiltre et il risque de couler à pic. Il y a trop de choses sur ce bateau, cela le ralentit et déséquilibre sa course. Il faut qu’il se déleste. Mais on dirait qu’il n’y arrive pas. Si ça continue, il va sombrer dans les abysses. Mais alors qu’Icare imagine Vaelh sous la forme d’un bateau sur la mer en furie, ce dernier murmure un faible « J’attends » sorti de nulle part. Icare, qui se trouve à quelques mètres de lui, le regarde d’un air perplexe, sans savoir s’il s’adresse à lui. Le regard de Vaelh est dans le vague. Dans les vagues, peut-être ?

- Tu attends quoi, Vaelh ? demande-t-il d’une très petite voix.

Mais le jeune homme ne l’entend pas. Il entend d’autres choses, cela se sent, mais pas sa très petite voix. Il s’accroupit soudain, là en plein milieu de la rue, et bien qu’il n’y ait personne, Icare se met à regarder autour de lui pour voir si quelqu’un assiste, comme lui, à ce curieux spectacle. Si Vaelh était un adjectif, ce serait sûrement « torturé ». Pas par des machines ou des instruments, non, c’est bien pire que cela. Encore une fois, c’est pire que ce que le jeune Icare aurait pu concevoir, car jamais, jamais il n’a vu une chose pareille ! Torturé par lui-même, en lui-même. On ne peut alors pas le secourir.

Soudain Vaelh se redresse, tous ses mouvements sont extrêmement vifs, nerveux, un léger sursaut secoue le corps d’Icare à chaque geste brusque. Vaelh le fixe, les yeux embués de douleur. Le cœur d’Icare en est tout saisi. Quel monstre peut provoquer une telle chose dans le regard de son patron ?

Icare n’a guère le temps d’y songer, car celui-ci se précipite sur lui. Il a juste le temps d’ouvrir la bouche, les yeux écarquillés, mais aucun son n’a le temps d’en sortir. Vaelh l’attrape sous le bras et l’entraine dans une course folle à travers les ruelles du bourg. Icare est à moitié étranglé, le bras ferme de Vaelh lui bloque les épaules et son petit corps maigre traine sans résistance. Cela ne sert à rien, il est trop fort. Icare crachote un peu, mais Vaelh ne ralentit pas la cadence, et quelle cadence ! Il fuse comme un guépard dans les rues, le poids d’Icare n’entrave aucunement sa course. Sa force est comme décuplée, elle en est presque surnaturelle. Icare regarde devant lui en s’agrippant au bras de son patron, il voit défiler le paysage sans rien comprendre. Son cœur bat vite, très vite, mais quelque chose bat plus vite encore. Oui, il l’entend, un battement sourd mais incroyablement rapide, qu’il sent près de son oreille. Il comprend. Ce battement, c’est le cœur de Vaelh, qui palpite à une vitesse folle. Il va sortir de sa poitrine si cela continue !

Icare se sent brutalement lâché à terre. Il s’écrase sur le sol dallé et toussote, faisant entrer l’air dans ses poumons fatigués par le voyage. Il sent l’irritation de ses bronches qui le démangent douloureusement. Il va faire de l’asthme. Vaelh ne remarque pas son mal-être, il fixe autre chose. Le chien. Il est là ! Ils l’ont retrouvé ! Victoire ! Victoi… Oh, mais non. Le chien est bien là, mais le paquet, il n’en reste plus grand-chose. Il est entièrement déchiqueté, et le chien fort satisfait. Il a englouti pratiquement toute la viande qu’il contenait. C’est foutu.

Vaelh se jette sur l’animal et l’envoie valser dans les airs. Icare retient une expression d’horreur, tandis que le pauvre molosse couine piteusement en s’enfuyant, la queue basse. Il valait bien le chien que lui, c’est sûr, mais quand même… Pourtant, ce geste de violence est le seul que Vaelh se permet. Il tombe à genoux, Icare derrière lui, et finit par se rouler en boule. Là, dans la rue. Sans rien dire, sans rien faire d’autre. Il est tout à fait en boule, comme un fœtus. Il n’a plus rien d’impressionnant, plus rien de terrifiant, plus rien de grand. Vaelh devient une chose très petite et toute fragile. Icare, du haut de ses 10 ans, voit en Vaelh un tout petit enfant, un oisillon.

Pendant un instant, rien ne se passe. Vaelh s’est figé dans sa position. Icare, le souffle un peu sifflant à cause de son asthme, reste assis sur le sol, soutenant son corps de son bras, les yeux rivés sur la silhouette recroquevillée du jeune homme. Tout doucement, il se lève, et tout doucement, il s’approche de Vaelh, s’accroupissant derrière son dos. Sa main survole le corps replié, hésitante et craintive, avant de se poser, tout doucement toujours, sur son bras raidi.

- Allez, patron... Ça va aller. Ce n’est qu’un colis pas vrai ? Et puis, ce chien, il avait l’air très affamé. Hedrich, il n’est pas méchant, il comprendra. Hein ? Allez, Vaelh…

L’homme ne bouge pas. Son corps est comme pétrifié, en pierre. Icare approche son visage et dit encore plus bas, dans un murmure :

- Je suis désolé d’avoir menti. Des fois je suis un vilain diable. Mon grand-père, il m’appelait diabolito. Je n’aurais pas dû. J’ai eu peur Vaelh, tu sais, juste peur. Je ne le referai plus. C’est promis.

Et tout doucement, le petit garçon pose sa joue contre le bras de Vaelh.
Ce moment semble durer des heures. Ce n’est pas grave. Icare n’est pas pressé, et Vaelh n’est pas près. Ses muscles sont encore raides et figés. Il ne peut pas encore bouger. Ce n’est pas grave. Icare regarde le profil de Vaelh, sa joue toujours posée contre lui. Ses cheveux noirs tombent sur son front. Sa peau est légèrement perlée de gouttes de sueur. Mais peu à peu, la respiration de Vaelh semble s’apaiser.

- Tu sais, patron, reprend Icare en souriant faiblement, redressant la tête. Le chien, je crois que c’était une chienne. Elle avait les mamelles bien gonflées, je l'ai remarqué. Peut-être que son butin, il n’était pas que pour elle ? Cela te dirait qu’on aille voir ? Je voudrais bien, moi. Alors, patron... Tu veux ?


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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Jeu 30 Mai - 9:36

Le phare de Rage s'était éteint. Il n'y avait plus que les ténèbres et le bruit d'une monstrueuse tempête qui faisait se soulever des vagues improbablement hautes. Elles se fracassaient autour de Vaelh qui se cramponnait à son débris de raison. Un bruit de tonnerre retenti. Il n'y eut pas de "bang" sonore, mais un assourdissant "Attends". Et plus les secondes passaient, plus la tempête d'éclair et de vague était violente, menaçant de tout emporter.

Soudain, il y eut une minuscule accalmie, un trou net dans la sale couche de nuage noir qui bombardait sa conscience de douleur. A travers la trouée brillait une lumière salvatrice qui fut le vecteur de sons presque inaudible mais apaisants

- Allez, patron... Ça va aller. Ce n’est qu’un colis pas vrai ? Et puis, ce chien, il avait l’air très affamé. Hedrich, il n’est pas méchant, il comprendra. Hein ? Allez, Vaelh…

Dans son esprit, Vaelh se concentra sur la lumière et les paroles salvatrices qui émanaient de la percée dans la nappe de cauchemars. Il battit des pieds pour avancer dans la direction indiquée par la raie de soleil, se servant de sa raison comme d'un flotteur. Il pataugeait avec l'énergie du désespoir, mais les vagues étaient trop fortes. Il ne parvint pas à progresser à cause de la fatigue qui s'installait.

- Je suis désolé d’avoir menti. Des fois je suis un vilain diable. Mon grand-père, il m’appelait diabolito. Je n’aurais pas dû. J’ai eu peur Vaelh, tu sais, juste peur. Je ne le referai plus. C’est promis.

Cette fois les mots furent plus audibles, même compréhensibles. Étrange puisque Vaelh était sous l'eau depuis quelque instants, poussé dans les tréfonds d'une abysse insondable par une grande vague qui venait de l'écraser. Il coule, lentement. La pression le paralyse et lui fait mal, il voit sont écharde de raison dévier à la surface et s'éloigner.

Il est fatigué, usé, son entrave en profitait. Elle le happait vers les profondeur avec l'appétit d'une bête vorace. Dommage, a-t-il pensé, parce que le soleil commençait à briller plus fort à la surface, mais pas assez fort pour lui réchauffer l'âme à cette profondeur.
Alors il laissa tomber, il abandonna. Aujourd'hui encore, comme toutes les autres fois, son entrave avait gagné. Sont "moi intérieur" disparaît, est mis entre parenthèse dans un autre monde. Il ne peut pas battre son angoisse, alors la seul manière de la chasser est de se faire passer pour mort, de ne plus exister pendant un moment. C'était la seule manière de procéder qu'il avait trouvé ; et parfois ça prenait du temps pour réémerger.
La tempête se calma puisqu'elle n'avait plus rien à tourmenter. L'eau n'était plus qu'une surface plane, plus aucun bruit le filtrait dans ce monde.

Son corps entreprit de délier ses muscles lui même. A part l'instinct, il n'y avait, pour l'heure, plus personne aux commandes. Son souffle cessa d'avoir des ratés, son cœur se calma.

- Tu sais, patron, le chien, je crois que c’était une chienne. Elle avait les mamelles bien gonflées, je l'ai remarqué. Peut-être que son butin, il n’était pas que pour elle ? Cela te dirait qu’on aille voir ? Je voudrais bien, moi. Alors, patron... Tu veux ?

Vaelh, son corps du moins, s'assit doucement. Il tourna alors vers Icare un visage qui n'est plus qu'un trou béant vide de toute émotion, de tout ressenti. Il n'y avait plus rien, plus de peine, plus de douleur, plus de chagrin. Juste un vide. Pareille pour ses yeux.
Il fixe le petit garçon comme s'il ne le connaissait pas, puis sa mémoire se met en marche. "Icare". En fouillant dans les archives de son cerveau, il avait trouvé quelques données récentes sur le petit homme. Elle faisaient état d'un comportement inacceptable qu'il fallait réussir à lui faire oublier. La meilleur solution, pour l'heure, était donc d'accéder à la requête du garçonnet.
Il annonça donc d'une voix atone, encore basse.

Hm. Je prend les restes du colis avec nous.

Il se redressa avec des geste un peu gauches, mécaniques, et partit ramasser les restes de la marchandise sans se soucier qu'elle puisse être souillée de bave.
Il entreprit de suivre la direction par laquelle il avait vu la chienne détaler avant de se retourner vers Icare.

Viens.

Il avançait doucement, sans plus de fatigue, sans plus de tension. On aurait presque pu le croire calme et serein, mais il n'y avait que du vide en lui et sur ses traits. En tout cas il n'avait plus mal, c'est ce qui comptait.
Il ne fallut pas marcher longtemps pour retrouver l'animale ; elle était resté près du lieu de son crime, dans l'attente que le jeune homme s'en aille pour pouvoir à nouveau accéder à son butin. Quand elle le vit, elle s'abrita d'instinct à l'ombre d'une poubelle. Constatant qu'il ne pourrait pas l'approcher, il tendit la nourriture à son collègue.

Elle a peur de moi. Apporte lui ça. Et regarde si je ne lui ai pas fait trop mal.

Quand le petit Icare se fut emparé des rations de viande séchée, Vaelh avait simplement reculé d'un pas et s'était accroupit. Il serait patient.
Icare
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Ven 31 Mai - 20:51


Icare retient un soupir de soulagement en voyant le corps de son patron se détendre et parvenir à s’asseoir en face de lui. Son regard est encore vide, son visage impassible, mais il bouge. Bizarrement certes, mais il bouge tout de même. On dirait un peu un pantin désarticulé.

Lorsqu’il se redresse, Icare le suit des yeux, lui reste assis sur ses genoux osseux. Vaelh a une démarche de robot, aucune souplesse ne détend ses muscles lorsqu’il marche. Icare le regarde longuement, alors que Vaelh se dirige vers les restes du colis, qui se composent à présent de bouts de cartons arrachés et de morceaux de viande éparpillés. Il ramasse tout avec minutie, le visage toujours aussi impassible. Lorsqu’il a fini, le messager intime à Icare de venir le rejoindre, il parle de ce ton atonal, comme sans vie. Icare bondit et court jusqu’à lui. Son souffle est toujours sec et sifflant, sans les médicaments adaptés, son asthme ne disparaitra pas. Mais l’heure n’est pas aux caprices, Icare sent que son patron compte sur lui pour des choses importantes.

Le chien – non la chienne, car en effet c’en est une – n’est pas loin. Elle semblait les attendre. A la vision de Vaelh, elle baisse la queue et aplatit ses oreilles, et part se terrer derrière des poubelles, sous le regard vide du messager qui ne réagit pas. Il se contente de tendre les restes de viande à Icare, sans le regarder, sans d’autre geste, et dit de ce même ton fade :

- Elle a peur de moi. Apporte lui ça. Et regarde si je ne lui ai pas fait trop mal.

Icare empoigne la nourriture et observe le visage du jeune homme. Un voile semble s’être déposé sur ses traits, qui ne laissent transparaitre aucune émotion. Le contraste est énorme avec la scène précédente, où la figure de Vaelh était tordue comme sous l’effet d’une souffrance indicible. Il a l’air déconnecté, comme si on avait débranché quelque chose dans son cerveau. Il ne semble penser à rien, lui qui croulait sous les pensées quelques minutes auparavant. Il est à présent extrêmement pâle. C’est d’ailleurs étonnant qu’il ne se soit pas évanoui, ou même senti mal, après une telle tempête.

Et tandis que le jeune garçon s’avance à pas de loup vers la chienne effarouché, il distingue la longue silhouette de Vaelh s’accroupir par terre, aussi placide qu’une mer calme. Un peu dérouté par ce revirement d’attitude, Icare jette tout de même quelques regards furtifs en direction de son supérieur. Lorsqu’il est tout près de la chienne, qui se recroqueville derrières les poubelles en poussant de petits cris plaintifs, il se met à quatre pattes pour être à sa hauteur.

- Viens… Tu es très jolie… N’aie pas peur… Tu veux de la viande ? Tu en veux ? Tiens…

Il déchire un morceau de viande et la jette devant l’animal. Ce dernier le lorgne un moment, encore hésitant et craintif, avant d’oser une bouchée.

- Hmm, c’est bon, n’est-ce pas ? Tu vois, mon patron, il te le donne. Il n’est pas méchant. Tu comprends ?

Icare lance quelques fractions de viande sans cesser de parler et de se rapprocher de la bête.

- Il est seulement… Enfin, il est compliqué. Il ne veut pas faire de mal. C’est comme… Comme s’il y avait trop de choses à l’intérieur de lui, trop de choses pour un seul corps. Mais, tu ne peux pas vraiment comprendre, toi… Alors, tu aimes ? Montre-moi ta…

Mais lorsque le garçon s’approche du corps blessé de la chienne, celle-ci se met à grogner d’un air menaçant.

- Je ne te veux pas de mal ! S’il te plait, laisse-moi regarder…

Grâce à ces gestes apaisants, Icare parvient à se rapprocher encore, effleurant de sa main le corps tremblant de la chienne. Il parvient à glisser ses doigts sur sa fourrure, sans qu’elle ne réagisse. Elle continue de manger. Et elle finit même par lui lécher la main. Icare sourit et baisse la tête afin d’observer la plaie qui suinte sur son ventre. Ce n’est pas grand-chose, mais elle semble avoir une côte fêlée, car un hématome important recouvre une partie de son abdomen.

- Je crois qu’elle est blessée, s’écrie-t-il à l’égard de Vaelh, qui n’a pas bougé.

Il se tourne à nouveau vers l’animal, à présent repus.

- Il faut que tu viennes avec nous, le chien. Nous allons t’emmener chez Eden, c’est le vétérinaire. Il va te soigner.

Icare essaye de pousser le chien à sortir de sa cachette. Elle finit par émerger, scrutant le visage impassible de Vaelh d’un air intimidé.

- Il ne te fera plus rien. Tu vois, il est calme ! Allez, sors maintenant.

Le ton autoritaire du garçon fait son effet, la chienne avance docilement. Mais lorsqu’ils s’apprêtent à retourner la ruelle, elle jappe plusieurs fois en reculant.

- Qu’est-ce que tu as, à présent ? lui demande Icare en se penchant en avant, posant ses mains sur ses genoux.

La chienne tourne la tête vers une autre ruelle, qui s’étend vers la droite. Et elle s’élance, le pas légèrement claudiquant.

- Vaelh ! Elle s’en va !

Icare se lance à sa poursuite. Dans son état, la chienne n’ira pas bien loin, et elle risque d’amplifier son mal. Icare accélère la cadence sans cesser de crier pour la faire revenir, sans succès. Mais alors que l’animal disparait dans un sous-sol, une sorte de cave ouverte, Icare stoppe sa course. Il vient d’entendre des jappements, plusieurs jappements en chœur. Ils sont bien plus aigus que ceux de la chienne. Bien plus… juvéniles.


Vaelh
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Lun 3 Juin - 22:49

Le jeune homme aurait dû ressentir de la culpabilité, ou au moins se sentir penaud... Mais là, rien, juste ce doux néant salvateur qui englobait tout son être ; pareil à un baume, ce vide se posait sur les blessures de son esprit.

Quand il avait senti son fardeau quitter sa main parce que le petit homme s'en était emparé, il avait laissé son attention toute entière rivée vers le pauvre animal. Son mode de vie plus sauvage que celui d'un chien domestique devait déjà le rendre méfiant quant aux humains... Alors qu'est-ce que ça devait être à présent !
Quand le petit Icare approcha de la chienne, Vaelh riva son attention et son regard entre les deux. En fin de compte, était-il encore possible de parler d'attention, à ce niveau là ? A bien regarder, il avait plus l'air de fixer un point invisible et lointain, comme s'il avait plongé dans un coma les yeux ouverts.

Finalement, lorsque le garçonnet s'accroupit devant l'animal errant, Vaelh fit lentement glisser son regard jusqu'à lui. La toute petite part d'instinct qui lui permettait de se mouvoir et de penser sommairement lui commanda de surveiller les gestes d'Icare pour s'assurer qu'il ne se mette pas en danger en effrayant l'animal. Bien sûr, il surveillant également cette dernière du coin de l’œil.

- Viens… Tu es très jolie… N’aie pas peur… Tu veux de la viande ? Tu en veux ? Tiens…

S'il avait encore eu la capacité à pouvoir pleinement s'interroger, Vaelh se serait demandé si le petit Icare n'avait pas déjà eu un animal de compagnie pour faire preuve de tant de douceur avec la chienne. Peut être était-il simplement un amoureux des bêtes ? En tout cas, Vaelh -s'il avait pu- aurait tout de même trouvé la scène relativement attendrissante.

- Hmm, c’est bon, n’est-ce pas ? Tu vois, mon patron, il te le donne. Il n’est pas méchant. Tu comprends ?

Pas méchant... Ces mots restèrent en suspension dans l'esprit vide de Vaelh, laissés là pour quand il sera de retour. D'ailleurs, comme la situation s'était nettement améliorée et qu'il n'était plus question d'attendre, il commençait déjà à s'engager mentalement et inconsciemment sur la voie du rétablissement

- Il est seulement… Enfin, il est compliqué. Il ne veut pas faire de mal. C’est comme… Comme s’il y avait trop de choses à l’intérieur de lui, trop de choses pour un seul corps. Mais, tu ne peux pas vraiment comprendre, toi… Alors, tu aimes ? Montre-moi ta…

Cette fois, d'où il était, Vaelh eut du mal à saisir. Icare avait parlé un tout petit peu trop bas, comme pour instaurer une sincère complicité entre lui et la bête en partageant ses secrets. Même si la chienne ne comprenait pas, cela devait sans doute l'apaiser d'entendre qu'on lui parlait doucement.
Mais elle avait grogné quand Icare s'était trop rapproché. Elle devait craindre d'être frappée à nouveau.

- Je ne te veux pas de mal ! S’il te plait, laisse-moi regarder…

D'instinct, Vaelh s'était redressé. Il avait soufflé avec une once de lucidité revenue :

Attention...

Un chétif espoir s'était allumé dans l'esprit de Vaelh, petite flamme vacillante menaçant d'être soufflée par la moindre désillusion. Il espérait... Il espérait que la chienne ne serait pas durement blessé. Pas du tout même. Mais avec le coup de pied qu'il avait donné...

- Je crois qu’elle est blessée

Et zou, le petit espoir fut soufflé, il n'en restait rien du tout. Les yeux et la tête de Vaelh, alourdis par un nouveau soupçon de lucidité teinté de culpabilité, s'étaient baissés vers le sol. Il avait susurré autant pour le garçon que pour lui même :

...'Pas fais exprès.

Icare n'avait pas relevé -pour l'instant-. Il prenait sa mission très au sérieux.

- Il faut que tu viennes avec nous, le chien. Nous allons t’emmener chez Eden, c’est le vétérinaire. Il va te soigner. Il ne te fera plus rien. Tu vois, il est calme ! Allez, sors maintenant.

Au début, la chienne n'avait pas été coopérative ; mais le garçonnet savait s'y prendre ! En modulant sa voix pour qu'elle véhicule juste ce qu'il faut d'autorité, l'animal avait fini par obéir et était sorti à découvert non sans fixer craintivement le jeune homme qui, à mesure qu'il reprenait ses esprits, s'en voulait de plus en plus.
Il réussit d'ailleurs à expliciter une pensée toute simple, preuve qu'il se rétablissait.

C'est vraiment une affreuse journée...

Encore une fois, il avait d'avantage parlé pour lui. Il s'était apprête à soupirer, mais l'animal jappa, le faisant sursauter

- Qu’est-ce que tu as, à présent ?

Recule... Recule !

Il avait parlé relativement vite au vu de son état, son cœur se serrant quand il crut qu'Icare risquait d'être mordu. Mais la chienne s'était simplement contenté de détaler d'une démarche qui trahissait le douleur qu'elle devait ressentir.

- Vaelh ! Elle s’en va !

Ça, il l'avait bien vu. Il s'était même rapproché du garçon en trottinant. Chacun de ses pas restait lourd, comme si son corps était encore tout engourdi de fatigue. D'ailleurs, il soufflait déjà comme s'il avait couru un marathon.

'Faut pas... Faut pas la laisser faire. 'Risque de se faire encore plus de mal que je ne lui en ai déjà fait. On doit la rattraper tout les deux, et si je n'arrive plus à suivre, tu continueras tout seul. On va vraiment la conduire chez ce véto', hein ? Fit-il comme s'il cherchait à être rassuré. Viens.

Il s'était mis à avancer aussi vite qu'il pouvait -à une allure moyenne, donc-. Il ne feignait nullement son rapide épuisement mais s'accrochait quand même puisque maintenant il voulait vraiment rattraper le coup. Les voix dans sa tête n'étaient pas encore revenues, aussi sa conscience pouvait renaître seule, sans être influencée.

D'un point de vue extérieur, la scène pouvait sembler un peu grotesque : un grand nigaud à l'air perdu, à demi aveuglé par sa tignasse mal entretenue, piétinait plus qu'il ne courrait derrière un chien qui n'était franchement pas plus gracieux. Et pour rajouter à la singularité de l'instant, un petit garçon suivait le mouvement avec un air concentré et déterminé, comme s'il savait ce qu'il avait à faire et qu'il trouvait la situation naturelle -ou presque-.

Devant, l'animal avançait comme si sa vie en dépendait. Ses gémissements continus laissaient entendre qu'elle devait beaucoup souffrir. Pourtant, elle continuait de se faire du mal, trop apeurée à l'idée de finir entre les mains du jeune adulte. Elle trottait au gré d'autres ruelles en évitant les gens, peu rassurée à l'idée que l'un d'entre eux puisse être comme Vaelh.

Vint un moment ou la pauvre bête disparut dans un petit sous-sol pour y être accueillie par un concert de petit jappements qui ne pouvaient être que ceux de petits chiots ! Le cœur du jeune homme s'était serré tandis qu'il redevenait de plus en plus lucide. Avait-il vraiment donné un coup de pied à une mère qui ne voulait que reprendre des forces pour mieux allaiter ses petits ?
Il s'était précipité vers l'entrée, sondant l'intérieur sombre de la cave, avant de se tourner vers Icare qui approchait.

Tu entends ? Tu entends ? Fit-il en tendant lui même à nouveau l'oreille. Mince, qu'est ce qu'on doit faire... Tu as encore la viande avec toi ? Bien. Je t'en prend un morceau et j'essaye de descendre.

Il s'était exécuté, tout fébrile mais plein de bonne volonté. A peine la chienne l'eut-elle reconnu qu'elle jappa avec plus de force et de hargne que jamais, craignant pour ses bébés. Vaelh fut forcé de remonter, constatant qu'il ne pourrait jamais les approcher. Il poussa un long soupir dépité en passant une main dans ses cheveux avant de se tourner vers Icare.

C'est peut être dangereux d'entrer là dedans. Puisqu'elle est avec ses petits, elle va plus facilement penser qu'on lui veut du mal. Pourtant il faut vraiment qu'on puisse la faire soigner... Tu as une idée ?

Le jeune adulte fixait Icare avec beaucoup d'attention, plaçant beaucoup d'espoir sur ses petites épaules.
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Mer 5 Juin - 19:02


Vaelh s’arrête à l’entrée de la cave. Il jette un œil à l’intérieur et se tourne à nouveau vers Icare, qui avance lentement vers l’entrée. Il paye le prix fort pour cette course poursuite effrénée. Son asthme prend des proportions inquiétantes. Il plaque le bout de ses doigts contre son thorax en tâchant de prendre de profondes inspirations. Ne panique pas, Icare, ne panique pas. Trop focalisé sur le chien, Vaelh ne remarque pas la dégradation de son état. Tant mieux, Icare n’aime pas ça.

Le ton de Vaelh est inquiet, nerveux même. Un peu comme sa démarche. Après toute cette énergie dépensée, c’est incroyable qu’il soit arrivé jusque-là en courant si longtemps. Pourtant, il semble épuisé, son visage est pâle et affaissé. Tous les deux ne sont pas en meilleure forme, finalement, mais aucun ne s’en soucie. L’urgence, c’est le chien. Le ? Non ! Les ! Car en effet, Icare a entendu, comment ne pas entendre ?

Ils sont plusieurs, au moins trois de plus. Icare tend le morceau de viande à son patron, qui l’attrape d’un geste un peu saccadé. Le garçon regarde Vaelh descendre prudemment les escaliers menant à l’obscurité de la cave, l’air à la fois résolu et peu rassuré. Icare sait qu’il n’a pas peur de ce qu’il risque de découvrir dans l’ombre, mais plutôt de l’effet qu’il peut avoir. En fait, la situation révèle tout à fait l’angoisse profonde de Vaelh. Ce qu’il redoute par-dessus tout, c’est lui-même.

Mais Icare n’a guère longtemps de songer plus longtemps à ces théories. Vaelh ressort bientôt la tête, ayant à peine eu le temps de faire un pas à l’intérieur du caveau. Icare entend son soupir désolé.

- C'est peut être dangereux d'entrer là dedans. Puisqu'elle est avec ses petits, elle va plus facilement penser qu'on lui veut du mal. Pourtant il faut vraiment qu'on puisse la faire soigner... Tu as une idée ?

C’est bien la première fois que le messager lui demande son avis avec autant d’attention. En d’autres circonstances, Icare aurait certainement été flatté, mais l’urgence de la situation met son orgueil de côté. Il s’avance vers Vaelh, sans un mot. A l’entrée du sous-sol, il respire – autant qu’il le peut – un bon coup, puis se met à quatre pattes, et s’engouffre dans la cave. La chienne se met à gronder, les petits poussent de petits gémissements plaintifs, mais ils ne s’enfuient pas. Pendant un moment, Icare reste figé dans sa position. Ses genoux le brûlent, les rotules humaines ne sont guère faites pour supporter la dureté de la pierre, et ses paumes sont instantanément tachées de crasse. L’endroit n’est pas bien salubre. En plus, des relents d’urine et de boue embaument l’air. Icare fronce le nez.

Tandis que la famille canidé s’accommode à sa présence, ses yeux eux s’habituent peu à peu à l’obscurité. Il parvient alors à distinguer la silhouette de la mère allongée sur le côté, ses petits s’approchant de son flanc pour en téter les mamelles. Mais c’est précisément à cet endroit que se trouve la contusion infligée par Vaelh, et la pression des petits museaux contre elle provoque manifestement une vive douleur à la chienne. Elle ne peut s’empêcher de se rétracter, malgré son devoir qui lui intime de nourrir sa progéniture. C’est une scène dramatique qui pince le cœur d’Icare, unique spectateur de cette petite tragédie. Il ne peut se retenir de maudire Vaelh intérieurement, même s’il sait l’instabilité de son caractère. Sans lui, on n’en serait pas là ! Puis, il se souvient qu’à l’origine, rien ne serait arrivé s’il n’avait pas fauté. C’est bien lui, en premier lieu, qui a laissé le colis sans surveillance, à la merci du premier vagabond venu ! Alors, il se maudit encore plus fort.

Cependant, le jeune Icare n’est pas le genre d’individu à se laisser ensevelir de regrets sans agir. Les petits ne pouvant être nourris par leur mère, ils le seront par quelqu’un d’autre. Vaelh ne sera peut-être pas enchanté, mais… ont-ils vraiment le choix ?

- Il faut que tu me fasses confiance, murmure-t-il à la chienne en la regardant droit dans les yeux.

C’est d’abord la méfiance qui suinte dans le regard de l’animal effarouché, mais devant le regard sûr et déterminé de l’enfant, la chienne finit par cligner des yeux deux fois, comme un moyen de dire « très bien, fais-le ». Ce qu’interprète immédiatement le garçon, qui se met sur ses pieds sans brusquerie. Vaelh l’attend toujours à l’extérieur, il distingue ses longues jambes noires dans l’embrasure de la porte.

Très délicatement, Icare s’approche de l’espèce de couffin crasseux dans lequel sont nichés les chiots. Ils se terrent dans un coin tandis qu’il les soulève avec difficulté. L’équilibre un peu bancal, il fait demi-tour, docilement suivi par la chienne qui entend veiller sur ses petits jusqu’au bout. Emergeant de l’ombre, Icare montre les chiots à son supérieur et déclare :

- Est-ce qu’il ne nous reste pas une livraison de lait à l’office ? Car je crois que ces petits en auront plus besoin que n’importe qui.

Il nourrit l’espoir que Vaelh accepte de ramener les chiots affamés dans sa demeure, le temps que leur mère guérisse. Ils ne tiendront pas longtemps sans énergie. Vaelh n’est pas du genre à ouvrir son cœur et sa maison si facilement, mais cette fois, peut-être que ce sera différent. Après tout, depuis le début de la journée, rien n’est comme d’habitude.



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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Ven 7 Juin - 23:23

Le fait de voir ce tout petit garçon happé par les ténèbres de ce trou crasseux et malodorant fit comme un électrochoc a Vaelh. Mais qu'était-il en train faire ? Quelle idée de faire descendre un petit être aussi chétif dans un endroit si impropre ? Et s'il se blessait sur quelque chose ? Et s'il attrapait une maladie ? Et si la chienne décidait de lui sauter dessus pour prévenir toute hypothétique menace contre ses petit ? Quel irresponsable il faisait ! Mais juste avant qu'il ne puisse vraiment s'en vouloir, l'écho du souffle éraillé d'Icare lui parvint à l'oreille. Pour accentuer l'anormalité d'une telle respiration, la mémoire immédiate de Vaelh lui fit se rappeler cet instant où il avait presque étranglé le garçon en courant. Avait-il... cassé quelque chose dans son cou ? Non... Oh pitié non ! Il en avait déjà assez fait comment ça sans en plus blesser le petit être. Mais... Une minute ! Il semblait à Vaelh que Icare l'avait renseigné sur un problème d'asthme quand il s'était présenté au bureau de poste pour y travailler. Oui... Il en était maintenant sûr ! Mais ça ne changeait rien au fait qu'il soit coupable d'avoir provoqué ce début de crise chez Icare : il l'avait fait paniqué, courir, lui avait serré le cou... Sa faute.

"Ta faute !" Fit culpabilité, se réveillant.

Une angoisse sourde menaça de le submerger, de le faire craquer à nouveau. Mais il fallait qu'il tienne. Il devait faire tout son possible pour être assez fort pour qu'Icare rentre en un seul morceau sans être à moitié suffoquant. Mine de rien, la pression que le jeune adulte avait accumulé et accumulait encore était énorme, mais cette fois il se jura que, pour Icare, il tiendrait bon. Tant pis si sa tête lui faisait mal, tant pis ses ses émotions voulaient prendre le dessus sur sa raison ; la priorité absolue, c'était le petit homme.

Soucieux qu'il ne lui arrive rien, Vaelh se pencha autant qu'il put dans l'ouverture. Il brûlait d'envie de redescendre prendre la place du garçon, mais ça aurait sans doute alarmé la chienne qui, dans un accès de panique, aurait pu leur sauter dessus. Le jeune homme vivait horriblement mal cette attente, cette angoisse de se demander si le petit homme n'allait pas se blesser.

Il avait entendu des pas léger suivis 'un murmure, indiquant qu'Icare était maintenant tout près de l'animal. Tendu, Vaelh prêta l'oreille mais aucun grognement ne filtra. Ouf ! S'écoula quelques instants... avant qu'Icare revienne avec toute une fratrie d'adorables petites boules de poils.

- Est-ce qu’il ne nous reste pas une livraison de lait à l’office ? Car je crois que ces petits en auront plus besoin que n’importe qui.

Le lait était destiné à être livré, pas distribué à des chiots. Il aurait déjà à expliquer la perte d'un colis de viande, alors s'il fallait en plus justifier la disparition d'une certaine quantité de lait... Mais Vaelh s'en fichait. Pour l'heure, le garçon était sa priorité et sa satisfaction entrait en ligne de compte. Il serait sans doute très heureux d'avoir pu nourrir ces petits chiots, nul doute qu'il se targuerait d'avoir sauvé toute une famille ! Ah, si ça pouvait l'aider à pardonner son grand benêt de patron, alors qu'il en soit ainsi. Et puis pour achever de le décider, une petite voix avait retenti dans son crâne. Il ne la reconnaissait pas, mais elle était douce, encourageante.

"Allez, ça n'est rien que de lait... Tu t'en fiches !"

Sans attendre plus, il donna un coup de main au petit Icare pour qu'il remonte sans s'épuiser ni risquer de chuter avec son fardeau. Pendant la manoeuvre, la chienne s'était placée de sorte à ce qu'Icare fasse écran entre elle et le jeune homme. Même si ça n'était qu'un animal, Vaelh se sentait vraiment mal qu'elle le voit comme une véritable menace. Il n'avait pas fait exprès... A nouveau, il lutta pour laisser son mal aise paraître le moins possible avant d'annoncer à Icare :

C'est très bien ! Maintenant... Donne moi le couffin, je vais le porter.

Vaelh s'était emparé du couffin le plus lentement possible pour faire comprendre à la mère que ses petits ne risquaient rien. Il avait failli justifier que c'était pour que son petit collègue ne se fatigue pas. Jetant un dernier regard anxieux à Icare, sans oser lui demander comment allait sa gorge, il se mit en route,n'avançant pas trop vite pour ne pas essouffler le garçon, mais ne traînait pas non plus puisqu'il voulait que cette affreuse histoire se finisse au plus vite. Pensif pendant une partie du trajet, il conclut que la priorité était de procurer des soins à la mère ; il savait qu'il ne pourrait pas en éloigner les petits, donc ils devraient suivre à la clinique avec elle. Heureusement pour lui, Vaelh savait exactement où se trouvait le vétérinaire, aussi y fut-il rendu en quelques petites minutes. Il lui arrivait souvent de passer devant sa petite clinique et... C'est quelqu'un qu'il appréciait. Quoi que non, en fait, c'est le titre de vétérinaire qu'il appréciait, pas spécialement la personne ; le jeune adulte trouvait ça touchant qu'un individu dont c'est le métier puisse s'occuper de bêtes malades ou blessées.

Il prit le temps de vraiment observer les petits chiots aux creux de son bras et...

"Eh ouais, c'est leur mère que tu as failli tué, pauvre fou," souffla culpabilité

Il produit un nouvel effort pour rester -relativement- stoïque avant de se tourner vers Icare :

On y est. Entre avec les petits, tiens ; et fait attention que leur mère te suive bien. Si le véto' te demande ce qu'il s'est passé... Vaelh fit un geste vague de la main. Dis juste la vérité. Je vais aller chercher le lait qu'on devait livrer, comme ça on pourra faire boire les petits sans avoir à les éloigner de leur mère. Oh, et... Pour... Enfin, tu as un traitement ? Je peux le trouver où ?

Vaelh était penaud, mais il valait mieux qu'il se sente mal plutôt que le garçonnet court un danger. Quand il eut la réponse à ses question, il était parti aussi vite que ses jambes le lui permettait au bureau de post, s'emparant de deux bouteilles d'un litre de lait frais qui ne seraient jamais livrées. Il était revenue tout aussi rapidement, réellement éreinté par sa course, entrant dans la clinique. Il confia simplement les bouteilles au garçon avant d'aller affronter le véto' auquel le petit coursier avait certainement déjà tout raconté.




[Ne sachant pas si le vétérinaire est un pnj ou un joueur, j'arrête ma réponse ici pour ne pas le faire parler et ne pas risquer de le dénaturer.]
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Mer 12 Juin - 13:53



Le silence leur tient compagnie pendant le trajet. Icare remarque tout de suite les efforts de Vaelh pour paraitre calme et presque enjoué. Il ne veut pas laisser transparaitre un signe de tension, de malaise ou d’irritation. Icare devine vite que son patron se sent coupable de ses actes. Il n’ose rien dire, il sait d’avance que parler de ce genre de situation ne fait que l’alimenter. Et il est parfois du genre maladroit. En plus, il préfère parler le moins possible pour économiser son souffle de plus en plus court.

A sa grande surprise, ce n’est pas vers sa maison que Vaelh se rend en premier lieu, mais bien à la clinique vétérinaire. C’est Eden qui l’a en charge, un garçon toujours gai, presque trop, mais qui effectue sa tâche avec conscience et bienveillance. Icare l’aime bien, même s’il ne le croise pas beaucoup car le cabinet n’a guère besoin de ravitaillement. Mais juste avant d’entrer dans la boutique, Vaelh lui rend les chiots et lâche :

- On y est. Entre avec les petits, tiens ; et fait attention que leur mère te suive bien. Si le véto' te demande ce qu'il s'est passé...

Icare attend, perplexe, la fin de cette phrase dont il ne peut deviner la fin. Car en effet, comment expliquer la blessure ? Il fixe le visage de Vaelh de ses grands yeux verts, attendant de savoir ce que le jeune homme trouvera comme excuse. Mais Vaelh ne prend pas cette peine.  

- Dis juste la vérité. Je vais aller chercher le lait qu'on devait livrer, comme ça on pourra faire boire les petits sans avoir à les éloigner de leur mère. Oh, et... Pour... Enfin, tu as un traitement ? Je peux le trouver où ?

Icare hausse les sourcils, étonné de cette dernière requête. Ainsi donc, Vaelh avait remarqué son mal ? Lui qui croyait que le jeune homme l’avait ignoré, trop perturbé par ses propres douleurs… Vaelh est plus attentif - et même attentionné - qu'il n'y parait. Icare est pris de cours, un peu remué, et c’est au bout d’un certain temps qu’il consent à dire, un peu timidement :

- Oh, ça… Ce n’est… Pas grave…

Mais en parlant, il remarque comme les mots sont coupés, raccourcis par sa respiration sèche et rauque.

- Normalement… j’ai un médicament… Mais là… Alors…

Il pose le panier à ses pieds, leur poids est un trop grand effort ajouté à la parlotte.

- Il faudrait aller à la pharmacie, demander… une infusion, celle qu’on utilise pour les… rhumes de poitrine. Ensuite… je dois m’allonger et mettre l’infusion dans une bouillote que je pose sur mon… thorax. Je dois… aussi… respirer de la Lobelia, c’est une plante…  Et un peu de… poivre de cayenne. Mais je ne sais… pas s’il y en a… ici. Il me faudra un bain. Je le ferai à… la maison.

Ce qu’Icare appelle la maison, un peu familièrement il faut l’admettre, c’est celle de Vaelh, bien entendu. Il ne réfléchit pas à cette possible familiarité qu’il vient de se permettre, alors  même qu’il est tout à fait conscient du fait qu’il est avant tout un invité dans la demeure du messager. Mais leur soudaine complicité trouble son esprit. C’est ainsi qu’il finit par pénétrer dans la clinique vétérinaire, reprenant le panier de chiots et suivi par la mère protectrice.



♠ ♠ ♠ ♠ ♠


Il revient une grosse demi-heure plus tard. Ses poumons ne vont pas mieux, et l’effort qu’il se contraint de faire afin de supporter la charge des jeunes chiens tandis qu’il retourne à la maison de Vaelh, n’arrange en rien la situation. Il se sent siffler comme une cocotte-minute à chaque pas. Son sang-froid est de plus en plus précaire, il redoute d’être en proie à l’une de ses impressionnantes crises d’asthme. Son pas, et cela n’est peut-être pas raisonnable mais après tout, Icare n’est qu’un très jeune garçon, est vif et saccadé. Il aperçoit enfin la façade reconnaissable de la demeure de Vaelh.

Il pousse la porte de l’épaule, sans prendre la peine de frapper, d’ailleurs comment le pourrait-il, il a les bras chargés. La chienne le suit docilement. Elle semble avoir compris que Vaelh n’a pas qu’un visage, et que celui qu’il avait lorsqu’il l’a violenté a pour l’instant disparu. Icare aussi l’a compris, même si lui, il le savait déjà. Il se dirige vers son patron.

- Je n’ai… pas dit que c’était toi. J’ai des bandages et une pommade. Il faudra la soigner pen… pendant une semaine.

Icare se met à tousser. Il lâche le panier un peu brutalement, et la mère en profite pour rejoindre des petits et leur distribuer quelques coups de langue.

- Nous pouvons… keuf, keuf, les garder… un peu ?

Une terrible quinte de toux suit ces mots hachés. Sa gorge le brûle et sa poitrine bien plus encore. Il finit par s’appuyer sur le dossier d’une chaise, mais incapable de supporter son propre poids plus longtemps, le petit garçon s’écroule par terre. Ses bronches sont comprimées, complètement irritées, l’air n’y passe presque plus. Un râle douloureux d’échappe de sa bouche. Quelques larmes de panique perlent aux coins de ses yeux, tandis qu’Icare hoquette et tremble sous les yeux de Vaelh. Même les chiots, affolés par l’angoisse, se mettent à aboyer en regardant son petit corps étendu.




Vaelh
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Sam 22 Juin - 23:00

Malgré ses angoisses, le jeune homme décela sans vraiment de difficuluté le mal aise d'Icare quand il fut question de son traitement. Il se demanda comment l'interpréter : le petit homme était-il si peu souvent le bénéficiaire de l'attention des autres pour s'étonner du fait qu'on s'inquiète à propose de sa maladie ?

- Oh, ça… Ce n’est… Pas grave…

Bien sûr que si ça l'était ! Il suffisait d'écouter son souffle que chaque instant rendait encore un peu plus rauque. On pouvait presque se représenter la douleur du petit homme ; on aurait pu s'imaginer sa gorge affreusement irrité.  Vaelh avait inspiré en fronçant vaguement les sourcils, s'apprêtant à prendre la parole, mais... 

- Normalement… j’ai un médicament… Mais là… Alors… Il faudrait aller à la pharmacie, demander… une infusion, celle qu’on utilise pour les… rhumes de poitrine. Ensuite… je dois m’allonger et mettre l’infusion dans une bouillote que je pose sur mon… thorax. Je dois… aussi… respirer de la Lobelia, c’est une plante…  Et un peu de… poivre de cayenne. Mais je ne sais… pas s’il y en a… ici. Il me faudra un bain. Je le ferai à… la maison. 

Malgré le fait que Vaelh avait beaucoup de soucis avec sa mémoire, toutes ces indications s'enregistrèrent bien dans son esprit. Plutôt que de perdre encore du temps de demander à Icare de répéter, le jeune messager avait filé aussi vite qu'il avait pu, ajoutant alors qu'il était déjà en train de trottiner :

'M'en charge !


Aussi loin que sa mémoire défaillante lui permette de se souvenir, Vaelh n'avait jamais eu à produire un effort physique si long et éreintant que celui qu'il avait fournit aujourd'hui -et auquel il serait encore soumis jusqu'au couché-. Sa course jusqu'à la pharmacie pour quérir les composants nécessaires au traitement de l'asthme exigeait de lui qu'il repoussa ses limites de l'endurance physique et mentale. Surtout mentale, en fait. A chaque lourde pseudo-foulée, une nouvelle question se posait : est-ce que le petit garçon va mieux ? Tousse-t-il encore autant ? Est-ce que je vais revenir à temps ? La préoccupation, l'effort, la chaleur... Autant de facteurs qui refilèrent à Vaelh la suée de sa vie.

Enfin arrivé à la pharmacie, Vaelh fut obligé de marquer une pose pour reprendre son souffle en se voûtant, une main sur le cœur, l'autre sur son genoux pour retenir se buste. Quand sa respiration fut un minimum sous contrôle -juste ce qu'il fallait pour pouvoir parler à peu près clairement-, il entra en poussant la porte. D'emblée, le gérant s'était montré surpris de voir débouler dans sa boutique une personne dans un tel état ; mais avant qu'il ne puisse questionner le jeune homme, ce dernier lui avait débiter au mot près les consignes fournies par son petit collègue. S'il n'avait pas été si fatigué, il se serait extasié de s'être souvenu d'un monologue relativement long -selon son point de vue- avec autant de précision. Mais là... Pas le le temps de se réjouir ! Vaelh s'empare du paquet que le pharmacien lui tend après de bien trop longues minutes passées à chercher dans ses rayonnages et détale en omettant de souligner qu'il allait repasser dès que possible pour s’acquitter du "paiement". Mieux valait-il voir plus tard pour ça, au calme, pour mieux négocier.

Comme s'il ne savait pas si Icare était encore à la pharmacie, il décida d'aller y jeter un œil aussi vite que possible. Ne l'y trouvant pas, Vaelh s'était douté qu'il pourrait retrouver son collègue au bureau de poste. Le jeune homme n'était pas sûr mais... C'est peut être ce dont le petit garçon parlait en mentionnant "Maison". Trop pressé pour s'appesantir sur cette question, il la chassa de son esprit. Dans sa hâte, il ne choisit pas le chemin le plus court pour rentrer, si bien qu'il ne croisa pas Icare. Il arriva une poignée de minutes avant lui, se rongeant furieusement les ongles en guettant son arrivé à travers la fenêtre. Il s'en détourne un moment, tâchant de s'occuper l'esprit à autre chose qu'au stress pour pouvoir être en mesure d'aider le garçonnet lorsqu'il rentrera. c'est d'ailleurs cet instant qu'il choisit pour entrer en ouvrant la porte d'un petit coup d'épaule, faisant sursauter son patron.

- Je n’ai… pas dit que c’était toi. J’ai des bandages et une pommade. Il faudra la soigner pen… pendant une semaine. 

Après s'être repris, Vaelh ne s'était contenté que d'un vague soupir. Que le petit garçon lui avoua qu'il ne l'avait pas vendu ne voulait pas forcément dire qu'il avait menti -bien que le jeune adulte n'y croyait pas trop-. Le vétérinaire n'avait peut être simplement pas posé les bonnes questions. Il lança un coup d’œil à la chienne qui semblait être plus confiante et s'approcha pour prendre le panier qui échappa des mains du petit garçon suite à une grosse toux.

- Nous pouvons… les garder… un peu ? 

Vaelh n'eu pas même le temps d'y réfléchir -ça aurait été de toutes façon un oui- qu'Icare fut secoué par une toux plus sèche, plus violente qu'à l'accoutumé. Il lutta, s'appuyant sur une chaise pour ne pas choir, mais l'asthme eut raison de lui. La maladie le terrassa sous les yeux écarquillés de son jeune patron qui, complètement désemparé, ne pouvait que le fixer sans bouger. Il perdit ainsi de très précieuses secondes avant de réussir à mobiliser assez de ses forces pour reculer d'un pas en inspirant, horrifié. Plus tard, lorsqu'il y repensera, il se rendra compte qu'il n'était pas tant paniqué par l'état du petit garçon, mais plutôt du fait que sa crise avait lieu sous ses yeux. C'était à lui de faire quelque chose parce qu'il était le seul témoin de tout ceci. Pas possible d'échapper à la responsabilité de veiller sur le petit garçon et de le soigner puisque celui-ci le fixait d'un air effrayé, l'implorant en silence.

On ne peut plus paniqué, son premier réflexe lorsqu'il se décida à agir fut de se ruer sur le petit Icare pour le secouer par les épaules. Une initiative plus instinctive qu'intelligente qui n'améliora pas la condition du petit garçon ! Que fallait-il faire ? Que devait-il faire ? Pourquoi fallait-il que ça se passe là ? Une voix froide et claire balaya cette dernière interrogation :

"Ne panique pas, fit Calme. Tu sais ce que tu dois faire, il te l'a dit."

En tâchant de maîtriser son souffle, Vaelh fit un effort de mémoire. Même si Icare lui avait expliqué comment le soigner quelques minutes plus tôt, être confronté à pareille situation à de quoi vous faire perdre vos moyens. Qu'avait dit le petit garçon, déjà ? Infusion... Bouillotte... Ses consignes ne revenaient que par fragments, aussi le jeune adulte fit ce qu'il pu. Il abandonna le petit corps au sol -à grand peine- pour se jeter sur le sac contenant les remèdes. Avec les bons outils en mains, il mit la préparation de l'infusion en route. Il revint ensuite vers Icare pour lui annoncer d'un ton qu'il voulait calme et bas mais qui était en réalité un tissu vibrant d'émotions négatives :

T'lâche pas maintenant hein ? Regarde, J'suis en train d'tout préparer ! Il jeta un coup d’œil vers l'eau qui ne chauffait pas assez vite. Faire refluer cette vague de mauvaise surexcitation qui  déferlait vers sa conscience le fit grincer des dents. Dans la bouillotte l'infusion hm? Oui, dans une bouillotte...

Il se redressa à nouveau pour bondir jusqu'à l'infusion en préparation. Parce qu'il n'avait jamais fait ça avant et surtout à cause de la panique, ses gestes étaient maladroits. Plusieurs fois, l'eau affreusement chaude vint lui brûler les doigts quand il dû la transvaser de la casserole à la bouillotte. Pour l'heure il était trop occuper pour vraiment ressentir la douleur, mais nul doute que d'ici quelques heures, il aurait droit à de belles cloques !

Quelle journée décidément... Une vilaine tension vint à nouveau tourmenter son cœur déjà palpitant alors qu'il s'affairait. Dans sa hâte, il ne prit pas le temps de laisser refroidir la bouillotte avant de la poser sur le thorax du petit garçon. Comme Vaelh ne lui avait pas enlever son haut, le petit garçon pouvait relativement bien supporter la chaleur de l'infusion. Malgré ces quelques erreurs, Calme félicita Vaelh :

"Tu t'en sors bien pour l'instant. Continue ainsi. Tu te souviens parfaitement de ce que tu dois faire après." 

La voix de Calme évoquait la douceur et la régularité du bruissement des vague. Le rythme calculé auquel elle débitait ses mots permettait à Vaelh de disposer de repères pour rester le plus maître de lui même possible. Grâce à la sérénité toute relative que le voix instaurait, le jeune homme put passer à l'étape suivante. Sauf que là... Gros problème. Vaelh se souvenait qu'il fallait faire respirer au petit garçon de la Lobelia et du poivre de Cayenne, en revanche, il ne connaissait absolument pas les quantités. Ne pas lui en donner assez ne le guérirais pas... Et qu'arriverait-il s'il en donnait trop ?

"La panique n'est pas permise en cette heure. Tu n'as pas cette information, mais paniquer ou ne rien faire serait une mauvaise solution. Pourquoi ne pas lui donner un peu de ces deux composants et augmenter progressivement la dose si ça ne fait pas effets ?"

Sans même laisser s'écouler le temps d'un battement de cœur, Vaelh tourna l'entièreté de ses capacités à la réalisation de cette idée. Pas le temps de réfléchir à un autre plan, il fallait juste agir vite. Fébrile, soufflant fort, il  s'empara des petits bocaux en verre contenant respectivement Lobelia et poivre. Agissant plus par instinct que par présence d'esprit, il les déboucha, les tenant tous les deux dans sa main gauche. De sa main droite, il redressa le buste d'Icare à environ quarante cinq degrés avant de tenir les deux petits bocaux directement sous son nez. Il le laissa respirer leurs arômes une dizaine de secondes avant de les éloigner, nerveux au possible. Il fixait Icare d'un air maladivement inquiet, guettant une réaction. Devrait-il le faire respirer plus longtemps les arômes contenus dans les deux petits bocaux ? A moins qu'il ne doivent en inhaler le contenu sous forme de poudre ?


Dernière édition par Vaelh le Mer 3 Juil - 22:07, édité 1 fois
Icare
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Mar 25 Juin - 10:04



Icare peut tout juste écarquiller les yeux, lorsque Vaelh se rue sur lui en le secouant, comme il a visiblement l’habitude de le faire lorsqu’il est en proie à la panique. Sa voix est coupée par son souffle raide, et son corps à la fois inerte et rigide. Tous les efforts du garçon sont concentrés sur ses bronches et sa gorge, s’employant à laisser l’air entrer. Il ne peut penser à rien d’autre.

Icare connait l’instabilité de son patron, dont la tension insoutenable a déjà fait ses preuves aujourd’hui. Vaelh est déjà ébranlé, et son sang-froid aussi. Icare se souvient très bien de l’état du jeune homme à la vue du chien dévorant le contenu du paquet. C’est un miracle que Vaelh ne se mette pas à hurler, en s’arrachant les cheveux ou en se cognant la tête contre les murs. Il n’y a personne d’autre dans la maison, personne autour sur qui compter. Personne, à Espérance, ne s’inquiète de la santé déclinante d’Icare et de son état critique. Personne à part Vaelh. Sur lui repose le sort du garçon, et tous deux le savent. On ne saurait dire lequel en est le plus effrayé…

Icare sent l’étreinte de Vaelh le relâcher, tandis que la longue silhouette de jeune homme s’éloigne. Il entend sa voix à la fois ferme et lourde de panique, unique fil le maintenant encore à la conscience, car l’oxygène se raréfie tant en lui que son esprit s’embrume. Il entend les battements de son cœur comme s’il se trouvait à l’intérieur, sons de tambour résonnants qui font vibrer ses tympans. Les bras de Vaelh tremblent, Icare voit l’eau éclabousser ses mains, sans que le jeune homme ne pousse ne serait-ce qu’un grognement. La vision d’Icare est un peu trouble, il sent qu’il perd sensation au bout des doigts. Pourtant, la douleur était toujours là, étau implacable enserrant ses poumons, comme un insecte râpant contre ses bronches. Ce n’était pas comme un mal de crâne ou un bleu sur le genou, c’est une douleur diffuse, suffocante. Partout dans sa poitrine.

Heureusement, Vaelh finit par arriver avec la bouillotte, qui le soulagerait assurément. Il fallait seulement espérer qu’il ne soit pas trop tard. Dans son Avant, lorsque les crises survenaient, Icare était souvent contraint de se rendre à l’hôpital car seules de puissantes injections étaient en mesure d’apaiser son souffle. L’asthme est un mal imprévisible et tenace, passé une certaine limite, il devient surpuissant. Icare, qui connait si bien son démon à présent, le sait. S’il n’était pas dans une telle détresse mêlée de confusion, il aurait certainement remarqué comme l’attitude de Vaelh est épatante. Celui-ci, d’ordinaire si instable, est maitre de lui, maitre de toute la situation. Ce rôle de sauveur semble lui donner de nouvelles aptitudes, qui se découvrent à Icare autant qu’à lui-même.

La bouillotte est chaude, presque brûlante, mais le soulagement est immédiat. Cela ne le fait pas réellement respirer davantage, mais la douleur s’apaise, comme anesthésiée. Le plus urgent demeure les infusions, qui seront les seules capable de rouvrir ses bronches et laisser pénétrer l’air dans ses poumons. Icare sent les mains nerveuses mais fermes de Vaelh qui le soutiennent, approchant ensuite les plantes hachées qu’Icare doit inspirer. Vaelh semble dubitatif, comme s’il craignait de mal agir. Icare aurait envie de dire « Allez, tu ne crois tout de même pas que tu vas m’empoisonner ! » mais il ne peut pas. Il fixe simplement son patron, les yeux fiévreux, d’un regard approbatif. Il avance la tête, il faut qu’il respire. Il est si faible qu’il y parvient à peine. Il fait alors signe à Vaelh de le porter jusqu’à son lit, afin qu’il soit adossé et plus confortable. S’il ne se détend pas, il risque de ne pas pouvoir s’imprégner des feuilles salvatrices.

Vaelh le porte sans effort jusqu’à son propre lit. Après un instant de lutte où Icare essaye vainement d’inspirer malgré sa respiration rauque, il finit par sentir les effluves de Lobelia infiltrer ses narines et descendre jusqu’aux poumons. L’autre arôme achève le travail. Les bronches sont encore essoufflées et malades, mais elles sont hors de danger. L’air passe ! Enfin, enfin ! S’il avait la force, Icare pleurerait de soulagement. Il a eu si peur…

Vaelh le regarde d’un air inquiet. Cela fait bien une dixaine de minutes qu’Icare se débat avec son remède, allongé sur le grand lit. Il est en nage, les cheveux collés sur le front, la bouillotte toujours posée sur son torse qui se soulève et s’abaisse vivement, encore tout affolé par les évènements. Icare attrape la grande main de son patron. Il sait que ce geste n’est guère coutumier pour le messager, qui prend soin de mettre une distance certaine entre lui et les autres. Il sait qu’il ne l’appréciera peut-être pas. Mais le jeune homme, qui pourtant ne lui devait rien, qui pourtant a subi les conséquences de ses bêtises toute la journée, ce jeune homme-là vient certainement de lui sauver la vie. Icare attrape donc de ses petits doigts la main encore raide de Vaelh et, se tournant un tout petit peu vers lui, il murmure…

  -  Vaelh… Merci…

Faiblement, le petit garçon sourit. La douleur n’a pas disparu, mais elle lui laisse du répit pour faire autre chose que se contracter.

  -  Vaelh… Puis-je… rester un peu… dans le lit ?

Sa voix est si rauque, si sifflante qu’elle le surprend lui-même. Mais c’est d’avantage l’épuisement que l’asthme qui provoque cet effet.

  - Oh, les chiens… ajoute-t-il en se remémorant soudain les petits chiots certainement pétrifiés par la scène à laquelle ils viennent d’assister.

Il tente alors de se redresser, mais ses forces ne lui permettent pas, et il retombe bien vite sur l’oreiller.

  - Oh Vaelh… Il faut… les rassurer… S’il te plait, va… les voir.

Mais un autre évènement inattendu vient inciter Vaelh à retourner dans la pièce principale. On vient de sonner à la porte. Les deux garçons se regardent, à la fois surpris et déroutés, se demandant qui peut bien leur rendre visite à cette heure de la journée. Icare pense au pharmacien qui pourrait prendre des nouvelles, ou bien à un passant qui aurait entendu des cris alarmants, ou encore le propriétaire inespéré du chien et sa progéniture… Icare ne pense pas, en revanche, que cela puisse être le client inquiet ou mécontent de savoir où son colis de viande peut bien se trouver. Et pourtant… Il aurait peut-être dû.


Vaelh
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Mar 16 Juil - 19:24

Il fallait bien l'admettre, Vaelh avançait à l'aveugle. Même si chacun de ses gestes étaient vecteurs de sincères bonnes intentions, rien ne lui disait s'il se débrouillait bien, du moins pas au début. Guidé par le regard du garçon -parce qu'en cette instant il ne dirigeait plus grand chose, pas même ses gestes-, le jeune adulte porta son collègue jusqu'au confort du lit du bureau de poste, situé dans une petite pièce peu décorée, très fonctionnelle. Présenter les petits pots d'herbes hachées sous le nez du garçonnet était, du point de vue du messager, un sacré coup de poker. Heureusement, le petit trouve la force de fixer son patron comme pour lui intimer que ses gestes sont les bons. Sans ça, Vaelh aurait pu perdre quelques précieuse secondes. Lorsque qu'il constata que le simple fait d'inspirer l'arôme des plantes soulagea le garçonnet, Vaelh poussa un soupir de soulagement qui lui vida les poumon sans pour autant vraiment le détendre.

Un tiers personne disposant d'une vision claire sur la scène pouvait aisément deviner que la pression déjà accumulée par le jeune homme avait déjà eu raison d'une partie de sa stabilité mentale déjà fragile. Les uns auraient pu voir là une petite lueur maladive dans ses yeux, les autres auraient plutôt remarqué la crispation de tous ses muscles, ou les tremblements qui les agitaient parfois... Une foules d'autres détailles plus ou moins discrets s'affichaient sur Vaelh, trahissant des dégâts, des blessures faites à la psyché qui ne cicatriseraient jamais totalement. Et même lorsque l'air se met à circuler plus facilement jusqu'au poumons du petit, Vaelh ne se détend pas. Au contraire, le jeune homme ne pourra plus jamais rester calme quand il devra envoyer le petit faire une course. Plus jamais il ne pourrait avoir l'esprit tranquille. A partir d'aujourd'hui et pour toujours, un millier de questions en relation avec l'état d'Icare rebondiront contre les parois de son crâne déjà malmené.
Vaelh avait-il échangé une portion de sa raison contre la vie du petit ?

Tandis qu'il s'imaginait involontairement l'avalanche d'angoisse à laquelle il devrait maintenant faire face au quotidien, il s'était remis à se ronger les ongles. le garçonnet semblait respirer un peu mieux, certes... Mais cela faisait déjà plusieurs minutes qu'il n'y avait pas eu d'autres progrès. Était-ce normale ? Il avait pourtant tout fait correctement, tout juste à temps ; alors pourquoi le petit n'était pas guérit ? Bien sûr, il pouvait sembler évident que l'asthme est un mal pernicieux, durable, qui ne se soigne jamais vraiment. Il semblait aussi logique de se dire qu'un remède, quel qu'il soit, mettait forcement du temps à agir. Sauf que dans la tête du jeune homme, Logique et Évidence ne représentaient pas grand chose face à Angoisse.

Puis une petite main attrapa l'une des siennes, moites, raide. Tendu au possible, il réagit d'instinct, en retirant vivement ses doigts presque comme un animal se serait défilé d'un contacte qui l'avait surpris. Il n'avait d'ailleurs même pas vraiment réalisé qu'il s'était ainsi esquivé, et c'est la voix du petit garçon qui le tira de cette épaisse torpeur dans laquelle il s'enlisait.

-  Vaelh… Merci…

Une petite voix, si faible, qui sonna pourtant si claire. Le jeune homme cligna des yeux, d'abord pour surprise, ensuite pour chasser la sueur qui avait glissé dans sur ses pupilles.

-  Vaelh… Puis-je… rester un peu… dans le lit ?

"Bien sûr que tu peux", aurait-il aimé répondre ! Sauf qu'il réalisa à cette instant qu'il avait peut être sauvé une vie. C'était la première fois qu'il faisait une chose pareille, et une tonne d'émotions vives l'assaillirent. Satisfaction, fierté, joie... Des sentiments très agréables ! Enfin, tous sauf un, le dernier de cette grosse vague émotionnelle qui vient entacher ce tableau salvateur : le Regret. Pourquoi du regret ? Vaelh n'était pas en état d'y réfléchir maintenant. Il constatait simplement que bien qu'il ai empêché l’asphyxie d'un gamin, il regrettait quelque chose. Cependant, cette petite "tâche émotionnelle", par son incongruité, lui servit d'attache pour se reconnecter à la réalité. Il se prit un moment le visage entre ses mains, s'offrant un répit bref mais mérité, avant de soupirer doucement. Il allait redresser le visage pour s'exprimer, mais...

- Oh, les chiens…

La remarque le fit se retourner, si bien qu'il ne remarque pas la tentative d'Icare pour se redresser.

- Oh Vaelh… Il faut… les rassurer… S’il te plait, va… les voir.

Encore plus ou moins réduit à l'état d'un pantin qui à besoin qu'on tire les ficelles pour qu'il puisse se mouvoir, Vaelh se redresse maladroitement pour s'approcher des chiots. Il s'accroupit doucement devant, sans les toucher, sans un son. Il les observait sans savoir quoi faire. Peut être parce que le silence était revenu ou peut être parce que l'agitation avait cessée, les petites boules de poils semblaient moins anxieuses. La présence de leur mère les aidait, mais nul doute que les chiots devraient passer par la case caresse pour se remettre complètement.

Il avait été voir les petits chiens comme Icare le voulait, et maintenant ? Que faire ? Devait-il rester planté là ? Une idée simple naquit dans la tête du jeune homme lorsqu'il constata que le garçonnet était de toute évidence plus doué avec les animaux qu'il ne l'était. Lentement, tant pour ne pas effrayer les chiots que pour ne pas inquiéter leur mère, Vaelh souleva le panier pour venir le déposer près d'Icare, sur le lit. Il s'assura qu'il n'y ai aucun débordement, comme un chiots qui décide de sauter du panier pour aller sur la poitrine d'Icare, puis recula d'un pas.

Occupe t'en, moi je ne sais pas.

Une phrase simple, pas tout à fait complète, mais un effort considérable fut nécessaire pour la prononcer. Vaelh se dit qu'il s'agissait là du dernier effort qu'il aurait à faire pendant cette affreuse journée... Mais une sonnerie à la porte lui fit constater qu'il se trompait. Colère laissa échapper un bref cri étouffé, Frustration grinça des dents, mais le jeune homme fit quand même l'effort d'aller ouvrir. Il tira doucement la porte, offrant à la personne dehors la vision d'un visage qui n'était qu'angoisse étouffée. Il plissa les yeux, tentant de reconnaître l'arrivant.
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Ven 19 Juil - 15:08



   -   J’attendais ce colis pour dix heures. Je l’attends toujours, et je constate qu’en plus de cela, vous êtes toujours dans votre entrepôt ! Etes-vous malade ? Je vous trouve l’air bien pâle… Mais enfin, cela ne vous empêche pas d’avertir les clients !

Icare, même niché dans le lit, reconnait à coup sûr la voix suffisante d’Hedrich, manifestement mécontent. Hedrich, du haut de ses 20 ans, en parait trente de plus au vue de la manière dont il parle et articule ses membres, avec cette rigidité maitrisée propre aux grandes personnes de bon ton. Icare ne l’aime pas beaucoup, mais c’est un client, et bien que Vaelh ne soit pas le plus chaleureux des hommes, il n’a jamais, jamais manqué de respect à un client. La tentation serait grande, pourtant, d’envoyer balader cet énergumène. Mais Vaelh reste là, statique et silencieux, alors même qu’il pourrait déclarer la meilleure excuse du monde.

Icare se lève du lit et, dissimulé dans l’embrasure de la porte, observe la scène. Il ne voit que le dos de son patron et le visage contrarié de l’employeur insatisfait. « Allez, Vaelh… Dis-lui… » murmure-t-il entre ses dents, « Je sauvais la vie d’un petit garçon, dis-le… ». Mais Vaelh n’a pas le loisir de dire quoique ce soit, car déjà Hedrich rentre dans la demeure sans attendre d’invitation. Vaelh, pris au dépourvu, ne réagit pas.

   -  J’exige une compensation.  Ainsi qu’une explication

Qu’il est lourd, ce gringo ! Icare, désireux de sauver la mise de celui qui le sauva tout court, s’avance. Hedrich le toise d’un air à la fois hautain et surpris, comme s’il s’étonnait qu’une si petite personne puisse émerger ainsi.

   -  Monsieur, dit-il de son timbre le plus courtois, car il sait que ces armes sont les plus efficaces chez les individus de la trempe de celui-ci. C’est ma faute. Vaelh n’en savait rien. J’ai assuré la livraison de ce matin, et je suis tombé, la viande s’est renversée sur le sol. J’ai prévenu Vaelh, mais dans son état, il n’était pas en mesure de vous rendre visite. Nous vous apporterons votre colis, et une ration supplémentaire, dès demain. S’il vous plait, ne vous en prenez pas à Vaelh. Ce n’est pas sa faute.

L’air larmoyant d’Icare, doublé à son allure juvénile, produit un effet certain. Hedrich, aussi suffisant soit-il, est troublé, un peu embarrassé même, par cette intervention. Il venait avec sa colère, voilà qu’il récolte des larmes. Mal à l’aise, il dit de son ton légèrement guindé :

   -  Soit. J’attends la livraison pour demain. Mais je te préviens, mon garçon, Bird lui-même sera prévenu de ce manquement, et il se pourrait que tu n’obtiennes pas tous les bons points que tu espérais !

Icare hoche la tête sans un mot. Il regarde Hedrich incliner la tête avant de prendre congé, et Vaelh va refermer la porte derrière lui. Au moins, pour ça, ils sont sortis d’affaire. Avant que le jeune homme n’ait le temps de dire quoi que ce soit, Icare, honteux de sa bêtise à présent qu’ils assistent tous deux à ses conséquences, se précipite au panier des chiots. Il s’emploie à la préparation de leur lait, tandis que la mère vigilante veille à ce qu’il fasse les choses correctement. Il n'ose pas regarder le jeune homme dans les yeux.

Pourtant, la tension dans l’air le crispe, il n’aime pas ça. Il finit par se retourner et dire d’un ton qu’il veut gai et assuré – mais qui ne l’est guère – en se tournant vers son patron :

   -  Je l’ai bien eu, tu as vu ? Il a tout gobé. C’est comme ça que je me sors des situations difficiles. Tu vois, ça marche !

Après un petit silence, il ajoute, d’une voix plus grave et sans sourire :

   -  Je sais que je me suis engagé. Je sais. C’était risqué. Mais à la boucherie on me connait bien. J’ai rendu des services. Je sais qu’ils feront ça pour moi.

Icare s’accroupit à nouveau, s’affairant autour des petits chiens qui ne pensent qu’à remplir leur gosier, peu sensibles aux évènements qui viennent de survenir. Il leur donne le biberon tour à tour, avec une aisance que seule l’expérience permet, car ce n’est pas la première fois qu’Icare recueille des animaux blessés. Certaines bêtes sont à l’animal ce que les gitans sont à l’Homme. Indésirables, nuisibles, rejetés. Une fois, il a même secouru un renard. Ce temps, pas si lointain, prouve qu’il n’a pas totalement disparu, puisque Icare s’en souvient même dans ces moments critiques. Pour lui, c’est ce qui le maintient à la raison. Qu’en es-t-il de Vaelh ? …

Icare se relève, reboutonne sa chemise qu’il n’a pas encore pris le soin de rajuster, et prépare ses affaires.

   -  Je dois aller à l’école, dit-il en mettant son sac sur le dos.  Tu les surveilles ? Je reviendrai à la pause de midi, et ce soir. Si tu veux, mais c’est vraiment comme tu préfères, je pourrai rester ce soir. Bon allez, j’y vais, je suis déjà super en retard.

Icare se dirige d’un pas vif vers la porte, mais avant de partir il se retourne d’un coup :

   -  Oh ! J’allais oublié. Tu veux bien me faire un mot pour les cours ? Si je leur raconte, ils ne me croiront pas.

Icare ne pouvait s’en prendre qu’à lui-même pour ce qui est de l’incrédulité de ses professeurs. Ses mensonges fantaisistes et répétés sont connus de tout l’établissement. L’épopée qu’il venait de vivre était tout ce qu’il y a de plus vrai, mais tant d’aventures en une seule matinée, ce serait dur à avaler pour les adultes méfiants que sont les enseignants d’Icare.


Vaelh
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Dim 4 Aoû - 8:56

  -   J’attendais ce colis pour dix heures. Je l’attends toujours, et je constate qu’en plus de cela, vous êtes toujours dans votre entrepôt ! Etes-vous malade ? Je vous trouve l’air bien pâle… Mais enfin, cela ne vous empêche pas d’avertir les clients !

Une grande onde d'irritation secoue Vaelh. Ce type, il ne l'avait jamais croisé avant ; pourtant, il le détestait déjà. Il ne saurait exactement dire ce qu'il n'aimait pas chez lui, peut être les airs qu'il se donnait, le simple son de sa voix... Il  n'eut pas le temps d'y réfléchir que Colère et Violence beuglèrent comme des damnées, imposant à l'esprit du jeune homme des séquences d'images dans lesquelles il se vit en train de battre le boucher sur le seuil du bureau de poste.
C'était sale, affreux,  ignoble... Mais vraiment tout au fond de lui, Vaelh espérait que Colère et Violence puissent prendre le contrôle de ses mains. Il n'en était pas conscient, mais l'envie était là, tapis comme une prédatrice qui attendait un moment de faiblesse du jeune homme pour le pousser à assouvir ses instincts.

Quand le boucher eut fini de parler, il s'était à peine écouler quelques malheureuses secondes, pendant lesquelles Vaelh n'eut le temps que d'entre ouvrir la bouche pour débiter quelques explications. Mais avant même qu'il puisse formuler quoi que ce soit,  l'autre idiot qui ne savait rien de ce qui s'était passé avait clamé :

-  J’exige une compensation.  Ainsi qu’une explication

"Compensation". Vaelh n'avait retenu que ça. Ce seul mot rebondissait douloureusement dans son crâne. Il avait frisé le naufrage mental, il avait mis la vie du petit garçon en danger en le poussant à descendre dans une cave insalubre, ce même petit avait manqué de s'étouffer, et voilà qu'un connard quelconque exigeait une "compensation" ?
Vaelh eut beau chercher dans ses souvenirs, mais il ne se rappela pas avoir été aussi près de sauter à la gorge de quelqu'un. Rage, Colère, Violence, Sadisme, Méchanceté, Rancœur, Irascibilité, et toutes leurs proches amies avaient laissé monter leurs voix en un stupéfiant concerto qui laissèrent Vaelh abasourdit. Chaque fibre de tout son être n'aspirait qu'à faire taire ce guignol sur le seuil. Le sang du jeune homme pulsait dans sa tête, faisait siffler ses oreilles.
-Brise lui le nez !
-Un coup de pied dans une rotule pour lui mettre le genoux en vrac !
-Frappe lui au ventre, puis à la nuque !
-Saute lui dessus et martèle sa putain de tête !

-Attaque !, clamèrent toutes les voix. Attaques, attaques, attaques !
Il inspira, redressa légèrement le menton. Et Calme avait discrètement soufflé, passant sur l'océan de fureur comme une brise tempérée :
-Icare.
Icare qui avait déjà eut à subir une grande anxiété quand le paquet avait été détruit. Icare qui avait dû veiller sur Vaelh quand il se noyait dans son propre esprit, Icare qui était descendu dans la crasse pour aider de petits animaux, Icare qui n'arrivait plus à respirer. Calme souffla à nouveau.
-Il en a assez vu comme ça. Non ?
Ce fut comme si des trombes d'eau glacée s'était abattues sur toutes la colère du jeune homme, étouffant le feu de la rage. Il cligna des yeux, revenant à lui, et se rendit compte que le petit garçon s'était avancé.

... savait rien. J’ai assuré la livraison de ce matin, et je suis tombé, la viande s’est renversée sur le sol. J’ai prévenu Vaelh, mais dans son état, il n’était pas en mesure de vous rendre visite. Nous vous apporterons votre colis, et une ration supplémentaire, dès demain. S’il vous plait, ne vous en prenez pas à Vaelh. Ce n’est pas sa faute.

Le jeune homme fut, pour le coups, aussi étonné que Hedrich. Ça ajouté au fait qu'il était encore un peu sonné le laissa complètement interdit.

-  Soit. J’attends la livraison pour demain. Mais je te préviens, mon garçon, Bird lui-même sera prévenu de ce manquement, et il se pourrait que tu n’obtiennes pas tous les bons points que tu espérais !

Et pareil chantage, aussi risible et stupide qu'il fut, acheva de réveiller Vaelh. Tant pis pour la politesse, tant pis pour l'image, tant pis pour tout. Le boucher sortit plus vite que prévu, poussé dehors par Vaelh qui prétexta :

-'Ai trébuché, navré. 'Feriez bien de filer, je suis contagieux. Et vous ne voulez pas attraper ce que j'ai.

Hedrich n'eut pas le temps de protester que la porte se ferma sèchement.
Alors quoi, c'était la même chose dans ce monde là ? Pas d'argent, pas de concept tel que la richesse, mais du chantage malgré tout ? L'être humain était décidément pourri de fond. Le dégoût de Vaelh envers sa propre espèce ne fit que croître dans le silence qui s'était installé.

  -  Je l’ai bien eu, tu as vu ? Il a tout gobé. C’est comme ça que je me sors des situations difficiles. Tu vois, ça marche !

-J'ai vu, avait-il soupiré. J'ai vu...

Il se détourna de la porte, arborant encore une très subtile grimace dégoûtée. Il fixa le garçonnet avec un air vaguement réprobateur.

-  Je sais que je me suis engagé. Je sais. C’était risqué. Mais à la boucherie on me connait bien. J’ai rendu des services. Je sais qu’ils feront ça pour moi.

-Et ce risque, c'est à cause de toi qu'il l'a pris, siffla Culpabilité. Tu vois ? Tout  est encore de ta faute. Ta faute, ta faute...

-Ma faute... Avait repris Vaelh. Mais qu'y pouvait-il à présent ? Le mal était déjà fait. Vaelh effleura l'idée que, même si c'était effectivement de sa faite, il avait déjà sauvé la vie du petit et n'était donc pas tenu de réparer ce dernier semi-mensonge qu'il avait proféré au boucher.
Sauf que c'était aussi de sa faute si Icare avait frôlé l'asphyxie.

-Ta faute...

Qu'il était fatigué à présent. Il n'avait rien fait comme il fallait. Absolument rien. Au final, ce petit bonhomme haut comme trois pommes était largement plus capable et beaucoup plus stable que lui. Triste constat, mais Vaelh n'eut même pas honte. Ce qui l'obnubilait maintenant, c'était de trouver un moyen pour qu'Icare laisse cette affreuse journée derrière lui -parce que réparer les choses n'était à présent plus possible-.

-  Je dois aller à l’école. Tu les surveilles ? Je reviendrai à la pause de midi, et ce soir. Si tu veux, mais c’est vraiment comme tu préfères, je pourrai rester ce soir. Bon allez, j’y vais, je suis déjà super en retard.

A peine eut-il finit de parler qu'il filait déjà !

-  Oh ! J’allais oublié. Tu veux bien me faire un mot pour les cours ? Si je leur raconte, ils ne me croiront pas.

Sans prendre le temps de réfléchir, Vaelh avait dit :

-Non, pas d'école pour toi aujourd'hui. Non, non. T'en as assez fait comme ça. Le ton un peu abrupte qu'il employa pouvait prêter à confusion. Bien sûr, il voulait dire qu'Icare avait déjà assez donné de sa personne. Même s'il ne le montrait pas, il était sans doute épuisé ; aussi lui fallait-il une grosse journée de repos. Tu vas rester là pour te reposer, en compagnie des chiots, hm ? Moi j'te fais ton mot... Dit-il en s'asseyant pour rédiger sur un papier libre. Et j'irais l'apporter à ton école. Puis je finirais la tournée. Mais toi, tu bouges pas d'ici. Du repos, du calme.

Vaelh s'était levé, laissant tout le traitement d'Icare à porté de main, bien en vu dans le bureau de poste au cas où.

-Tu pourras rentrer chez toi ce soir. Tu bouges pas, hein ? Je reviens quand j'ai terminé. Avec des glaces, avait-il bêtement ajouté. Bien sûr, même des friandises glacées, aussi délicieuses qu'elles puissent être, ne pourraient réparer tout le mal fait en ce jour. Mais si elles pouvaient au moins faire plaisir au petit garçon...

Vaelh s'était levé, avait rapidement classé le courrier par ordre de distribution avant de filer puis, en passant la porte, avait lancé :

-A plus tard !

-Ta faute, ta faute.
Icare
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MessageSujet: Re: Un colis important [Icare & Vaelh] Dim 4 Aoû - 10:08



Vaelh passe la porte, et le silence se fait. Icare s’assoit sagement à la table de l’office, tandis qu’il perçoit au loin les pas vifs de son patron. Pendant un moment, il ne dit et ne fait rien, se contentant de fixer la porte, comme s’il s’attendait déjà à la voir se rouvrir pour laisser entrer le messager.

   -  Il avait l’air bizarre, non ? dit-il finalement à l’adresse des chiots, qui s’amusent à présent avec un bout d’élastique.  Je ne sais pas pourquoi il a dit ça… Ma faute… C’est bizarre, mais j’ai l’impression que Vaelh, il se sent toujours coupable de quelque chose. C’est un sacré gadjo, toujours la tête pleine. Moi, quand je suis sorti d’affaire, je me fais plus de mouron !

La chienne le fixe avec sérieux, comme si elle écoutait ses paroles.  Icare a les sourcils froncés. Il tente de comprendre les tourments de Vaelh, mais ils sont trop profonds, trop complexes pour être à sa portée. Il se relève et va examiner le bureau du messager, aussi rempli qu’organisé. Le travail de son supérieur l’impressionne, car il exige de faire preuve de parcimonie, et ce n’est pas là la principale qualité du petit gitan.

Icare s’ennuie un peu, mais il se rend compte qu’il est soulagé de ne pas avoir à aller à l’école. Même s’il ne s’en rend pas bien compte, il est à bout de force, et sa faculté de concentration s’apparente présentement à celle d’un jeune cabri. Il aurait été incapable de suivre les cours et de s’appliquer dans son travail. En plus, il ne veut pas voir du monde. En dehors de Vaelh.

Tout parait bizarre depuis le drame que son patron et lui viennent de frôler. Tous deux semblent liés par quelque chose. La scène avait été si intense. Même son corps parait imprégné par une sensation nouvelle. Il se demande alors ce que ressent Vaelh. Et comme toujours, Icare n’aura jamais de réponse, et quand bien même on lui en apportait une, il ne pourrait certainement pas la comprendre… Pas vraiment.

Alors il hausse les épaules, car Icare a ce don qu’ont beaucoup d’enfants de ne pas se tourmenter pour des choses trop compliquées. Il revient vers les chiots et s’assoit auprès d’eux, jouant avec l’élastique en riant devant leur excitation juvénile. Même leur mère semble amusée.

Le soir, Vaelh, qui est devenu bien plus qu’un patron, apportera des glaces. Icare sera joyeux et reconnaissant. Il rira, parlera, s’agitera, comme d’habitude. Il ne se questionnera pas sur les sombres pensées qui troublent l’esprit du jeune homme. Mais peut-être que, malgré lui, il parviendra à les faire taire. Même le temps d’une soirée.


FIN



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Un colis important [Icare & Vaelh]

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