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[abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre]

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MessageSujet: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Jeu 22 Déc - 18:00

« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. »


    Il y a des jours, où vous sortez de chez vous, avec l’intime pensée que quelques chose va venir bousculer votre quotidien. Quelques fois, c’est le cas, et vous êtes heureux que votre prédiction se soit réalisée. Quelques fois, cette espérance est remplacée par une pointe de déception. Mais jamais, à personne, je ne souhaiterais qu’il lui arrive quelque chose de mal. Voyez-vous, Kaleoï, attendait depuis une semaine un événement. N’importe lequel. Parce qu’elle était lassée de la routine quotidienne. Elle voulait qu’on la bouscule dans la rue, qu’on lui fasse juste un sourire, qu’on vienne lui demander l’heure… N’importe lequel. Après les cours, elle s’était rendue à la bibliothèque.

    Aussitôt, elle fut frappée par le calme qu’il régnait ici. Là où le vent glacé s’engouffrait partout, rugissant de sa brise hivernale. Ici, seules les feuilles des livres glissaient dans un froissement presque inaudible. Elles se tournaient doucement, dévorées des yeux par ces enfants avides de connaissances. Ici, tout le monde jouait au même jeu. Le Roi du Silence. Vous aussi vous y avez joué lorsque vous étiez enfant. Les étagères de livres se dressaient, comme des colonnes voulant toucher le ciel, et dont le plafond était l’unique obstacle. Les épais volumes étaient rangés dans une harmonie méthodique. Les livres documentaires et scientifiques dans un coin, les romans d’aventures et d’amours, plus loin, vers l’aile opposée. La lumière tamisée apportait ce petit côté charmant, si bien que lorsqu’un rayon traversait la fenêtre, on voyait la poussière tomber comme un rideau de paillettes. Dans un coin du plafond, une araignée se reposait, étirant ses longues pattes, et sa toile apparaissait telle une guirlande à l’effet du jour.

    Alors pourquoi Kaleoï était-elle venue ici, vous demandez vous. Alors restez un peu, vous allez le savoir. La passion de la miss était les étoiles. Le soir était son ami, et le jour était sa solitude. Là où vous ne verrez que des points blancs dans un fond bleu marine, ponctué de cumulus blancs, Kaleoï verra l’étendue magnifique du cosmos. Elle pourrait passer des heures couchée dans l’herbe à vous expliquer pourquoi on a créé les constellations, les signes du zodiaques… Si seulement le jour ne revenait jamais… Aujourd’hui, elle venait pour en apprendre plus. Toujours plus. Elle ne se lassait jamais et tirait un par un sur les fils de la connaissance, toujours plus fébrile de la prochaine découverte spectaculaire. Elle soulevait des volumes qui faisait presque son poids, pour, épuisée sous l’effort colossal qu’elle venait de fournir, s’abandonner dans la Voie lactée et autres systèmes complexes. Là où certains cherchaient de la vie ailleurs, pour Kaleoï, les étoiles représentaient presque toute sa vie. Le soir, vous cauchemardiez sur le monstre caché sous le lit, le regard brillant de sadisme. Kaleoï faisait un cauchemar de ciel sans étoile. Juste une belle toile bleue, sans scintillement.

    Et si aujourd’hui, un événement venait bousculer Kaleoï ? N’importe lequel pourrait faire l’affaire. Il apparaitrait comme une lueur dans la routine qui s’était installée. Venez vite...

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MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Jeu 29 Déc - 13:58


Le silence était le seul mot qui flottait dans l’atmosphère. Parfois, un petit chuchotis venait s’y ajouter, mais personne n’y prêtait attention. Plongés dans des ouvrages tous plus divers les uns que les autres, les enfants d’Espérance terminaient un devoir, se renseignaient sur un sujet qui leur était cher, lisaient une bande dessinée, une nouvelle, un roman, un magazine. Les plus hardis n’avaient pas peur de se plonger dans des livres au volume digne de trois dictionnaires empilés. Ekaterina faisait partie de cette catégorie. Après avoir dévoré la fin d’un roman qui l’avait passionnée la dernière fois qu’elle était venue, elle avait décidée de se mettre en choses sérieuses en entamant un devoir à rendre pour la semaine suivante. Elle avait dû prendre son courage à deux mains pour se lancer. La matière concernée n’était pas sa préférée et pour cause : elle avait beau réfléchir pendant des heures face à son cahier, elle comprenait aussi bien que si son cours avait été écrit en télougou. Elle prit une grande inspiration, avant de relire à voix basse la question sur laquelle elle réfléchissait depuis au moins vingt minutes, sans succès.

«Question 1 : L'étoile Sirius constellation du Grand Chien est une étoile blanche, les étoiles Rigel et Bételgeuse de la constellation d'Orion sont des étoiles respectivement bleue et rouge. Classez ces étoiles par ordre croissant de leur température de surface et justifiez votre réponse... Hum, voyons…»

Elle feuilleta à nouveau l’énorme livre qu’elle avait retiré d’une étagère dans l’espoir d’y trouver des informations concluantes. Peine perdue.
« Argh, ce n’est pas le bon ! Il n’y a pas de chapitres qui en parlent là-dedans ! Bon, voyons la question 2, j’y reviendrai plus tard… » songea t-elle en soupirant.

Elle lut l’énoncé de la question suivante. Le lut une deuxième fois. Puis une troisième.

« Raaah je déteste la physique ! » s’écria t-elle, en ébouriffant ses cheveux de ses deux mains dans un geste d’impatience.

Elle se rendit compte trop tard du bruit monstre qu’elle avait fait. Le sentiment d’être ridicule la saisit, et elle recoiffa nerveusement ses cheveux, en regardant autour d’elle. Ouf, personne…

Ah si. Quelqu’un. Zut.

La seule fille proche du rayon où elle se trouvait s’était tournée vers elle, sans doute alertée par son cri. Ekaterina fit une mimique navrée, les joues roses de gêne, en chuchotant un « Désolée » si bas, qu’il aurait fallu savoir lire sur ses lèvres pour l’entendre. Faisant cela, elle s’interrogeait sur la jeune fille, qui était certainement plus âgée qu’elle, à vue de nez. L’avait-elle déjà vue ? Son visage lui était familier, elle était certaine d’avoir déjà entendu son nom appelé dans les couloirs de l’Internat. Et cela l’avait interpellée, car c’était un nom à consonance russe, tout comme elle. Tandis qu’elle affichait toujours son sourire d’excuse, sa mémoire commençait à chauffer.

« Souviens-toi, Katya… »


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MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Dim 1 Jan - 16:19

    Quelqu’un. Une fille. Plus jeune que Kaleoï. Bien. De toute façon, elle avait du mal à s’entendre avec les personnes plus vieilles qu’elle. Alors… Elle savait qu’elle l’avait déjà vu, certainement dans les couloirs de l’internat. Les mots s’agglutinaient pourtant dans son esprit. Comment faisait-on pour aller saluer quelqu’un que l’on ne connaît presque pas ? « Bonjour, je m’appelle Kaleoï. » Pourtant, elle avait beau regarder la jeune fille, elle n’y arrivait pas. Aucun son ne voulait sortir de ses lèvres. Elle aurait dû se montrer plus sociale dès le début. Maintenant, la voilà qui devenait timide. C’était vraiment pathétique. La "presque" inconnue était penchée au dessus d’un livre de physique que Kaleoï connaissait bien. Ce n’était pas le plus complet de la collection de livres qu’il y avait dans cette bibliothèque.

    « Raaah je déteste la physique ! »

    Le cri s’échappa et se répandit autour d’elles. Kaleoï fit un bond, mais garda la tête froide. Finalement, ce n’était peut-être pas la bonne personne… On ne devrait pas embêter cette jeune fille. Elle avait certainement mieux à faire. Et elle avait l’air énervée. Pourtant, Kaleoï ne pouvait détacher son regard. C’était l’événement qu’elle voulait. Il était là. Lui tourner le dos serait une insulte. Alors, elle glissa une main dans ses cheveux noirs, respira un grand coup. Un pied devant l’autre, droit vers l’inconnue. Un air de victoire résonna dans sa tête.

    Je vois le scintillement des étoiles pendant que je voyage, le beau silence de la forêt, chassant une étoile filante ...
    Les étoiles scintillent en harmonie pendant que je voyage, c'est le contraire du monde et de la réalité, poursuivant une étoile filante ... éphémère, pour lever la malédiction.
    Poursuivant une étoile filante ...

    « Bonjour. Je m’appelle Kaleoï. »

    Une feuille d’exercices était à moitié visible, sous le livre de physique que consultait l’inconnue. Du bout des doigts, elle la fit glisser, et commença à lire l’énoncé. Le premier exercice était d’une facilité enfantine. Mais peut-être valait-il mieux laisser la jeune fille faire ses exercices toute seule. Ou bien n’était-ce tout simplement pas poli de prendre les affaires des autres sans demander l’autorisation au préalable. Elle reposa la feuille et un petit sourire triste se dessina sur son visage.

    « Je vois… Je peux t’aider… si tu veux. »

    La proposition était peut-être timide, mais Kaleoï mourrait d’envie de se faire une nouvelle amie. Elle commença à chercher dans les étagères du haut, montant en haut d’une échelle. Ses doigts se promenaient sur le dos des volumes épais, comme une pianiste jouant une symphonie silencieuse. Quelques fois, un nuage de poussière se soulevait dans un voile grisâtre et Kaleoï réprimait un éternuement. Elle redescendit, avec le fameux ouvrage dans les mains.

    « C’est un livre un peu vieux. Mais c’est le meilleur que tu puisses trouver pour faire ce genre de recherches. »

    Il était un peu corné dans les coins, et les pages légèrement jaunies témoignaient qu’il avait fait son temps. Mais les illustrations et les explications étaient vraiment les plus compréhensibles que Kaleoï ait pu trouver. Elle connaissait les pages par cœur, et l’ouvrit donc aux chapitres sur les spectres. Quelqu’un aurait tout de suite dit « Mais ce sont des arcs-en-ciel ». Oui, mais des arc-en-ciel de lumière. Et rien que la poésie de cette connaissance ravivait le cœur de Kaleoï.

    « On peut connaître la température d’une étoile en utilisant sa couleur. Plus elle est bleue-violette, plus elle est chaude. Et inversement, plus elle est rouge, et plus elle est froide. En fait, ça vient du fait que lorsqu’elle sont jeunes, les étoiles sont denses et bleues, donc leur température est extrêmement élevée. Avec le temps, elles changent de couleur, jusqu’à devenir rouges, c’est-à-dire froides. Notre étoile, par exemple, le Soleil, est jaune. Il est donc, pour une étoile, de température et d’âge moyens… »

    Elle se rendit compte qu’elle venait de partir dans un long monologue, certainement barbant et qui ne voulait rien dire, sauf pour elle. Elle se racla la gorge, et passa une main dans ses cheveux. Bah. Elle s’était encore emportée, ce qui ne lui ressemblait pas. Sauf lorsqu’il s’agissait de parler astronomie. Elle s’installa à côté de l’inconnue, qui devait certainement la prendre pour une originale. Ce ne serait pas la première de toute façon.

    « Du coup, j’ai oublié de te demander comme tu t’appelles… »

    Et puis, après un petit moment, elle regarda dans le vide. Il y avait autre chose qui était important à savoir. Quelque chose qui, même si elle était plus abstrait que la science, importait beaucoup pour Kaleoï.

    « Quelle est ta planète préférée ? »
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MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Sam 7 Jan - 22:10



Ekaterina trouva très vite la réponse à ses questions. La jeune fille apparut près d’elle et répondit à toutes celles qui se bousculaient dans sa tête, à commencer par son nom.
Kaleoï… Oui, bien sûr, c’était ça ! Maintenant qu’elle le révélait, ce prénom parut naturel à Ekaterina, elle entendait presque les « Kaleoï, attends ! », ou les « Salut Kaleoï », qu’elle avait déjà surpris aux détours des couloirs.
« Bonjour. Je m’appelle Kaleoï. » Ekaterina eut un discret sourire. Cette façon presque mécanique de se présenter… C’était attendrissant. Elle n’avait pas l’air très à l’aise. Elle était peut-être aussi timide qu’elle…

Ekaterina ne vit pas tout de suite que sa camarade de classe lui avait pris sa feuille d’exercices. Elle l’avait fait d’une façon si discrète ! Elle la laissa néanmoins faire, espérant que la lecture de son exercice serait concluante. Au point où elle en était, n’importe quel minuscule indice était le bienvenu.

Un minuscule indice, oui. Elle ne s’attendait pas du tout à un exposé complet et précis sur la température des étoiles.

Ekaterina la laissa parler sans l’interrompre. Bouche bée. Il y avait quelque chose dans le regard de cette fille… de captivant. Des étoiles scintillaient dans ses yeux, et c’était le cas de le dire.

La passion. Les étoiles sont son refuge. Elle a quelque chose de solide auquel s’accrocher… Quelle chance.

C’était drôle, tout de même. Quand c’était son professeur qui parlait, tout ce qu’il disait entrait par une oreille, pour sortir aussitôt de l’autre. La jeune russe comprenait à présent pourquoi. Son professeur de physique, bien que sympathique, exposait ses sujets sur un ton morne, avec un regard fatigué, vide de sens. Mais elle… Elle avait accroché son attention, d’un simple regard, et tout ce qui sortait de sa bouche lui semblait clair. Finalement simple. Comme si sa passion était devenue contagieuse, elle avait réussi à éveiller son intérêt.

Ekaterina la laissa s’asseoir à côté d’elle, sans dire un mot, sans la lâcher des yeux. Elle aurait voulu la remercier, mais ses paroles restèrent bloquées dans sa gorge. Elle se sentait presque intimidée, sans réellement savoir pourquoi. A cause de quelque chose que Kaleoï dégageait ou de sa timidité naturelle ?

« Du coup, j’ai oublié de te demander comme tu t’appelles… »

Cette question lui délia la langue, brusquement.

« Ekaterina Pavlina Ninel von Leganov. »

Réponse d’automate. Elle allait finir par croire qu’elle avait été formatée par le passé à dire son nom… Complet en plus, quelle preuve de vanité. Elle tenta de se reprendre :
« Euh, mais tu peux m’appeler Ekaterina, bien sûr. Ou même Katya. »

Une autre question vint très vite, une à laquelle elle ne s’attendait par contre absolument pas.

Sa planète préférée ? Eh bien… Considérant qu’elle n’appréciait pas des masses la physique… Si au moins elle arrivait à se souvenir du nom de toutes les planètes du système solaire ! Ekaterina fronça les sourcils, concentrée à fouiller dans sa mémoire. Quel moyen mnémotechnique avait-elle utilisé déjà, pour son contrôle ?
« Ah oui ! Les Dieux de l’Antiquité Romaine ! »
Un domaine qui lui parlait déjà davantage, étant donné la quantité de récits épiques qu’elle avait lus.
« Voyons… Mars, Jupiter, Mercure, Pluton, Saturne… Euh, Neptune, aussi, et puis Vénus… La Terre bien sûr…»

Mars, dieu de la guerre. Ekaterina l’exclut aussitôt, presque dégoûtée. Jupiter, dieu des Dieux et dieu de la foudre… Non, trop effrayant. Mercure, le messager des dieux. Bof, ce n’était pas un rôle très remarquable… Pluton, dieu des Enfers. Ah non, au secours ! Neptune, dieu des Mers. S’il n’avait pas été du genre vengeur et rancunier, Ekaterina aurait pu l’apprécier. Saturne, le Temps. Le temps c’était le présent, l’avenir, mais aussi le passé… Ekaterina frissonna.
Finalement, que restait-il ? Vénus, déesse de…

L’amour. Enfin une pensée réconfortante.

« La planète de l’amour… Euh ! Je veux dire Vénus » balbutia t-elle, après son temps de réflexion.

Elle eut un petit rire gêné.

« A question étrange, réponse étrange. »

Question pas si étrange que cela, finalement. Kaleoï était passionnée par l’astronomie, visiblement. Ce genre d’information devait revêtir une sorte d’importance pour elle. L’image de la jeune passionnée notant dans son carnet d’adresses à côté de chaque contact la planète préférée correspondante lui effleura l’esprit, l’espace d’une seconde, et elle retint un rire. Ce serait étrange, certes… Mais drôle. Mignon, même.

Ekaterina décida de lui renvoyer la balle, dans son propre domaine cette fois-ci. Elle demanda en souriant, comme s’il s’agissait d’un jeu :

« Et toi ? Quel est ton livre préféré ? »
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MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Dim 15 Jan - 18:03

    « Ekaterina Pavlina Ninel von Leganov. »

    La sonorité de la langue lui parut presque aussitôt familière. L’espéranto avait beau être la langue ici. On ne pouvait pas déformer les prénoms et les noms en une traduction bancale, éloignée de la réalité. C’est vrai qu’il était long, à consonance russe, sans aucun doute. Un sourire se dessina sur le visage de Kaleoï, pendant qu’elle faisait agilement voltiger un crayon à papier entre ses doigts.

    « Tu as de la chance de te souvenir de ton prénom. J’ai oublié le mien. » Elle marqua une courte pause pour reprendre sa respiration. « Je ne suis pas complètement sûre que Kaleoï soit mon vrai prénom. »

    Elle continua à passer son crayon entre ses doigts fins, attendant qu’Ekaterina trouve la réponse à sa seconde question. Les planètes étaient toutes spéciales. Elles étaient uniques. Comme la Terre. Elles avaient leur couleur, leur composition, et leur phénomènes, comme chaque individu a une apparence, un caractère et des préférences uniques. Voilà comment Kaleoï voyait les gens. Comme des planètes qui tournaient les unes autour des autres, quelques fois sans même se voir. C’était un système en pleine expansion, bougeant aléatoirement.

    « La planète de l’amour… Euh ! Je veux dire Vénus. »

    Elle enregistra l’information. Vénus. C’était une bonne planète. Elle jeta un petit coup d’œil à Ekaterina. Oui, cette planète allait à ravir avec cette jeune fille.

    « Vénus est la planète de l’air. Elle représente les artistes. Les personnes associées à Venus sont doux, conciliants, et ayant quelques fois des dons pour l’art en général. Que ce soit pour la danse, la décoration, la musique, la peinture. La plupart du temps, les personnes associées à Venus sont jeunes, au moment où s’éveillent les sentiments, et les attirances envers le sexe opposé. »

    Kaleoï rejeta la tête en arrière, fixant le plafond. Et elle s’imagina pendant quelques instants la personne que pouvait être Ekaterina dans une autre vie. Une jeune fille épanouie, assise au bord d’un piano et laissant ses doigts glisser le long des touches bicolores. Dans l’air, il y aurait cette fragrance de fleurs délicate. Une jeune fille polie, qui rougirait lorsqu’un beau garçon lui adresserait la parole. Voilà peut-être comment Kaleoï imaginait Ekaterina dans la vie d’avant. Elle soupira. De toute façon, ses jugements étaient souvent très loin de la réalité, mais elle espérait aider les gens en trouvant la réponse dans les étoiles.

    « Et toi ? Quel est ton livre préféré ? »

    Elle se rassit correctement sur sa chaise et fixa Ekaterina. Son livre préféré. Donner le nom d’un livre sur les étoiles était certainement trop bizarre. Elle parlait certainement de romans. Kaleoï en lisait aussi, quelques fois. En fait, elle n’en lisait que lorsqu’on lui demandait, ou vraiment si le sujet lui plaisait. Elle sélectionna à nouveau tous les romans qui lui avaient plu ces derniers temps. Elle s’était bien intéressée à la philosophie, mais c’était trop abstrait. Elle préférait les choses plus concrètes.

    « Hum. Je dirais. Le Combat d’Hiver, de Jean-Claude Mourlevat. »

    Sinistre, noir, une histoire un peu surnaturelle, voilà ce qui avait fait frémir Kaleoï lorsqu’elle avait dévoré ce livre. Des enfants, dans un internat un peu glauque. Des adultes sans nom, seulement des surnoms. Une séparation entre les filles et les garçons. Et une échappée vers la vie et la liberté. Peut-être que ce qu’il l’avait frappée était à la fois ce mélange et ce contraste avec ce qu’ils vivaient tous à Espérance. Après tout, il n’y avait pas d’adultes, seulement des enfants. Et la terreur vivait au delà d’un miroir hypnotique. Elle secoua la tête pour oublier toutes ces images, et reporta son attention vers Ekaterina.

    « Tu es déjà allée dans le Reflet ? »

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MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Sam 28 Jan - 22:41



« Vénus est la planète de l’air. Elle représente les artistes. Les personnes associées à Venus sont doux, conciliants, et ayant quelques fois des dons pour l’art en général. Que ce soit pour la danse, la décoration, la musique, la peinture. La plupart du temps, les personnes associées à Venus sont jeunes, au moment où s’éveillent les sentiments, et les attirances envers le sexe opposé.»

Incroyable… Kaleoï avait touché juste. Au poil près. Ou alors, c’était elle-même qui avait su choisir la bonne planète ? Ekaterina l’ignorait, mais il y avait là-dessous quelque chose qu’elle trouva magique, sur le moment. Elle fixa Kaleoï, qui regardait ailleurs, visiblement pensive. Elle ne remarqua qu’à ce moment-là à quel point elle était frêle et pâle. Etrange quand, comme Ekaterina, on voyait quelque chose d’immense, presque surnaturel, se dégager d’elle…
Elle était tout simplement impressionnée. Enfin… Impressionnable serait le juste mot. La symbiose de Kaleoï avec les étoiles la séduisait, mais elle n’était pas la première. Il suffisait d’un rien pour que la Russe s’extasie, en particulier lorsqu’elle s’agissait des autres. Elle avait pour ainsi dire un don pour mettre en valeur les talents des autres. Seulement des autres.


Ekaterina regardait son interlocutrice réfléchir, attendant avec impatience sa réponse. Il lui sembla très important de pouvoir mettre un nom de livre derrière cette jeune fille qui avait attisé sa curiosité. Elle était avide d’en savoir davantage sur elle.

« Hum. Je dirais. Le Combat d’Hiver, de Jean-Claude Mourlevat. »

Aussi vite qu’il s’était glissé sur son visage, le sourire de la jeune blonde s’affaissa. Le Combat d’Hiver, hein… Elle n’avait pas beaucoup apprécié ce roman. Elle avait eu des frissons en le refermant, sa nuit de sommeil en avait même été remuée. Et une idée sournoise n’avait pu s’empêcher de s’insinuer dans son esprit, pour y laisser une trace amère de tourments...

C’est un peu comme ici, à Espérance. Un internat, coupé du monde extérieur…

Et une même question qui martèle sans cesse, comme un doigt nerveux frappant une mesure sur un coin de table.

Qu’y a-t-il dehors ? Et… Derrière le miroir ?


« Tu es déjà allée dans le Reflet ? »


Ekaterina ne comprit pas tout de suite que c’était Kaleoï qui avait parlé. Cette question était tellement en accord avec ses propres pensées, qu’elle avait cru l’avoir rêvée, ou même l’avoir prononcée elle-même, quelque part dans sa tête. Elle regretta que ce ne fût pas le cas : sinon, elle aurait pu l’éviter.
Que répondre ? La vérité n’était pas plaisante à dire. Ekaterina ne tenait pas à ce que des gens la connaissent, aussi aimables soient-ils. Elle avait peur que sa réponse change leur attitude vis-à-vis d’elle… Quoiqu’elle puisse dire, quelque chose la dérangerait. Si elle affirmait n’y avoir jamais été, elle craignait qu’on ne l’incite à le faire. Si elle disait le contraire, alors il y avait un risque qu’on lui demande des précisions, et ça… Non. Autant rester évasive.

« Je n’ai rien à y voir… Je suis bien ici. »

Ekaterina se rendit compte qu’elle avait parlé plus sèchement qu’elle ne l’avait voulu. Elle se mordit la lèvre, mais son sentiment de remords ne dura pas. Ce n’était pas sa faute, cette rencontre avait si bien commencé, et il avait fallu qu’elle se mettre à parler de ça



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MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Mar 20 Mar - 17:14

« Je n’ai rien à y voir… Je suis bien ici. »

Le ton était dur. Apparemment Kaleoï avait mis le doigt sur quelque chose de plus sensible. Elle aurait dû se douter que n’importe qui avait ses faiblesses. Celle d’Ekaterina était tout simplement le Reflet. Et Kaleoï la comprenait. Après tout, on ne savait pas exactement à quoi s’attendre, avant d’y avoir mis les pieds. Etait-ce un jeu macabre ? Ou une ballade de santé ? Et puis, pire que tout, la peur de ne jamais se réveiller. Obsédante. Et si le Rêve venait vous engloutir, vous attraper des ses bras immatériels pour ne plus jamais vous relâcher.

Et puis, à l’inverse, et si la vraie vie n’était pas celle que l’on trouve à Espérance, mais celle du Reflet ? Aller dans le Reflet, pour guérir de son Entrave ? A quoi cela servait-il ? Est-ce que guérir permettait de retourner à sa vie d’avant, de récupérer tous ses souvenirs ? Tous ces doutes qui ne cessaient d’hanter Kaleoï. Elle avait retourné le problème dans tous les sens, comme si c’était un foutu casse-tête chinois. Elle s’était posée toutes les questions possibles, s’était acharnée à trouver la faille, le résultat à l’équation. Ce qu’elle voulait, c’était connaître le remède à cet espèce de malaise, qu’elle avait ressenti en arrivant sur cette île. Peut-être qu’Espérance n’existait pas. Peut-être que tous ces enfants étaient morts, tous comme elle. Mais ils ne le savaient pas. Ils ne pouvaient pas se douter qu’ils ne reverraient jamais leurs parents. C’était la thèse la plus probable que Kaleoï ait trouvée.

Ils étaient morts. Tous. Le temps ici se déformait imperceptiblement. On oubliait quelque chose ou tout. Et on vivait dans le péché de sa pire phobie. Kaleoï avait eu le temps de réfléchir à toutes les possibilités. Ou alors, elle ne vivait que pour un seul rêve. Celui de cet étrange directeur. Bird. Elle n’était qu’une pièce au puzzle. Elle faisait partie de son rêve, et disparaitrait une fois qu’il se réveillerait. Oui, tout était du rêve. Tout n’était que pensées emboîtées les unes dans les autres.

Et elle poussait ses pièces sur l’échiquier. Elle pensait être l’héroïne de son histoire. Mais elle n’était sans doute qu’un personnage futile. Pourtant, elle pouvait bouger selon ses envies. Elle avait ses préférences. Elle avait son Entrave, des amis, un esprit…

« On a tous quelque chose à y voir. L’idée de ce Reflet me dégoûte. »


Elle se balança sur sa chaise, dans un équilibre instable. Elle posa son regard bleu sur Ekaterina. Elle ne pouvait obliger personne à parler de quelque chose de désagréable. Aussi, décida-t-elle de mettre fin à ce sujet. Pour connaître à quoi servait le Reflet, la seule solution était d’y aller et de voir par soi-même. Mais Kaleoï n’était encore prête pour cela.

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MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Dim 1 Avr - 12:24




« On a tous quelque chose à y voir. L’idée de ce Reflet me dégoûte. »

Soulagée qu’elle n’ait pas insisté, Ekaterina se posait néanmoins des questions. Kaleoï semblait prendre conscience de l’importance du Reflet, ce qu’elle, se refusait de voir, mais en même temps, cela la répugnait tout autant. Pourquoi ? Quelle expérience avait-elle vécu dans le Reflet ? Ekaterina était persuadée que ceux qui osaient y aller acceptaient le Reflet, sinon, pourquoi y retourneraient-ils ? N’était-ce pas quelque peu masochiste ? Ekaterina, pour qui la douleur était maître des bourreaux, ne comprenait pas. Où diable trouvaient-ils le courage d’affronter le Rêve ? Elle s’en trouvait presque jalouse.

« Tu as vu des choses, toi, dans le Reflet… ? »

Elle avait parlé d’une voix si timide qu’elle doutait que Kaleoï l’eut entendue. Cette question prudente au premier abord, en refermait des centaines derrière, mais Ekaterina n’osait pas les prononcer. Elle n’osait pas non plus croiser le regard de sa compatriote. Elle soupira finalement :

« Non oublie… Parlons d’autre chose. »

C’était davantage pour elle-même que pour Kaleoï qu’elle disait cela. Elle avait peur de ce que la brune pourrait lui révéler. La mettre mal à l’aise lui était égal en comparaison de ce qu’elle-même pourrait ressentir. C’était assez égoïste de sa part, mais c’était la véritable Ekaterina. Elle n’était pas si altruiste qu’on pouvait le croire.
Ses mains retombèrent sur les livres et cahiers qu’elle avait laissés depuis quelques minutes, et son devoir de physique lui revint en mémoire.

« Ah, je les avais presque oubliés, ceux-là… rit-elle. Bah, je n’ai plus très envie de continuer. Je les ferai plus tard. »

Elle s’étendit paresseusement sur ses cahiers et enfouit sa tête entre ses bras, tournée vers Kaleoï qui la fixait toujours, silencieuse. Comme si cette discussion l’avait mentalement épuisée, Ekaterina ne faisait plus trop le tri dans son esprit, plusieurs pensées le traversaient, et l’une d’elles sortit, sans qu’elle ne cherche même à la retenir :

« Je suppose qu’on te l’a déjà dit, mais tu as de sacrés yeux… C’est difficile de savoir ce que tu penses. »

Elle avait accompagné cette dernière remarque d’un discret mais sincère sourire. Elle n’était pas frustrée de ne pas comprendre cette jeune fille, mais tout simplement curieuse. Elle souhaitait tout bonnement en apprendre davantage sur elle. S’il y avait une chose pour laquelle Ekaterina était douée, c’était s’attirer la sympathie des gens et faire connaissance avec eux. Rester entourée d’amis était presque vital, pour elle. Elle détestait l’idée de se retrouver seule, par conséquent, dès qu’une personne attirait son attention, elle cherchait aussitôt à faire connaissance. Elle ne savait d’où elle puisait cette force qui la poussait vers les gens et la rendait si adroite avec les relations, elle qui était pourtant timide. Le désespoir, sans doute.

« Parle-moi un peu de toi, proposa t-elle. D’où te vient cette passion pour les étoiles ? »


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MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Dim 1 Avr - 14:21

« Tu as vu des choses, toi, dans le Reflet… ? »

A ce jour, Kaleoï n'avait pas encore mis les pieds dans cet endroit qu'elle jugeait quasi-chimérique. Il l'effrayait trop. C'était l'inconnu. Et elle n'avait pas encore envie de se jeter dans cet océan de plénitude et de mystère. Elle s'apprêtait à répondre lorsque Ekaterina mit fin au sujet. Ce n'était pas plus mal. Au moins, elle ne serait pas obligée de lui avouer n'y avoir jamais mis les pieds. Le Rêve était un vaste monde, créé des souvenirs. Et Kaleoï projetait de plus en plus d'y mettre les pieds. Sans jamais se décider.

Elle fixa les cahiers, les feuilles éparpillées sur la table, les livres ouverts. La bibliothèque, le lieu des souvenirs. Avant elle, d'autres personnes avaient tenu ces ouvrages entre leurs mains. Quelques fois, ils y avaient apposé des notations. La venue de tous ces livres était un mystère pour Kaleoï. Comment pouvait-il y en avoir autant ? Comment pouvait-on les faire parvenir ici ? Et si Espérance n'était en fait qu'une magnifique moquerie. Oui, ces enfants étaient arrivés là, et ils participaient à une étude, on les filmait. Avec un peu de drogue et d'autres produits chimiques, on leur faisait perdre la mémoire, pas totalement pour les plus chanceux. Quelques hallucinogènes, pour quand ils se décideraient à pénétrer le Rêve. Un décor, une île, toute en finesse. Kaleoï ne pouvait se détacher de son réalisme natal. Elle avait vécu, et des scientifiques lui avaient volé toute son enfance, pour faire d'elle un vulgaire cobaye, comme une souris de laboratoire, pour ensuite mieux la disséquer. Ils étaient dans ce qu'elle appelait « La Cage ».

Elle croisa le regard d'Ekaterina, désormais courbée sur la table. Les bras croisés, la tête posée. Avec ses longs cils noirs si féminins de jeune fille en fleur.

« Je suppose qu’on te l’a déjà dit, mais tu as de sacrés yeux… C’est difficile de savoir ce que tu penses. »


Kaleoï sourit. C'était une remarque intéressante. On ne lui avait jamais fait. Tout simplement, personne n'avait jamais osé. Depuis le temps qu'elle était sur l'île, elle passait avant tout pour une originale. Une folle, une demeurée. La sorcière aux étoiles. Ses yeux faisaient plus peur qu'ils amusaient. Pourquoi avait-on donné à cette petite brune des yeux aussi transperçants ? Elle ne connaissait pas la réponse.

« Tu es la première qui l'avoue. Le regard peut être un traître. J'essaie juste de ne pas le laisser exprimer mes pensées. »

Il y avait trop de choses dans la tête de Kaleoï. Trop de réflexions, d'images peintes dans des toiles de souvenirs flous. Elle cherchait les couleurs, dans ce mémorial grisonnant. Elle essayait de rendre tout cela plus clair. Et quelques fois, elle abandonnait, se disant que se souvenir ne serait que la cause de ses futurs problèmes. Qu'il valait mieux l'ignorance à la souffrance. Que ce n'était pas grave s'il ne restait rien de sa vie d'avant. Sa vie d'ici lui plaisait aussi.

« Parle-moi un peu de toi. D’où te vient cette passion pour les étoiles ? »

Elle avala sa salive, promenant ses yeux de glace jusqu'au plafond sombre. Détenait-elle la réponse à cette question ? Depuis quand aimait-elle les étoiles ? Elle connaissait leur signification, leurs changements, leurs caprices, leurs lueurs. Mais pourquoi ? Elle ne savait pas. C'était la seule chose qu'elle avait d'avant. Un talent inné pour connaitre toutes les étoiles, comme si, armée de cet unique bagage céleste, elle pourrait retrouver son chemin. Dans son esprit, elle inventait des milliers de déclinaisons lunaires, des corps célestes imaginaires. Mais, d'où venait cette passion. Elle n'en avait aucune idée.

« J'aimerais bien le savoir. Les étoiles, sont en quelque sorte la seule chose que je possède. J'envie ceux qui ont un souvenir matériel, de leur vie d'avant. Moi, je suis arrivée ici sans rien d'autre que mes étoiles dans mon esprit. »

Elle haussa les épaules. Cela avait-il vraiment une importance pour le moment ? Non. Ce n'était pas vital. Elle vivait sans savoir si, le lendemain, elle ne se réveillerait pas auprès de ses parents. Qui étaient-ils ? Aucune idée.

« Tu as des souvenirs de ta vie d'avant, toi ? »


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MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Sam 7 Avr - 9:31



Ekaterina remuait lentement dans son esprit cette phrase, pour tenter d’en comprendre la totalité. C’était étrange, avec Kaleoï, elle avait l’impression que toutes les paroles étaient denses. Que le moindre mot en cachait des centaines. Qu’elle voulait dire tellement plus, mais qu’elle ne disait rien. Ou en tout cas si peu qu’elle soulevait encore plus de questions. C’était peut-être cela qui attirait sa curiosité chez elle. Cette tendance presque naturelle au mystère.

A sa deuxième question, la brune parut davantage hésiter. Ekaterina sut qu’elle avait réussi à la déstabiliser en voyant son visage prendre une expression plus marquée. En attendant sa réponse, elle s’amusait à le décrypter. Elle fut contente de voir quelque chose dans le regard de Kaleoï. Levé vers le ciel, il ne bougeait plus et sa cornée miroitait le plafond, d’un léger brillant. Un regard du passé. Et Ekaterina en avait trouvé le mot-clé : étoiles.

Des souvenirs ? L’avant ? Que de mots qui la faisaient froncer les sourcils. Non, elle ne s’en rappelait pas, ou plutôt ne voulait pas s’en rappeler. Aucun effort n’était fait à cet égard. Ekaterina aimait la vie à Espérance, elle ne souhaitait pas revenir sur sa vie passée. Son hypothétique vie passée, plutôt, car plus les jours passaient, et plus elle se demandait si elle n’avait pas tout simplement rêvé tout ça…
Mais c’était étrange. Chaque fois qu’elle refusait d’y penser, elle y pensait tout de même. Quoiqu’elle fasse, elle ne pouvait empêcher une partie d’elle-même de creuser, chercher. Quoi ? Elle l’ignorait, mais quelque chose, en tout cas. Un indice, peut-être. Mais elle ne creusait jamais très loin, car très vite, un pincement au cœur l’arrêtait et elle se sentait lourde, coupable, monstrueuse. Et elle ne savait pas pourquoi.

« Je… commença t-elle, avant de s’éclaircir la gorge. Je suis comme toi, je n’ai pas de souvenir matériel non plus. Mais parfois… »

Hésitante à continuer, Ekaterina risqua un regard vers Kaeloï. Cette dernière la fixait sans rien dire, néanmoins attentive. Ekaterina n’aimait pas parler de ces choses-là, mais Kaleoï avait été honnête avec elle, alors elle se lança :

« Parfois, j’ai comme des espèces de flash-back… Je revois des choses. La neige, les fleurs… »

Elle ne termina pas sa phrase, pensive. Le mot « fleur » lui avait rappelé qu’elle en portait aujourd’hui encore, une cousue sur un côté de son gilet, et l’autre accrochée à sa barrette, qui retenait quelques mèches de cheveux. Elle les frôla, machinalement.

« Finalement, je crois qu’on pourrait dire que c’est un souvenir matériel, dit-elle. Mais je ne sais pas d’où il vient. Ce n’est pas vraiment un souvenir si on ne s’en souvient pas… ajouta t-elle, avec un petit rire nerveux. Alors je me demande parfois si tout ceci n’est pas simplement une mascarade. On croit à notre vie d’avant parce qu’on nous a dit qu’elle existait, mais personne, aucun de nous ne s’en souvient. Peut-être qu’on s’égare en croyant voir dans telle ou telle habitude une trace de notre passé. Peut-être qu’on a toujours vécu à Espérance… »

Dans ces « peut-être », c’était l’espoir qui avait laissé son empreinte. Car Ekaterina ne croyait pas, elle se persuadait.



Quelle rapidité dans ta réponse o_o J'espère qu'on continuera à être inspirées toutes les deux ^^
InvitéInvité
MessageSujet: Re: [abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre] Sam 21 Avr - 17:24


« Finalement, je crois qu’on pourrait dire que c’est un souvenir matériel, Mais je ne sais pas d’où il vient. Ce n’est pas vraiment un souvenir si on ne s’en souvient pas… Alors je me demande parfois si tout ceci n’est pas simplement une mascarade. On croit à notre vie d’avant parce qu’on nous a dit qu’elle existait, mais personne, aucun de nous ne s’en souvient. Peut-être qu’on s’égare en croyant voir dans telle ou telle habitude une trace de notre passé. Peut-être qu’on a toujours vécu à Espérance… »

Kaleoï eu un sourire affectueux pour cette jeune fille. Ekaterina était si réfléchie, pour son âge. Ses idées étaient pures, et en même temps, si réalistes. Kaleoï avaient envie de la croire. Après tout, elle luttait depuis des années pour réfléchir le moins possible. Pour se persuader que sa place était ici, qu'il était inutile de chercher dans son passé. Que peut-être qu'elle n'en avait pas. Elle posa sa main sur celle d'Ekaterina. C'était un geste qui se voulait protecteur. Après tout, on manquait tellement de tendresse en ce temps où Miséricorde faisait régner le désespoir et les drames nocturnes.

« Tu devrais t'attacher à ces souvenirs comme d'une bouée. Si tu as peur de les affronter, tu peux fermer les yeux. Mais si tu as le courage d'essayer de t'en souvenir, alors, ouvre les en grand. »

Kaleoï se leva, parcourut une nouvelle fois les étagères, et en sortit un livre. Il n'était pas très vieux. Et les couleurs étaient encore très belles. Elle le mit bien en évidence devant Ekaterina pour qu'elle puisse admirer les images. On voyait un bon nombre de dessins étranges, des schémas répétitifs. Et elle sourit devant le regard d'Ekaterina. Elle ne devait pas bien comprendre où la jeune fille brune voulait en venir.

« Je crois que Kaleoï n'est pas mon réel prénom. A vrai dire, je crois que c'est mon seul souvenir. Et que c'est tout simplement celui d'un mot : le Kaléidoscope. »

Elle y avait réfléchi longuement, et était tombée par hasard devant ce livre. Elle avait trouvé les images tellement belles et pures. Et puis, en cherchant bien, à la fin du livre, on trouvait deux de ces objets. Elle tourna les pages et les sortit de leur étui. Puis, elle en saisit un, le dirigea vers la fenêtre. Elle tourna l'objectif et l'image changea. Les couleurs de verre étaient magnifiques. Elles se décomposaient, dans un ballet coloré, avec une infinité de possibilités.

« Ce n'est qu'une possibilité parmi tant d'autres, bien sûr. »

Elle en tendit un à Ekaterina, avec un sourire sincère. Cette fille était si gentille, qu'on avait naturellement envie de lui ouvrir notre cœur.
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[abandonné]« Une bibliothèque est un hôpital pour l'esprit. » [Libre]

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