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Mémoires de Robin : Journal d’un ancien errant.

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MessageSujet: Mémoires de Robin : Journal d’un ancien errant. Mar 31 Jan - 18:40

Chapitre 1 : De l’arrivée, au Reflet…

C’est aujourd’hui que je commence ce journal, dans l’espoir qu’un jour, peut-être, si je suis guéri, on se souvienne de moi, de qui j’étais et de ce que j’ai fait, pour moi comme pour la communauté d’Espérance. Il convient de commencer par le commencement, un à deux ans plus tôt. Retour en arrière donc.

D’où viens-je ? Qui suis-je réellement ? Qu’elle est cette mystérieuse sensation de brûlure et de déchirement qui me saisis de bas en haut chaque fois que je cauchemarde ou que je verse de l’autre côté, dans le Reflet ? D’où viens-t-elle ? Pourquoi ne suis-je qu’un enfant de onze ans dans ce même Reflet ? Pourquoi mon passé ne me revient-il que là-bas ? Et qui est-il ? Ce mystérieux nom, à qui appartient-il ? Il est lié à l’Avant, cela c’est certain. Mais pourquoi ? Pourquoi ce nom ? Qui est-il ? Matsumi…

Un beau matin, je me réveillais dans un lieu parfaitement inconnu. Le ciel était bleu. Les cerisiers autour de moi étaient roses, en fleur. Tout me semblait familier. Et pourtant, je ne me souvenais de rien, juste de mon nom et des deux choses dont j’ai déjà parlé. Cela ne ressemblait à rien de ce que j’ai pu voir depuis sur ma terre natale, le Japon. Les maisons n’étaient pas pareilles. Les maisons ne me disaient rien. Personne ne me disait rien d’ailleurs. Tous m’étaient antipathiques. J’étais atteint d’une sorte de phobie des autres, je me méfiais d’eux, je ne les aimais pas sans les connaître. Rien n’était à ma convenance d’alors. Ce petit bourg, avec son école et son mur, ses habitants que je trouvais dégoulinants de gentillesse, et sa fermette, loin à la périphérie. Je ne pouvais rien supporter. Je savais lire. Je savais écrire. Je savais, pour une raison inconnue, parler l’espéranto. Mais je ne savais, et ne voulais pas savoir m’intégrer.

Quoi qu’il en soit, je me mis à vagabonder. Nous étions semblait-il, au printemps. Que j’aime cette saison douce, qui tranche par sa fraîcheur et sa vitalité avec la morte froideur de l’hiver, l’inerte chaleur de l’été, et l’humide mélancolie de l’automne. Les arbres fleurissaient. La pêche était difficile. Je ne mangeais pas toujours bien, voire même pas toujours, mais la vie était belle. Je me sentais libre. Je ne croisais jamais personne : il me semblait que les gens m’évitaient. C’était tant mieux. Je ne souhaitais pas leur présence. Je les haïssais, je les méprisais, eux qui s’étaient inféodés, eux qui s’étaient mis à obéir à quelqu’un que je considérais, à l’époque, comme un tyran : Bird. Évidemment, je ne le connaissais pas encore…

La saison se termina, apportant avec elle le très chaud été. Les jours se suivaient et se ressemblaient dans leur composition. De longues successions de rapines, de mauvaises nuits, de journées passées à la bibliothèque où j’apprenais l’Histoire de l’Avant, tout en apprenant celle d’Espérance. Tous les jours étaient pareils… jusqu'à ce jour où je passais dans le Reflet.

C’était vers le milieu de l’été sans doute, ou vers sa fin, je n’en savais, et n’en sait toujours rien. Il avait plu des jours durant. J’étais épuisé. N’ayant nulle part où m’abriter, je n’avais pas pu dormir, et je tombais de fatigue. De simples flaques d’eau reflétaient ça et là le ciel et ses nuages. Et moi, qui ne connaissais pas encore les lois qui régissent Espérance, la seule chose que je fis, et que j’eus à faire pour entrer dans le Reflet, ce fut de m’endormir. Je le fis. Je le regrette…
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MessageSujet: Re: Mémoires de Robin : Journal d’un ancien errant. Mar 31 Jan - 18:54

Chapitre 2 : Dans le Reflet.

Je sentais le soleil taper sur ma tête. Pourtant je n’avais pas chaud. Je sentais une brise légère souffler sur mes mains. Pourtant je n’avais pas froid. J’ouvris les yeux. J’étais perdu au milieu d’une ceriseraie. J’avais un fragment de miroir dans la main. Je me regardais, dedans. J’en fus effrayé. Comment avais-je pu rajeunir autant ? J’avais désormais l’apparence d’un garçon de onze ans. Armé d’un katana…

Que faisais-je là ? Où étais-je ? Et surtout, pourquoi étais-je armé ? Je ne le savais pas. Tant d’autres questions sans réponses… Tant d’autres questions auxquelles il me faut pourtant trouver une réponse. Mais bon, chaque chose en son temps. Les réponses viendront avec ma guérison.

Je me mis à avancer. L’air était frais. Il sentait bon. Il était parfumé d’un parfum qui m’était familier. D’ailleurs, tout ce lieu m’était familier. Mais je ne le connaissais pas. Je ne connaissais rien. Je me sentais même étranger à moi-même. J’avançais toujours durant ce qui me sembla être une éternité. Les arbres étaient tous pareils. Tous. Soudain, je me rendis compte que le chemin des arbres me menait à une clairière, d’arbres plus hauts et rouges. Je m’avançais vers cette clairière, hésitait à son orée, avec le terrible pressentiment que quelque chose d’horrible risquait de se passer. Finalement je décidais d’y entrer… Je posais un pied dedans.

Aussitôt, avec une force et une violence inouïe, la douleur me saisit. Je tombais immédiatement à terre et mon katana avec moi. Elle me transperça de haut en bas, cette douleur lancinante, cette douleur atroce qui enflammait mon corps et mon esprit, semblant empoisonner mon âme. Avec difficulté, je me relevais, m’appuyant sur mon katana, et faisait quelques pas vers le centre de la clairière. Puis Ils me rattrapèrent. Il me rattrapa.

Mon passé du moins des bribes de ce qu’il était, me revinrent. C’est ainsi que le nom de Matsumi me revint à l’esprit. Je me souvins aussi d’un liquide chaud, coulant le long de ma gorge… Et d’une voix d’enfant qui criait pitié… Aucune image. Que des sons et la chaleur de ce liquide inconnu.

La douleur ne disparaissait pas. Au contraire, elle s’accentuait. La sensation du liquide dans ma gorge ne disparaissait pas non plus, tout comme le nom de Matsumi ne cessait de résonner à mes oreilles. Le fragment de miroir tomba de ma poche.

Je failli devenir fou, dans ce monde. Je le serais probablement devenu, si, par un miracle quelconque, quelqu’un n’était pas passé par là. Cette personne s’approcha. Je ne voyais que ses pieds, des chaussures noires. Elle (la personne) ne semblait pas souffrir le moins du monde d’être dans cette clairière qui pourtant me faisait mal à moi, à mon corps de garçonnet de 11 ans. Je voulu, tel le garçon que j’avais entendu tout à l’heure, demander à ce qu’elle me sauve, où à ce qu’elle me tue. Le quidam ramassa mon katana. Ce serait donc la seconde option. Il allait me tuer, cet inconnu. Il fit ce à quoi je m’attendais le moins. Il brisa mon fragment de miroir.

Aussitôt, le rêve cessa, et j’ouvris les yeux sur une réalité qui semblait enchanteresse et salvatrice. Plus de douleur, bien que cette dernière fût encore présente à mon esprit. Plus de chaleur dans la gorge. Plus que ce nom, Matsumi, qui résonnait encore et toujours dans ma tête. Je me relevais de là où je m’étais endormi, en pleurs. Puis je pris, titubant, le chemin de la bibliothèque…
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MessageSujet: Re: Mémoires de Robin : Journal d’un ancien errant. Mer 1 Fév - 16:53

Chapitre 3 : Rencontre avec Bird.

Après cet épisode traumatisant, je restais, une fois de plus plusieurs jours sans dormir. Je ne connaissais pas à l’époque les propriétés du Reflet, ni les moyens à utiliser pour y entrer. Ce fut un livre de la bibliothèque qui me sauva. Un livre écrit par Bird. Je l’ouvrais par hasard, alors que je m’étais juré de ne jamais ouvrir un livre du « despote ». Je trouvais là, toutes les caractéristiques que Bird avait découvertes du Reflet. C’est ainsi que j’appris qu’il fallait se trouver près d’une source de réflexion de la lumière, pour aller là-bas. Ce dont je n’avais pas du tout envie.

Peu à peu, Bird commença à m’intéresser. Je me mis a poser de nombreuses questions aux habitants d'Espérance, mais ceux ci, appréciant peu de me parler m'apprirent peu de choses. J’appris aussi bien des choses en discutant de rares fois avec les enfants de sa fermette. Je commençais déjà à cette époque à le voir un peu moins comme un monarque autoritaire qui régnait sur une bande de mouton de panurges. D’ailleurs, je voyais moins les habitants comme une bande de moutons de panurges, obéissant aux quatre volontés d’un monarque autoritaire.

J’appris aussi que nous avions tous un problème ici. Ainsi, certains étaient schizophrènes, d‘autres avaient des phobies, d’autre encore souffraient d’isolement, bref : chacun ici avait ce qui s’appelle une Entrave. Une entrave plus ou moins grave, mais toujours présente, empoisonnant la vie de son « porteur » à chaque instant et qui restait à guérir.

Deux saisons passèrent : l’automne, humide et frais, où je fus obligé de m’abriter dans le lieu de culte pour dormir, afin d’éviter de me retrouver de l’autre côté du Reflet, et l’hiver, froid, mort, épuisant, accablant, anéantissant tous espoirs de bons repas et de nuits à la belle étoile. Puis revint ma saison préférée : le printemps. Sa fraîcheur, sa douceur, sa vitalité me redonnèrent du courage pour l’avenir. Cela faisait un an ou presque que j’étais ici à mener une vie de vagabond. Quatre saisons. Puis, l’été passa, avec sa chaleur excessive que je déteste tant. Et enfin, vint l’automne. Un automne mémorable.

J’avais envie de faire « grande chère » comme on dit dans certains livres. Pourquoi, cela je n’en savais rien. Toujours était il que je me rendis une fois de plus à la fermette de Bird pour y prendre de quoi manger, et farcir le poisson que j’avais pêché le matin même. J’avais retrouvé ma mémoire corporelle. Il m’était donc plus facile de pêcher à mains nues, comme de chasser. Je m’étais depuis le temps, construit une cabane, dans le bois, près de l’école, et je crois qu’elle y est toujours… Il faudrait que j’y retourne un jour pour voir… Quoi qu’il en soit, je voulais faire un bon repas, et je m’introduisis donc de nuit dans la salle des réserves de Bird. Ce à quoi je ne m’étais pas préparé, c’était à ce que le fondateur d’Espérance soit caché dans cette même réserve, m’attendant, prêt à me tomber dessus, à me massacrer, tant il était excédé de voir ses réserves pillées et diminuées.

J’entrais dans la réserve, et m’approchait des légumes. Soudain, la porte se referma. Effrayé, je laissais tomber toutes mes provisions. La lumière s’alluma, une lumière aveuglante, forte. Trop forte. Je criais de peur, un cri qui aurait presque pu réveiller tout Espérance.


Je me retournais, les yeux étincelant de colère, et regardait droit dans les yeux la personne qui me faisait face : Bird. Je le reconnu au premier instant car je l’avais déjà vu se promener dans Espérance ou dans la bibliothèque à de rares occasions. Il me répondit que c’était bien fait, que je n’étais qu’un sale voleur. Il continua, se répandant en termes explicites, mais diplomates. Je lui répondais. Le ton montait à chaque réponse de l’un ou de l’autre. Nous finîmes hurlant, entourés par les « Spéciaux », ces habitants de la fermette. Au bout d’un certain temps, le directeur se calma. Il me fit signe de le suivre. Intrigué, je le suivis. Il m’emmena jusqu’à son bureau…
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