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Flou artistique [pv Joal]

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MessageSujet: Flou artistique [pv Joal] Sam 25 Mai - 17:03

La porte, c'était une porte, un panneau de bois, et une clenche, peut-être un judas, aussi, mais maintenant il était trop près pour le voir, et s'il reculait ce serait pour s'enfuir. Il avait fait ça, la veille, et il n'avait pas vu les détails de l'entrée. Il n'allait rien se passer, n'est-ce pas? Il espérait aussi, un peu, que cette personne qui habitait ici ne serait pas chez elle. Ce qui lui ferait une excuse pour fuir, et opter pour une maison vide, mais. Mais le choix de la collocation s'était imposé dans son esprit comme une évidence, malgré l'entrave, un côté masochiste? Plutôt l'esprit suivant sa logique. Il ne se faisait pas confiance à lui-même, aussi rester seul n'était pas envisageable. Le premier jour il avait suivi d'autres enfants jusqu'à l'internat, mais ça s'était plutôt mal passé. Tant de monde dans un même endroit, aussi. C'est effrayant.

La porte, elle, elle était toujours là, cela faisait un bon moment qu'il était devant, il serait temps d'avancer. Mais il la percuterait alors, et cela ferait plus mal qu'autre chose. Et peut-être que les souvenirs restants s'échapperaient. La main s'approcha, la droite, et toucha la surface lisse. « C'est plutôt doux, en fait » murmura-t-il, sans vraiment s'en rendre compte, les doigts semblèrent trembler. Et rompirent le contact, pour glisser quelques mèches dans la casquette de laine et la rajuster, encore une fois. Il faut frapper, juste frapper, il savait que ce n'était rien. La main se tendit, puis glissa, gratta -légèrement, pas de quoi porter atteinte à l'aspect de la porte. Un soupir découragé s'éleva, venu d'Evan, tandis qu'il fronçait les sourcils progressivement, rendant le tout plutôt synchrone.

On aurait pu croire à un chat errant.. un pauvre animal perdu. Il reprit une nouvelle fois sa main, la glissa dans sa poche. Il y avait des jetons, enfin, de petits disques en carton coloré, de vert, rouge, bleu, jaune. Le reste était dans son sac, il y en a plein d'autres, comme des confettis, mais ce n'étaient pas des confettis, c'était plus gros, il y en avait aussi des roses, des noirs, des blancs, des gris, et des oranges, marrons puis violets.. bref, plein de couleurs. Il en lança une poignée contre la porte. Mais ça ne donna rien. Qu'espérait-il? Ce sont les magiciens qui lancent des confettis pour que des choses apparaissent. Ah oui! Mais là, c'étaient pas des confettis. Le visage resta impassible, et les coins des lèvres tombèrent un peu plus qu'à l'accoutumée.

Il s'écarta un peu, se pencha et les ramassa, un semblait un peu tordu, abîmé, moins magique que les autres. Dans l'autre poche alors, on le soignerait plus tard. C'est important. Cependant il ne savait pas encore pourquoi. Il faisait un tour sur lui-même, c'était plutôt joli ici. Il se sentit obligé de regarder le ciel, cette fois-ci nuageux. Et deux morceaux de nuages vinrent se refléter dans ses yeux. Ce matin aussi, c'était nuageux. Enfin, dans sa tête surtout, il s'était réveillé avec cette impression que tout allait de travers, et persuadé que tout irait de travers, peu importe ce qu'il ferait. Découvrir sa propre mauvaise humeur était quand même moins éprouvant que découvrir celle de quelqu'un d'autre. C'était plus quelque chose dans le genre frustrant.

Il aurait pu devenir vulgaire, ça l'énervait, cet obstacle, comme un ennemi muet mais il n'était pas vraiment grossier, et le Morbleu qui lui trottait dans la tête semblait absurde. Il s'immobilisa alors, la situation ne pouvait-être plus ridicule, si? L'inspiration se fit lente et longue, sans pour autant être bruyante et disgracieuse, peut-être qu'elle était là pour contrer le soupir antérieur, aussi. Ou sinon... ou sinon il pouvait essayer d'appeler, de demander s'il y avait quelqu'un derrière ces murs. Il devrait alors parler fort, mh.. l'idée se noya, et d'autres arrivèrent par vagues. Parmi elles à nouveau partir. Manque de bravoure, il ne s'appréciait pas, pas avec cette pensée lâche. Il fallait la combattre.

Et se persuader, aussi. Sinon ça n'évoluerait pas. Le poing se serra, les jointures de cette main (la droite) blanchirent. Si il n'est pas convaincu elle l'est. Et d'un mouvement étonnamment rapide le bras se plia puis se déplia percutant d'un coup sec la porte. Tel un bon petit kamikaze avec une force décuplée par un certain désespoir. La porte vrombit et il reprit son poing endolori. Il voyait ça de là, il serait pris pour une brute épaisse.. Mh, non, tout de même pas, sa carrure ne le permettait pas, mais.. pour quelqu'un de violent. Ce qui était tout aussi dramatique, de son point de vue. Surtout s'il fallait qu'il prouve l'inverse. Ce serait assez atroce.

Il croisa les doigts, et ceux de la main droite émirent un léger craquement. Ou peut-être que l'habitant n'était pas là, peut-être qu'il dormait, et qu'il allait dormir pour cent ans encore, imitant ainsi la gracieuse belle au bois dormant, qui ne devait son succès qu'à un bon matelas, tout comme la princesse au petit pois devait sa renommée à de mauvais matelas. Ceci dit un certain nombre de personnes devait sa réputation à ce qui se passait dans son lit... Il s'éloignait, oui. C'était moins anxiogène de penser à quelque chose d'extérieur.
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MessageSujet: Re: Flou artistique [pv Joal] Dim 26 Mai - 8:19

La tache-au-plafond s'étirait paresseusement depuis près d'un quart d'heure. Gris-marron. Elle n'était pas belle, cette tache-au-plafond, mais elle avait quelque chose de fascinant. Peut-être sa façon de bouger, de ramper d'un bout à l'autre de l'étendue laiteuse de l'inverse du plancher. Et de grandir. Cette tache allait sûrement finir par l'engloutir tout entier. Comme une bouche énorme et suintante. Oui, écœurant devait être le mot. Écœurant et fascinant, voilà. Et de temps en temps, on pouvait y voir se former d'étranges formes. Silhouettes dansantes, et cris dessinés en vibrato. L'ensemble faisait rouler ses yeux dans leurs orbites, lui donnait le vertige. Le vieux canapé dans lequel il était étendu basculait en arrière tandis que la tache-au-plafond se mettait doucement à grignoter le mur le plus proche. Il tourna la tête et continua de la fixer, en l'encourageant mentalement.

Joal ne bougeait pas, allongé, un bras dans le vide, les jambes à moitié pliées pour ne pas dépasser de l'accoudoir. De toute façon, il était incapable du moindre mouvement, à cet instant. Cloué au mauvais rembourrage du sofa, écrasé presque parmi de vieux coussins. Et puis...il voulait être dévoré, découpé par les lames qui se cachaient, il en était certain, dans les profondeurs du gouffre à l'envers. Alors, ne pas bouger, et se concentrer. Vite, tache-au-plafond. Si tu te dépêches, peut-être que tu pourras m'absorber avant que...avant que quoi ? Quelque chose allait se passer bientôt. Il ne savait plus quoi, mais l'attente se transformait peu à peu en un féroce sentiment d'urgence. Comme si, après avoir nagé sans se soucier de rien, il se rendait compte qu'il était en train de couler. Comme s'il allait se réveiller. C'était exactement ça. Se réveiller, alors qu'il ne le voulait pas. Une pellicule de transpiration se forma sur son front. Il se sentait de plus en plus mal. Et la tache semblait ne plus avancer. Au contraire, elle s'était rétractée, découragée par la surface trop grande du mur. La tache n'avait pas l'esprit aventureux. Elle ne le mangerait pas. Il se sentit trahi et, grave erreur, ferma les yeux dans un soupir agacé. Lorsqu'il les rouvrit, elle avait disparu. Le plafond était de nouveau recouvert de peinture blanc-gris. La tache avait disparu, et il avait échoué une nouvelle fois : son corps était toujours là.

Frustration en se redressant péniblement. Lourd. Lorsqu'il sortait de ses torpeurs, sa conscience était toujours trop aigüe. Comme si elle voulait rattraper son retard. Il sentait alors le moindre muscle se contracter, le moindre nerf brûler, et il lui semblait entendre ses articulations grincer. Position assise atteinte. Les cheveux formaient un rideau filandreux devant son visage, et certains étaient collés à ses joues. Désagréable, mais pour les ôter, il aurait fallu lever le bras. Trop difficile pour l'instant. Une, deux inspirations soulevèrent la cage thoracique résonnante. Cette plante, trouvée il y avait de ça quelques jours, donnait toujours le même genre de transes. Décevantes. Il lui fallait mieux que ça, quelque chose de plus fort, de meilleur, dont les effets dureraient plus longtemps. Comme le Reflet, oui, il y avait toujours cette option, mais celle-ci était fragile, puisqu'il ne la contrôlait pas encore bien. Soupir.

Un bruit sourd.

Le jeune homme tourna la tête, lentement, en direction de la porte. Quelqu'un ? C'était bien la première fois que cela arrivait. Il fallait se lever, ouvrir ; oui, c'était probablement mieux que de rester amorphe après un mauvais "rêve". Alors, mettre le corps immense en mouvement. Se lever, un pied nu devant l'autre pour réaliser les premiers pas, douloureux, puis s'accoutumer, comme d'habitude. Une main ordonna un peu les cheveux noirs. L'autre épousseta légèrement le vieux T-shirt qu'il portait. Puis, lancer les jambes-échasses vers le couloir, quelques pas, et se retrouver devant la porte.
Joal laissa passer une seconde, et tourna la poignée.
Devant lui, un illustre inconnu, au regard asymétrique, sur lequel était posée une casquette de laine.
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MessageSujet: Re: Flou artistique [pv Joal] Dim 26 Mai - 13:17

Trop proche. Et assez pour qu'il ne le vit plus vraiment. Il avait déjà du croiser cet homme... Ou aperçu, oui, plutôt aperçu. Il fallait qu'il s'écarte un peu, tout de même. Bon point cette personne n'avait pas l'air fâché, mauvais point, elle n'avait pas parlé. Et Evan n'aimait pas engager la conversation, il se recula, au moins pour évaluer la situation. La silhouette se précisa, et il jeta un bref coup d'œil avant de commencer à ressentir le malaise. Les yeux perçants, le transperçant... et s'il me savait. L'être avait vraiment envahi le champ de vision, encore, quand c'étaient d'autres enfants, un peu plus petits, il pouvait regarder ailleurs. Là on aurait cru un adulte. Et il fallait qu'il lui parle, en plus..

«Vous n'entendiez pas, il a fallu que je frappe plus fort.»

Le mensonge glissait facilement, il virevoltait dans cet espace entre eux deux, tout en se déguisant en vérité. C'était si naturel que ça lui paru étrange un instant, avait-il en effet tenté de se faire entendre avant ce coup? Ah, oui, le grattement. Il se voit en train de sourire, mais sait que ce n'est pas le cas. Dommage, sourire lui irait bien. Enfin, il essaierait plus tard, dans la nuit. Il revint à ses propos, il ne fabulait pas tant. Il s'interrogea sur le vouvoiement, mais c'était aussi inné, c'était quelqu'un d'autre, et il fallait la distance qui ne s'établissait pas spatialement. Tout s'expliquait, d'une manière ou d'une autre, se rappela-t-il. Peut-être aurait-il fallu qu'il parle aussi du motif de sa visite? Motif était aussi un mot utilisé pour les crimes, se souvint-il, et ça pourrait aussi marcher dans ce sens un parlant du motif pour avoir heurté le panneau de bois d'une manière qui ne seyait guère. Toujours ces mêmes digressions au fur et à mesure que l'esprit s'emmêle, se perd, fuit. Il espérait que sa phrase précédente serait comprise sans ce reproche qui pouvait induire en erreur, normalement la voix monotone au timbre neutre ne laissait rien filtrer, même les questions n'avaient plus leurs intonations caractéristiques, les mots étaient dénudés. Comme à l'écrit, laissant chacun libre d'y interpréter ce qu'il voulait. Il releva un peu la tête, l'autre ne donnait pas l'impression d'être heureux.. ou réveillé. Ceci dit ce pouvait être trompeur, Evan semblait très souvent pensif et plutôt triste, dans un mélange mélancolique, alors que lui même se percevait comme étant vide. Plein de pensées orphelines et voyageuses, aventurières, bonnes, mauvaises, sans racines réelles, voguant au gré de leurs envies, et pouvant disparaître à tout moment.

Peut-être que l'expression de son homologue suggérait qu'Evan gênait aussi. C'était possible, et interprété de la sorte c'était une excuse pour tourner les talons, et s'échapper. Non, vraiment, même si cette lâcheté était de ces traits les plus enracinés de sa personne, des plus caractéristiques, il changerait ça. Quitte à se changer, ce serait de l'évolution, ce qui est généralement une bonne chose. Il fallait déjà tuer la pensée, éliminer les couards. Ça lui rappelait quelqu'un. Et pas cette fille qu'il revoyait, d'ailleurs que dirait-elle si elle le voyait se défiler ainsi? Elle dirait elle aussi qu'il faut tuer la pensée. Il suffisait de l'ignorer, la traiter avec indifférence, et elle partirait, ne lui appartenant plus. Une mèche de cheveux s'échappa, et retomba sur le front, et le regard décida de s'ancrer dans les orbes grises. Il savait mentir, pourquoi ne pas tenter de dissimuler? La lueur se fit déterminée. Éviter de frapper l'adversaire cette fois, par contre. Non pas qu'on ait davantage le droit de frapper les malheureuses portes sans défense plutôt que les personnes semblant aptes à agir, plutôt question de raisonnement, si c'était pour se faire taper ensuite non merci, et en plus, répéter deux fois la même erreur serait preuve de bêtise, pour l'être évolutif c'est un échec. Pour empêcher un geste stupide, il mit ses mains dans ses poches. L'une avec le disque de carton -vert foncé!- tordu, et l'autre avec le reste de ses munitions, sans les refermer dessus néanmoins, ce serait un coup à les balancer sur la personne en face de lui -qui devait à présent s'ennuyer- et ce pourrait être perçu comme un acte agressif, cruel, une tentative d'intimidation fourbe. Mieux valait parler, avant qu'il y ait signe d'impatience et que l'entrée se close (car l'ennui peut effectivement pousser à un comportement qui n'est pas des plus courtois, l'invité devenant ainsi parasite perturbateur n'est plus digne qu'on lui accorde une once de respect).

«J'ai vu l'annonce.»

Et je serais éventuellement intéressé. Enfin, seulement si vous restez à distance respectable, que vous ne me regardez pas directement comme vous le faites présentement, bien que ce soit moi qui ait commencé, je l'admets. Et si vous pouviez faire semblant d'avoir une autre occupation présentement ça m'arrangerait, non pas que je ne veuille pas converser avec vous mais je suis plutôt compliqué à vivre, comme un tas de problèmes ambulant, sauf que je ne connais pas ces problèmes et que normalement ces derniers ne vous affecteront pas, parce que je préfère parler avec ma conscience au fond, comme un début de schizophrénie.. Tss.. Trop de mots tuait les mots, alors comme habituellement ça se prolongeait dans l'esprit. Il espérait être entendu clairement aussi, parce que s'il avait révélé quelques prédispositions à l'espéranto, les mots se mélangeaient étrangement, de manière intuitive, et peut-être que le destinataire de son message ne comprendrait pas. Comme souvent tout restait à faire, et il n'était pas sûr que ses rares propos, peu développés lui fassent marquer des points dans cette affaire. Aussi l'expression fermée ne devait pas être encourageante. Enfin, il verrait bien ce que cela donnerait.


Dernière édition par Evan le Lun 3 Juin - 21:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Flou artistique [pv Joal] Lun 27 Mai - 15:59

En fait, Joal avait voulu saluer le garçon à la casquette. Dire bonjour, dire quelque chose. « Szia », puis « hallo » étaient les deux mots qui lui étaient venus à l’esprit les premiers. Il savait qu’il s’agissait du même mot dans deux langues différentes, le hongrois et l’allemand, probablement celles qu’il parlait…avant. Il s’était souvent demandé de quelle contrée il était originaire, et ces deux langues étaient le seul indice qu’il possédait. Un pays de l’est de l’Europe était donc l’hypothèse la plus probable, mais lequel ? Difficile à dire, étant donné le nombre d’états dans lesquels on retrouvait ces deux langages. Szia et hallo. Il aurait voulu les prononcer lentement, de sa voix grave, sans trop articuler, et avec une pointe d’interrogation sur la fin. Oui, ça lui aurait plu, c’aurait été naturel, familier. Mais il n’avait finalement laissé sortir ni l’un ni l’autre. Ici, personne ne parlait ainsi, il fallait trouver autre chose, un terme plus approprié. Peut-être que l’anglais aurait été mieux adapté. Tout le monde connaît les bases de l’anglais, n’est-ce pas ?

« Vous n’entendiez pas, alors j’ai dû frapper plus fort. »

Trop tard, l’inconnu avait pris la parole. En espéranto ; c’était à prévoir. Le jeune homme aux cheveux longs avait reconnu les mots principaux de la phrase. Non, en effet, il n’avait rien entendu avant de se réveiller. A cause de ce qu’il avait pris. Peut-être fallait-il s’excuser pour l’attente, ou peut-être que ça n’avait pas d’importance. L’autre semblait ne pas s’en soucier, en fait. Comme si la phrase précédente n’avait été qu’une information, rien de plus. Peut-être était-ce le cas - c’était du moins ce que suggérait le ton employé - ou peut-être était-ce ce regard, à présent planté dans celui de Joal, qui donnait cette impression. A moins que ce ne soit tout simplement le fait de ne pas comprendre parfaitement ce qu’il avait dit qui modifiait la phrase. Comment disait-on « désolé », en espéranto, déjà ? La casquette hochait en même temps que la tête de son porteur, c’était amusant. Hm. Le réveil trop récent se faisait sentir : toutes ses réflexions naissaient du corps-prison malmené, c’était certain. Agaçant. Il voulait que les pensées sortent, et qu’il puisse de nouveau réfléchir normalement.

« J’ai vu l’annonce. »

Cette fois, Joal ne comprit pas. Le mot « annonce » lui était inconnu. Le verbe « voir », il l’avait reconnu. Mais « annonce »… Réfléchir, réfléchir. Qu’avait bien pu voir ce gamin – car il avait l’air jeune – d’assez important pour venir frapper à sa porte ? Il eut beau se torturer les méninges pendant près d’une trentaine de secondes (durant lesquelles il dû paraître stupide), rien ne lui venait à l’esprit. Il fallait se résoudre à demander. A tenter de demander, du moins, avec le peu qu’il connaissait de la langue d’Espérance. Il fronça légèrement les sourcils en détournant les yeux, déplia un bras – le gauche – pour passer la main dans ses cheveux, et ouvrit la bouche.

« Qui est ‘annonce’ ? »

Il espérait l’avoir dit correctement, assez du moins pour être compris. Ce qui était loin d’être certain, étant donné la manière étrange dont ses cordes vocales faisaient sonner le mot en question. « Annonce ». Presque menaçant, en fait, même s’il n’en avait pas eu l’intention. Mieux valait ajouter quelque chose, alors, car il savait aussi que ses émotions se lisaient rarement sur son visage, et la perplexité à laquelle il faisait face ne devait pas échapper à la règle. Il ne voulait pas effrayer le porteur de la casquette : il fallait continuer. Secouer la tête.

« Parle mal espéranto. »

Tch. Il trouvait très gênant de devoir ainsi dévoiler ses faiblesses à quelqu’un. Il savait que cet instant allait forcément devoir arriver à un moment ou un autre, mais il n’en détestait pas moins cela. S’il avait pu, il aurait sorti de nulle part un paquet de cigarettes, et s’en serait grillée une sur le champ. Histoire de pouvoir être détendu. Mais non, ici, on ne trouvait pas si facilement de ces petits cylindres jaunes et blancs. Et le reste, inutile même d’en parler. Ici, c’était à croire que l’on désirait l’empêcher de se battre. Seul restait un vieux briquet dans la poche de son jean et seul, ce dernier ne servait à rien.
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MessageSujet: Re: Flou artistique [pv Joal] Lun 27 Mai - 16:56

Evan sembla réfléchir, son pouce gauche se posa sur sa lèvre supérieure, il réprima l'envie de ronger l'ongle. N'étaient-ce pas les prémices d'un comportement agressif et stressant? Non, il ne fallait pas exagérer non plus. Il repensa aux mots de l'inconnu pour essayer d'identifier un accent qui pourrait lui rappeler une langue qu'il parlait. Il nota aussi qu'il ne dépréciait pas la voix, malgré le ton plutôt direct, et les sourcils se froncèrent un peu plus. Il se rappela d'une langue qui lui avait permis de coucher de longues lettres sur papier. Cependant il ne savait pas la parler, inutile de s'y attarder. Alors, alors.. Il vit alors qu'un de ses disques s'était enfui, lorsqu'il avait retiré la main de sa poche, trop brusque encore. Le visage sembla se fermer davantage à cette pensée -trop brusque encore.. trop brusque encore! voilà, c'était ça, comme une sorte de cri, sur un ton assez abrupt, signe qu'il fallait recommencer, encore une fois, mieux. Il revint au fugitif et prit de ses deux mains le bout de carton rebelle. Tout en vérifiant qu'il n'en avait pas égarés d'autres. Celui qui était plié.. il le retourna, deux, trois fois. Et répéta la dernière phrase qu'il avait prononcé exactement sur le même ton détaché. Il l'aimait bien, cette phrase, même dans une autre langue. Celle qu'il avait utilisée semblait la plus fluide. Sûrement sa langue maternelle, il aurait voulu sourire un peu, c'était la deuxième fois qu'il l'utilisait ici.

Étrange, comme le mal-être semblait loin, grâce à cette réorganisation provisoire de ses priorités, dans laquelle être compris passait avant tout. C'était de l'anglais, par ailleurs, cette langue qu'il connaissait mieux que les autres. Il sembla regarder au travers de l'inconnu, un temps, à leur différence de taille on aurait pu croire qu'il fixait la clavicule. Il aurait pu rajouter qu'il parlait mal l'espéranto, lui aussi, mais il n'en était pas sûr. Cela devait faire quatre jours, ou cinq, qu'il était ici. Peut-être que dans une dizaine de jours il passerait pro de l'espéranto... même si vraiment, il en doutait. Il comprenait facilement, mais s'exprimait plutôt par phrases simples, se voulant nettes. Les idées fusèrent un temps, est-ce que l'autre était aussi un nouveau? Non, il n'en avait pas l'air, il semblait même présentement dérangé dans sa routine. Evan aurait vraiment aimé se permettre un sourire, c'est vrai que c'était plutôt intéressant à voir. Et drôle, pas qu'il se serait bien moqué de son homologue, simplement qu'il n'avait simplement pas imaginé une conversation de la sorte, il pensait qu'il serait celui qui aurait plus de difficultés à s'exprimer ici. En tous cas, c'était un peu mieux que le scénario dans lequel il se faisait virer parce qu'il s'était trompé d'habitation. Ceci dit ce pouvait encore être le cas... Peut-être qu'il aurait du préciser de quoi parlait l'annonce, mais non, il voulait aller trop vite, il manquait tant de patience à cet instant que c'en était énervant pour lui même. Il fallait bien laisser le temps de répondre à l'autre homme.

Il pensa alors à un autre point, qui l'intriguait souvent, le nom, là, il aimerait bien connaître le nom, parce que penser 'inconnu' et 'autre' c'était un peu restrictif, et puis il connaissait la voix, quelques gestes, pour lui ce n'était plus vraiment un inconnu. Evan n'avait que ça, lui, et le souvenir, bon à présent son métier aussi, qui lui plaisait: la nuit, le bol d'air frais parsemé d'étoiles, ce n'était pas désagréable. Le nom l'intéressait, mais pas tout de suite, non, il était trop pressé, décidément. Il retourna encore le disque vert foncé. Flou, comme l'inconnu, comme tout. Il était trop proche de tout, mais qu'importe. Les yeux se perdirent dans la couleur pourtant assez laide, il lui semblait que le temps s'étirait, comme de la guimauve qu'on préparait à la foire, comme les montres de Dali, comme le Cri de Munch... L'aspect esthétique non négligeable alors que le sujet est plus ou moins, quand même, «maltraité». Il aimerait bien sourire, vraiment. Ça rendrait bien, un sourire cynique, avec cette pensée. Il voulait savoir d'où venait l'autre, aussi, même s'il ne savait pas d'où il venait lui-même. Il préférerait vraiment que ce ne soit pas un malentendu, surtout qu'il avait déjà été assez compliqué de se présenter devant quelqu'un. Il se félicita un temps puis pensa à ces choses auxquels on ne pense pas nécessairement, il se demandait si la maison pouvait résister à la tempête, aux orages, aux tornades, aux tsunamis, aux séismes, aux incendies.. C'était vraiment important, il voulait savoir, s'il devait se préparer à mourir au prochain coup de vent, après s'être ramassé une tuile sur le crâne. Mais il voulait aussi savoir s'il y avait une cave et, ou, un grenier, si c'était grand, ou pas vraiment. Il aimait bien l'espace, mais c'était souvent pour ajouter du vide. Il n'aimait pas tant l'espace, en fait. Il se perdait un peu, dans ses pensées.

C'était à cause du disque en carton vert foncé. Il le remit dans sa poche, il fallait qu'il arrête, si le temps s'étirait trop ne risquait-il pas de le rompre? Et la contemplation de cet objet quelconque pouvait être perçu comme une sorte d'indifférence impolie. Il aurait bien fait un sourire d'excuse, mais, comme on l'aura compris, il ne sait pas faire. Il se contenta de replacer légèrement l'arrière de la casquette. Avec le sentiment d'avoir bien trop parlé, ill at ease.
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MessageSujet: Re: Flou artistique [pv Joal] Lun 3 Juin - 19:19

Une phrase en anglais, courant d'air frais qui fit passer l'envie pressante de fuir. Enfin, quelques mots connus, clairs. Joal en ressentit un profond soulagement, et aussi...de la reconnaissance, pour ce garçon aux yeux étranges, pas vairons, mais quelque chose qui y ressemblait. Un gamin avec une casquette, qui avait compris, et se faisait comprendre. Oui, l'anglais, il le connaissait. Pas parfaitement, mais largement assez. Comment l'avait-il appris ? Il n'en avait aucune idée. de la musique, oui, ce devait être ça. Sûrement même, puisqu'un air de rock lui revenait en tête, sans qu'il parvienne à se rappeler les paroles - car il y avait des paroles, il en était certain - mais c'était déjà ça. Gratitude, donc. Ensuite, s'intéresser au sens de la phrase. Il était venu pour l'annonce. L'annonce. De quoi parlait-il ?

Pendant qu'il réfléchissait, ce qui semblait être un morceau de carton s'était accaparé l'attention du garçon. Un morceau de carton de couleur verte, que ce dernier observait comme s'il tenait un trésor au bout de ses doigts. Peut-être y avait-il quelque chose, une photo, collée sur la face que le petit géant ne pouvait voir. Pensée fugace, cependant, car il n'y accordait pas grande importance. En revanche, peut-être que ce disque signifiait que l'autre s'impatientait. Après tout, il avait répété sa question deux fois, et Joal n'avait toujours pas répondu. Il fallait trouver quoi répondre, alors que L'annonce. L'annonce.

Oh.

Une main invisible sortit de l'oreille et se fraya un chemin parmi les longs cheveux bruns pour aller se plonger dans le cerveau, fouiller la substance blanche en essayant de ne pas faire déborder le liquide céphalo-rachidien. Elle finit par trouver un reste de souvenir, à moitié rongé, et l'essuya succinctement afin de le rendre lisible, puis le fit glisser sur la tempe. L'annonce. Ce morceau de papier sur lequel il avait griffonné à la va-vite un message en anglais probablement scolaire. Il l'avait ensuite transpercé d'une punaise, et affiché sur un panneau de bois qu'il avait remarqué dans le centre du village. Cet acte qu'il avait dû penser brave et sain, avait eu lieu lors de ses premiers temps à Espérance. Lorsqu'il avait émergé de sa dernière torpeur liée à l'héro, et qu'il avait cessé de gémir, en proie au manque. Il y proposait à quelqu'un, s'il se souvenait bien, d'habiter avec lui, afin de faire connaissance et de s'habituer à la vie...ici.

Puis, il y avait eu le Reflet. Il avait basculé dedans pour la première fois peu de temps après, et cette annonce avait sombré dans l'oubli, tandis que d'autres idées s'installaient, et qu'il se remettait à végéter. Ou à combattre, question de point de vue. Ainsi, la pluie ne l'avait pas effacée. Elle devait être toujours affichée là où il l'avait épinglée, et c'était ce garçon-au-bout-de-carton qui y avait répondu. Il était là. La main retourna dans l'oreille.

"Oh...je vois. On devrait entrer alors. Tu dois vouloir visiter."

Il voulut ajouter quelque chose à propos de bagages, mais il n'y en avait pas, il n'y en avait jamais, il devait se faire à l'idée. Donc, rien d'autre. Et il s'effaça devant le garçon, le laissant passer, et entrer dans la maison qui peut-être, allait devenir une habitation partagée. Le garçon. Voilà quelque chose qui n'allait pas. Ne devait-il pas d'abord demander son prénom ? Parler un peu, évaluer les chances de s'entendre ou de s'entre-déchiqueter. C'était quelque chose à laquelle tout le monde s'attendait... Lui oubliait souvent les noms, les âges, ce genre de choses. Ces données ne restaient guère longtemps dans sa conscience, comme si elles n'étaient que de passage, que ce n'était pas important. Peut-être ne l'était-ce pas, en fait. Mais bon.

"Au fait, je suis Joal."
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MessageSujet: Re: Flou artistique [pv Joal] Lun 3 Juin - 21:29

Le doute arrivait, par vagues lentes, mais sûres d'elles, vagues d'acide, et c'était comme si tout allait s'effondrer.. Il chercha d'autres langues, pendant le silence, il y en avait d'autres mais les lettres se mêlaient, il ne savait s'il serait en mesure d'en énoncer une phrase à haute voix, de manière compréhensible, il fallait bien un minimum de confiance en soi pour s'exprimer. Il préféra attendre que ça s'agence convenablement dans son esprit, et jeta un coup d’œil rapide à l'homme qui se tenait en face, avant de retourner sur ses chaussures, qui auraient presque paru intéressantes, pour peu. Il n'avait pas exactement le même regard, pas la même lueur. Donc pas le même état, mieux valait attendre. Il retint ses tics nerveux, il pouvait bien tenir quelques temps sans s'agiter, non? Attendre, attendre. Ça ne lui plaisait pas, attendre. C'était du vide, c'est du creux, et face au temps sans aucune égide on se sent si vieux. Mais Evan se savait patient, enfin.. il semblait patient. Il ne s'énervera pas contre autre que lui-même, pensait-il et il ajouta: peut-être même jamais. Il s'avançait un peu trop rapidement, probablement typique du nouvel arrivant idéaliste.

L'esperanto, il se sourit intérieurement, un moment revint, bref, un livre aux pages cornés. Une écriture au marqueur sur la couverture, « les mots que j'aime ». Il supposa que c'était à la fille, celle du souvenir principal. Une pluie de mots s'abattit sur la mémoire, assez violemment, pensées à nouveau anarchistes, et rebelles, adolescentes et insouciantes, dégradant l'espace de circulation, le bloquant, amas noir brouillon, gribouillis, c'était bien ce qu'on disait? Le mot était loin d'être joli. C'était plus un tas, oui tas c'était mieux. Il fallait chercher autre chose, un autre sujet, qui mènerait à moins d'idées. Anglais. Rien de plus ne voulait venir, pour le moment. À ce propos il aurait pourtant aimé en savoir plus. Savoir d'où on vient aide à savoir où on va, a-t-il déjà entendu quelque part. Cela explique l'histoire. Est-ce qu'ici on pouvait apprendre l'histoire d'Espérance? Était-elle dans des livres, manuels, manuscrits ou dans des mémoires, des esprits? Avait-ce une réelle importance? Plus tard, plus tard. Là il attendait, il aurait bientôt une réponse, prédisait-il, ou espérait-il, qu'importe, il eut la réponse, se concentra sur la voix, comme pour essayer d'en retenir le maximum.

Il parlait plutôt bien, mais l'on percevait toujours un semblant d'accent, mais peut-être était-ce le timbre de voix qu'avait son homologue, il avait par ailleurs pris cette annonce, un réflexe, ne pas laisser à la portée de tous, cependant si ça ne marchait pas, il faudrait qu'il aille l'accrocher de nouveau, ce serait ennuyeux. Il la sortirait bien, l'annonce cependant elle est dans la poche droite, sous les morceaux de carton trop grands pour jouer les confettis, et même en rôle de composition, on l'avait vu, ça faisait pas les confettis. Il ne voulait pas prendre le risque d'encore une fois se donner en spectacle avec ça. Ce serait ridicule, à force, ne l'était-ce pas déjà depuis un moment, avec ça? Qu'importe. Il hocha la tête, en guise de réponse, assez pâle comme répartie, contrastant évidemment avec ses réponses précédentes, alors qu'il prenait la parole avec cette fausse assurance obtenue grâce à cette sensation d'urgence, ce besoin de communiquer. Et il y avait toujours cette lâcheté, par encore achevée, qui dans son coin attendait toujours l'occasion pour proposer de se barrer. S'il n'avait pas utilisé le bon langage il aurait feint d'aller chercher un interprète, et se serait ultérieurement terré dans une des maisons vides, non loin de celle-ci. Prenant le risque de se faire repérer et de s'attirer les foudres de quelqu'un envers qui il aurait été impoli.

Il releva la tête inconsciemment, alors que l'inconnu, qui n'en était plus vraiment un reprit la parole. Joal. Il le répéta, à mi-voix. Et imagina le prénom utilisé sur plusieurs tons, dans plusieurs situations. Sur un reproche sympathique, amical, sur un reproche autoritaire, comme on ordonne, digne d'une matrone, dans un soupir, exaspéré, puis soulagé, dans un remerciement, dans une sorte de sanglot, puis pour finir dans un cri. Mais ça ne l'avançait pas, tout lui semblait crédible. Il entra dans la maison, mais aussitôt entré glissa légèrement sur le côté, collé au mur. Et il essaya de regarder sans rien voir. Il fallait répondre, aussi. Il ne se fit pas davantage attendre:

«Ev'.. Evan»

Il avait du se reprendre car sa voix n'avait voulu prononcer les deux syllabes à la suite immédiatement, tandis que ses yeux qui se remirent à apprécier le sol. Cependant ce ne pouvait être pris pour de la gêne, tout se faisait dans cette apathie qui ne permettait à l'interprétation que de déceler une certaine indifférence. Le sol lui, était plutôt agréable, mais une odeur étrange planait.

«Auriez-vous fait brûler quelque chose.»

Une de ses questions à lui, de celles qui perdent leur point d'interrogation, oubliant jusqu'à leur nature même de question. Mes sourcils se haussèrent légèrement, en compensation. Et il craignit d'être pris pour quelqu'un d'arrogant. Avant de se dire qu'il se pouvait qu'il le soit vraiment. Ce n'était donc pas trop grave si ce n'était pas une fausse image qu'il donnait de lui-même.


Dernière édition par Evan le Jeu 6 Juin - 16:34, édité 1 fois
InvitéInvité
MessageSujet: Re: Flou artistique [pv Joal] Mer 5 Juin - 21:47

Relever la tête de quelques millimètres, comme si cela avait été la solution pour mieux sentir une quelconque odeur, et lever les yeux, à droite, puis les faire rouler à gauche ; chercher un parfum visible, même si cela était stupide. Non, il ne sentait rien d'autre que l'habituelle senteur incrustée dans les murs, déposée là par les cônes remplis de plantes diverses qu'il fumait à longueur de soirées. Ce devait être de cela que parlait Evan. Hausser les épaules, cacher les yeux derrière les mèches de cheveux tombantes.

"C'est rien. Tu veux visiter ?"

Il y avait eu un léger blanc avant de poser le point d'interrogation. Le temps de savoir s'il fallait ou non ajouter le prénom. La plupart des gens appréciait d'entendre son nom, lors d'une conversation, c'était du moins ce qu'il avait lu quelque part. Mais...non, cela n'aurait pas été naturel, de sa part. Dire le minimum, il préférait ça, de loin.
Le corps se mit en mouvement. Un tas de fils de fer et de rouages qui se mouvait de façon étrange et silencieuse malgré les grincements et les jets de vapeurs assourdissants qu'il avait l'impression d'entendre. Criii. Pshhh. Comme l'une de ces vieilles locomotives que l'on ne voyait que dans les films. Cette dernière se retourna donc, après avoir fermé la porte, et passa devant le plus jeune. La maison n'était pas grande ; la visite ne prendrait que quelques minutes, sûrement.

L'endroit était étrangement agencé. On trouvait ici nombre de recoins et cachettes malgré la surface peu étendue. Comme si la maison s'était repliée sur elle-même pour ne pas sembler imposante. Et après un moment, on se rendait compte qu'il ne s'agissait en réalité que d'une seule vaste pièce, toute en hauteur. Pas de portes, pas de cloisons définies. Seuls divers meubles découpaient l'espace en plusieurs parties. A leur droite, par exemple, se dressaient de grandes étagères de bois, sur lesquelles étaient exposés livres et objets plus ou moins utiles, plus ou moins jolis. Entre ces étagères se dessinait un passage étroit vers ce que l'on aurait pu appeler la pièce principale. Il fallait prendre garde à ne rien renverser, et on accédait à... un tapis élimé, un fauteuil bleu clair et le canapé sur lequel il stagnait quelques instants auparavant. Une cheminée hors d'usage, une fenêtre sur le rebord de laquelle on pouvait s'asseoir. Il y avait aussi une structure taillée dans le prolongement du mur. Impossible de déterminer son utilité, peut-être un jeu d'architectes. Il s'agissait de blocs carrés de tailles différentes, empilés sans ordre précis et qui dévoraient une grande partie de l'espace, mais sur lesquels il était possible de monter. Certains étaient même creux, et on devait pouvoir s'y glisser, lorsqu'on était pas doté d'un corps encombrant comme celui de Joal. Arbre à chats pour humains.

Revenir en arrière. A gauche de la porte d'entrée, cette fois, se trouvaient trois marches de pierre blanche qui descendaient vers la partie "chambre", à un niveau légèrement inférieur donc. Cette pièce était divisée en deux par une bibliothèque de taille moyenne, et l'homme-fumée devait se pencher légèrement en avant lorsqu'il y descendait : l'endroit était bas de plafond. D'un côté, un lit double basique, aux draps défaits, qu'il s'était accaparé depuis son arrivée. Une petite table sur laquelle étaient abandonnés un livre et un paquet de clopes vides. Au dessus, sur le mur, était affichée la photo d'un paysage forestier. Et surtout, surtout, le miroir - couvert pour le moment. Le miroir qui permettait d'accéder au Reflet, trésor inestimable. De l'autre côté de la pièce, un matelas à même le sol. Il était là depuis le début, Joal n'avait touché à rien. C'était en le voyant que le jeune homme avait eu l'idée de l'annonce, se souvint-il. Là encore, rien de très intéressant, pas d'objets personnels, peu de décoration. Tiens, un second miroir. Joal aurait parié qu'il n'y était pas, le matin même. Peut-être cela signifiait-il qu'Evan allait, qu'Evan devait rester. Signe de tête approbateur.

Il fit ensuite visiter la cuisine désordonnée et plutôt sale, située au dessus de la chambre, comme un grand balcon. Elle était accessible par un court escalier de bois brun, dont la quatrième marche grinçait comme un chat de mauvaise humeur, chaque fois que l'on posait le pied dessus. Et on y trouvait les éléments de base d'une cuisine ; un vieil évier, une table, un petit réfrigérateur, un four et quelques placards. Rien de bien intéressant. Toutefois, cet endroit avait quelque chose d'agréable. Du haut de ce demi-étage, les deux garçons pouvaient voir la salle , par dessus les étagères de l'entrée. Espace ouvert, qui donnait envie de jeter des avions en papier jusqu'au canapé. Oh, on pouvait voir la porte de la salle de bain, aussi. Seul endroit réellement doté de cloisons, ils avaient oublié de la visiter, elle et sa baignoire vieillotte. Tant pis. Mieux valait lever la tête. Car au-dessus...la mezzanine. Endroit favori de Joal, qui surplombait le reste de la maison, juste sous le toit. Voir sans être vu, de là-haut. On y grimpait depuis la cuisine, par une échelle de bois grinçante. Une lampe au sol, deux-trois coussins, et il y empilait tous les livres qu'il pouvait ramener de la bibliothèque. Souvent, il s'endormait là, un bras dans le vide et un ouvrage ouvert posé sur le ventre. Sourire, en expliquant cela au nouveau venu.

"Je ne sais pas si ça te convient."
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Flou artistique [pv Joal]

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